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Plusieurs agents blessés lors de la démolition d’un avant-poste illégal

Des résidents d'implantation démentent que des habitants aient attaqué des agriculteurs et des soldats israéliens ou harcelé sexuellement des filles d'autres avant-postes

Des soldats israéliens commencent l'évacuation et la démolition de l'avant-poste illégal de Tzur Misgavi, en Cisjordanie, le 17 novembre 2025. (Autorisation)
Des soldats israéliens commencent l'évacuation et la démolition de l'avant-poste illégal de Tzur Misgavi, en Cisjordanie, le 17 novembre 2025. (Autorisation)

Lundi, les forces de sécurité et le personnel de l’administration civile ont lancé une opération d’évacuation et démolition d’un avant-poste illégal dans les environs du Gush Etzion, en Cisjordanie, suite aux accusations d’un chef de conseil selon lesquelles il y régnait « l’anarchie ».

Les résidents d’implantations locaux ont tenté de bloquer la démolition et se sont affrontés avec les forces israéliennes chargées de sécuriser l’opération, ce qui a entraîné plusieurs blessés parmi les officiers et l’arrestation de six contrevenants israéliens.

L’évacuation d’un avant-poste illégal, sous le gouvernement actuel, est un fait plutôt rare. La veille, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a brisé le silence au sujet des nombreuses attaques menées par des résidents d’implantations extrémistes contre les Palestiniens en Cisjordanie, et promis une « action énergique ».

Si la communauté internationale, dans son ensemble, estime les implantations illégales, Israël considère comme illégales celles construites sans autorisation du gouvernement.

Ces derniers mois, le gouvernement a par ailleurs délivré des permis à des dizaines d’avant-postes.

Les autorités – à commencer par celles de l’avant-poste – ont justifié l’évacuation par le comportement de ses résidents et le fait que l’avant-poste empêche la construction de centaines de logements autorisés, et non par des attaques contre les Palestiniens.

Selon les informations recueillies par des militants des résidents d’implantation et des vidéos, d’importantes forces se sont déployées au niveau de l’avant-poste de Tzur Misgavi, au sud-est d’Efrat, créé il y a de cela environ deux ans et dans lequel vivent une vingtaine de familles.

À midi, deux maisons avaient été démolies, les forces continuant de mener l’opération malgré les protestations des militants.

Une vidéo filmée par des résidents d’implantation à Tzur Misgavi donne à voir des camions en train d’arriver pour démolir un avant-poste illégal, le 17 novembre 2025. (Autorisation)

Sur des vidéos envoyées par des militants, on peut voir des engins lourds en train de pénétrer dans l’avant-poste et de se préparer à en démolir les infrastructures, accompagnés de la police des frontières.

Sur d’autres images, on voit des dizaines de militants assis au beau milieu des engins de démolition dans l’espoir de retarder les travaux, et des membres des forces de sécurité en train de se confronter ou d’emmener des militants. Dans une autre vidéo, on voit un véhicule renversé et en feu.

Des affrontements ont éclaté entre les résidents d’implantations et les policiers chargés de sécuriser la démolition.

Plusieurs agents de la police des frontières ont été blessés, dont un qui a été touché à la tête par une pierre, a indiqué la police.

L’armée israélienne et la police ont déclaré dans un communiqué commun que pendant l’opération, « des émeutes violentes ont éclaté » impliquant une vingtaine d’individus qui ont tenté de se barricader et des centaines d’autres émeutiers, « qui ont notamment attaqué les forces de sécurité en leur lançant des pierres, des barres de fer et divers objets, et en brûlant des pneus et des véhicules ».

Six suspects ont été arrêtés par les forces de l’ordre au cours des affrontements, ont ajouté l’armée et la police.

Selon l’Administration civile – un service du coordinateur des activités gouvernementales du ministère de la Défense dans les territoires –, en charge de ces opérations, l’ordre d’évacuation a été donné par le chef du Commandement central de Tsahal, le général de division Avi Bluth, « en raison des activités criminelles et graves incidents violents survenus en ces lieux, au mépris de sa sécurité. »

« L’armée israélienne, à commencer par l’administration civile et les forces de sécurité, continuera à travailler pour renforcer la sécurité et faire respecter la loi et l’ordre en Judée-Samarie, en mettant l’accent sur les mesures prises contre les structures illégales, qui nuisent à la sécurité et à l’ordre public de tous les habitants de la région », a ajouté l’organe du ministère de la Défense en parlant de la Cisjordanie par son nom biblique.

Plus tard dans la journée de lundi, les médias palestiniens ont rapporté que des résidents d’implantations avaient incendié plusieurs véhicules dans le village de Jaba, situé près de Bethléem, en Cisjordanie. Aucun blessé ni aucune arrestation n’ont été signalés.

De telles attaques ont lieu presque quotidiennement, dans une impunité quasi totale. Elles surviennent souvent à la suite de démolitions par Israël d’avant-postes illégaux, leurs auteurs les qualifiant d’attaques « prix à payer ».

Deux mois plus tôt, le chef du conseil régional du Gush Etzion, Yaron Rosenthal, avait appelé l’attention du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et de celui de la Défense, Israel Katz, au sujet de « l’anarchie totale » qui régnait dans les environs des constructions non autorisées, selon une lettre citée par les médias israéliens.

Important soutien du mouvement des implantations au sein du gouvernement, Smotrich est par ailleurs ministre délégué au sein du ministère de la Défense avec certaines compétences du COGAT et de l’Administration civile, les deux agences du ministère de la Défense en charge des affaires civiles dans la zone C de la Cisjordanie, là où Israël a un contrôle total de la sécurité et des affaires civiles.

L’implantation d’Efrat, dans le Gush Etzion, en Cisjordanie, le 31 juillet 2025. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Lundi, il a déclaré que l’Administration civile agissait à la demande de Rosenthal à cause d’un « groupe de personnes venues sur place d’elles-mêmes », ce qui contrarie les projets officiels du conseil pour développer la région.

Dans la lettre datée du 4 septembre dernier, Rosenthal explique qu’il y a eu, de la part de résidents de l’avant-poste, des attaques à l’encontre d’agriculteurs et de soldats israéliens, ainsi que du harcèlement sexuel envers des femmes de l’avant-poste voisin de Pnei Kedem.

Il y met en garde contre « une réalité intolérable » faite de personnes qui établissent des implantations d’eux-mêmes et nuisent aux implantations existantes et autorisées.

Lundi, Smotrich a déclaré qu’un « dialogue a récemment eu lieu entre les résidents et le conseil, et tout le monde espère que cela finira par un accord. Mais le conseil a demandé l’arrêt de la construction pendant les négociations. »

« Il n’est pas nécessaire de nous apprendre à faire du sionisme ou à construire des implantations », a déclaré Smotrich en s’adressant manifestement aux résidents de l’avant-poste illégal.

Dans un communiqué publié lundi, Rosenthal a félicité Smotrich d’avoir pris cette décision « difficile mais nécessaire ».

« Il est impossible de développer le Gush Etzion quand des personnes isolées s’arrogent plusieurs hectares et y construisent des bâtiments alors que ces terres sont destinées à l’établissement de milliers de logements pour la future génération », a-t-il ajouté.

« Ces constructions pirates dans une zone aucunement menacée nuit aux communautés voisines, contrecarre les projets routiers et causent l’anarchie, à commencer par la vente de terres privées par des personnes qui n’en sont pas propriétaires », a-t-il poursuivi.

« Ce n’est pas ainsi que l’on construit une implantation, et certainement pas ainsi que l’on fait venir un million de Juifs en Judée et en Samarie », a-t-il ajouté.

Les habitants de l’avant-poste ont dénoncé les revendications de Rosenthal dans une déclaration diffusée par les médias israéliens, affirmant qu’ils se défendaient contre la « prise de contrôle arabe » de ces terres en établissant l’avant-poste.

« Les avant-postes construits ces deux dernières années ont changé la physionomie de la région et mis un terme à cette prise de contrôle », ont-ils ajouté.

Des centaines d’habitants de Pnei Kedem et de l’implantationde Metzad ont également écrit une lettre à Rosenthal pour s’inscrire en faux avec ses accusations et dire leur « choc face à la décision unilatérale et destructrice prise par le Conseil ».

La lettre reproche au Conseil de « calomnier [les résidents] en les qualifiant de personnes violentes dans un discours qui doit faire plaisir aux ennemis des implantations ».

« Nous nous souvenons que ces zones étaient pleines d’envahisseurs arabes que l’on a laissés croitre des années durant, malgré la menace réelle qu’ils représentaient pour les implantations et la totale impuissance des services fonciers du Conseil », peut-on lire dans la lettre, affirmant que les résidents de l’avant-poste avaient, de par leur présence, précipiter le départ desdits « envahisseurs ».

Dans une lettre, Limor Son Har-Melech, la députée d’extrême droite du parti Otzma Yehudit, présente à la manifestation contre la démolition, a demandé au président du Conseil régional et à Smotrich de « stopper immédiatement » [les démolitions].

« Arrêtez les bulldozers et empêchez les destructions. Il s’agit d’un précédent dangereux qui conduira à d’autres démolitions ; la terre d’Israël ne vous le pardonnera pas. Il n’y aura pas de renouveau et pas de pardon pour cela », a-t-elle écrit sur X.

Selon un communiqué publié par des militants, Daniella Weiss, cheffe du mouvement des implantations de Nachala, leur a lancé un appel pour qu’ils se rendent à Tzur Misgavi et « s’opposent aux destructions ».

« La population est invitée à se rendre d’urgence [à Tsur Misgavi] pour empêcher la destruction de dizaines de logements construits avec beaucoup de peine sur les sommets des collines près de Metzad », peut-on lire dans le communiqué.

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