Des scientifiques ont découvert qui a construit le pont du Temple de Jérusalem
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  • Les fouilles entreprises à l'arche de Wilson, sous la Vieille Ville de Jérusalem (Crédit : Assaf Peretz/Autorité israélienne des antiquités)
    Les fouilles entreprises à l'arche de Wilson, sous la Vieille Ville de Jérusalem (Crédit : Assaf Peretz/Autorité israélienne des antiquités)
  • Tehillah Liberman dans un théâtre romain non-terminé du 2è siècle avant l'ère commune (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des antiquités)
    Tehillah Liberman dans un théâtre romain non-terminé du 2è siècle avant l'ère commune (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des antiquités)
  • La docteure Elisabetta Boaretto, cheffe du laboratoire de datation au radiocarbone D-REAMS de l'institut Weizmann (Autorisation) )
    La docteure Elisabetta Boaretto, cheffe du laboratoire de datation au radiocarbone D-REAMS de l'institut Weizmann (Autorisation) )
  • Le directeur des fouilles de l'Autorité israélienne des antiquités, le docteur  Joe Uziel, sur le site des fouilles dans la Viville Ville de Jérusalem (Crédit : Yaniv Berman, autorisation de l'Autorité israélienne des Antiquités)
    Le directeur des fouilles de l'Autorité israélienne des antiquités, le docteur Joe Uziel, sur le site des fouilles dans la Viville Ville de Jérusalem (Crédit : Yaniv Berman, autorisation de l'Autorité israélienne des Antiquités)

Des scientifiques ont découvert qui a construit le pont du Temple de Jérusalem

Une nouvelle méthode innovante au carbone 14 offre une « précision extrême » dans le placement de structures monumentales dans un quartier historique précis

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Une technique révolutionnaire de datation au radiocarbone peut dorénavant déterminer de manière sûre la période de construction des structures monumentales ornant la Vieille Ville de Jérusalem – et notamment la fameuse arche de Wilson.

En collectant méticuleusement des matériaux organiques dans chaque couche stratifiée de fouille et en effectuant une datation au carbone d’échantillons minuscules prélevés sur du mortier antique, une équipe interdisciplinaire de l’Institut Weizmann et de l’Autorité israélienne des antiquités [IAA – Israel Antiquities Authority] a pu mettre un terme aux débats portant sur les calendriers de construction des monuments antiques de Jérusalem. Pour ce faire, les scientifiques ont quitté, pour une fois, leurs laboratoires – pour se rendre sur le terrain.

Le projet s’était initialement focalisé sur l’arche de Wilson, qui soutenait, dans le passé, l’une des principales voies d’accès au Seconde Temple. Trois théories sur l’époque de sa construction prévalaient jusqu’à présent : Selon elles, il avait été édifié soit au début de l’ère romaine (avant l’an 70 de l’ère commune), à son milieu (au 1er et au 2e siècles, à Aelia Capitolina), voire même au début de l’ère islamique, environ 600 ans plus tard.

L’arche de Wilson porte le nom d’un géographe britannique du 19e siècle, Charles William Wilson, qui avait effectué des recherches sur le site dans une étude sur Jérusalem.

Selon les résultats de cette nouvelle étude au radiocarbone, l’arche de Wilson aurait été construite en deux phases distinctes – la première à peu près au moment du règne de Hérode le grand (aux alentours des années 37 à 4 avant l’ère commune) et le pont avait été édifié pour faire 7,5 mètres de largeur. Quelques décennies plus tard, au 1er siècle de l’ère commune, la largeur du pont avait été multipliée par deux, à quinze mètres.

La raison derrière cet élargissement de taille reste encore un mystère, commente le docteur Joe Uziel, archéologue au sein de l’Autorité israélienne des Antiquités, auprès du Times of Israel.

Joe Uziel, archéologue de l’Autorité israélienne des antiquités, nettoie des pierres sur le site d’une structure de type théâtre romain antique, caché depuis 1700 ans aux abords du mur Occidental, sous la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 octobre 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon Uziel, cette étude interdisciplinaire est significative en termes de résultats avec cette datation au radiocarbone, mais aussi en termes d’application potentielle de cette méthodologie sur les structures monumentales de tout le monde Classique – comme, par exemple, le Parthénon en Grèce.

Ce projet de recherche conjoint entre les scientifiques de l’institut Weizmann et les archéologues de l’IAA a mené au développement d’un nouveau protocole de micro-archéologie, a indiqué Uziel au Times of Israel, « afin de pouvoir prendre en charge la situation des structures architecturales sidérantes qui sont encore debout et qui le resteront pour de nombreuses, très nombreuses années ».

La micro-archéologie – la science qui consiste à examiner le côté moléculaire minuscule de l’archéologie, généralement avec des échantillons minuscules – est encore relativement nouvelle et les chercheurs de Weizmann sont des pionniers dans ce domaine. « Pour ce projet, nous avons dû développer une stratégie très spécifique, en commençant par être dans la fouille elle-même », a déclaré le professeur Elisabetta Boaretto dans un communiqué de presse.

La docteure Elisabetta Boaretto, cheffe du laboratoire de datation au radiocarbone D-REAMS de l’institut Weizmann (Autorisation) )

« L’énigme de l’arche de Wilson n’aurait pas pu être résolue sans l’utilisation de la micro-archéologie », a déclaré Boaretto. « Nous avons montré que l’extrême précision de nos résultats de laboratoire, même pour le plus petit des échantillons, peut résoudre ces problèmes avec un degré élevé de certitude, et nous pensons qu’ils pourraient aider à résoudre d’autres énigmes archéologiques pour lesquelles la datation au radiocarbone n’avait pas été considérée auparavant comme suffisamment précise ».

Les nouvelles techniques de terrain ont été testées lors d’une fouille menée par Uziel, Tehillah Lieberman et le Dr Avi Solomon de l’IAA entre 2015 et 2019 sous l’arche de Wilson dans la Vieille Ville de Jérusalem, dans le cadre du développement des tunnels du mur Occidental, une attraction touristique majeure de Jérusalem, et pour fournir une datation chronologique de l’arche elle-même. Les résultats ont été publiés le 3 juin dans la revue universitaire PLOS ONE dans un article intitulé « Radiocarbon dating and microarchaeology untangle the history of Jerusalem’s Temple Mount : A view from Wilson’s Arch ».

Uziel a déclaré que si l’objectif était de trouver une datation sûre pour l’arche de Wilson, la datation des autres structures – couche par couche – n’était pas un sous-produit, mais plutôt une nouvelle technique archéologique méticuleuse.

« L’objectif [de la fouille] était de dater l’Arche de Wilson, mais l’approche était de faire cela de haut en bas pour tout ce que nous dévoilerons », a-t-il dit. « Le sous-produit est que puisque nous avons daté chaque couche, nous avons également daté ces structures très importantes, comme l’arche de Wilson », a-t-il dit en riant.

Les fouilles entreprises à l’arche de Wilson, sous la Vieille Ville de Jérusalem (Crédit : Assaf Peretz/Autorité israélienne des antiquités)

Mise à jour de l’archéologie de Jérusalem

L’accent mis sur la micro-archéologie lors des fouilles de l’Arche de Wilson fait partie d’un projet de recherche plus large et pluriannuel visant à compléter les quelques exemples de datation au carbone qui ont été réalisés dans la capitale israélienne.

« Jusqu’à présent, le C14 [carbone 14] n’a été utilisé que de manière très limitée à Jérusalem », a déclaré M. Uziel, et seules trois dates sûres avaient été recueillies avant le lancement du projet il y a environ quatre ans. Uziel a indiqué que l’IAA a été contacté par Boaretto et le Dr Johanna Regev de l’unité d’archéologie scientifique de l’Institut Weizmann des sciences qui ont déclaré : « ‘Nous devons corriger la situation de la datation au C14 à Jérusalem. Nous avons donc décidé d’entreprendre ce grand projet – mettre à l’heure la Jérusalem antique ».

Les archéologues de l’Autorité israélienne des antiquités, de gauche à droite, Tehillah Lieberman, Joe Uziel et Avi Solomon sur le site d’une structure de type théâtre romain antique, caché depuis 1700 ans aux abords du mur Occidental, sous la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 octobre 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le partenariat a déjà permis de recueillir quelque 45 dates supplémentaires pour des constructions de la Jérusalem antique grâce au projet de l’arche de Wilson, ainsi qu’un premier essai à la source de Gihon. Le projet est financé par l’Israel Science Foundation et est une collaboration entre trois archéologues de terrain, le professeur Yuval Gadot de l’université de Tel-Aviv et les docteurs Uziel et Doron Ben-Ami (IAA), ainsi que Boaretto et Regev de Weizmann.

Uziel a expliqué qu’alors que d’autres sites archéologiques à travers Israël incluaient déjà la datation au C14 dans leur « boîte à outils », les archéologues travaillant à Jérusalem étaient généralement plus conservateurs et se fiaient aux écritures sur les poteries et les pièces de monnaie (lorsqu’elles étaient présentes) pour dater leurs sites. Le partenariat actuel avec l’équipe Weizmann intègre des analyses simultanées de terrain, de stratigraphie et de micro-archéologie avec une datation au radiocarbone intense à partir d’échantillons prélevés in situ pour créer une fenêtre temporelle beaucoup plus étroite, selon l’article de PLOS ONE.

Dans de nombreuses fouilles « normales », les structures étudiées sont démontées, ce qui permet aux archéologues de prélever des échantillons sous la fondation pour les dater. Toutefois, dans le cas de la zone de l’arche de Wilson – ainsi que des sites du patrimoine mondial – les archéologues doivent adopter une approche non invasive. Les scientifiques, qui travaillent sur le terrain, prélèvent au contraire de minuscules matières organiques dans le mortier trouvé entre les pierres, qui sont ensuite analysées en laboratoire.

Un théâtre inachevé trouve une nouvelle explication

Outre l’arche de Wilson, les archéologues ont maintenant de nouvelles idées sur d’autres structures déroutantes, dont un théâtre inachevé, qui se trouve sous l’arche. Selon le communiqué de presse, la datation au radiocarbone indique que la construction du théâtre a très probablement commencé vers 130 de notre ère, juste avant le déclenchement de la deuxième révolte juive, alias la révolte de Bar Kochba.

Tehillah Liberman dans un théâtre romain non-terminé du 2è siècle avant l’ère commune (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des antiquités)

Uziel considère la révolte comme « un beau lien historique qui ne peut être prouvé », en disant prosaïquement que souvent les bâtiments cessent d’être construits pour d’autres raisons plus banales, comme le manque de fonds. « Mais le fait que les dates s’y inscrivent bien rend la chose d’autant plus excitante », dit-il en riant, disant que cela va peut-être déclencher un nouveau débat sur les dates.

Pour Boaretto, les implications de l’échantillonnage du C14 sur le terrain sont vastes. « D’une arche construite par Hérode, à un complexe théâtral abandonné avant son achèvement à la suite de la révolte de Bar Kochba, vous pouvez jeter un regard neuf sur l’histoire de la ville et replacer ce bâtiment monumental dans son cadre historique propre. Cela permet certainement de résoudre cette énigme », a-t-elle déclaré.

Les nouvelles méthodes, a déclaré Uziel, « seront une carte de visite pour les futures études portant sur les vestiges archéologiques qui sont encore debout, pas seulement en Israël, mais cela affectera les recherches ailleurs aussi ».

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