États-Unis : Enquête sur un groupe anti-Israël soupçonné de liens avec la Chine

Les pressions exercées sur le People's Forum et le Palestinian Youth Movement, qui lui est associé, interviennent dans le cadre d'une campagne de répression contre un vaste réseau d'activistes

Le directeur du People's Forum, Manolo de los Santos, s'adresse à une foule à New York, le 10 mars 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Une commission du Congrès américain a déclaré jeudi qu’elle enquêtait sur un groupe socialiste d’extrême gauche qui a organisé des manifestations anti-Israël à New York. Des investigations sont ainsi en cours pour ses liens présumés avec le gouvernement chinois.

La Commission des voies et moyens de la Chambre des représentants américaine a envoyé une lettre au People’s Forum, un groupe militant de premier plan, , dans laquelle elle affirme que l’organisation a peut-être outrepassé les protections de la liberté d’expression et abusé de son statut d’exonération fiscale en diffusant de la propagande étrangère.

De son côté, le People’s Forum a dénoncé cette enquête, la qualifiant de « tentative désespérée de faire taire notre travail et d’écraser la dissidence ».

Le groupe fait partie d’un réseau lié à Neville Roy Singham, un magnat américain de la technologie qui résiderait en Chine. Le soutien de Singham à l’organisation avait été révélé dans un article du New York Times en août 2023, le journal affirmant qu’il avait « retracé des centaines de millions de dollars vers des groupes liés à Singham, des organisations qui mêlent défense progressiste et arguments du gouvernement chinois ».

Depuis lors, plusieurs rapports ont mis en évidence les liens entre Singham et le groupe militant.

Jason Smith, représentant américain et président de la Commission des voies et moyens, a envoyé une lettre à Manolo De Los Santos, directeur du People’s Forum, lui demandant de fournir des documents clarifiant les relations entre le groupe et Singham. La commission est compétente en matière de fiscalité et dans d’autres domaines, y compris en ce qui concerne les organisations exonérées d’impôt, comme le People’s Forum, une organisation à but non lucratif enregistrée.

Une manifestation anti-Israël, à New York, le 8 octobre 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

La lettre a notamment évoqué une manifestation organisée par l’organisation à Times Square le 8 octobre 2023, soit le lendemain du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël. Le rassemblement avait été l’occasion de fêter l’assaut, ainsi que les déclarations publiques du groupe terroriste justifiant ces atrocités.

« Le People’s Forum est responsable d’un chaos et de perturbations sans fin dans tout le pays », a expliqué Smith dans la lettre.

Smith a noté que si les organisations exonérées d’impôt pouvaient légalement recevoir des dons importants de la part de particuliers, le People’s Forum pouvait avoir enfreint la loi sur l’enregistrement des agents étrangers, qui oblige ces derniers à s’enregistrer auprès du ministère de la Justice et à divulguer leurs affiliations.

Une partie de la rhétorique employée par le People’s Forum pourrait également avoir enfreint les protections du premier amendement, qui ne couvrent pas les « propos injurieux ou les menaces réelles », selon le courrier. Il a fait remarquer que De Los Santos s’était adressé à des militants de l’université Columbia au sujet des administrateurs « sionistes » de l’établissement, qui « veulent ressembler davantage à leurs maîtres en Israël », quelques heures avant que des manifestants ne prennent d’assaut un bâtiment du campus, l’an dernier.

La commission de la Chambre a exigé que le People’s Forum fournisse tous les documents et toutes les communications entre ses membres et Singham, ainsi que les documents relatifs aux échanges entre les membres du groupe et les entités étrangères. Elle a également demandé une liste des donateurs du groupe et des bénéficiaires de ses subventions situés en dehors des États-Unis.

La lettre a également exigé que le People’s Forum communique la liste de toutes les organisations auxquelles il accorde un parrainage fiscal. Ce dispositif permet à une organisation à but non lucratif de collecter des dons exonérés d’impôt pour des groupes qui n’ont pas le même statut. Une règle largement exploitée par les groupes militants anti-Israël.

La lettre a donné au People’s Forum jusqu’au 18 septembre pour se conformer à cette demande.

Le groupe a confirmé jeudi avoir reçu la lettre de Smith, affirmant que le député « cible notre organisation pour notre travail contre le génocide ».

« Il s’agit d’une tentative désespérée qui vise à faire taire notre travail et à écraser la dissidence. Nous ne nous laisserons pas intimider. Il ne s’agit pas seulement d’une attaque contre le People’s Forum, mais d’une atteinte aux droits fondamentaux de toutes les personnes dotées d’une conscience aux États-Unis », a affirmé l’organisation.

Ces investigations ont été lancées à la suite de la demande de défenseurs de la communauté juive d’obtenir une plus grande transparence des organisations à but non lucratif, y compris du réseau Singham, arguant que l’opacité des financements permettait des influences étrangères aux États-Unis.

La Coalition for a Safer Web, un groupe communautaire juif, avait plaidé en faveur de mesures contre le réseau Singham et d’une plus grande transparence financière pour les organisations à but non lucratif dans un rapport publié en début d’année.

Le représentant américain Ritchie Torres a également exercé des pressions pour que des mesures soient prises, citant la rhétorique anti-Israël du People’s Forum.

Des manifestants socialistes anti-Israël, à New York, le 5 avril 2024. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Il est difficile de retracer le financement liant différents groupes, car les donateurs peuvent contribuer à des organisations à but non lucratif par le biais de fonds qui protègent leur identité. Toutefois, en 2021, le People’s Forum avait reconnu être soutenu par Singham.

Cette lettre a été envoyée dans un contexte de pressions croissantes exercées par des membres du Congrès sur les groupes militants anti-Israël, accusés d’avoir commis des actes répréhensibles présumés.

Mercredi, le sénateur américain Tom Cotton a demandé au FBI d’enquêter sur le Palestinian Youth Movement, un groupe militant ayant collaboré avec le People’s Forum.

Cotton, président de la commission sénatoriale du renseignement, a demandé l’ouverture d’une enquête après qu’un membre du groupe a appelé les militants à cibler la chaîne d’approvisionnement du système d’armes américain F-35 lors d’une conférence anti-Israël, qui s’est tenue le week-end dernier.

Intitulée « Conférence populaire pour la Palestine », cette conférence était organisée par le People’s Forum, le Palestinian Youth Movement et dix autres groupes militants, dont l’ANSWER Coalition, une autre organisation d’extrême gauche liée au réseau.

La conférence a mis en évidence les liens entre le réseau et la sphère militante de gauche dans son ensemble.

Parmi les intervenants figuraient la représentante américaine Rashida Tlaib, l’internaute populaire Hasan Piker, l’ancien champion de l’UFC Belal Muhammad, la politicienne Jill Stein, la militante Linda Sarsour, Hatem Bazian, le fondateur de l’organisation anti-Israël Students for Justice in Palestine (SJP), ainsi que des représentants de l’organisation antisioniste Jewish Voice for Peace (JVP) et des étudiants militants de l’université Columbia.

Certains membres du Congrès ont été accusés par leurs détracteurs de mener des enquêtes motivées par des considérations politiques en affirmant que les groupes progressistes bénéficiaient de sources de financement illicites, sur la base de preuves insuffisantes ou de théories du complot discréditées.

Outre les pressions exercées par le gouvernement, des groupes juifs ont attaqué le financement des organisations à but non lucratif par le biais de poursuites judiciaires.

Les législateurs du Congrès ont également exigé que Singham leur fournisse des documents relatifs aux groupes militants, mais ils n’ont pas pu le joindre, car il réside en dehors des États-Unis. Le People’s Forum, lui, est basé à New York et pourrait subir des répercussions s’il ne se conforme pas à l’enquête.

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