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Des groupes US anti-Israël liés à un réseau financier qui soutient la Chine

L'étude de l'université George Washington met en évidence les liens entre des groupes de protestation et un magnat de la technologie qui aide la Chine à affaiblir les États-Unis

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Des manifestants socialistes anti-Israël, à New York, le 5 avril 2024. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Des manifestants socialistes anti-Israël, à New York, le 5 avril 2024. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

En novembre 2023, soit quelques semaines seulement après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, des milliers de manifestants anti-Israël se sont rassemblés à Washington pour réclamer la fin de la guerre à Gaza.

La foule, qui constituait la plus importante manifestation anti-Israël dans la capitale américaine depuis des années, a scandé des slogans appelant à l’intifada – ou soulèvement, en arabe – et a répandu de la peinture rouge évoquant du sang sur les colonnes en béton devant la Maison Blanche.

Cette manifestation, qui semblait être une initiative entièrement populaire reflétant la colère croissante des Américains face à la contre-offensive israélienne après les massacres, était en réalité soutenue par un réseau financier lié au Parti communiste chinois (PCC) et à la propagande pro-Chine, selon une étude publiée au début du mois.

Intitulé « L’influence du PCC dans l’activisme pro-palestinien aux États-Unis », ce rapport, publié par le Program on Extremism de l’université George Washington, décrit un réseau de propagande jouant un rôle central dans les mouvements de protestation anti-Israël aux États-Unis.

L’auteure de cette étude, Jennifer Baker, ancienne agente du FBI, a décrit les finances du réseau, son activisme anti-Israël et ses messages qui rejoignent les positions du gouvernement chinois. Baker a 25 ans d’expérience dans le contre-espionnage, la sécurité nationale et les enquêtes criminelles.

Le réseau s’articule autour de Neville Roy Singham, un Américain qui vit à Shanghai. Ce dernier entretient des liens avec la Chine depuis longtemps. En 2017, il a vendu son entreprise de technologie, ThoughtWorks, pour environ 785 millions de dollars.

Jodie Evans et Neville Roy Singham assistant à V20 : The Red Party, une célébration du 20ᵉ anniversaire du V-Day et des Monologues de la vagina, au Carnegie Hall, à New York, le 14 février 2018. (Crédit : Dave Kotinsky/Getty Images North Ameica/Getty Images via AFP)

Son engagement envers la Chine s’est renforcé après cette vente, puisqu’il a soutenu des organisations américaines à but non lucratif qui militent contre Israël et en faveur du PCC, indique le rapport, citant des informations précédentes sur Singham, notamment celles du Network Contagion Research Institute, un organisme à but non lucratif, ainsi que des documents publics, comme des déclarations fiscales d’organisations à but non lucratif.

En août 2023, le New York Times révélait avoir « retracé des centaines de millions de dollars vers des groupes liés à M. Singham mêlant militantisme progressiste et arguments du gouvernement chinois ».

« Singham travaille en étroite collaboration avec la machine médiatique du gouvernement chinois et finance sa propagande à l’échelle mondiale », rapportait le journal.

L’épouse de Singham, Jodie Evans, est une militante de premier plan et cofondatrice de Code Pink, un groupe d’extrême gauche qui milite contre Israël. Evans a écrit un livre intitulé China is Not Our Enemy (« La Chine n’est pas notre ennemie »).

Une manifestation anti-Israël, à New York, le 8 octobre 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

L’une des plateformes médiatiques de Singham a collaboré avec le bureau de propagande de Shanghai, certaines de ses autres chaînes se sont associées à une université chinoise pour diffuser des messages pro-Chine ; il a également participé à des ateliers du PCC, selon l’étude.

« Si certains manifestants sont motivés par une indignation sincère face à la guerre à Gaza, l’infrastructure qui entoure leur activisme révèle une intention stratégique plus profonde », poursuit le rapport.

« L’implication de Pékin relève fondamentalement du pouvoir et du positionnement : utiliser la dissidence interne aux États-Unis pour projeter une image de faiblesse à l’étranger tout en présentant la Chine comme un défenseur intransigeant de la paix et de la justice. »

Des groupes militants d’extrême gauche, comme le People’s Forum, la coalition ANSWER et l’International People’s Assembly, sont liés au réseau de Singham. Selon l’étude, ces trois groupes, ainsi que CodePink, ont organisé la campagne « Shut It Down for Palestine » (Fermez tout pour la Palestine), qui a pris son essor après le début de la guerre à Gaza.

Il est difficile de retracer les financements qui relient ces groupes, car les donateurs peuvent contribuer à des organisations à but non lucratif par le biais de fonds qui protègent leur identité. Toutefois, le People’s Forum a reconnu avoir reçu le soutien de Singham en 2021. Le réseau de financement est géré par des organisations à but non lucratif aux noms peu évocateurs, comme le Justice and Education Fund ou le United Community Fund.

Le People’s Forum, le plus important de ces groupes, est basé à New York et organise souvent des événements anti-Israël, comme des manifestations et des cours gratuits sur le sionisme. Le 8 octobre 2023, lors d’un rassemblement contre Israël à Times Square, le People’s Forum, la coalition ANSWER et plusieurs groupes anti-Israël ont applaudi l’assaut barbare et sanglant du Hamas.

Les deux groupes et l’ambassade chinoise n’ont pas répondu aux demandes de commentaire. Singham lui-même est injoignable. Les commissions d’enquête du Congrès ont déclaré ne pas être en mesure de lui signifier une assignation à comparaître.

« Nous nous mobilisons dans le ventre de la bête parce que nous comprenons que nous avons un rôle unique à jouer dans la lutte contre le soutien matériel au sionisme et dans l’affaiblissement du serviteur de l’impérialisme mondial américain », avaient déclaré les groupes dans un communiqué conjoint concernant la manifestation du 8 octobre 2023.

Le président du groupe d’extrême gauche People’s Forum, Manolo de los Santos, s’adressant à une foule anti-Israël, à New York, le 10 mars 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

BreakThrough News, un média numérique qui a reçu des fonds du People’s Forum, opère dans le même bâtiment et partage une partie de son personnel. Il compte plus d’un million d’abonnés sur YouTube et publie des contenus conformes aux positions du PCC. Après le 7 octobre, le média a délaissé les thèmes de gauche pro-Chine pour se concentrer sur le conflit israélo-arabe, ce qui a entraîné une forte augmentation de son audience, selon l’étude de l’université George Washington.

Le réseau militant présente le conflit israélo-arabe comme « faisant partie d’une lutte plus large contre l’impérialisme américain », une rhétorique qui reflète la propagande du PCC, souligne le rapport.

« Cette position anti-américaine et anti-Israël correspond exactement au message véhiculé par Pékin, selon lequel les États-Unis et leurs alliés sont à l’origine des conflits mondiaux. »

Selon cette étude, les messages pro-Chine qui entourent la guerre « s’inscrivent dans une stratégie chinoise plus large visant à influencer l’opinion mondiale, à discréditer l’Occident et à étendre la puissance de la Chine ».

« Cet alignement n’est pas fortuit, mais reflète la manière dont les efforts de propagande du PCC amplifient les thèmes déjà répandus dans les cercles anti-Israël et anti-Occident à travers le monde », précise le rapport.

L’objectif est de saper l’influence américaine au Moyen-Orient et d’attiser les divisions entre l’Occident et les pays du Sud, comme le Brésil et l’Afrique du Sud. Le message véhiculé autour de la cause « palestinienne » contribue également à améliorer l’image de la Chine dans ces régions, ainsi que dans les pays arabes et musulmans. Dans le même temps, l’activisme aux États-Unis amplifie les divisions internes, car les groupes de protestataires adoptent souvent des positions anti-gouvernement et anti-capitalistes, poursuit l’étude.

« La Chine et le mouvement de protestation se soutiennent mutuellement dans leurs revendications selon lesquelles les États-Unis et Israël se trompent, tandis que la Chine se présente comme le défenseur de la paix et de la justice. »

Outre Evans, Singham a d’autres liens familiaux avec des groupes de gauche à New York. Sa nièce est directrice politique de Jews for Economic and Racial Justice, un groupe progressiste qui soutient la candidature de l’anti-Israël Zohran Mamdani à la mairie de New York, selon un article du New York Post publié ce mois-ci.

Une manifestation anti-Israël, à New York, le 8 octobre 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Code Pink a nié avoir reçu des fonds du PCC.

Le mois dernier, la commission de surveillance et de réforme gouvernementale de la Chambre des représentants des États-Unis a exigé que Singham fournisse des documents relatifs à son financement et à son influence sur des groupes d’extrême gauche, affirmant que ses activités pourraient enfreindre la loi sur l’enregistrement des agents étrangers.

La représentante américaine Anna Paulina Luna a déclaré ce mois-ci que Singham « fait obstruction » à l’enquête.

Certains membres du Congrès sont accusés par leurs détracteurs de mener des enquêtes motivées par des intérêts particuliers, affirmant que des groupes progressistes bénéficieraient de sources de financement illicites, sans disposer de preuves tangibles et en s’appuyant sur des théories du complot discréditées.

L’an dernier, le sénateur Lindsey Graham et Marco Rubio, alors sénateur et vice-président de la commission spéciale du Sénat sur les questions de renseignement, ont demandé au département de la Justice d’enquêter sur Singham en raison de son activisme anti-Israël et de ses liens avec la Chine.

La Coalition for a Safer Web, un groupe de défense dirigé par Marc Ginsberg, ancien ambassadeur américain au Maroc et ancien conseiller de la Maison Blanche pour le Moyen-Orient, a appelé à une répression contre le réseau Singham dans un rapport publié le mois dernier.

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