Excuses de la police après les « troubles » devant une synagogue de l’Upper East Side

Jessica Tisch affirme qu'elle aurait pu en faire plus contre les militants anti-Israël qui ont notamment scandé 'À mort l'armée israélienne' devant la synagogue Park East ; le ministère de la Justice a ouvert l'enquête

Manifestation devant la synagogue Park East à New York, le 19 novembre 2025. (Luke Tress/Times of Israel)

Quelques jours après que des manifestants américains pro-palestiniens ont scandé des slogans tels que « Globalisez l’Intifada » ou « À mort l’armée israélienne » devant une synagogue de l’Upper East Side, la cheffe de la police new-yorkaise, Jessica Tisch, qui est elle-même juive, a présenté ses excuses à la congrégation lors des offices du Shabbat.

Tisch a dit aux fidèles que c’était le devoir des services de police « de s’assurer que chacun puisse facilement entrer et sortir de la synagogue ».

« C’est là que nous avons failli », a déclaré Tisch, selon des informations des médias. « C’est la raison pour laquelle je viens présenter mes excuses à cette congrégation. »

On a noté un certain décalage entre les excuses présentées par Tisch, expliquant que la police avait laissé se produire des « troubles » devant une synagogue, mercredi soir, et la déclaration de l’équipe du maire élu Zohran Mamdani, « opposée » à la tenue de l’événement au sein de la synagogue  – un événement qui constituait, selon elle, une utilisation inappropriée d’un « espace sacré ».

La manifestation, qui a eu lieu devant la synagogue Park East, fameuse congrégation orthodoxe qui y avait organisé un salon d’information sur l’alyah, s’est attirée les foudres d’organisations juives et de leurs dirigeants, qui y ont vu de l’antisémitisme, ainsi que d’élus comme la gouverneure Kathy Hochul ou l’ancien maire, Eric Adams.

La critique n’a pas épargné les services de police, taxés d’inaction.

« Ce que je trouve gênant, c’est que la police, qui était informée de cette manifestation depuis la veille, n’a pas jugé bon de déplacer les manifestants vers la Troisième Rue ou Lexington Avenue », a déclaré le lendemain de la manifestation le rabbin Marc Schneier, dont le père est depuis longtemps le rabbin principal de la synagogue Park East.

« Elle a laissé les manifestants s’installer devant la synagogue, ce qui a mis en danger les membres de la communauté. »

La cheffe de la police new-yorkaise, Jessica Tisch, le jour de son investiture au quartier général de la police de New York, le 25 novembre 2024. (Photo AP/Seth Wenig, dossier)

Samedi, Tisch a reconnu que la police aurait dû mettre en place une « zone d’exclusion » à l’entrée de la synagogue, faute de quoi, a-t-elle expliqué, « la portion de trottoir devant les marches a été livrée au chaos. »

Des barricades ont été installées à la fois pour les manifestants pro-palestiniens et les contre-manifestants pro-Israël, ce qui n’a pas empêché le premier groupe de « se diriger vers l’entrée du bâtiment avant de finalement se replier de son côté des barricades », a expliqué au New York Daily News une source policière.

Selon Tisch, les manifestants avaient, en vertu du Premier Amendement, le droit de manifester, même à proximité d’un lieu de culte et « la NYPD se devait de garantir ce droit. »

« Ils ont le droit de dire des choses incroyablement difficiles à entendre. Je comprends profondément cette douleur, également à titre personnel », a confié Tisch avant d’ajouter que la police aurait pu en faire plus pour protéger les participants de l’événement [sur l’alyah].

« Vous étiez en droit d’attendre que le NYPD reconnaisse la sensibilité de cet endroit, le climat dans lequel nous vivons, et la peur qui tenaille notre communauté », a-t-elle ajouté. « Et au lieu de cela, il y a eu des troubles. »

À la fin de son intervention, Tisch aurait été applaudie par le public, debout, et aurait été félicitée par le propriétaire des New England Patriots, Robert Kraft, membre de l’auditoire. Kraft est le fondateur de l’Alliance Blue Square contre la Haine, ex-Fondation pour la lutte contre l’antisémitisme.

Le rabbin Arthur Schneier, président et fondateur de la Appeal of Conscience Foundation et rabbin principal de la synagogue Park East, prend la parole lors d’un hommage organisé par l’Alliance des civilisations des Nations Unies en l’honneur de son 90e anniversaire et de ses soixante années au service de la liberté religieuse et des droits humains, le 12 mars 2020, aux Nations Unies, à New York. (Diane Bondareff/AP Images pour la fondation/dossier Appeal of Conscience)

Bien que Tisch ait reconnu que la police aurait pu mieux faire, le rabbin principal de la congrégation, Arthur Schneier, survivant de la Shoah, a déclaré au New York Post qu’il était reconnaissant au NYPD d’avoir été présent.

« Dieu merci, aux États-Unis, la police nous protège contre les propagateurs de haine », a déclaré Schneier, contrairement à la police allemande qui avait été complice lors de la Nuit de Cristal.

Dimanche, le ministère de la Justice des États-Unis a annoncé l’ouverture d’une enquête sur cette manifestation.

Harmeet Dhillon, procureure générale adjointe en charge des droits civiques au ministère de la Justice, a déclaré : « L’enquête est en cours. Le [ministère de la Justice] n’a aucune tolérance envers la violence ou l’obstruction autour des lieux de culte américains. »

« Chaque fois qu’il y a des violences autour d’un lieu de culte, nous agissons », a déclaré Dhillon dans un autre communiqué.

La loi fédérale FACE Act interdit d’empêcher ou de rendre difficile l’entrée ou la sortie d’un lieu de culte, fût-ce par des menaces ou de l’intimidation.

Une semaine à peine avant les événements de Park East, Tisch avait accepté l’offre de Mamdani de rester cheffe de la police new-yorkaise, ce que certains dirigeants juifs ont perçu comme un signe rassurant à un moment de fort regain des actes antisémites. Cette décision a par ailleurs été saluée par le président américain Donald Trump, lors de son entretien avec Mamdani à la Maison-Blanche, vendredi.

Le maire élu de New York, Zohran Mamdani, à droite, et la cheffe de la police de New York, Jessica Tisch, surplombent le mémorial de la police de New York, le 19 novembre 2025. (Photo AP/Richard Drew)

Si les excuses de Tisch lui ont valu les applaudissements de la congrégation, la réaction de son futur patron a été critiquée par plusieurs dirigeants et organisations juives.

« Le maire-élu s’oppose aux propos tenus lors de la manifestation d’hier soir et continuera de le faire », a déclaré la porte-parole de Mamdani dans un communiqué avant d’ajouter : « Il estime que les New-Yorkais devraient être libres d’entrer dans un lieu de culte sans intimidation et que ces espaces sacrés ne doivent pas servir à promouvoir des activités contraires au droit international. »

Suite à ce communiqué, l’UJA-Federation of New York a envoyé un communiqué indiquant que « tous les dirigeants devaient dénoncer ces propos odieux » et Mark Treyger, PDG du Jewish Community Relations Council, a déclaré que le fait « que des Juifs se rassemblent dans une synagogue ou émigrent en Israël n’était en rien contraire au droit international. »

L’événement de Park East était organisé par Nefesh B’Nefesh, une organisation à but non lucratif chargée de promouvoir et faciliter l’alyah des Juifs nord-américains.

Que ce soit lors de ses salons ou sur son site Internet, Nefesh B’Nefesh ne destine pas les olim à des communautés particulières mais présente les implantations de Cisjordanie — que la plupart des pays, à l’exception d’Israël et des États-Unis, estiment illégales au regard du droit international — comme des destinations possibles .

L’actuel patron de Tisch, Eric Adams, s’est rendu à la synagogue de Park East lundi matin pour s’y entretenir avec le rabbin Arthur Schneier.


Adams, qui se trouvait en Ouzbékistan au moment de la manifestation, après une visite en Israël, a condamné les débordements sur les réseaux sociaux. De retour à New York dimanche, c’est à la synagogue qu’il a consacré sa première visite officielle.

« Nous ne reculons pas face à la haine — nous sommes là », a déclaré Adams dans un communiqué.

« Je me suis rendu à [la synagogue de Park East] pour me tenir fièrement aux côtés du rabbin Schneier et de notre communauté juive afin de célébrer la vie juive et réaffirmer notre lien indéfectible avec Israël après les manifestations antisémites de la semaine passée », a-t-il ajouté.

Adams est un fervent défenseur d’Israël et des communautés juives traditionnelles de New-York.

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