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Analyse

Une manifestation devant une synagogue de New York franchit une nouvelle ligne rouge

La manifestation devant la synagogue Park East marque une escalade de la part des manifestants anti-israéliens en termes de cible et de rhétorique, soulignant une nouvelle normalité pour les Juifs de la ville - malgré le cessez-le-feu à Gaza

Luke Tress

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Manifestants antisionistes devant une synagogue de New York, le 19 novembre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Manifestants antisionistes devant une synagogue de New York, le 19 novembre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

NEW YORK — Lors d’une manifestation organisée mercredi soir à l’entrée d’une synagogue de New York, un homme masqué s’est hissé au-dessus de la foule, exhortant les personnes présentes à intimider les membres de la communauté juive de la ville.

« C’est notre devoir de les amener à réfléchir à deux fois avant d’organiser ce genre d’événement », a-t-il affirmé, faisant référence à un rassemblement qui se tenait à l’intérieur du lieu de culte – un événement qui était organisé à l’initiative de Nefesh Bnefesh, un groupe qui aide et qui soutient les candidats Juifs à l’immigration en Israël.

« Nous devons leur faire peur ! Nous devons leur faire peur ! Nous devons leur faire peur ! », a-t-il répété en criant – les 200 manifestants présents reprenant chacune des phrases prononcées à l’unisson, une tactique qui est utilisée par les militants pour amplifier leurs discours sans avoir recours à un haut-parleur, qui nécessite une autorisation supplémentaire.

Il y a eu plus de 3 000 manifestations à New York depuis le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023 – mais le mouvement de protestation qui a eu lieu mercredi soir à la synagogue Park East a marqué une escalade qui a souligné ce qui est devenu une nouvelle normalité pour les Juifs de la ville, et ce, en dépit du cessez-le-feu en cours à Gaza.

Les rassemblements avaient commencé à New York dès le 8 octobre 2023, au lendemain de l’attaque sanglante qui avait été commise par le groupe terroriste sur le sol israélien. Des activistes s’étaient réunis pour fêter le massacre, entraînant un choc au sein de la communauté juive – ainsi qu’une vive indignation. Si les manifestations antisionistes étaient déjà courantes dans le passé, celles qui avaient été organisées au tout début de la guerre avaient donné un nouveau ton, avec une célébration réelle de la violence.

Dans les mois qui avaient suivi, les militants avaient continué à outrepasser les limites, au rythme du nombre de morts qui ne cessait d’augmenter à Gaza. Leurs cibles s’étaient dangereusement élargies : ils s’en étaient pris à des patients atteints d’un cancer, ils avaient vandalisé des musées et des bibliothèques, ils avaient perturbé des événements festifs et ils s’étaient rassemblés pour protester contre les veillées en mémoire des victimes du pogrom. Ces principales organisations activistes précisent clairement ne pas être à la recherche de la coexistence, de deux États ou de la fin du conflit, appelant seulement à la disparition de l’État juif.

Ci-dessous : enregistrement audio d’un leader de la manifestation s’adressant aux personnes réunies devant la synagogue Park East, le 19 novembre 2025.

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Les manifestations devant les synagogues ont toutefois été relativement rares. Après le début de la guerre, des rassemblements épars ont pu être organisés devant des synagogues à New York et dans des villes voisines du New Jersey pour protester contre des événements qui faisaient la promotion de l’immobilier en Israël. Ce ne sont pas les synagogues qui sont elles-mêmes à l’origine de ces événements : Les organisateurs louent simplement des espaces dans les bâtiments.

Il faut noter que les mouvements de protestation, devant les lieux de culte juifs, ont tendance à être particulièrement virulents, tout comme les manifestations dans les quartiers qui comptent une forte population juive.

Mais ce qui s’est passé mercredi soir a marqué une escalade dans la mesure où cela a été la toute première fois qu’une synagogue aussi importante, située en plein cœur de Manhattan, a été visée par les protestataires avec des discours qui ont été plus violents, plus menaçants et plus haineux que d’habitude.

Les manifestants ont notamment entonné les slogans suivants :

• « Mort, mort à l’armée israélienne »

• « De New York à Gaza, mondialisons l’Intifada »

• « Dites-le haut et fort, nous ne voulons pas de sionistes ici »

• « Résistance, tu nous rends fiers, éliminons un autre colon »

• « Nous ne voulons pas de deux États, nous voulons 1948 »

• « La résistance est justifiée »

• « Pas de paix sur une terre volée »

• « Colons, colons, rentrez chez vous, la Palestine est à nous seulement »

Jamais les protestataires n’avaient scandé « Mort à l’armée israélienne » – ni appelé à la mort de qui que ce soit, de manière plus générale – lors des dizaines de manifestations qui ont pu être couvertes par le Times of Israel, ces dernières années. Mais ce slogan a été répété à plusieurs reprises mercredi soir. Autre nouveauté, le slogan appelant à « éliminer un colon ».

Un homme juif se dispute avec des manifestants antisionistes devant la synagogue Park East à New York, le 19 novembre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

La manifestation avait été organisée et annoncée par les principaux groupes militants de la ville – notamment par plusieurs groupes étudiants.

« Pas de colons sur des terres volées ! Manifestez contre le salon de recrutement des colons », était-il écrit sur des messages qui annonçaient l’événement.

Les protestataires avaient été autorisés par les responsables concernés à se rassembler juste à côté de l’entrée de l’école de la synagogue – obligeant les personnes désireuses d’assister à l’événement à passer devant eux pour accéder au bâtiment. Les militants ont ensuite diffusé des vidéos sur les réseaux sociaux qui montraient les membres de la communauté juive qui pénétraient dans le lieu de culte, les qualifiant de « colons » dans les séquences, tandis que les activistes hurlaient « honte » à l’arrière-plan.

Alors qu’il lui était demandé pourquoi la manifestation avait été autorisée à une telle proximité de l’entrée de la synagogue, la police de New York n’a pas apporté de réponse, se contentant d’indiquer que « la manifestation est dorénavant terminée et aucune arrestation n’a été effectuée ». Les forces de l’ordre, très présentes sur le site du rassemblement, ont veillé à maintenir les manifestants antisionistes à distance des contre-manifestants juifs qui, eux aussi, avaient fait le déplacement.

La communauté juive félicite généralement la police pour sa prise en charge des manifestations.

L’entrée de la synagogue Park East, avec des manifestants pro-Israël et anti-Israël de chaque côté, séparés par la police, à New York, le 19 novembre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

La manifestation a été organisée sous couvert d’une mouvement de protestation de nature politique – et ce, dans la mesure où elle a pris pour cible un événement, et non la synagogue elle-même. Toutefois, les militants ont à plusieurs reprises sombré dans un antisémitisme flagrant sans aucun rapport avec l’événement, avec une rhétorique plus extrême que celle généralement utilisée lors de rassemblements similaires.

Une femme a ainsi crié « Putain de salauds de Juifs » en direction des passants. Une autre a hurlé : « Vous appartenez au culte de la mort » alors qu’elle se querellait avec un homme qui portait une kippa. Sur une pancarte brandie par l’un des protestataires était écrit : « Les pédophiles et les violeurs dirigent notre gouvernement au service d’Israël » – le texte était superposé à une photo montrant le président américain Donald Trump et Jeffrey Epstein.

D’autres ont évoqué à hauts cris la directive Hannibal – en référence à une théorie du complot qui laisse entendre que l’armée israélienne aurait été responsable de la mort de civils israéliens, le 7-Octobre.

« Bande de salauds de violeurs. Bande de pédophiles. Bande de merdeux d’Epstein », a hurlé une femme.

La présence de la secte juive marginale et antisioniste Naturei Karta a également aidé les militants à échapper aux accusations d’antisémitisme. Les membres de ce petit groupe très extrémiste sont en première ligne de presque toutes les manifestations anti-israéliennes qui peuvent se produire dans la ville. Mercredi soir, les membres du groupe, qui a été condamné par d’autres mouvements hassidiques non sionistes, ont piétiné à plusieurs reprises un drapeau israélien.

L’animosité n’a pas été unilatérale : des militants juifs de droite avaient ainsi lancé des appels à contre-manifester, rappelant que « le silence n’est pas une option ». Les deux camps se sont insultés, faisant des gestes obscènes à travers le cordon de la police, braquant des lampes torches pour aveugler les protestataires, d’un côté et de l’autre. Une tasse à café en plastique a aussi été jetée d’un côté et de l’autre.

Ce mouvement de protestation a fait suite à d’autres incidents antisémites récents à New York, incidents qui ont eu lieu malgré le cessez-le-feu qui est entré en vigueur à Gaza le mois dernier – soulignant ce qui est devenu une nouvelle normalité pour les Juifs de la ville, victimes de crime de haine à un nombre bien supérieur que celui de tous les autres groupes.

Parmi les incidents récents qui sont survenus depuis la signature du cessez-le-feu, un éducateur juif a été agressé dans la rue ; des vandales ont dessiné des croix gammées sur une yeshiva de Brooklyn ; l’insulte « Fuck Jews » a été taguée sur un trottoir et un chef religieux musulman a quitté un événement interconfessionnel qui était organisé dans une université, estimant que le représentant de la communauté juive était un « sioniste ».

Des contre-manifestants juifs face à une manifestation organisée par Pal-Awda, devant une synagogue de New York, le 19 novembre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Tous ces incidents se sont produits alors que la communauté juive exprime ses inquiétudes après la victoire, lors des élections municipales, de Zohran Mamdani, un critique virulent d’Israël, qui deviendra ainsi le prochain maire de la ville.

Les New-Yorkais juifs ont exprimé à plusieurs reprises leurs préoccupations face à la manière dont Mamdani sera amené à réagir aux mouvements de protestation susceptibles d’être organisés devant les synagogues et dans les quartiers juifs – qu’il s’est engagé à protéger, présentant également un plan de lutte contre l’antisémitisme. Mais, au début de l’année, Mamdani avait défendu l’usage du slogan « mondialiser l’Intifada » – qui a encore été scandé lors de la manifestation de mercredi. Il a néanmoins assuré qu’il « découragerait » l’usage de ce slogan après avoir subi de fortes pressions dans ce sens.

Dora Pekec, porte-parole de Mamdani, a expliqué jeudi au Times of Israel que « le maire-élu a découragé l’usage du langage utilisé lors de la manifestation d’hier soir et il continuera à le faire ».

« Il estime que tous les New-Yorkais doivent être libres d’entrer dans un lieu de culte sans être victimes d’intimidation et que ces espaces sacrés ne doivent pas, par ailleurs, être utilisés pour promouvoir des activités contraires au droit international », a-t-elle ajouté.

Le groupe qui a organisé l’événement, Nefesh Bnefesh, n’oriente pas les éventuels immigrants vers les implantations – des implantations qui sont illégales aux yeux de la majorité de la communauté internationale – même si le groupe affiche des informations, sur son site internet, sur les coordinateurs qui viennent en aide aux nouveaux-arrivants dans les blocs de Cisjordanie.

Les militants antisionistes qualifient souvent tous les Juifs israéliens de « colons », avec pour objectif d’ôter toute légitimité à la présence juive en Israël.

D’autres responsables new-yorkais ont émis des condamnations énergiques de ce qui s’est passé. Cela a notamment été le cas du maire, du gouverneur et du président de l’arrondissement de Manhattan, Mark Levine, qui occupera le poste de contrôleur municipal au sein de l’administration Mamdani.

Mercredi, Mamdani a confirmé qu’il maintiendrait à son poste la très estimée commissaire de la police de New York, Jessica Tisch, tenant ainsi une promesse de campagne qui avait rassuré les centristes, y compris les Juifs, qui craignaient pour leur sécurité en raison des critiques passées de Mamdani à l’égard des forces de l’ordre. Le candidat démocrate à la mairie de la Grande Pomme avait également, dans le passé, attribué la responsabilité des violences policières commises dans la ville à Israël, préoccupant les leaders de la communauté juive.

Le maintien de Tisch à son poste a toutefois provoqué une vive réaction de la part des principaux militants antisionistes à New York. Des militants qui appartiennent au même camp que celui qui a organisé la manifestation devant la synagogue – ce qui met en exergue le numéro d’équilibriste que Mamdani sera amené à accomplir entre sa base d’extrême gauche et les modérés de la ville.

À l’intérieur de la synagogue, mercredi dans la soirée, l’événement lancé par Nefesh Bnefesh s’est déroulé comme prévu – les membres de son personnel accueillant les participants à une table située à l’entrée de la synagogue, à la vue des manifestants. Un employé de l’organisation a confié qu’environ 150 personnes étaient venues à cette journée portes ouvertes pour discuter des possibilités d’immigrer en Israël.

« Les discussions sur l’alyah, en tant qu’option, ont été plus sérieuses que cela avait été le cas lors d’autres soirées similaires, dans le passé », a confié l’employé.

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