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Kraft justifie l’exclusion de Macklemore par ses « propos et images antisémites »

Les détracteurs du rappeur anti-Israël rappellent sa prestation de 2014 "Jewface" que l’ADL lui avait pardonnée, alors qu'il suscite un nouvel émoi avec ses propos sur un "génocide"

Macklemore se produisant lors du concert « Austin City Limits Live » au Moody Theater, dans le cadre du festival South by Southwest, à Austin, au Texas, le 17 mars 2023. (Crédit : Jack Plunkett/Invision/AP)
Macklemore se produisant lors du concert « Austin City Limits Live » au Moody Theater, dans le cadre du festival South by Southwest, à Austin, au Texas, le 17 mars 2023. (Crédit : Jack Plunkett/Invision/AP)

JTA — La dernière fois que Macklemore s’était attiré les foudres de la communauté juive pour une prestation controversée, il s’était excusé, on lui avait pardonné, et le rappeur avait demandé à ses fans de soutenir l’Anti-Defamation League (ADL).

C’était en mai 2014, lorsque Macklemore avait porté sur scène un costume composé d’un grand nez prothétique recourbé, d’une perruque noire et d’une barbe touffue, ce qui avait poussé de nombreux commentateurs à affirmer qu’il entretenait un stéréotype à l’égard des Juifs.

Depuis lors, la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza a creusé un profond fossé entre Macklemore et les défenseurs juifs pro-Israël. Macklemore affirme qu’il se sent tenu de militer en faveur de la cause palestinienne, tandis que ses détracteurs estiment qu’il franchit la ligne rouge de l’antisémitisme.

Macklemore ne s’est pas excusé pour les propos anti-Israël qui lui ont valu d’être écarté de la première partie d’Ed Sheeran dans les stades, mais il a campé sur ses positions et il a reçu le soutien de la communauté du divertissement. L’ADL, un groupe de défense juif pro-Israël, a qualifié ses agissements « d’inacceptables ».

Robert Kraft, le milliardaire pro-Israël qui a empêché Macklemore de se produire cette semaine au Gillette Stadium, dont il est propriétaire, a semblé faire référence à la polémique de 2014 dans un communiqué expliquant sa décision. Il a déclaré que le rappeur avait « un passé plus long de rhétorique et d’imagerie antisémites ».

En 2014, Macklemore s’était excusé pour ce déguisement qui avait suscité des accusations de « Jewface », expliquant qu’il avait voulu « surprendre le public du concert avec un déguisement improvisé » et reconnaissant que celui-ci pouvait être « assimilé à une caricature juive ».

Abe Foxman, le défunt directeur de l’ADL, dont l’absolution était autrefois le sésame pour les célébrités souhaitant sortir de leur statut de paria, avait pardonné au rappeur.

« Nous le croyons sur parole lorsqu’il affirme n’avoir eu aucune mauvaise intention et acceptons sans réserve ses excuses », avait déclaré Foxman à l’époque.

« Du négatif peut naître du positif », avait déclaré Macklemore dans son propre communiqué de 2014.

« Grâce à cette situation, j’ai découvert des groupes incroyables comme l’ADL et j’encourage les gens à s’intéresser à l’excellent travail qu’ils accomplissent, ainsi qu’à d’autres groupes similaires. »

La guerre déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, ainsi que les destructions commises par Israël à Gaza, ont encouragé Macklemore à s’engager contre l’État hébreu.

Près de dix ans, jour pour jour, après l’incident du déguisement, en mai 2024, Macklemore a sorti sa chanson « Hind’s Hall ».

Ce titre rend hommage aux manifestants anti-Israël qui avaient occupé le Hamilton Hall de l’université Columbia et l’avaient rebaptisé en l’honneur de Hind Rajab, une fillette gazaouie tuée pendant la guerre de Gaza. Sa mort fait l’objet d’une enquête de l’armée israélienne, qui a reconnu avoir tué plusieurs autres passagers de la voiture où se trouvait Hind. Les manifestants avaient également déployé une banderole sur laquelle était inscrit le mot « Intifada » depuis la fenêtre du deuxième étage.

Sorti au plus fort du mouvement anti-Israël sur les campus universitaires, ce titre rendait hommage aux étudiants manifestants et dénonçait le soutien militaire apporté à Israël par l’ancien président Joe Biden, ainsi que par l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), un lobby pro-Israël.

Des manifestants anti-Israël sur le campus de l’université Columbia, déployant une banderole, alors qu’ils se barricadent à l’intérieur du Hamilton Hall, qu’ils ont rebaptisé « Hind Rajab Hall », à New York, le 30 avril 2024. (Crédit : Marco Postigo Storel via AP)

Les paroles rejettent également les accusations d’antisémitisme portées contre les détracteurs d’Israël, affirmant que des « mensonges » prétendent « qu’il est antisémite d’être antisioniste » et rendant hommage aux « frères et sœurs juifs » qui se sont montrés solidaires des Palestiniens.

Le chanteur de reggae juif Matisyahu avait déclaré à l’époque à TMZ qu’il estimait que la chanson faisait appel à des stéréotypes selon lesquels le peuple juif contrôlait le monde.

Depuis lors, Macklemore a été critiqué à plusieurs reprises par des personnalités juives et pro-Israël de premier plan pour avoir accusé Israël de « génocide » et d’apartheid.

Les critiques l’ont suivi à l’étranger. En juin 2024, devant un public à Mönchengladbach, ville de l’ouest de l’Allemagne, il a déclaré : « Il n’y aura jamais de réparations pour la Shoah, mais la seule façon pour nous d’expier notre passé est de nous dresser aujourd’hui contre l’apartheid, contre l’occupation, contre le génocide, pour une Palestine libre. »

L’année suivante, le Conseil central des Juifs d’Allemagne, l’organisation faîtière juive du pays, a condamné l’invitation de Macklemore au festival allemand Deichbrand, affirmant que cela signifiait que « l’antisémitisme est le bienvenu sur la grande scène » et que le festival n’était « plus un lieu sûr pour les Juifs ».

En février 2025, Macklemore a sorti une suite à « Hind’s Hall » intitulée « F—ed up ». Une chanson qui rend hommage aux manifestations contre le président Donald Trump, son conseiller de l’époque, Elon Musk, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Les paroles établissent également un lien entre l’aide militaire américaine à Israël et les inégalités de revenus aux États-Unis, en déclarant : « On tue des enfants palestiniens et c’est nous qui en payons le prix / Pourquoi crois-tu que tu ne peux pas payer le loyer de ton immeuble ? »

Dans le clip, un plan juxtapose la photo d’un enfant palestinien à Jénine, en Cisjordanie, à une image tristement célèbre de la Shoah montrant un enfant levant les mains dans le ghetto de Varsovie.

David Draiman, leader du groupe Disturbed et fervent défenseur d’Israël, a déclaré sur le réseau social X après la sortie de « F—ed up » que ses coreligionnaires juifs étaient « manifestement absents face à cette flambée d’antisémitisme ».

Mais lorsque Macklemore a réitéré ses opinions ce mois-ci devant certains des plus grands publics de sa carrière, la polémique a été encore plus vive. En première partie du concert d’Ed au MetLife Stadium, au New Jersey, Macklemore a interprété « Hind’s Hall » et scandé le slogan « Free Palestine », tout en projetant des images de Gaza.

Une fois de plus, il a cherché à distinguer sa critique d’Israël de l’antisémitisme.

« À tous mes frères et sœurs juifs : critiquer Israël, critiquer l’apartheid, s’opposer au génocide n’est en aucun cas une critique à votre égard », a déclaré Macklemore sur scène.

Macklemore a annoncé sur Internet que Kraft lui avait finalement interdit de se produire au Gillette Stadium et avait incité d’autres propriétaires de stades à le boycotter, indiquant à Ed Sheeran qu’il ne pourrait pas se produire dans leurs salles si Macklemore restait dans la tournée.

Kraft a confirmé cette décision dans un communiqué, expliquant que Macklemore avait « favorisé la division et la haine » en « ne diffusant que des informations sélectives et en ignorant les actions du Hamas ».

« J’ai consacré une grande partie de mon temps et de mon attention, au cours de la dernière décennie, à la lutte contre l’antisémitisme et la haine sous toutes ses formes, et je me sens responsable de prendre position lorsque j’estime que la ligne rouge a été franchie », a déclaré Kraft.

Des personnalités juives, dont la chanteuse Pink et le magnat de Barstool Sports, Dave Portnoy, ont critiqué Macklemore et accusé Kraft de ne pas avoir pris la bonne décision. L’Israeli-American Council (IAC) s’est félicité de cette initiative et il a demandé à Ed Sheeran de se séparer de Macklemore.

Mais cette fois-ci, Macklemore est loin d’être un paria. Les autres artistes de la première partie du concert de Sheeran ont démissionné pour le soutenir. En dehors du monde de la musique, le sénateur du Vermont Bernie Sanders et la députée de New York Alexandria Ocasio-Cortez, deux des figures progressistes les plus en vue du pays, lui ont apporté leur soutien.

L’ADL, loin de pardonner à Macklemore, l’a accusé de « militantisme anti-Israël théâtral, partial et haineux ».

« Ce n’est pas une première pour Macklemore », a déclaré le groupe sur X.

« Il a déjà diabolisé Israël et les Israéliens à plusieurs reprises, accusant à tort Israël de génocide et tenant des propos et adoptant des comportements antisémites. »

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