Interview

Face aux clivages, le nouveau grand rabbin prône l’ouverture

Qu'il s'agisse de la loi sur les Haredim, du mariage ou de la casheroute, le grand rabbin ashkénaze Kalman Ber estime que l'amour, l'unité et l'action discrète amèneront un changement durable

Le Grand Rabbin ashkénaze Kalman Ber dans son bureau, à Jérusalem le 22 juillet 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

Alors que son mandat de dix ans a commencé il y a de cela neuf mois, le grand rabbin ashkénaze Kalman Ber dit chercher à insuffler une nouvelle vie au grand rabbinat, une institution qui se définit largement par sa résistance aux changements.

La refonte de cette instance quelque peu vieillotte n’est pas une tâche aisée dans la mesure où il faudra probablement remettre en question des structures de pouvoir qui avaient été établies il y a déjà très longtemps. Néanmoins, Ber explique vouloir aborder ce processus en rassembleur, dénonçant avec force les clivages et la coercition.

Le Grand-Rabbinat, dont la mission est de superviser le caractère juif de l’État, exerce une influence considérable sur la vie israélienne. Il fixe les normes de la casheroute dans les secteurs public et privé ; il détient l’autorité exclusive sur le mariage juif et il est à la tête du système juridique rabbinique qui est en charge de nombreuses questions juives, avec parmi elles le divorce et les conversions.

Mais si Ber envisage de procéder à des changements dans un grand nombre de ces domaines, il n’est pas pour autant un révolutionnaire. Pilier du rabbinat, connu pour ses talents de pacificateur, il est fermement convaincu que la grande majorité des problèmes ne pourront être résolus qu’en travaillant à l’abri des regards, en toute discrétion, et en évitant la confusion susceptible d’être entraînée par les conflits publics.

Ber s’est entretenu avec le Times of Israel à l’occasion d’une longue interview pendant « les Trois semaines », la période de deuil et de réflexion qui précède Tisha BeAv, au cours de laquelle les thèmes de l’unité et de l’apaisement des fractures sociétales sont souvent mis en avant.

« Il ne suffit pas de s’adresser à quelqu’un en l’appelant ‘mon frère’, » dit Ber. « Chaque soir, avant de s’endormir, chacun d’entre nous devrait se demander s’il a réellement fait quelque chose pour aider ou pour soutenir quelqu’un en dehors de sa propre communauté ».

Et pour réussir, souligne-t-il, il ne faut pas se contenter de paroles : il faut passer à l’acte.

Pour Ber, en tant que grand rabbin, cela signifie qu’il faut accueillir les Juifs de toutes les tendances et qu’il faut rendre le rabbinat accessible au plus grand nombre.

C’est dans cet état d’esprit que le grand rabbin déclare vouloir modifier la façon dont le rabbinat prend en charge les mariages, en inversant une tendance marquée par un nombre croissant de couples israéliens qui ont renoncé à s’unir en passant par l’intermédiaire du rabbinat – le seul moyen pour les Juifs de se marier légalement en Israël.

« L’un des paramètres permettant de mesurer mon succès a été d’amener davantage de couples à se marier par l’intermédiaire du rabbinat », indique le rabbin, qui ajoute qu’il a d’ores et déjà constitué une équipe chargée de mettre au point un plan de travail.

Ber s’est également engagé à mettre en œuvre prochainement une réforme de la casheroute qui, selon lui, réduira la bureaucratie, augmentera le choix des produits qui sont proposés aux consommateurs et qui fera baisser les prix.

Pour de nombreux Israéliens, le Grand-Rabbinat représente une institution problématique ou au mieux sans pertinence – plus de 50 % du public ne le reconnaît pas comme autorité religieuse ou spirituelle, selon une enquête de l’Institut israélien de la Démocratie qui avait été réalisée en 2024.

Le grand rabbin ashkénaze Kalman Ber visite une base aérienne pendant la guerre entre Israël et l’Iran en juin 2025. (Autorisation)

Ber défend la nécessité du rabbinat et le maintien du caractère juif du pays, tout en soulignant l’importance de la liberté religieuse qui, selon lui, est déterminante au niveau individuel.

« L’État doit avoir un caractère juif parce que votre père et le mien ont voulu venir ici parce que c’était un État juif », dit-il. « Il est évident qu’en privé, chacun peut faire ce qu’il veut et sachez que je serais le premier à émettre des protestations si on devait se permettre de dicter à quelqu’un ce qu’il doit faire ».

Au cours de l’entretien, Ber souligne les liens étroits qu’il entretient avec de nombreux Juifs laïcs et son aspiration à également communiquer avec les Juifs de la Diaspora. Il critique toutefois sévèrement les mouvements juifs non-orthodoxes, estimant qu’ils remettent en cause « les fondements essentiels de notre religion ».

Alors que ses propos ont semblé viser le judaïsme réformé, de nombreux Israéliens orthodoxes utilisent souvent le terme « réformé » comme un terme fourre-tout désignant tout courant non-orthodoxe – ce qui témoigne d’une ignorance concernant les écoles de pensée juives qui ont proliféré dans la diaspora, mais qui restent largement en dehors du courant qui domine en Israël.

Le rabbin présente une perspective juive sur la guerre à Gaza et sur la nécessité pour Israël d’être une lumière pour les nations dans le contexte de la protection apportée aux membres de la communauté druze, en Syrie.

Des volontaires de ZAKA marchant à travers les destructions causées par les terroristes du Hamas ramassant les cadavres, dans le kibboutz Kfar Aza, le 15 octobre 2023. (Crédit : Edi Israel/Flash90)

Considère-t-il la guerre à Gaza comme une milhemet mitzvah – une guerre que les Juifs sont dans l’obligation de mener ?… A cette question, Ber répond qu’il ne fait aucun doute qu’une guerre lancée par Israël contre une entité qui vise à détruire le pays doit être considérée comme telle.

Pourtant, les leaders de la communauté ultra-orthodoxe ont fermement refusé de renoncer aux exemptions généralisées de service militaire accordées qui sont accordées traditionnellement aux jeunes de la communauté haredi depuis des décennies. Un jugement rendu par la Cour suprême, qui avait fait savoir que cette pratique était illégale et discriminatoire, a incité la communauté à réclamer une législation controversée consacrant ces exemptions dans la loi, refusant un compromis sur la question – ce qui a fait du problème une question explosive susceptible de faire s’effondrer le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Ber refuse de donner son avis sur cette crise.

« Aujourd’hui, nous avons un problème et au Grand-Rabbinat, nous essayons de le résoudre par des moyens [privés], sans passer par les médias », indique-t-il. « J’ai été rabbin dans une ville pendant de nombreuses années et j’ai constaté que de nombreuses choses ne pouvaient être résolues que lorsqu’elles sont abordées à l’abri des regards, et certainement pas dans les médias. Il n’y a aucune chance de les résoudre, le cas échéant. »

Les soldats de Tsahal mènent des opérations dans la zone de Jabaliya à Gaza, une photo diffusée par l’armée le 28 juillet 2025. (Crédit : Tsahal)

Néanmoins, Ber se dit tout à fait convaincu qu’une solution sera trouvée, même s’il reconnaît qu’il ignore combien de temps la crise durera.

Le rabbin se présente depuis longtemps comme un homme en capacité de créer des liens entre des mondes différents.

Descendant d’éminents rabbins issus de courants hassidiques et non-hassidiques, Ber est né à Tel Aviv en 1957. Il a étudié et enseigné dans des institutions du mouvement national-religieux, notamment à la yeshiva Kerem B’Yavneh, un établissement où les jeunes hommes combinent étude de la Torah et service militaire.

Ber a lui-même servi dans une unité de combat au sein de la brigade Nahal. L’un de ses deux fils a déjà fait son service dans l’armée et l’autre étudie actuellement la Torah à plein temps – mais il prévoit de s’enrôler à l’avenir.

En 2014, Ber a été nommé grand rabbin de Netanya où il a entretenu de bonnes relations avec toutes les communautés, en partant des membres du groupe hassidique Sanz, qui a une présence importante dans la ville côtière, jusqu’aux nombreux résidents laïcs de la ville.

Le grand rabbin récemment élu de Netanya, Kalman Ber, visite les restaurants casher de la ville, le 15 septembre 2014. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Au mois d’octobre, la commission chargée de nommer les grands rabbins – une commission formée de 150 membres, avec environ 80 rabbins et 70 fonctionnaires – a préféré sa candidature à celle du rabbin Micha Halevi, leader intransigeant qui appartient au mouvement sioniste-religieux.

Sa sélection avait été rendue possible par le soutien que lui avait apporté une large coalition comprenant le parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah, l’organisation nationale des rabbins religieux Tzohar, une instance plutôt modérée, et de nombreux membres laïques du comité. Halevi, en revanche, avait été soutenu par le parti du Hatzionout HaDatit de Bezalel Smotrich et par le parti sépharade du Shas, qui exerce une grande influence sur le grand rabbin sépharade.

Ber est actuellement à la tête du Conseil du grand rabbinat, qui conseille tous les organes gouvernementaux sur les questions juives, tandis que son homologue sépharade, le grand rabbin David Yosef, est le président du Grand tribunal rabbinique, qui supervise les tribunaux rabbiniques du pays. Ils devraient échanger leurs rôles respectifs dans cinq ans.

« Un rabbin ne peut pas être sectaire », déclare Ber au cours de l’entretien. « Tout comme le président de l’État peut être issu d’un parti politique mais doit s’élever au-delà de tout esprit partisan pour se mettre au service tous les citoyens, un [grand] rabbin doit lui aussi transcender les divisions. S’il ne reste qu’un rabbin au nom de son propre groupe, il échoue dans sa mission. Pour remplir véritablement son rôle, un rabbin doit être le rabbin de tous ».

Le président israélien Isaac Herzog avec les nouveaux grands rabbins, le grand rabbin ashkénaze Kalman Ber et le grand rabbin séfarade David Yosef, lors de leur cérémonie de prestation de serment à la résidence du président à Jérusalem, le 4 novembre 2024. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

L’interview qui suit a été réalisée en hébreu et traduite en anglais. Elle a été légèrement modifiée à des fins de clarté et de concision.

Le Times of Israel : Nous sommes au milieu des « Trois semaines ». A quoi les Israéliens devraient-ils penser alors que nous approchons de Tisha BeAv ?

Rabbi Kalman Ber : Le Talmud dit que le premier Temple avait été détruit à cause de l’idolâtrie, de l’immoralité sexuelle et du sang qui coulait abondamment – les trois transgressions les plus graves [selon la loi juive]. Il indique que le second Temple avait été détruit à cause d’une haine gratuite. Le Talmud pose la question suivante : Qu’est-ce qui a été le pire ?… La réponse souligne qu’après 70 ans, le premier Temple avait été reconstruit alors que nous attendons toujours la reconstruction du second Temple. Ce qui signifie que la haine sans fondement est quelque chose de bien plus terrible.

Et quelle était donc cette haine gratuite ? À l’époque du second Temple, tout le monde servait Dieu conformément à la volonté divine, mais si quelqu’un devait afficher une pratique différente, il était considéré comme un rodef [une menace qu’il faut éliminer], comme un apostat ou comme un non-Juif.

La paix, qui est à l’opposé de la haine gratuite, est l’amour désintéressé ; cela ne signifie pas que tout le monde est tenu de penser de la même manière, de faire comme tous les autres, mais ce qui signifie que nous devons laisser de la place à l’autre.

Des Juifs réunis pour la prière de Tisha BeAv au mur Occidental, dans la Vieille ville de Jérusalem, le 12 août 2024. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Dans l’extrait hebdomadaire de la parasha de Pin’has, nous avons lu récemment : « Que Hachem établisse sur l’assemblée un homme » [Nombres 27:16]. Rachi dit qu’il s’agirait ici d’un leader qui saurait comment s’adapter à chaque esprit et à chaque individu. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie-t-il qu’il serait d’accord avec tout le monde ? Je pense qu’il s’agit plutôt de quelqu’un qui saurait comment inclure chaque personne. Et c’est aujourd’hui la chose la plus importante dont nous avons besoin.

Avant la guerre [du 7 octobre], nous étions dans une situation terrible – une véritable guerre entre frères. La guerre nous a rapprochés à bien des égards. Il faut que cela continue. Comment ? Il ne suffit pas d’appeler quelqu’un « mon frère » ; nous devons nous occuper de tout le monde, même de ceux qui n’appartiennent pas à notre communauté.

Je vais vous raconter une histoire. Un mois après Sim’hat Torah [le 7 octobre 2023], j’ai été invité à participer à une visite de la périphérie de Gaza. Nous sommes allés à plusieurs endroits et finalement, nous nous sommes rendus à Kfar Aza, la communauté la plus dévastée.

Là-bas, un homme s’est approché de moi et il m’a dit : « Je suis un athée convaincu, et si vous étiez venu ici avant le 7 octobre, j’aurais préféré vous voir à l’extérieur de notre portail ». Ce qui n’a pas été facile à entendre. Mais il a ajouté : « Aujourd’hui, j’ai envie de vous demander de me prendre dans vos bras – et, si vous le voulez bien, de prendre un selfie avec moi ». J’ai accepté, je lui ai demandé son nom mais je lui ai aussi demandé : « Vous êtes toujours qui vous êtes, et je suis toujours qui je suis – qu’est-ce qui a ainsi changé ? »… Il m’a répondu : « J’ai vu ce que [les religieux] font ici à Kfar Aza, et ce que vous faites à Shfayim, où j’ai été évacué. Et je comprends désormais que oui, nous sommes vraiment frères ».

J’ai appris qu’il fallait plus que des paroles pour créer un lien véritable avec autrui – il faut se montrer présent et il faut savoir passer à l’acte.

Maisons du kibboutz Kfar Aza, dans le sud d’Israël, détruites lors de l’assaut du Hamas le 7 octobre 2023, photographiées le 19 septembre 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Le Talmud de Jérusalem souligne un paradoxe frappant dans la Bible : sous le règne du roi David, de nombreuses personnes étaient tombées au combat, alors que sous un roi impie, personne n’avait péri. Pourquoi ? Parce que sous le roi méchant, le peuple était uni et a contrario, à l’époque de David, il était divisé. À l’approche de Tisha BeAv, le message est clair : ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’une unité en paroles, mais d’une unité en actes.

Chaque soir, avant de s’endormir, chacun d’entre nous devrait se demander s’il a réellement fait quelque chose pour aider ou pour soutenir quelqu’un en dehors de sa propre communauté.

Comment voyez-vous le rôle du Grand-Rabbin ?

Tout d’abord, le grand rabbinat s’occupe de certaines questions essentielles : la casheroute, le mariage, les agounot (les « femmes enchaînées » dans leur mariage), et ainsi de suite…

Toutefois, au-delà de ces questions, un Grand-Rabbin doit également être une référence en matière de judaïsme et de Torah. Le premier Grand-Rabbin de la Palestine mandataire, Rabbi Abraham Isaac Kook, avait écrit lors de la création du Grand rabbinat que sa mission était d’apporter la lumière de la Torah à chaque individu.

Depuis le début de la guerre, je peux vous dire que la soif de Torah, la soif de foi, l’envie de judaïsme sont immenses. Les gens sont impatients d’entendre ces enseignements. À l’approche du mois d’Eloul, nous avons beaucoup à faire. En son temps, Rabbi Kook avait lancé ce qu’il appelait le « voyage des rabbins », se déplaçant à dos d’âne et à cheval pour atteindre toutes les communautés à travers la Terre [d’Israël]. Un esprit qui doit se poursuivre – non pas à cheval, mais avec l’aide des outils modernes qui sont dorénavant à notre disposition, avec des rencontres éducatives, etc. Les Shabbatot où je ne suis pas chez moi, je m’efforce d’être avec les Israéliens – avec tous.

Le grand rabbin ashkénaze Kalman Ber visite une base aérienne pendant la guerre entre Israël et l’Iran en juin 2025. (Autorisation)

Dans la première interview que vous avez accordée après votre élection – c’était au journal du mouvement nationaliste-religieux Makor Rishon – vous avez affirmé que vous étiez à la fois sioniste et haredi. Pourquoi était-il important pour vous de souligner cette double identité ?

Il est écrit au sujet de la reine Esther qu’elle avait trouvé grâce auprès de tous ceux qui l’avaient vue [Esther 2:15]. Les Sages expliquent que cela veut dire qu’elle savait s’adresser à tous les groupes, de manière à ce qu’ils aient le sentiment qu’elle pouvait les représenter.

Un rabbin ne peut pas être sectaire.

De même que le président de l’État peut être issu d’un parti politique mais qu’il doit s’élever au-delà de tout esprit purement partisan pour se mettre au service de tous les citoyens, un [grand] rabbin doit savoir transcender les divisions. S’il ne reste que le rabbin de son propre groupe, il échoue dans sa mission. Pour remplir véritablement son rôle, un rabbin doit être un rabbin pour tout le monde.

Pour certains Israéliens, le Grand Rabbinat est une institution problématique, soit parce qu’il représente une coercition religieuse, soit parce qu’ils ont eu de mauvaises expériences avec lui.

Le peuple d’Israël est revenu sur sa terre pour être le peuple d’Israël. L’État doit avoir un caractère juif dans la mesure où si votre père et mon père ont voulu revenir ici, c’était pour vivre dans un État juif. Il ne s’agit pas de contrainte religieuse. Il est évident qu’en privé, chacun peut faire ce qu’il veut et sachez que je serais le premier à émettre des protestations si on devait se permettre de dicter à quelqu’un ce qu’il doit faire – mais l’État doit être juif.

L’entrée des bureaux du Grand-Rabbinat d’Israël, à Jérusalem. (Crédit : Flash90)

En même temps, en tant que rabbin ayant officié dans une ville pendant longtemps, je sais combien il est important que chacun ait le sentiment d’être le bienvenu.

Que pensez-vous de la guerre à Gaza ? Certains ont estimé qu’elle était une milhemet mitzvah, une guerre ordonnée par Dieu. Êtes-vous d’accord ? Comment, en tant que Juifs, concilier la guerre et les terribles ravages qu’elle engendre avec l’idée que chaque personne est créée à l’image de Dieu ?

Je dois dire, tout d’abord, que le Judaïsme ne s’oppose à l’islam, il ne s’oppose pas au christianisme, ou à une autre religion. Au contraire, le Rambam – Maïmonide avait écrit que le Saint, béni soit-il, avait créé l’islam et le christianisme parce qu’ils défendaient également l’idée du monothéisme, l’idée d’un Dieu unique.

Toutefois, nous nous opposons à ceux qui veulent nous tuer. Dans le langage utilisé par Rambam, une milhemet mitzvah est une guerre qui vise à sauver Israël d’un ennemi qui l’attaque. Et contre ces entités qui veulent nous tuer, qui veulent nous éliminer, il est certain que nous parlons ici d’une milhemet mitzvah. Nous espérons, nous prions le Créateur de l’univers de nous aider afin que nous puissions vaincre tous ces ennemis.

Des Palestiniens reçoivent des repas de bénévoles à Gaza City, le 28 juillet 2025. (Crédit : Ali Hassan/Flash90)

Nous n’avons aucun problème avec ceux qui ne cherchent pas à nous détruire ; au contraire, nous voulons qu’ils vivent en paix.

Ce qui nous amène à la crise qui a été entraînée par le projet de loi.

Je vais vous répondre. Tout d’abord, l’apprentissage de la Torah est très important. Nos Sages disent que pendant les guerres [du roi] David, David s’asseyait et qu’il étudiait la Torah et que Yoav était son général, que c’était lui qui menait la bataille – et tous les deux se complétaient l’un l’autre ; sinon, ils n’auraient pas gagné [Sanhedrin 49a]. Il faut les deux. Aujourd’hui, nous avons un problème et nous, au Grand Rabbinat, nous essayons de le résoudre à l’abri des regards, sans passer par les médias.

Parce que j’ai officié dans une ville en tant que rabbin, j’ai constaté que de nombreux problèmes ne peuvent être résolus que quand ils sont abordées discrètement, en coulisses, et non dans les médias. Il n’y a aucune chance de les résoudre, le cas échéant.

Vous pensez donc qu’une solution sera trouvée ? Et combien de temps cela prendra-t-il ?

Je n’en doute pas. Je ne sais pas combien de temps cela va prendre mais nous trouverons une solution, que Dieu nous vienne en aide.

Des manifestants ultra-orthodoxes affrontent la police lors d’une manifestation contre le projet de loi sur la conscription des jeunes haredim près de Bnei Brak, le 5 juin 2025. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Vous avez servi dans l’armée. Pouvez-vous nous parler de votre expérience ?

Le service militaire signifie beaucoup de choses, mais je tiens à souligner qu’il m’a permis d’entrer en contact avec un large éventail de la société israélienne – des personnes que je n’aurais probablement jamais rencontrées par ailleurs. J’ai vu beaucoup de choses, j’ai eu de nombreuses conversations, des conversations profondes, avec des personnes différentes, avec des groupes différents, et même dans une langue différente.

À l’heure actuelle, l’une des questions les plus pressantes qui pèsent sur la société israélienne est le sort réservé aux otages. Êtes-vous favorable à un accord sur les otages ?

Nous prions tous pour les otages, nous nous inquiétons pour eux et nous voulons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour qu’ils soient enfin relâchés.

Concernant un accord, lorsque le Temple de Jérusalem existait, certaines décisions étaient prises par le Sanhédrin, une instance [législative et judiciaire] qui était composée de soixante-dix personnes.

Je ne pense pas qu’il soit approprié pour quelqu’un comme moi – je n’ai pas connaissance de tous les détails ou des informations confidentielles dont disposent le Premier ministre et les membres du cabinet – de donner un avis sur une question aussi complexe. À mon avis, il n’est ni sérieux ni responsable de s’exprimer publiquement sur des sujets que l’on ne maîtrise pas parfaitement. Après tout, il s’agit là d’un problème parmi les plus difficiles, un problème qui, à une autre époque, aurait été porté à juste titre devant le Sanhédrin.

Des personnes réclamant la libération des otages détenus dans la bande de Gaza manifestent devant la résidence du Premier ministre, à Jérusalem, le 28 juin 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pourquoi est-il si important pour vous de parler des Druzes?

À l’occasion de Soukkot, le peuple juif amène 70 sacrifices qui, selon les Sages, sont offerts au nom des 70 nations [païennes] du monde. Ce qui reflète notre conviction que les autres nations sont importantes et ce qui reflète aussi notre conviction que nous voulons que le monde entier vive en paix : « De leurs glaives ils forgeront des hoyaux, Et de leurs lances, ils forgeront des serpes: Une nation ne tirera plus l’épée contre une autre. [Isaïe 2:4].

En ce qui concerne spécifiquement les Druzes, il est déchirant de voir le monde regarder en silence des atrocités se dérouler – des actes qui évoquent d’autres événements horribles de l’histoire de l’Humanité où le monde s’était tu.

Les Druzes n’ont rien fait ; ils sont simplement nés Druzes. Pour cela, ils ont été victimes de meurtres, d’humiliations et de tortures.

Le grand rabbin ashkénaze Kalman Ber (à droite) rencontre le chef druze Sheikh Kasem Bader le 20 juillet 2025. (Autorisation)

Le Rambam avait écrit que la rupture d’une alliance est une profanation du nom de Dieu. Les Druzes sont à nos côtés et, même s’ils n’ont pas officiellement signé un pacte, ils ont conclu une alliance avec nous, ils s’enrôlent comme nous nous enrôlons et ils meurent au combat avec nous. Si nous ne prenons pas soin de nos alliés, ce sera la plus grande profanation possible du nom de Dieu.

C’est la raison pour laquelle il est important pour moi de m’exprimer. Nous sommes un peuple éthique, une lumière pour les nations, et nous devons respecter nos engagements.

J’aimerais soulever quelques questions et connaître votre avis sur la situation actuelle ou sur les changements qui devraient être apportés, en commençant par la question de la certification casher.

Nous travaillons à la mise en œuvre d’une réforme qui réduira la bureaucratie et qui augmentera le nombre de produits casher proposés. L’idée est que le Grand Rabbinat continuera à superviser le système, et même à renforcer la supervision par des moyens technologiques, mais qu’il permettra une plus grande concurrence.

En Israël, le coût de la vie est plus élevé qu’ailleurs pour de nombreuses raisons qui ne sont pas liées au rabbinat. Notre idée est que la casheroute ne devrait pas représenter un frein à ce niveau-là.

Qu’en est-il du mariage et du divorce en Israël ?

C’est vraiment un sujet déterminant pour moi.

Alors que le nombre de couples qui s’inscrivent auprès du rabbinat pour se marier augmente, le nombre de ceux qui se marient en-dehors du rabbinat augmente également.

C’est un sujet sur lequel je suis très actif. C’est impossible de se dire que des couples qui pourraient se marier en Israël partent se marier à Chypre.

Des militantes, dont la députée de l’Union sioniste Ksenia Svetlova, 2e à droite, avec pancartes et voiles de mariées, pendant une manifestation pour le droit au mariage civil devant la Knesset, le 2 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Je pense qu’un point de mesure déterminant de ma réussite, c’est l’augmentation du nombre de couples qui choisissent de se marier par l’intermédiaire du rabbinat. Je ne parle pas des couples qui rencontrent des difficultés [parce que leur statut juif n’est pas reconnu par le Rabbinat], mais des couples ordinaires – mais j’ai même envie de parler des couples qui ont des problèmes. Parce qu’avec beaucoup d’attention, certains peuvent être résolus.

Il est également possible que le rabbinat n’ait pas suffisamment sensibilisé le public à cette question. Pour y remédier, j’ai déjà constitué une équipe chargée d’élaborer un plan.

Quel est votre point de vue sur le statut des conversions ?

Les conversions en Israël relèvent de l’autorité du président du Grand tribunal rabbinique, et je préfère donc ne pas faire de commentaires à ce sujet.

En ce qui concerne les conversions en-dehors d’Israël, nous reconnaissons toutes les conversions effectuées par des tribunaux rabbiniques agréés, et nous avons une commission qui a pour mission d’évaluer et de reconnaître ces tribunaux.

Voyez-vous des problèmes dans ce système ?

Bien sûr, nous vérifions qui est responsable des conversions et nous nous assurons que ces dernières sont bien réelles, mais nous reconnaissons des conversions tous les jours.

En Israël, il y a des dizaines de villes qui n’ont pas de grand rabbin, et leur nomination a soulevé des controverses.

Il est essentiel de nommer des rabbins qui correspondent vraiment aux communautés qu’ils servent. Un rabbin représente le judaïsme et il est susceptible d’avoir une influence considérable, mais pour être efficace dans son travail, il doit être en contact avec la population locale. Chaque ville a son propre caractère.

Le nouveau ministre des Affaires religieuses Michael Malkieli, à gauche, serre la main du Grand Rabbin Yitzhak Yosef dans le bureau de Malkieli à la Knesset le 29 décembre 2022. (Crédit : Autorisation/Bureau de Michael Malkieli)

Actuellement, il n’y a pas de rabbin municipal dans 40 à 45 villes, soit dans près de la moitié du pays. La responsabilité de ces nominations est assumée par le ministère des Services religieux, et non par le rabbinat, et je lui demande instamment d’accélérer le processus.

La nomination de nouveaux dayanim (juges rabbiniques) est un autre sujet qui a fait couler beaucoup d’encre. Un journal haredi a récemment diffusé des fuites d’enregistrements qui ont laissé entendre que cette question vous préoccupait particulièrement.

C’est quelque chose qui ne relève pas non plus de ma compétence et c’est la raison pour laquelle je ne ferai aucun commentaire.

Quel est votre point de vue sur les liens avec les mouvements juifs non orthodoxes ?

Je n’ai aucun problème personnel avec qui que ce soit ; une personne est une personne et j’aime tout le monde. Cependant, le mouvement réformé remet en question les fondements de notre religion. Une croyance fondamentale de notre foi est que la Torah donnée par Moïse est immuable. Si nous pouvons interpréter la Torah, nous ne pouvons pas la contredire.

Le député Gilad Kariv s’exprime lors d’une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice à la Knesset, le 17 mars 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pour le mouvement réformé, le shabbat se définit par ce qui semble offrir le plus de confort ; en ce qui me concerne, je choisis d’observer ce qui convient au Créateur du monde. Je m’adapte au Créateur, pas l’inverse. Cette question de « qui sert qui » est la différence essentielle qui distingue les mouvements orthodoxe et réformé.

Ce qui ne m’empêche pas d’entretenir des relations merveilleuses avec des personnes laïques.

Je fais une distinction entre les mouvements et les individus. J’aime tout le monde, mais je ne peux pas reconnaître le mouvement.

Que pensez-vous de l’arrêt de la Cour suprême qui autorise les femmes à passer les examens du rabbinat ?

C’est une histoire qui dure depuis huit ans. Certains voulaient que les femmes puissent passer ces examens. Le Grand Rabbinat a affirmé que nous ne sommes pas une institution académique qui teste les connaissances ; nous ne sommes même pas une yeshiva, nous sommes une institution qui ordonne des rabbins. Comme les femmes ne sont pas [rabbins], nous avons établi qu’il fallait établir un cadre différent pour les tester, pour les certifier, en notant que de telles initiatives ne seraient pas prises par l’intermédiaire du rabbinat. Mais le tribunal a décidé que le rabbinat devait s’en charger.

Adva Bucholtz et Rabbanit Hila Noar étudient au Midreshet Lindenbaum à Ohr Torah Stone, sur une photo non datée. (Ohr Torah Stone)

Avec le Conseil du Grand Rabbinat et avec le [Grand Rabbin sépharade David Yosef], nous nous réunirons pour discuter et pour décider des prochaines étapes à mettre en place – y compris si nous avons encore notre mot à dire. Maintenant que ce [jugement] est là, nous allons faire en sorte qu’il se concrétise. Mais le fait est que le rabbinat a clairement établi que nous n’étions ni une université, ni une yeshiva. Nous n’avons rien contre les femmes, que Dieu nous en préserve.

Que pensez-vous donc des femmes qui veulent apprendre, et que pensez-vous de leur statut ?

C’est merveilleux. Une femme qui veut apprendre peut le faire, ses connaissances peuvent être testées et elle peut obtenir une certification. Nous y sommes favorables.

Quel message adressez-vous aux Juifs de la diaspora ?

Ils sont très importants à mes yeux. Le Grand-Rabbinat a une influence considérable sur le judaïsme de la diaspora et il est important pour moi d’essayer d’avoir une influence positive dans ce domaine. Le judaïsme de la diaspora se développe.

La majorité des Juifs à l’étranger se sentent fortement liés à Israël et à la vision prophétique qui nous a amenés ici, de sorte que le Judaïsme et la voix du rabbinat de la Terre d’Israël doivent rayonner sur l’ensemble du monde juif.

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