GB : « Diaboliser les Israéliens est un vecteur de haine envers les Juifs » – organe de veille antiterroriste

Jonathan Hall affirme que la police britannique n'a pas correctement appliqué la loi sur la haine anti-Israël, favorisant ainsi l'antisémitisme

Des étudiants et manifestants anti-Israël tenant une banderole revêtue du slogan « De la rivière à la mer, la Palestine sera libre » devant le King's College de Londres, lors d'un défilé interuniversité en faveur de Gaza, à Londres, le 7 octobre 2025, à l'occasion du deuxième anniversaire du pogrom perpétré par le Hamas contre Israël. (Crédit : Justin Tallis/AFP)

L’organe de veille antiterroriste du gouvernement britannique a critiqué la police britannique pour ne pas avoir correctement appliqué la loi contre la haine raciale à l’égard des Israéliens, alimentant ainsi l’antisémitisme.

« La diabolisation des Israéliens est importante car elle véhicule la haine des Juifs », a déclaré mardi Jonathan Hall KC, conseiller juridique indépendant chargé d’évaluer la législation antiterroriste, lors d’un événement organisé par le groupe de réflexion Policy Exchange.

Hall a déclaré que la police n’avait pas appliqué les lois anti-haine, qui s’appliquent également à l’incitation à la haine contre les Israéliens.

« Je pense que si l’on ne s’attaque pas à la haine anti-Israël, on laisse une marge de manœuvre à ceux qui s’adonnent à l’antisémitisme tout en le désavouant officiellement », a-t-il expliqué.

« Une fois que la haine envers les Israéliens est tolérée, elle se propage comme une traînée de poudre. »

« Je ne pense pas que la loi soit appliquée comme elle le devrait », a-t-il poursuivi.

Jonathan Hall, évaluateur indépendant de la législation antiterroriste britannique, lors d’un événement, le 13 janvier 2026. (Crédit : Capture d’écran/YouTube)

« Je ne compte plus le nombre de fois où la haine envers les Israéliens a été attisée dans les rues britanniques. »

« En fin de compte, la police doit assurer la sécurité de ses citoyens, et j’inclus expressément dans cette catégorie les citoyens israéliens ainsi que les Juifs qui vivent parmi eux », a-t-il déclaré.

Les organisations juives britanniques demandent depuis longtemps au gouvernement et aux forces de l’ordre du pays de prendre des mesures plus énergiques contre les manifestants anti-Israël, qui, selon elles, alimentent un antisémitisme incontrôlé à travers le Royaume-Uni.

Hall a cité la loi de 1986 sur l’ordre public, qui interdit l’incitation à la haine raciale contre une nationalité, affirmant que le fait de cibler les Israéliens constituait une violation de cette loi.

La police a donné la priorité au maintien de l’ordre public plutôt qu’à l’application de la loi, en particulier lorsque des manifestations anti-israéliennes ont donné lieu à des slogans tels que « Mort à Tsahal », « Mondialisez l’Intifada » et « De la rivière à la mer », a déclaré Hall, affirmant que le non-respect de la loi constituait un risque pour la sécurité nationale.

« Attiser la haine raciale est un délit préalable essentiel pour lutter contre la haine publique que nous avons observée dans nos rues avant qu’elle ne débouche sur des violences, voire des actes terroristes. »

« Les Israéliens sont un groupe comme les autres, dont les membres individuels, comme ceux de tout autre groupe, méritent d’être protégés », a-t-il averti.

« Nous avons perdu notre bon sens collectif si, en tant que société, nous permettons la diabolisation des ressortissants de toute nationalité qui vivent dans notre société tolérante et ouverte. »

Des manifestants anti-Israël brandissant des pancartes et agitant des drapeaux, dans le centre-ville de Londres, le 11 octobre 2025. (Crédit : Henry Nicholls/AFP)

Notant la propagation de la violence anti-Israël à travers le monde, y compris les attaques survenues à Londres, Hall a déclaré : « La haine exprimée envers les sionistes incite à la haine envers tous les Israéliens et tous les Juifs à travers le monde. »

« Le silence de nombreux universitaires et rapporteurs internationaux, au risque de stigmatiser les Israéliens et les Juifs, est assourdissant », a-t-il souligné.

Le Centre international de justice pour les Palestiniens (CIJP), un groupe d’avocats et de politiciens qui se concentrent sur les droits de l’homme, a rejeté les propos de Hall, a rapporté The Guardian.

« L’amalgame entre antisémitisme et antisionisme fait par Hall est profondément problématique. C’est une ligne bien rodée qui efface l’existence de Juifs antisionistes participant aux marches anti-Israël », a déclaré Jonathan Purcell, responsable des affaires publiques et de la communication du CIJP.

Les craintes grandissantes de la communauté juive du Royaume-Uni ont atteint leur paroxysme en octobre dernier, lorsque l’attentat terroriste perpétré à Manchester, le jour de Yom Kippour, a fait deux morts. Un homme a foncé avec sa voiture sur des piétons devant une synagogue, puis est sorti du véhicule pour attaquer des personnes avec un couteau. Deux hommes, Adrian Daubly, 53 ans, et Melvin Cravitz, 66 ans, ont été tués lors de l’attaque, Daubly ayant été abattu par un policier qui tentait de neutraliser le terroriste.

Montage photos (de gauche à droite) : Melvin Cravitz et Adrian Daulby, assassinés le 2 octobre 2025, lors d’une attaque terroriste contre la synagogue de Heaton Park de Manchester, en Angleterre, sur des photos non datées (Crédits : Greater Manchester Police)

Puis, en décembre, trois hommes ont été condamnés pour avoir comploté afin de tuer des centaines de personnes lors d’une fusillade inspirée par le groupe terroriste sunnite État islamique (EI) visant la communauté juive en Angleterre.

Selon les chiffres publiés par le Community Security Trust (CST), une organisation caritative juive dédiée à la sécurité, les actes antisémites ont explosé en Grande-Bretagne depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, à l’origine de la guerre à Gaza. Quelques jours après les massacres, et avant même qu’Israël ne lance son opération terrestre à Gaza, des manifestations anti-Israël de grande ampleur ont eu lieu à Londres. Ces rassemblements se sont poursuivis tout au long de la guerre, qui s’est achevée en octobre par un cessez-le-feu négocié par les États-Unis.

Dans son discours, Hall a également commenté l’interdiction par la police des supporters du Maccabi Tel Aviv d’assister à un match de football au Royaume-Uni l’automne dernier. Birmingham, ville hôte et foyer d’une importante population musulmane, avait été le théâtre de rassemblements anti-Israël réguliers pendant les deux années de la guerre de Gaza.

Le roi Charles III d’Angleterre regardant des bouquets de fleurs lors d’une visite à la synagogue Heaton Park Hebrew Congregation, à Crumpsall, au nord de Manchester, le 20 octobre 2025..(Crédit : Chris Jackson/POOL/AFP)

La décision controversée d’interdire aux supporters israéliens d’assister au match contre Aston Villa, le 6 novembre, a été prise après que la police des West Midlands a conseillé au groupe chargé de délivrer les certificats de sécurité pour le match d’interdire les supporters du Maccabi pour des « raisons de sécurité publique ».

Hall a souligné que si la police des West Midlands avait connaissance d’informations selon lesquelles des islamistes prévoyaient d’attaquer les supporters, elle aurait dû agir contre cette menace, comme l’exige la loi.

« Si, selon les informations détenues par la police des West Midlands, des islamistes locaux s’armaient et se préparaient à rechercher et à attaquer les supporters du Maccabi Tel Aviv, cela ne pouvait être que par haine des Israéliens », a-t-il déclaré.

En décembre, la police a reconnu devant les parlementaires avoir utilisé des preuves fictives pour justifier l’interdiction, puis s’est excusée auprès de la communauté juive locale après avoir faussement affirmé à la commission parlementaire que celle-ci soutenait l’interdiction.

Le chef de la police des West Midlands, Craig Guildford, témoignant devant la commission de la Chambre des affaires intérieures sur le maintien de l’ordre lors des matchs de football, le 8 janvier 2026. (Crédit : Capture d’écran/Chaîne de télévision du Parlement britannique/Chambre des communes/PA Images via Getty Images)

Les groupes juifs britanniques ont demandé la destitution du chef de la police des West Midlands, Craig Guildford, et le ministère israélien des Affaires étrangères a exigé que des « responsabilités » soient prises dans cette affaire.

La semaine dernière, un tribunal parlementaire britannique a renforcé le contrôle des décisions prises par les services de police, à la suite de nombreuses critiques. Lors de l’audience, la présidente Dame Karen Bradley a accusé la police locale d’avoir « cherché à tout prix » une raison pour justifier l’interdiction.

Lundi, Guildford a écrit à la commission des Affaires intérieures pour lui indiquer que certaines informations utilisées dans l’évaluation de la police, qui citait un match de football inexistant entre le Maccabi Tel Aviv et le club londonien West Ham, avaient été générées automatiquement à l’aide de l’intelligence artificielle (IA) intégrée au système d’exploitation Windows.

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