GB: la police admet avoir utilisé de fausses preuves pour justifier l’interdiction des supporters du Maccabi Tel Aviv
Lors d'une audition au Parlement, le chef de la police reconnaît avoir "mélangé" des informations et rencontré un député anti-Israël avant de prendre sa décision ; un député conservateur demande sa démission après ces aveux "choquants"

La police britannique des West Midlands a utilisé de fausses preuves pour justifier sa suggestion d’interdire aux supporters israéliens de l’équipe de football du Maccabi Tel Aviv d’assister à une rencontre qui s’est disputée à Birmingham le mois dernier, a admis lundi le chef de la police devant une commission parlementaire, alors que les députés interrogeaient les hauts responsables de la police sur cette décision controversée.
En octobre, le club de football d’Aston Villa avait annoncé que l’accès au match prévu en novembre serait interdit pour tous les supporters du Maccabi. Une annonce qui était intervenue à la suite d’une évaluation de la police qui avait classé l’événement comme « à haut risque » et qui avait suggéré d’interdire l’accès du stade aux supporters israéliens.
Dans le rapport qu’elle a remis au club qui proposait d’interdire l’accès aux supporters israéliens, la police a utilisé des informations sur un match datant de 2023 entre le Maccabi et West Ham – « la dernière apparition du club israélien sur le sol britannique à ce jour », notait le document.
« Le dernier match disputé par le Maccabi au Royaume-Uni était contre West Ham, dans le cadre de la Ligue Europa Conférence, le 9 novembre 2023 », était-il écrit dans ce rapport.
Mais aucun match de ce type n’avait été joué, et le Maccabi n’a jamais affronté ce club de l’est de Londres.
Interrogé sur le fait que ce match fictif figurait dans le rapport réalisé par ses services, le chef de la police Craig Guildford a finalement admis devant la commission des Affaires intérieures qu’un tel événement « n’avait pas eu lieu ».
« West Ham n’a jamais joué contre Tel Aviv. Ce jour-là, West Ham a affronté l’Olympiacos de Grèce, et l’a battu 1 but à 0 », a reconnu Guilford devant la commission parlementaire.
Ce match fictif, a ajouté Guilford, a été mentionné dans le rapport « en raison d’une publication sur les réseaux sociaux », insistant sur le fait que ce point n’avait en aucune manière influencé sa décision finale.
La police, outre le match fictif, a cité « les affrontements violents et les crimes de haine » survenus lors d’un match de Ligue Europa qui avait opposé, à Amsterdam, le Maccabi et l’équipe locale de l’Ajax en novembre dernier.
Selon le rapport, des supporters israéliens avaient jeté « des passants innocents dans la rivière », et 500 à 600 d’entre eux avaient « délibérément pris pour cible des communautés musulmanes » , des violences qui avaient nécessité le déploiement de 5 000 policiers.
Devant les députés, Guildford a admis qu’il avait « mélangé » les informations concernant les incidents d’Amsterdam dans le rapport, qui incluait notamment un exemple de « bataille de rue » qui n’avait pas eu lieu le jour du match.
Malgré ces aveux, le chef de la police a défendu la décision d’interdire les supporters israéliens, arguant que la police néerlandaise lui avait dit que certains supporters du Maccabi étaient « militaristes » et que « les commandants néerlandais avaient clairement fait savoir qu’ils ne voulaient plus jamais voir Tel Aviv jouer à Amsterdam à l’avenir. C’est ce qu’ils ont dit à notre inspecteur en chef ».
« Les informations fournies par les Néerlandais étaient très claires. Elles reflétaient les événements qui avaient eu lieu avant, pendant et après le match à la suite d’affrontements entre les ultras du Maccabi et la communauté musulmane locale », a poursuivi le chef de la police.
La semaine dernière, des sources policières néerlandaises ont toutefois souligé que les exemples utilisés pour justifier l’interdiction étaient mensongers.
Le porte-parole de la police d’Amsterdam, Sebastiaan Meijer, a rapporté au journal londonien Sunday Times que la seule personne jetée dans le canal lors des violences survenues l’an dernier était apparemment un supporter du Maccabi Tel Aviv, à qui on avait dit qu’il ne pourrait sortir de l’eau glacée que s’il disait « Libérez la Palestine ».
De plus, Meijer, concernant l’affirmation selon laquelle des centaines de supporters israéliens auraient délibérément pris pour cible la communauté musulmane, a déclaré que, même si de petits groupes s’étaient battus, ces affrontements n’avaient été « ni très nombreux ni très alarmants ».
« La police d’Amsterdam ne reconnaît pas ces affirmations », ont ainsi répondu les forces de l’ordre néerlandaises.
De surcroît, la police néerlandaise a mentionné le déploiement, lorsque les violences ont éclaté, d’environ 1 200 agents dans la ville, et non 5 000 comme le prétend l’évaluation de la police britannique.
Répondant aux questions concernant les commentaires de la police néerlandaise, Guildford a indiqué qu’il pensait que le rapport récent avait été influencé par « des pressions locales ». Il a aussi fait part de son désaccord avec l’évaluation de la police néerlandaise concernant l’incident qui s’est produit à Amsterdam l’année dernière.
Lorsqu’un membre de la commission a insisté sur cette affirmation, lui demandant s’il suggérait que la police d’Amsterdam était « dans le déni » quand elle affirmait que les événements décrits dans le rapport de la police des West Midlands « ne s’étaient pas produits », Guilford a éludé la question, se contentant de dire : « Avec tout le respect que je vous dois, vous devriez leur poser la question. »
À l’époque de l’incident, les autorités néerlandaises et israéliennes avaient expliqué que les supporters du Maccabi avaient été délibérément pris pour cible par des bandes de musulmans, qualifiant l’incident de « pogrom » antisémite.
Chief Constable of West Midlands Police Craig Guildford just said in Parliament that the Dutch police caved to “local pressure” and changed their report on what happened to Israeli football fans in Amsterdam. This is a SHOCKING accusation. pic.twitter.com/qQpWE5Uyvf
— Heidi Bachram ????️ (@HeidiBachram) December 1, 2025
Enfin, Guildford et le chef adjoint de la police, Mike O’Hara, ont reconnu devant la commission avoir rencontré le député indépendant Ayoub Khan, figure ouvertement anti-Israël, alors qu’ils rédigeaient le rapport dans lequel ils suggéraient d’interdire aux supporters israéliens d’assister au match de novembre.
Une reconnaissance qui semble contredire leurs déclarations antérieures selon lesquelles la suggestion d’interdire les supporters du Maccabi n’était le fruit « d’aucune pression politique ». Khan avait, en effet, contacté Aston Villa pour exprimer sa forte opposition à la présence de supporters israéliens lors de la rencontre, arguant qu’ils représentaient un risque pour la sécurité.
Si Guildford a insisté sur le fait que sa rencontre avec Khan n’avait rien d’inhabituel – la police rencontre souvent les députés locaux lorsqu’elle publie des rapports sur la sécurité publique -, il a néanmoins admis que l’opposition significative des dirigeants locaux à la présence de supporters israéliens avait été « relayée à l’équipe de commandement » alors qu’elle rédigeait son rapport.
Réagissant aux déclarations de M. Guildford, Chris Philp, secrétaire à l’Intérieur du cabinet fantôme, a indiqué à la commission : « Cette séance a mis en évidence une série d’aveux choquants de la part de la police des West Midlands. »
« Il est désormais clair que la décision d’interdire aux supporters du Maccabi Tel Aviv de venir à Birmingham était en réalité une capitulation face à une foule extrémiste, étayée par des preuves discutables provenant d’un seul inspecteur de police et de recherches douteuses sur les réseaux sociaux », a ajouté le député du Parti conservateur, poursuivant : « Après une telle série d’erreurs, il semble normal que le chef de la police démissionne. »
La décision d’interdire aux supporters israéliens d’assister à la rencontre a suscité des critiques, notamment de la part du Premier ministre Keir Starmer, qui a tenté de revenir sur cette décision. Le Maccabi Tel Aviv a pour sa part, ensuite, fait savoir qu’il refuserait de toute façon les billets destinés à ses supporters, invoquant des raisons de sécurité. Une organisation communautaire juive britannique a rapporté avoir été prévenue qu’elle ne pourrait pas bénéficier des billets réservés aux Israéliens.
La rencontre s’est déroulée le 6 novembre en l’absence des supporters du Maccabi. L’équipe de Premier League a battu la formation israélienne 2 buts à 0.
Plus de 700 policiers ont été déployés à Birmingham. Quelque 200 manifestants pro-palestiniens et plusieurs dizaines de manifestants pro-Israël ont organisé des rassemblements séparés à l’extérieur du stade Villa Park avant le coup d’envoi.
Si le match n’a donné lieu à aucun incident majeur, la police a toutefois annoncé avoir procédé à six arrestations avant et pendant la rencontre. Les forces de l’ordre ont ainsi indiqué avoir propcédé à l’arrestation d’un homme de 21 ans qui avait refusé d’obtempérer à un ordre lui enjoignant de retirer son masque, et à celle d’un garçon de 17 ans qui avait quant à lui refusé d’obtempérer à un ordre de dispersion. Trois personnes ont été arrêtées pour des infractions de troubles à l’ordre public aggravées par des motifs racistes, et une autre pour atteinte à la paix publique.
Ces deux dernières années, Birmingham, qui est la deuxième ville du Royaume-Uni et qui abrite une importante population musulmane, a été le théâtre de rassemblements pro-palestiniens et anti-Israël réguliers.







