Herzog : la police est « dépassée » face à la criminalité nationale
Selon le président, les agents font de leur mieux mais ne parviennent pas à faire face à l’ampleur du problème ; il déplore que les Arabes israéliens 'vivent dans la terreur', qualifiant la violence en Cisjordanie de 'tache morale'
La police israélienne est « dépassée » face à la criminalité nationale, a déclaré le président Isaac Herzog dans une interview accordée cette semaine, déplorant la recrudescence des homicides au sein de la communauté arabe et les attaques quotidiennes menées par des résidents d’implantation extrémistes contre les Palestiniens en Cisjordanie.
Dans une interview pré-enregistrée, diffusée lundi lors d’une conférence organisée par le journal Yedioth Ahronoth, Herzog a déclaré : « Nos forces de police, qui font de leur mieux, sont un peu dépassées dans ce pays. Nous avons besoin d’une police plus forte et beaucoup plus nombreuse, car les défis à relever sont nombreux ici. »
Il a également mis en avant les meurtres qui se multiplient au sein de la communauté arabe, où la criminalité violente a connu une hausse fulgurante ces dernières années.
« La criminalité au sein de la communauté arabe est une catastrophe », a-t-il déclaré, selon Ynet.
« Nous parlons d’un nombre considérable de citoyens – plus de 1,3 million de personnes – vivant sous le terrorisme, jour et nuit. »
Le taux d’homicides au sein de cette communauté a doublé en 2023 et n’a cessé d’augmenter depuis. À ce jour, 174 Arabes israéliens ont été tués dans des circonstances criminelles violentes depuis le début de l’année 2026, après un record historique de 252 homicides dans cette communauté en 2025.
Cette hausse massive, qui a coïncidé avec l’entrée en fonction d’Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême-droite, au poste de ministre de la Sécurité nationale, a alarmé les dirigeants de la communauté arabe. Beaucoup d’entre eux attribuent cette forte augmentation à l’inefficacité, voire à la négligence pure et simple, des forces de l’ordre.
Herzog a également dénoncé la violence des hommes ultra-orthodoxes protestant contre l’arrestation de réfractaires à la conscription, qualifiant les récents troubles survenus lors d’une manifestation à Modiin « d’intolérables ».
Mais « ce qui me trouble le plus, et m’empêche de dormir la nuit, c’est la violence à laquelle nous assistons en Judée et en Samarie », a poursuivi le président, utilisant la terminologie biblique pour désigner la Cisjordanie, et évoquant les attaques menées par des résidents d’implantation extrémistes contre des Palestiniens.
« C’est une énorme tache sur l’image de l’État, une tache morale », a-t-il ajouté.
« On me le dit partout dans le monde : ‘Mais qu’est-ce qui vous est arrivé, à vous tous ? Vous ne savez pas comment maîtriser ces groupes d’émeutiers ?’ Ce sont des groupes d’émeutiers, ils ne reflètent en rien les implantations elles-mêmes ni leurs valeurs. En revanche, le silence leur confère une légitimité », a-t-il déclaré.
Le président a évoqué une récente rencontre avec des commandants de l’armée israélienne en Cisjordanie, qui lui ont fait part d’une « profonde frustration ».
« Ils se trouvent dans des situations très compliquées », a-t-il ajouté.
Il a rapporté les propos d’un commandant qui lui avait dit : « Je ne sais pas si quelqu’un qui passe à toute vitesse en voiture la nuit est un Palestinien venu pour faire du mal à un Juif ou un Juif venu pour provoquer. »
Le président a souligné que « l’incident de Jalud était dangereux », faisant référence à une émeute impliquant une centaine de résidents d’implantation dans un village palestinien à la fin du mois dernier. Cette émeute avait été déclenchée par la tentative de Tsahal de ramener une famille chez elle après qu’elle eut été expulsée à la suite d’attaques similaires.
« Et ce n’était pas un incident isolé. Nous parlons ici de commandants visés par des jets de pierres », a-t-il ajouté.
Herzog a appelé tous les responsables concernés à « se réunir autour d’une table, élaborer un plan concret et mobiliser toute la puissance de l’État, y compris en émettant des directives claires de la part des instances politiques ».
Interrogé sur la question de savoir si Israël devrait de nouveau recourir à la détention administrative – un outil permettant l’arrestation pour une durée indéterminée de personnes soupçonnées de terrorisme sans inculpation pénale – à l’encontre de Juifs, le président a répondu : « Je pense que nous devons examiner cette option. Il existe certainement des cas où il faut savoir utiliser cet outil. S’il n’y a pas d’autre choix, il n’y a pas d’autre choix. »
« Nous ne pouvons pas continuer à tolérer ce phénomène. Il sape l’État d’Israël, il détruit toute notre bonne volonté dans le monde », a-t-il souligné.
Leon Kraiem a contribué à cet article.