Homosexualité : La « thérapie de conversion » est loin d’avoir disparu en Israël
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  • Des militants juifs religieux protestent contre les parents de même sexe et les familles LGBTQ, en face des défenseurs des LGBTQ à Tel Aviv, le 16 décembre 2018. (Tomer Neuberg/Flash90)
    Des militants juifs religieux protestent contre les parents de même sexe et les familles LGBTQ, en face des défenseurs des LGBTQ à Tel Aviv, le 16 décembre 2018. (Tomer Neuberg/Flash90)
  • Rassemblement de 2019 contre la thérapie de conversion des homosexuels, avec des manifestants tenant une pancarte sur laquelle figure le député Rafi Peretz et qui porte les mots "L'oppression est l'oppression". (AP Photo/Oded Balilty)
    Rassemblement de 2019 contre la thérapie de conversion des homosexuels, avec des manifestants tenant une pancarte sur laquelle figure le député Rafi Peretz et qui porte les mots "L'oppression est l'oppression". (AP Photo/Oded Balilty)
  • Illustration : Des Juifs sionistes-religieux organisent un rassemblement devant la Cour suprême israélienne pour protester contre le défilé de la Gay Pride qui se déroule à Jérusalem, le 6 juin 2019. Leurs pancartes disent : "Un père et une mère égale une famille". (Hadas Parush/Flash90)
    Illustration : Des Juifs sionistes-religieux organisent un rassemblement devant la Cour suprême israélienne pour protester contre le défilé de la Gay Pride qui se déroule à Jérusalem, le 6 juin 2019. Leurs pancartes disent : "Un père et une mère égale une famille". (Hadas Parush/Flash90)
  • Pour se moquer de la communauté LGBTQ, des activistes sont prêts à faire un défilé de la "fierté animale", avec des pancartes disant "Je suis un animal fier". (Yossi Zamir/ Flash90)
    Pour se moquer de la communauté LGBTQ, des activistes sont prêts à faire un défilé de la "fierté animale", avec des pancartes disant "Je suis un animal fier". (Yossi Zamir/ Flash90)
  • Illustration : une manifestation contre la tenue du défilé de la Gay Pride à Jérusalem. (Hadas Parush/Flash90)
    Illustration : une manifestation contre la tenue du défilé de la Gay Pride à Jérusalem. (Hadas Parush/Flash90)

Homosexualité : La « thérapie de conversion » est loin d’avoir disparu en Israël

Le « traitement » plus que controversé, et souvent dangereux, a seulement changé de nom… et de style

Le mois dernier, « Shai » a appelé une ligne d’assistance téléphonique gérée par Hosen, une organisation israélienne qui dit vouloir aider les jeunes hommes – principalement issus de milieux religieux ou traditionnels – qui luttent contre leur identité sexuelle. L’appel de Shai a été pris en charge par un jeune opérateur sympathique du nom de Barak.

« Nous sommes une ligne d’assistance pour les personnes aux penchants contraires et qui veulent être accompagnées », a-t-il expliqué à Shai, qui vient d’un foyer traditionaliste. Les mots « thérapie de conversion » n’ont pas été mentionnés et sont restés absents de chaque conversation ultérieure. Au lieu de cela, Shai a découvert une gamme riche en couleurs de termes alternatifs décrivant le processus proposé par Hosen, incluant « le changement de préférence sexuelle », « la réorientation sexuelle », et la thérapie pour les « penchants contraires » mentionnés ci-dessus.

« Je voudrais que vous m’aidiez avec… au lieu de la façon dont ça a été jusqu’à présent, avec les hommes, je veux que ce soit comme ça avec les femmes. La question est : est-ce possible ? » demanda Shai à Barak, qui lui assura rapidement qu’il était venu au bon endroit, et qu’il y avait une solution.

Barak a dit à Shai que s’il choisissait de continuer, ils discuteraient des détails de la manière dont, avec l’aide d’un thérapeute, Shai pourrait « se diriger » vers son objectif.

« Vous n’êtes pas le premier », a-t-il dit. « Les gens que nous connaissons et qui sont passés avant vous ont eu de merveilleuses histoires, des histoires qui montrent que ce genre de traitement fonctionne. »

Deux jours plus tard, Shai a de nouveau appelé la ligne d’assistance. « Est-il possible de changer ? » demanda-t-il.

Des militants juifs religieux protestent contre les parents de même sexe et les familles LGBTQ, en face des défenseurs des LGBTQ à Tel Aviv, le 16 décembre 2018. (Tomer Neuberg/Flash90)

« C’est possible, et des gens ont réussi », a promis Yitzhak, qui a répondu à son appel et a fait valoir son point de vue en utilisant de manière extensive une métaphore végétale.

« Imaginons qu’une personne vienne voir un thérapeute et lui dise : ‘Je n’aime pas les aubergines, et tout le monde dans ma famille en raffole. Cela me dérange qu’ils aiment tous les aubergines et pas moi’. Alors, il vient chez le thérapeute et ils commencent à examiner son passé », a déclaré Yitzhak.

« Ensemble, ils se penchent sur sa vision des aubergines, puis lentement, ils parlent et tentent de comprendre d’où cela provient. Ils démontent le problème pour qu’il puisse manger des aubergines sans que cela ne le dérange », a déclaré Yitzhak.

Nouvelle façade, même fondations

La question des thérapies de conversion en Israël a été mise en évidence à la suite d’une série de déclarations homophobes de personnalités publiques, notamment de l’ancien ministre de l’Education Rafi Peretz, dont les propos comportaient une affirmation selon laquelle il avait pratiqué des thérapies de conversion dans le passé et que, d’après son expérience, elles sont « possibles ».

Les autorités sanitaires du monde entier affirment que la thérapie de conversion est scientifiquement douteuse et peut être dangereuse. Les thérapies de conversion des homosexuels, également appelées thérapies réparatrices, ont été fortement découragées en Israël, aux États-Unis et ailleurs, les principales organisations de santé soulignant ce qu’elles appellent des méthodes pseudo-scientifiques et le traitement de l’homosexualité comme une maladie mentale.

Des lycéens israéliens protestent contre le ministre de l’Education Rafi Peretz après que ce dernier a qualifié le mariage homosexuel de « contre-nature », place Rabin à Tel Aviv, le 15 janvier 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Bien que le ministère israélien de la Santé déconseille cette thérapie, affirmant qu’elle est scientifiquement faible et potentiellement dangereuse, aucune loi ne limite cette pratique, qui est encore une approche acceptée dans certains milieux conservative et orthodoxes. Il y a eu plusieurs tentatives d’interdire cette pratique depuis 2015, mais les partis ultra-orthodoxes ont à plusieurs reprises rejeté le projet de loi de la Knesset.

Un article de Reuters de 2019 rapporte que les membres de l’Association médicale israélienne (AMI) qui effectuent une thérapie de conversion pourraient désormais être expulsés si une plainte est déposée auprès de son comité d’éthique, selon la porte-parole de l’AMI, Ziva Miral.

« Les traitements visant à modifier l’orientation sexuelle d’une personne se sont avérés inefficaces et pourraient causer des dommages psychologiques, tels que l’anxiété, la dépression et les tendances suicidaires », a déclaré l’AMI dans une note de synthèse sur la pratique.

Les traitements visant à modifier l’orientation sexuelle d’une personne se sont avérés inefficaces et pourraient causer des dommages psychologiques, tels que l’anxiété, la dépression et les tendances suicidaires

On estime que 20 à 30 psychologues et travailleurs sociaux agréés et 50 thérapeutes non agréés pratiquent une forme de thérapie de conversion en Israël, a déclaré le rabbin Ron Yosef de l’organisation gay orthodoxe Hod à The Associated Press en 2016.

Et pourtant, peu de gens ont entendu parler de l’ONG Hosen : Le Mouvement pour la force d’âme sociale, nationale et morale d’Israël (« hosen » signifie « force d’âme », « résilience » en hébreu). Ses méthodes s’opposent à l’image de marque impopulaire de la thérapie de conversion en faveur d’une nouvelle formulation : « thérapie pour les penchants inversés ».

Rassemblement de 2019 contre la thérapie de conversion des homosexuels, avec des manifestants tenant une pancarte sur laquelle figure le député Rafi Peretz et qui porte les mots « L’oppression est l’oppression ». (AP Photo/Oded Balilty)

Le groupe est relativement inactif depuis sa création en 2016. Ses objectifs officiels sont définis de manière vague comme « le développement et l’établissement d’un leadership social et national ». Des activités visant à renforcer les valeurs familiales et la force d’âme sociale d’Israël ». Il y a quelques mois, cependant, la direction du groupe a été reprise par deux anciens membres d’Atzat Nefesh, un autre groupe ayant une cible démographique similaire.

À bien des égards, Hosen semble fonctionner comme une sorte de continuation de l’organisation précédente, sans son image publique quelque peu négative. Atzat Nefesh gère une ligne d’assistance téléphonique pour les homosexuels et a été fondée en 2001 par le rabbin Shlomo Aviner, un partisan enthousiaste de longue date de la thérapie de conversion qui, depuis des années, soutient avec passion que la thérapie de conversion consensuelle est légitime.

Les deux rabbins qui ont dirigé Atzat Nefesh lors de sa fondation et l’ont guidé dans son expansion sont maintenant les dirigeants de Hosen : Aharon « Roni » Cohen, ancien trésorier de l’organisation, et le rabbin Zvika Dantelsky, ancien secrétaire et visage public d’Atzat Nefesh pour les médias.

Trois ans après la fondation d’Atzat Nefesh, un troisième membre a rejoint l’administration en tant que président : Reuven Israel Welcher.

La page d’accueil d’Atzat Nefesh. (Capture d’écran)

Welcher ne s’est pas arrêté à la présidence ; bien qu’il n’ait pas de diplôme d’expert en santé mentale, il a commencé à traiter les personnes qui s’adressaient à l’organisation – qui prétendait faussement ne diriger les clients que vers des psychologues professionnels – ainsi qu’à diriger ses propres ateliers sur des sujets tels que « Le voyage vers la masculinité ».

Cela a pris fin en 2015. Après une décennie passée à son poste, Welcher a été inculpé au pénal suite à des accusations d’abus sexuels sur des patients pendant ses séances dites de thérapie de conversion.

En janvier dernier, Welcher, dans le cadre d’un accord de négociation de peine, a avoué et a été condamné pour deux chefs d’accusation de consentement obtenu frauduleusement lors d’actes sexuellement indécents. Insatisfait de la peine de deux ans réclamée, le juge a décidé, à titre exceptionnel, d’imposer une peine plus longue en raison de la gravité des délits. Welcher a été condamné à trois ans de prison, décision qui a fait l’objet d’un appel par ses avocats.

Il semblerait que les cadres supérieurs d’Atzat Nefesh aient également compris la gravité des actes de Welcher, bien que ni une excuse publique ni une excuse privée n’aient jamais été présentées aux victimes. La nouvelle organisation est née d’un désir de prendre ses distances avec Welcher et ses crimes après sa condamnation.

« J’ai quitté Atzat Nefesh après de sérieux désaccords avec la direction suite à l’histoire avec Welcher », a confirmé Dantelsky à Zman Yisrael, le site en langue hébraïque du Times of Israel. « C’est un sujet douloureux et des gens ont été blessés. Il y a eu un dysfonctionnement, un dysfonctionnement très désagréable et bouleversant. Grâce à une introspection minutieuse, j’ai examiné comment je peux empêcher que cela se produise la prochaine fois que je serai président d’une organisation ».

Yonatan Branski, co-fondateur de Hosen. (Wikimedia commons/ CC-SA-4.0/ Chagai Oren)

Le partenariat de Dantelsky et Cohen avec Hosen conduit à l’implication d’une troisième figure dominante : Yonatan Branski. Ancien commandant adjoint de la division de Gaza de Tsahal, Branski a créé Hosen en 2016 en tant qu’organisation consacrée au « développement du leadership social et national en Israël ». En 2017, il a perdu la course à la direction du parti politique HaBayit HaYehudi au profit de Naftali Bennett.

Le rav Aviner, chef de la Yeshivat Ateret Yerushalayim, a également participé à la mise en relation des trois. Lors du lancement de la ligne téléphonique de Hosen, Aviner a invité Branski à sa yeshiva pour qu’il s’adresse à d’éventuels opérateurs téléphoniques bénévoles, ceux qui, en fin de compte, devront décrocher le téléphone et écouter avec sensibilité la détresse des jeunes qui demandent de l’aide.

Le rav Aviner a commencé la réunion en disant que le travail des volontaires était « d’aider ceux qui ont des penchants inversés à sortir du marécage ». Il a formulé ses idées en termes clairs de bien et de mal : « Maïmonide explique que la Torah ordonne à un homme d’avoir de bonnes valeurs, et pas seulement de bonnes actions… ce qui signifie que, non seulement il ne doit pas pécher en couchant avec un homme – ce qui lui vaut la peine de mort – mais aussi qu’il ne doit même pas avoir cette inclinaison du tout, car c’est une inclinaison non casher ».

Des gens pour qui il est évident que Dieu ne peut pas les tolérer… à l’intérieur, ils savent combien ils sont sans valeur

Branski a ensuite pris la parole et ne s’est pas écarté des déclarations sévères d’Aviner. Il a encouragé les volontaires à ne pas se préoccuper des définitions et des classifications, mais plutôt à se concentrer sur l’essentiel : « Les gens pour qui il est évident que Dieu ne peut pas les tolérer… au fond d’eux, ils savent combien ils sont sans valeur, à quel point ils ne sont rien, à quel point leur libre arbitre est faussé, et ils choisissent toujours ce qui est mauvais. »

L’association israélienne des psychologues rejette le parti pris implicite de la position de Branski, tel qu’il est écrit dans leur cahier des charges : « Il est faux que les opinions, les valeurs et les préférences du thérapeute influencent la façon dont il ou elle se rapporte à un patient, et ne devraient certainement pas influencer le cours du traitement ».

Le rabbin Shlomo Aviner, fondateur d’Atzat Nefesh et défenseur de la thérapie de conversion des homosexuels. (Yonatan Sindel/ Flash90)

L’association déclare en outre que « si [le thérapeute] ne peut pas accepter le patient avec empathie et sans jugement, il ou elle doit s’abstenir de le traiter ».

Mais Branski a dit à Zman Yisrael que la question de la religion est tout à fait pertinente. Il est écrit dans la Torah : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme avec une femme ; c’est une abomination. Ce n’est pas moi qui ai inventé cela. C’est comme si la Torah interdisait de profaner le Shabbat, ce qui signifie que la profanation du Shabbat est une mauvaise chose selon la Torah ».

« Je ne peux rien dire à un homme qui est attiré par d’autres hommes. S’il vient me voir, je peux l’orienter vers un thérapeute qui pourra l’aider », a déclaré M. Branski. « Si le thérapeute est sérieux et suit les règles éthiques des psychologues – avec lesquelles je suis d’accord – alors il n’imposera rien au patient, mais travaillera plutôt avec lui pour voir ce qu’il veut, et si le patient est convaincu que c’est ce qu’il veut, et que c’est de son plein gré, alors le thérapeute doit l’aider à y parvenir ».

Aviner lui-même voit la multiplication de ces groupes comme une bénédiction.

Illustration : Des Juifs sionistes-religieux organisent un rassemblement devant la Cour suprême israélienne pour protester contre le défilé de la Gay Pride qui se déroule à Jérusalem, le 6 juin 2019. Leurs pancartes disent : « Un père et une mère égale une famille ». (Hadas Parush/Flash90)

La question ne devrait pas être « Pourquoi avons-nous deux organisations », mais plutôt « Pourquoi n’y en a-t-il pas plus ? a déclaré M. Aviner. « Nous recevons tellement d’appels que la ligne est toujours occupée. Beaucoup de gens ont des penchants inversés et veulent changer mais ne savent pas comment. Ils sont très heureux de pouvoir joindre notre ligne d’assistance. Nous connaissons des centaines de personnes qui ont réussi à se marier, et ces hommes aiment leurs femmes et en sont même fous. Je connais personnellement des dizaines de personnes comme ça ».

Nous connaissons des centaines de personnes qui ont réussi à se marier, et ces hommes aiment leurs femmes et sont même fous d’elles

Malgré la condamnation de Welcher pour abus sexuels sur ses patients, Aviner refuse de se désolidariser de lui, affirmant qu’une partie du travail de Welcher avec Atzat Nefesh était tout à fait légitime.

« À ce jour, depuis plus de 20 ans, je n’ai jamais entendu de plainte concernant son travail avec la hotline », a déclaré M. Aviner. « Beaucoup disent ‘Il m’a sauvé’, et d’autres disent qu’il a détruit ».

Les psychologues spécialisés dans ce domaine ne font aucune distinction entre la thérapie de conversion et la réorientation.

Illustration : une manifestation contre la tenue du défilé de la Gay Pride à Jérusalem. (Hadas Parush/Flash90)

« C’est un jeu de mots. Réorientation et conversion ne font qu’un », a déclaré le professeur Tuvia Perry du département de psychologie de l’université Bar Ilan. « Tout traitement promettant un changement d’orientation sexuelle est une thérapie de conversion, et ils se cachent derrière les mots. Il existe une grande quantité de preuves scientifiques des dommages émotionnels causés par de telles promesses – le désespoir, la dépression, et le préjudice ».

Perry – qui est lui-même un pratiquant de la Torah – s’oppose au mélange de la halakha, ou loi juive, et du traitement psychologique.

« Professionnellement, c’est très grave », a-t-il déclaré. « La Torah interdit beaucoup de choses, mais un homosexuel peut décider comment vivre sa vie. Vous ne pouvez pas dire que parce que la halakha interdit quelque chose, je vais élaborer un traitement psychologique adapté à la halakha. C’est le mélange de deux catégories distinctes ».

Les organisations qui luttent contre ce phénomène sont tout aussi désemparées.

« Comme Atzat Nefesh avant lui, Hosen considère l’homosexualité comme un trouble ou un problème et prétend à tort qu’une personne peut changer d’orientation sexuelle », a déclaré Gil Friedman, l’un des fondateurs du Centre d’information sur les thérapies de conversion en Israël.

Pour se moquer de la communauté LGBTQ, des activistes sont prêts à faire un défilé de la « fierté animale », avec des pancartes disant « Je suis un animal fier ». (Yossi Zamir/ Flash90)

« Un jeune homme religieux qui est homosexuel est dans un état de conflit à partir du moment où il s’avoue à lui-même son orientation sexuelle », a déclaré Friedman.

« Dans cette tourmente émotionnelle, Hosen se réfère à une thérapie de conversion et lui montre des taux de réussite magiques – et fabriqués de toutes pièces -, manipulant son état d’esprit et créant une terrible tempête d’émotions. De nombreux jeunes adultes et adolescents ont été profondément endommagés ; certains sont encore aujourd’hui sous traitement psychiatrique. Certains se sont suicidés », a déclaré M. Friedman.

Une grave maladie émotionnelle et physique

Avant d’orienter Shai vers un thérapeute, l’opérateur de la hotline lui a recommandé de lire certains des documents disponibles sur le site web de Hosen. Le premier article du site est intitulé « The Battle for Normality : A Guide for (Self) Therapy for Homosexuality » [La bataille pour la normalité : Un guide pour l'(auto)thérapie de l’homosexualité] – un résumé des recherches menées par le Dr Gerard van dem Aardveg sur une période de 30 ans et portant sur plus de 300 sujets féminins et masculins.

La terminologie de Van dem Aardveg est loin de dépeindre l’homosexualité comme une attraction légitime, normative ou naturelle pour le même sexe, et il est difficile de voir dans ce texte autre chose qu’un texte extrémiste, haineux et homophobe. Comme le dit un extrait de son texte :

    • « L’homosexualité n’est pas une préférence solitaire mais plutôt l’expression spécifique d’une personnalité névrotique. [Le traitement de l’homosexualité] est comme celui des autres névroses et troubles émotionnels : phobies, comportements obsessionnels, dépression ou autres perversions. De nombreuses perversions sexuelles, en particulier le masochisme et le sadisme, sont le fait d’homosexuels… »

« L’abandon des désirs homosexuels crée une dépendance… sexuelle… les comparaisons avec les pulsions alcooliques ou la dépendance à la cigarette sont justes. »

Des réactions négatives ont été relevées par le Centre d’information sur les thérapies de conversion en Israël à propos d’au moins un des thérapeutes recommandés à Shai par Hosen. La plainte détaille un long traitement rempli de techniques douteuses, notamment la masturbation sur des images pornographiques féminines, errer sur la plage, la vision de vieux hommes (afin de repousser l’attraction), et l’intériorisation du concept selon lequel « rien de bon » ne résultera d’une attirance pour d’autres hommes.

Illustration : Les drapeaux de la Gay Pride sont accrochés dans les rues de Jérusalem, en 2013. (Yonatan Sindel/ Flash90)

Au fur et à mesure que le traitement progressait, explique la plainte, le patient devenait de plus en plus déprimé.

« Pendant huit mois, je suis venu chez le thérapeute et j’ai quitté chaque réunion accablé par la culpabilité de ne pas avoir fait assez d’efforts, de devoir changer et que j’allais détruire ma vie si je ne réussissais pas. Que je n’ai pas d’avenir. Ces pensées négatives se sont aggravées au fur et à mesure que le traitement se poursuivait, jusqu’à ce que je me mette au lit et que je n’en sorte plus », lit-on dans la plainte.

Les ateliers « Journey to Masculinity » [Voyage vers la masculinité] recommandés par Hosen ont été critiqués pour leur mise en œuvre de méthodes invasives visant à provoquer un changement d’orientation sexuelle.

« Le point fort de l’atelier est une activité psycho-dramatique spéciale dans laquelle chaque participant partage un souvenir précoce lié à l’homosexualité, et le groupe entier participe à sa reconstitution, comme une pièce de théâtre », écrit Yochai Greenfeld dans un compte rendu publié par le Centre d’information pour les thérapies de conversion en Israël.

« Mon thérapeute m’a attaché les mains derrière le dos, a enroulé une corde autour de ma taille et a demandé aux participants de me tirer dans toutes les directions… de me couvrir de couvertures et de matelas tout en se moquant et en m’insultant. J’ai demandé au thérapeute d’arrêter, mais il s’est moqué de moi et a dit au groupe de continuer jusqu’à ce que je m’effondre presque », écrit Greenfeld.

Adapté d’un article de fond en hébreu sur Zman Yisrael. Avec des contributions du personnel du « Times of Israel ».

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