Israël ferme le consulat britannique de Jérusalem-Est ; Londres le rebaptise « mission »

Gideon Saar présente la mesure comme une réponse aux sanctions contre les implantations ; Londres affirme qu’Israël n’a pas le droit de fermer le bureau, sans toutefois prévoir de représailles

L'entrée réservée aux visiteurs du consulat britannique à Jérusalem-Est après le retrait des panneaux, le 8 octobre 2026. (Crédit : John Wessels/AFP)

Jeudi, le Royaume-Uni a annoncé que son consulat de Jérusalem-Est, vieux de près de 200 ans, continuerait à fonctionner à une échelle réduite et l’a rebaptisé « Mission britannique à Jérusalem », après qu’Israël en a ordonné la fermeture dans le cadre d’un différend concernant les sanctions contre les implantations.

Le mois dernier, Israël avait fixé au Royaume-Uni un délai de 30 jours pour fermer le consulat, après que Londres eut annoncé des sanctions visant les implantations en Cisjordanie, dernière mesure dans un différend qui a tendu les relations entre ces alliés de longue date. La date limite a expiré jeudi.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a indiqué dans un communiqué que le consulat cesserait officiellement ses activités, mais que certains diplomates britanniques seraient autorisés à poursuivre leur travail dans le bâtiment, en vertu d’un accord conclu entre Israël et le Royaume-Uni.

« Nous avons établi un principe clair : il n’est pas possible d’agir contre Israël sans qu’Israël ne prenne les mesures appropriées en réponse », a souligné Saar dans son communiqué.

« Nous ne souhaitions pas en arriver là, mais ce sont les actions du gouvernement travailliste britannique qui nous ont conduits à cette situation. »

L’homologue britannique de Saar, le ministre des Affaires étrangères Ed Miliband, a quant à lui déclaré que son pays ne reconnaissait pas à Israël le droit légal de fermer le consulat. Ce dernier est situé dans une partie de la ville reprise par Israël lors de la Guerre des Six Jours de 1967.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, prononçant un discours au deuxième jour du congrès annuel du Parti travailliste à Liverpool, dans le nord-ouest de l’Angleterre, le 28 septembre 2026. (Crédit : Oli Scarff AFP)

Miliband a déclaré qu’à la suite de discussions avec Israël, « notre consulat général ne fermera pas ses portes et s’appellera désormais la Mission britannique à Jérusalem à compter d’aujourd’hui ».

« Nous avons clairement indiqué que nous n’acceptons pas que le gouvernement israélien ait le droit légal de fermer le consulat général britannique à Jérusalem », a-t-il ajouté, soulignant que la Mission britannique continuerait à « fournir des services essentiels et à mener à bien notre travail auprès du peuple palestinien ».

Miliband a indiqué qu’après avoir réduit ses effectifs et rapatrié certaines familles ces dernières semaines, la mission allait désormais s’attacher à renforcer sa présence.

Il a expliqué que ce retrait de personnel était dû au fait que, sans accord avec Israël, « nous ne disposerions pas des garanties nécessaires pour assurer la sécurité et la protection de notre personnel et de nos locaux ».

Miliband a également précisé que le Royaume-Uni ne prendrait aucune mesure de rétorsion à l’encontre d’Israël tant que les deux parties seraient engagées dans des négociations, mettant ainsi fin aux rumeurs selon lesquelles le Royaume-Uni pourrait expulser certains diplomates israéliens.

Des ouvriers retirent les panneaux

Jeudi, des journalistes de Reuters ont vu des ouvriers du consulat retirer une plaque sur laquelle était inscrite la mention « Consulat général britannique » ainsi qu’un autre panneau indiquant la section consulaire. Le drapeau britannique flottait toujours au-dessus du bâtiment.

Le mois dernier, Saar a annoncé une série de contre-mesures à l’encontre du Royaume-Uni en réponse à l’annonce par Miliband de ce que Saar a qualifié de « paquet de sanctions hostiles » visant les implantations de Cisjordanie, « et à la suite d’une série de décisions anti-Israël prises par le gouvernement travailliste au cours des deux dernières années ».

Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar tenant une conférence de presse au ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem, le 8 septembre 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

La France et le Canada se sont joints au Royaume-Uni pour adopter ces sanctions contre les implantations, mais Israël n’a pris aucune mesure à leur encontre.

Israël s’est montré catégorique quant à la fermeture du consulat, alors même que le Royaume-Uni cherchait à le maintenir ouvert, allant jusqu’à envoyer son principal conseiller à la sécurité nationale en Israël la semaine dernière pour des discussions.

Selon un article publié lundi par Ynet sans citer de source, le Royaume-Uni aurait averti Israël qu’il pourrait expulser 27 diplomates israéliens de l’ambassade à Londres si Israël mettait à exécution sa décision de fermer le consulat, où travaillent 27 diplomates britanniques.

Il s’agirait d’une mesure tout à fait inhabituelle entre alliés. Malgré les tensions actuelles, le Royaume-Uni et Israël sont des partenaires étroits dans les domaines de l’économie, de la sécurité et du renseignement.

Les mesures prises par Israël à l’encontre du Royaume-Uni ces derniers mois, notamment la fermeture du consulat de Jérusalem-Est, rétrogradé au rang de mission, ont été « très spécifiques et très logiques », a déclaré un diplomate israélien au Times of Israel.

La présence diplomatique britannique en Israël a été utilisée pour s’en prendre à Israël, a affirmé le diplomate, et les récentes mesures prises par Israël constituent une « réponse parfaitement logique à ce qu’ils ont fait ». »

Le Royaume-Uni a été contraint de rappeler des dizaines de diplomates et de militaires, dont 12 du Centre de coordination civilo-militaire (CMCC) à Kiryat Gat, ainsi que d’autres impliqués dans la formation d’agents de police de l’Autorité palestinienne (AP) en Cisjordanie et 20 du consulat de Jérusalem-Est.

« Il s’agit d’une réponse diplomatique logique et mesurée à un torrent de mesures unilatérales et anti-Israël », a ajouté le diplomate.

Vue de l’entrée du consulat britannique, à Jérusalem-Est, le 9 septembre 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Le consulat britannique a été fondé en 1839, soit plus d’un siècle avant la création de l’État d’Israël en 1948. L’ordre de fermeture ne concerne pas l’ambassade britannique à Tel Aviv, qui gère les relations diplomatiques avec le gouvernement israélien.

Situé dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, le consulat gère les relations du Royaume-Uni avec les Palestiniens de Jérusalem, ainsi qu’avec ceux de Cisjordanie et de Gaza. Il fournit également des services consulaires aux Palestiniens.

L’annonce des sanctions britanniques et l’ordre donné par Israël de fermer le consulat marquent un nouveau creux dans des relations déjà très dégradées depuis trois ans. Le Royaume-Uni a à plusieurs reprises critiqué Israël pour ses actions dans la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, ainsi que pour les attaques menées par des résidents d’implantation extrémistes contre des Palestiniens en Cisjordanie.

Le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui doit faire face à des élections ce mois-ci, affirme que le Parti travailliste britannique au pouvoir est hostile à Israël.

Les Nations unies et la plupart des pays considèrent que les implantations israéliennes sont illégales au regard du droit international. Israël conteste cette position et qualifie plutôt la Cisjordanie de « territoire contesté ».

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