Au cours des deux prochaines semaines, une petite délégation d’athlètes israéliens laissera derrière elle les plages de Tel Aviv pour porter les couleurs d’Israël dans les montagnes glacées du nord de l’Italie, aux Jeux d’hiver 2026.
Neuf Olympiens et un paralympien porteront le drapeau bleu et blanc dans le froid alpin, avec l’ambition d’écrire une nouvelle page pour un pays peu associé aux sports d’hiver. Israël n’a jamais remporté de médaille aux Jeux d’hiver, alors que le pays en compte vingt aux Jeux d’été, et il est peu probable que cela change cette année.
« Nous ressentons à la fois la responsabilité qui pèse sur nos épaules et le privilège de continuer à brandir le drapeau israélien partout où nous allons. Le sport international est une occasion incroyable pour cela », a déclaré Yael Arad, présidente du Comité olympique israélien, lors d’une conférence de presse en décembre. « Nous ferons partie des quelque 90 pays présents, et nous en sommes très fiers. »
Israël, a ajouté Arad, « n’est pas un pays hivernal ; nous ne sommes pas spécialisés dans les sports d’hiver ». Cela dit, a-t-elle poursuivi, « nous espérons hisser le drapeau israélien et obtenir les meilleurs résultats possibles pour nos athlètes ».
Comme lors des Jeux olympiques d’été de Paris en 2024, la sécurité demeure la principale préoccupation de la délégation israélienne. Des manifestations contre la participation d’Israël sont attendues à Milan et dans la station de Cortina d’Ampezzo. Lors du relais de la flamme olympique en décembre, la police italienne a dû intervenir pour empêcher des activistes pro-palestiniens de perturber la cérémonie.
La patineuse artistique Mariia Seniuk devrait être porte-drapeau d’Israël lors de la cérémonie d’ouverture à Milan vendredi, tandis que l’athlète de skeleton Jared Firestone assumera le même rôle lors de la cérémonie organisée simultanément à Cortina. Les deux villes sont à plus de quatre heures de route l’une de l’autre, et les épreuves sportives sont réparties entre les deux sites.
Contrairement aux Jeux d’été, Israël ne devrait pas faire face à des situations telles que le refus d’athlètes de pays hostiles de concourir contre des Israéliens ou de leur serrer la main. Aucun des sports dans lesquels Israël est engagé ni la grande majorité des disciplines des Jeux d’hiver n’impliquent de confrontation directe entre adversaires.
Voici les dix athlètes qui représenteront Israël lors des Jeux de cette année :
Mariia Seniuk
Mariia Seniuk, 20 ans, unique patineuse artistique israélienne qualifiée aux Jeux de cette année, fera ses débuts olympiques.
Née à Moscou, elle patine depuis l’âge de quatre ans et a déménagé en Israël avec sa famille à huit ans. Ces dernières années, elle est retournée s’entraîner à Moscou afin de bénéficier d’infrastructures de haut niveau, celles-ci restant limitées en Israël.
La patineuse se dit toutefois fière de concourir sous le drapeau israélien sur la scène internationale.
« Aujourd’hui, il y a tellement d’antisémitisme et on entend tellement de choses négatives sur Israël, mais je me sens comme une Juive très fière de représenter Israël », déclarait-elle en décembre au journal Makor Rishon. « Quand je participe à une compétition, je me concentre sur ce que j’ai à faire, je n’écoute pas les bruits de fond – et même s’il y en a, cela ne m’affecte pas. »
Seniuk a remporté les championnats d’Israël de patinage artistique ces quatre dernières années. Aux championnats d’Europe 2026, elle a terminé 21e sur 38 concurrentes, après avoir pris la 13e place au classement général lors de l’édition 2025.
Elle entrera en piste le 17 février pour le programme court féminin, avec l’objectif d’obtenir un score suffisant pour se qualifier pour le programme libre prévu le 19 février.
L’équipe de bobsleigh
La petite équipe israélienne de bobsleigh s’est qualifiée in extremis pour obtenir une place réattribuée aux Jeux olympiques d’hiver de cette année, couronnant ainsi huit années d’efforts pour son pilote AJ Edelman, qui avait représenté Israël en skeleton aux Jeux de 2018.
Edelman, 34 ans, originaire de Boston, et détenteur de la double nationalité américaine et israélienne, sera rejoint à Cortina par les membres de l’équipe qu’il a recrutés dans d’autres disciplines sportives afin de réaliser son rêve olympique en bobsleigh, après avoir manqué de peu une qualification pour les Jeux de 2022.
Menachem Chen, 25 ans, ancien lanceur de disque, Omer Katz, 25 ans, ancien sprinter, Uri Zisman, 25 ans, ancien sauteur à la perche, ainsi que le remplaçant Ward Fawarseh, 30 ans, ancien joueur de rugby, accompagneront Edelman pour tenter d’entrer dans l’histoire en dévalant la piste glacée.
Lors d’une conférence de presse à Tel Aviv la semaine dernière, Zisman a raconté avoir reçu un appel inattendu d’Edelman alors qu’il voyageait en Inde.
« Je m’appelle AJ, je vais aux Jeux olympiques, tu veux venir avec moi ? », lui a-t-il demandé. Zisman dit avoir alors pensé : « Mais c’est qui, ce fou ? »
Fawarseh, qui deviendrait le premier athlète olympique druze d’Israël s’il venait à concourir, a confié aux journalistes « qu’avant de rencontrer AJ, je ne savais même pas qu’il y avait des Jeux olympiques d’hiver ».
Il a expliqué vouloir « représenter la communauté druze et ouvrir la voie au sport de haut niveau ». Sa communauté compte, selon lui, « tellement de jeunes au potentiel énorme… et je veux être celui qui les guide et leur donne les outils nécessaires ».
Retenant ses larmes, Edelman, frère de l’humoriste Alex Edelman, a expliqué que la qualification historique de l’équipe constituait à la fois un rêve personnel et national.
« Sans le drapeau, nous ne sommes que des fous qui dévalent une montagne », a-t-il déclaré. « Mais avec le drapeau, nous devenons autre chose. Notre rêve est que chacun réalise sa meilleure performance personnelle, pour notre pays et pour les personnes que nous représentons. »
L’équipe prendra la piste les 16 et 17 février pour l’épreuve de bobsleigh à deux, avec Edelman et Chen, puis les 21 et 22 février pour l’épreuve à quatre.
Et oui, ils connaissent déjà les blagues sur Cool Runnings. Mais eux préfèrent parler de « Shul Runnings ».
Barnabas et Noa Szollos
Milan-Cortina marquera la deuxième participation olympique des frère et sœur, à la double nationalité hongroise et israélienne, Barnabas et Noa Szollos, qui avaient déjà concouru aux Jeux de Pékin en 2022.
Barnabas (« Barni »), 27 ans, participera cette année à quatre épreuves, contre cinq à Pékin, après la suppression du combiné alpin individuel par les organisateurs. Sa surprenante sixième place en combiné alpin masculin en 2022 avait offert à Israël son meilleur résultat olympique en ski alpin, égalant également son meilleur résultat de l’histoire aux Jeux d’hiver.
Noa, 23 ans, participera, elle aussi, à une épreuve de moins qu’en 2022 ; elle sera de retour pour le slalom et le slalom géant, mais pas pour le super-G.
Lors des Jeux de Pékin, Noa avait terminé 41e en slalom et 34e en super-G, avant de chuter lors du slalom géant. Il y a quelques semaines, elle est entrée dans l’histoire en inscrivant les premiers points israéliens en Coupe du monde de ski alpin lors d’un slalom en Slovénie.
Barni et Noa ont commencé à skier très jeunes, tout comme leur frère Benjamin, suivant les traces de leur père Peter Szollos, lui aussi ancien compétiteur pour Israël. La famille vit en Hongrie, tandis que les deux athlètes s’entraînent en Autriche.
Dans une interview accordée au site Ynet le mois dernier, Noa expliquait qu’il était « agréable de se sentir connectée à Israël de cette manière, de découvrir une nouvelle culture et un nouveau pays. C’était une bonne décision qui nous a beaucoup aidés… Je me sens très connectée à mes racines juives ».
Barni devrait prendre le départ de la descente masculine le 7 février, du super-G le 11 février, du slalom géant le 14 février et du slalom le 16 février. Noa disputera le slalom géant féminin le 15 février puis le slalom le 18 février.
Jared Firestone
Jared Firestone, 35 ans, originaire de Floride, participera à l’épreuve de skeleton à Cortina après dix années d’efforts pour se qualifier aux Jeux olympiques.
Firestone, qui a obtenu la nationalité israélienne en 2019, a commencé le skeleton en 2015 alors qu’il étudiait le droit, pensant que son expérience de coureur lui serait utile.
En 2022, il avait échoué à seulement trois places de la qualification pour les Jeux de Pékin, avant de subir peu après une blessure qui l’a empêché de s’entraîner pendant plusieurs mois.
Après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, Firestone a ressenti un besoin renouvelé de « se remettre en piste le plus rapidement possible » pour représenter Israël, confiait-il au Times of Israel le mois dernier.
Au cours de la saison de qualification olympique de cette année, Firestone a expliqué qu’il savait « qu’il était impossible que quiconque travaille plus dur que lui… chaque seconde où je pouvais faire quelque chose pour m’améliorer, je devais la saisir ».
Cet objectif s’est concrétisé mi-janvier, lorsqu’il a obtenu une place aux Jeux de 2026 pour lui-même et pour Israël « Je ne pense pas que je prendrai vraiment la mesure de ce qui m’arrive avant d’arriver à Cortina », a-t-il déclaré.
Firestone disputera les épreuves masculines de skeleton les 12 et 13 février.
Attila Mihaly Kertesz
Attila Mihaly Kertesz, 37 ans, originaire de Hongrie et vivant en Thaïlande, ne correspond pas vraiment au profil typique d’un athlète olympique israélien.
Ce vétérinaire de formation va néanmoins devenir le tout premier skieur de fond olympique israélien à participer aux Jeux olympiques lorsque ceux-ci s’ouvriront cette semaine.
Kertesz est devenu citoyen israélien en 2024, après plusieurs années de démarches fondées sur les origines juives de son épouse. Il souhaitait concourir sous les couleurs israéliennes afin d’inscrire son nom dans l’histoire sportive du pays.
« C’est un moment historique d’être le premier skieur de fond [israélien] », confiait-il au Times of Israel l’an dernier. « J’ai pensé que c’était quelque chose que je pouvais offrir à mon pays en retour. »
Il espère également encourager d’autres personnes à poursuivre leurs rêves, même lorsqu’ils semblent improbables.
« J’avais 30 ans lorsque j’ai décidé de me lancer dans la compétition », rappelait-il. « Il n’est donc jamais trop tard si l’on est motivé. »
Kertesz participera à l’épreuve masculine du 10 km le 13 février.
Sheina Vaspi
Sheina Vaspi, 24 ans, est entrée dans l’histoire en 2022 en devenant la première athlète paralympique israélienne à participer aux Jeux d’hiver.
Elle sera de retour cette année avec quatre années d’expérience supplémentaires, mais aussi marquée par la perte de son cousin bien-aimé, le capitaine de réserve Arnon Benveniste Vaspi, tombé au champ d’honneur à Gaza en novembre 2023.
« Après la shiva, j’ai décidé de reprendre l’entraînement, car c’était ainsi qu’était Arnon », expliquait-elle l’an dernier au site Ynet. « Il poussait toujours à l’excellence. Il avait une devise qui m’accompagne encore : “Ce qui vient facilement s’en va facilement. Tout demande de la persévérance et du travail acharné, mais finit par porter ses fruits. Ceux qui continuent et n’abandonnent pas obtiennent des résultats.” »
Vaspi a grandi dans une famille Habad à Yesud HaMaala, dans le nord d’Israël. Enfant, elle a perdu sa jambe gauche dans un accident de la route. Elle a commencé à skier à l’adolescence et s’est prise de passion pour ce sport, la compétition et l’entraînement.
Lors des Jeux de 2022, Vaspi a terminé 15e en ski alpin, mais a renoncé à l’épreuve de slalom lorsque les conditions météorologiques ont contraint les responsables olympiques à déplacer la course au Shabbat.
En janvier 2025, une grave blessure l’a éloignée des pistes pendant plusieurs mois, mais elle s’est battue pour revenir à la compétition.
« Je veux brandir le drapeau israélien partout où je peux, même si, au début, la montée de l’antisémitisme m’inquiétait beaucoup », a-t-elle déclaré à Ynet. Vaspi a déclaré qu’elle « puise désormais sa force dans le courage [de son cousin], dans les histoires que j’ai entendues, et que j’applique à mon sport ».
Vaspi devrait dévaler les pistes de Cortina lors des Jeux paralympiques, à la mi-mars.
la Communauté du Times of Israël !
