Israël en guerre - Jour 143

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Un membre du Likud tient une pancarte d'Avraham Neguise lors des primaires du parti au bureau de vote de Tel Aviv Likoud le 5 février 2019. (Crédit : Gili Yaari/Flash90 )
Un membre du Likud tient une pancarte d'Avraham Neguise lors des primaires du parti au bureau de vote de Tel Aviv Likoud le 5 février 2019. (Crédit : Gili Yaari/Flash90 )

La nomination d’Avraham Neguise comme ambassadeur réveille son passé de « missionnaire »

Membre d’une communauté éthiopienne-israélienne religieusement divisée, la nomination de l’ex-élu attire l’attention sur son passé chrétien peu connu

Dans une interview publiée en 2018 sur le site de la Knesset, Avraham Neguise avait présenté une version écourtée de la formidable histoire de son immigration en Israël.

« En 1985, j’ai immigré en Israël, par sionisme, depuis l’Ethiopie, via l’Inde, et je me suis installé à Jérusalem », disait Neguise, un ancien député qui symbolise, pour beaucoup, l’excellence, alors que sa communauté se dit privée de droits civiques.

Le mois dernier, Neguise, 65 ans, titulaire d’un doctorat en éducation, a gravi encore un échelon. Il a été choisi pour le poste d’ambassadeur d’Israël en Ethiopie.

Cette nomination, dans l’un des pays alliés d’Israël en Afrique, ramène l’attention au sein de la communauté de Neguise sur des éléments peu connus de sa biographie qu’il aborde rarement et qu’il avait omis dans la vidéo de la Knesset : pendant des années, même après son arrivée en Israël, il a travaillé pour des organisations chrétiennes, dont l’une avait pour mission le prosélytisme parmi les Juifs.

Cet épisode, que certains Israéliens d’origine éthiopienne considèrent comme un scandale, est lié à une division plus large entre les deux segments majeurs des Israéliens d’origine éthiopienne, une communauté d’environ 100 000 personnes. Ils sont divisés entre ceux dont les ancêtres se sont convertis au christianisme, connus sous le nom de Falash Mura, et ceux dont les ancêtres ne l’ont pas fait, appelés Beta Israel.

De manière controversée, Neguise (prononcé neh-go-ssah), qui se considère comme membre de Beta Israel, a joué un rôle décisif dans le rapatriement en Israël de dizaines de milliers de Falash Mura.

« Dans ce domaine, son travail missionnaire se poursuit. Il ne représente pas de vrais Juifs éthiopiens », a déclaré Avraham Yerdai, ancien vice-président de l’Union des Juifs éthiopiens, principale organisation de la communauté, au Times of Israel ce mois-ci.

Le député du Likud Avraham Neguise (deuxième à gauche), la députée de l’Union sioniste Revital Swid (deuxième à droite) et le député Likud David Amsalem (à droite) pendant une manifestation pour l’immigration en Israël des juifs éthiopiens, à Jérusalem, le 20 mars 2016. (Crédit : Corinna Kern/Flash90 )

Neguise, qui n’a pas répondu aux demandes d’entretien ou de commentaire de ce journaliste, a déclaré dans le passé que son travail pour les missionnaires était strictement lié à l’emploi.

Ses proches affirment qu’il mène une vie de juif observant.

Cependant, en 1981, Neguise se présentait comme un chrétien craignant d’être contraint de devenir juif dans une lettre consultée par le Times of Israel, signée sous son patronyme, Beyyene, adressée à un missionnaire du nom de Roger Cowley, fondateur d’un groupe britannique appelé Church’s Ministry Among Jewish People, ou CMJ.

Des membres de la communauté Falashmura à l’aéroport, Ben Gurion de Tel Aviv, le 4 février 2019. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)

« Parce que je suis devenu chrétien, bien que je sois d’origine juive, ils ne s’occupent pas beaucoup de moi », écrivait Neguise à Cowley en 1981 depuis le centre d’intégration d’Atlit en Israël, qui est réservé aux immigrants ou aux Juifs qui demandent l’immigration.

Dans la lettre, Neguise ajoutait qu’il avait entendu « une rumeur selon laquelle on nous demandera bientôt d’entrer dans la foi juive ».

« J’ai très peur de cela. Je veux rester chrétien », ajoutait-il.

Neguise signait plusieurs lettres avec la mention : « Votre fils en Christ. »

Neguise a quitté Israël en 1982 et a été envoyé par CMJ pour une formation au Royaume-Uni et en Inde. Neguise a adressée à Kindernothilfte, un groupe d’aide allemand, une lettre signée et rédigée sur un papier à en-tête de CMJ l’assurant qu’il reviendrait travailler pour elle en Éthiopie après la période en Inde de sa formation.

Neguise, qui se définit comme un Juif éthiopien de Beta Israel, est revenu en Israël en 1985 et a fait son alyah depuis l’Éthiopie.

Dans une interview de 2003 avec le quotidien Maariv, Neguise, qui a deux enfants et vit à Jérusalem, a reconnu avoir travaillé pour des missionnaires chrétiens, mais a affirmé que cette association a pris fin en 1985. Il prétendait que cette histoire était utilisée contre lui pour bloquer ses efforts visant à aider les Ethiopiens Falash Mura à immigrer en Israël.

Les Juifs éthiopiens prennent part à une prière lors du festival de Sigd sur la promenade Armon Hanatziv qui surplombe Jérusalem, le 13 novembre 2023. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

« En Diaspora, les Juifs travaillent pour toutes sortes d’institutions, généralement non juives, et comme j’ai travaillé avec des chrétiens, j’ai utilisé leur terminologie », a-t-il déclaré à Maariv en 2003. « Je me considère comme un Juif observant », a-t-il dit. « Je ne vois pas pourquoi nous devons remonter dans l’histoire des décennies en arrière. »

Lutte de pouvoir interne ?

Le renouveau de l’intérêt porté au passé de Neguise s’inscrit dans une lutte interne, selon Uri Perednik, ancien collaborateur de Neguise lors de son mandat de membre de la Knesset pour le Likud de 2015 à 2019. L’histoire de son emploi fait à nouveau les gros titres alors que le ministère des Affaires étrangères de l’Éthiopie ou la présidente Sahle-Work Zewde doivent ratifier la nomination de Neguise pour qu’elle entre en vigueur.

« Il est un véritable défenseur de la cause de la communauté juive éthiopienne, et des voix marginales au sein de la communauté utilisent son passé lointain pour l’attaquer », a déclaré Perednik.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) serre la main d’Avraham Neguise lors d’un événement marquant « Yom HaAliyah » à la Knesset, à Jérusalem, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Neguise est considéré comme un atout majeur pour le Likud en raison de sa capacité à rassembler des votes pour le parti au sein de sa communauté, ont déclaré des personnes proche de son travail politique. Neguise est également considéré comme un proche allié du ministre de la Coopération régionale David Amsalem, un partisan clé du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Perednik a décrit Neguise comme un orateur et activiste passionné, « mais ce qui m’a le plus impressionné chez lui, c’est à quel point il écoutait attentivement. Après chaque rassemblement politique, des gens de la communauté venaient à lui avec des problèmes et des questions. Il restait et écoutait aussi longtemps que nécessaire. Ensuite, il essayait d’utiliser son pouvoir pour aider », a déclaré Perednik.

Les députés du Likud Avraham Neguise (à gauche) et David Amsalem débatent au sujet du gel de l’aliyah éthiopienne lors d’une audience à la Knesset, le 21 mars 2017 (Melanie Lidman / Times of Israel)

Micha Feldmann, le premier envoyé en Éthiopie par l’Agence juive pour Israël, a déclaré au Times of Israel que Neguise lui avait dit par le passé que travailler pour des missionnaires était une « erreur » qu’il « regrettait ». Dans une lettre qu’il a envoyée dans les années 1990, Feldman s’est opposé à ce que Neguise travaille comme interprète en Éthiopie, citant des informations selon lesquelles il aurait fait du prosélytisme parmi les Juifs là-bas, rapportait Maariv (lien en hébreu). Feldman a déclaré le mois dernier ne pas se rappeler avoir soulevé de telles objections.

Pour les opposants de Neguise, son affiliation au christianisme remontant à 40 ans viennent s’ajouter à leur méfiance envers son lobbying réussi (lien en hébreu) pour l’immigration en Israël d’environ 50 000 Falash Mura, des personnes se considérant comme descendantes d’ancêtres juifs forcés à la conversion au christianisme dans les années 1800, à mesure que cette religion prenait pied en tant que foi prédominante en Éthiopie.

Micha Feldmann, le premier représentant de l’Agence juive pour Israël en Éthiopie, marche à l’extérieur de la synagogue Hatikvah à Gondar, en Éthiopie, le 31 mai 2022. (Crédit : Canaan Lidor)

L’arrivée des Falash Mura en Israël remonte aux années 1990, après celle des Éthiopiens de la communauté Beta Israel dans les années 1980. Les membres de la communauté Beta Israel se targuent de respecter les traditions juives depuis plus de 2 600 ans.

Des vagues d’immigration de Falash Mura, qui ne sont pas universellement reconnus comme Juifs, se poursuivent, la dernière en date ayant eu lieu l’année dernière. Cela a renforcé leurs effectifs, qui sont désormais à quasi-égalité avec ceux de Beta Israel.

« Cela a créé non seulement une division au sein de la communauté, mais aussi des inquiétudes quant à sa viabilité à long terme en tant que communauté juive », a déclaré Ayanawo Ferada Senebato, journaliste et homme politique éthiopien, critique de Neguise. « Les ancêtres des Juifs éthiopiens qui ont quitté l’Éthiopie pour ne pas s’assimiler sont maintenant en danger de s’assimiler en Israël à cause de certains Falash Mura », a-t-il déclaré.

Senebato a reconnu que certains Falash Mura sont connectés à leurs racines juives et entretiennent un véritable désir de retourner dans le giron du judaïsme. « Mais d’autres vont à l’église ici en Israël. C’est une catastrophe pour la communauté juive éthiopienne », a-t-il déploré.

L’année dernière, des données obtenues auprès de l’Autorité de la population et de l’immigration suggéraient que plus des deux tiers des quelque 5 000 Falash Mura qui ont immigré en Israël entre 2020 et 2022 se considéraient comme chrétiens.

Accusations de racisme

Les données, publiées par le Centre israélien de politique d’immigration, une organisation non gouvernementale conservatrice, contrastent avec le récit des partisans de l’immigration des Falash Mura, dont Neguise, qui affirment essentiellement qu’ils sont Juifs. Dans une interview de 2016 pour la chaîne 99, il a déclaré que le refus d’autoriser l’immigration des Falash Mura en Israël « ne peut être décrit comme autre chose que du racisme ».

Le député du Likud Avraham Neguise pendant la cérémonie organisée pour Yom HaAlyah à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les dirigeants de la communauté juive éthiopienne en Israël ont souvent protesté contre le racisme perçu à leur encontre, qui se manifeste, selon eux, par des brutalités policières et des discriminations, y compris dans le refus pendant de nombreuses années des banques de sang israéliennes d’utiliser leurs dons par crainte de maladies. Les immigrants éthiopiens ont été autorisés à donner leur sang en 2017.

En matière d’immigration, Neguise et d’autres défenseurs des Falash Mura allèguent souvent que certaines années, la plupart des immigrants de l’ancienne Union soviétique ne sont pas non plus Juifs. S’opposer à l’immigration des Falash Mura tout en autorisant l’immigration de russophones non-juifs est injuste et raciste, disent-ils.

Mais Senebato et d’autres estiment qu’il s’agit d’une fausse équivalence car les russophones immigrent en Israël en vertu de sa Loi du retour pour les Juifs et leurs proches. Les Falash Mura ne sont pas éligibles à cette loi. Ils immigrent en vertu d’un décret gouvernemental, et seulement s’ils s’engagent à suivre une conversion au judaïsme orthodoxe supervisée par le gouvernement.

Des Israéliens et des Juifs éthiopiens embarquant sur des vols de Gondar et Bahir Dar vers Addis-Abeba, dans le cadre de l’opération de sauvetage du gouvernement israélien au milieu des combats dans le nord de l’Éthiopie, le 10 août 2023. (Crédit : Ambassade d’Israël à Addis-Abeba)

Les premiers immigrants Falash Mura sont arrivés sous la pression des Éthiopiens de la communauté Beta Israel en Israël, avec des proches Falash Mura. Chaque vague d’arrivées de Falash Mura a divisé des familles, a alimenté de nouvelles pressions, y compris lors de manifestations de protestation, de la part des nouveaux arrivants qui cherchaient à faire venir en Israël des proches, dont des enfants et des parents, qu’ils avaient laissés en Éthiopie. Beaucoup, comme Neguise, ont accusé Israël de racisme lorsque l’Etat n’a pas accédé à leurs demandes.

Senebato rejette cette allégation. « Quand Israël ne veut pas accueillir les Falash Mura, il est cohérent avec sa vocation d’État juif », a-t-il déclaré. « Le seul racisme ici est en leur faveur. Israël ne laisserait jamais entrer des Moldaves, des Roumains ou des Turcs. Mais parce qu’ils sont noirs et l’accusent de racisme, le gouvernement cède à chaque fois. »

Des hommes lisent la Torah pendant les prières à la synagogue de Gondar, en Éthiopie, le 31 mai 2022. (Crédit : Amy Spiro/Times of Israel)

Des milliers de Falash Mura attendent l’autorisation de venir en Israël à Addis-Abeba et Gondar, où leur communauté dispose d’une synagogue, fonctionnant sous un grand abri en tôle ondulée. La communauté est financée en partie par Struggle to Save Ethiopian Jewry, une organisation caritative basée aux États-Unis qui a reçu des financements ou une assistance de l’Agence juive pour Israël, du JDC et des Fédérations juives d’Amérique du Nord.

Dans l’interview de 2018 pour le site web de la Knesset, Neguise a décrit la dualité qui caractérise l’immigrant, source de diverses frustrations mais qui jouera en sa faveur dans le cadre de son travail en tant qu’ambassadeur.

« Mon comportement et ma pensée sont déterminés par l’endroit où j’ai grandi, en Éthiopie », a déclaré Neguise. « Mes enfants sont plus israéliens, avec leur vivacité israélienne. Je ne l’ai pas en moi, car ma mentalité ne cesse de me ramener en arrière. »

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