La police relâche le journaliste Abed Abou Shahadeh
Le militant politique du parti Balad avait été placé en garde à vue, soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec un agent étranger après s’être rendu au Qatar avant les élections du 27 octobre
Dimanche, la police a remis en liberté le journaliste Abed Abou Shahadeh, interpellé mercredi matin. Il était soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec un agent étranger après s’être rendu au Qatar avant les élections à la Knesset du 27 octobre, où il avait interviewé l’ancien député Azmi Bishara, en fuite.
Le tribunal de première instance de Tel Aviv avait ensuite ordonné, mercredi, qu’Abou Shahadeh soit maintenu en détention jusqu’à dimanche, au lieu des huit jours demandés par la police. La police ayant décidé de ne pas s’opposer à sa libération, une deuxième audience de mise en détention provisoire, prévue ce dimanche matin, a été annulée, tout comme une manifestation de gauche devant le tribunal.
Abou Shahadeh est responsable du département des podcasts du site d’information Arab48 et animateur de son podcast phare, Al-Midan. Il siège également au Conseil islamique de Jaffa et a précédemment siégé au conseil municipal de Tel Aviv-Jaffa en tant que représentant de Yafa, une alliance municipale regroupant le parti communiste binational Hadash et le parti nationaliste palestinien Balad, deux des trois factions qui composent la Liste arabe unie.
Il est le cousin du chef du parti Balad, Sami Abou Shahadeh, qui figurait en troisième position sur la liste des candidats de la Liste arabe unie pour les élections, mais qui s’est retiré après que la commission centrale électorale (CCE) a voté sa disqualification pour son prétendu soutien au conflit armé contre Israël, et que la Cour suprême a indiqué qu’elle confirmerait cette interdiction.
Plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées au siège de la Ligue des Arabes de Jaffa pour accueillir le journaliste, parmi lesquelles Sami Abou Shahadeh et l’ancien député du parti Balad, Jamal Zahalka. Ce dernier a pris la tête du parti après la fuite de Bishara et dirige désormais le Haut Comité de suivi des citoyens arabes d’Israël, un groupe faîtière.
Bishara a fui Israël en 2007, soupçonné d’avoir aidé le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah lors de la guerre du Liban de l’année précédente.
Lors d’une réception organisée à Jaffa après sa libération sans inculpation, le journaliste Abou Shahadeh a dénoncé la « persécution politique » et déclaré : « Je déteste la culture de la peur. »
« La persécution politique n’a pas commencé avec moi et ne s’arrêtera pas avec moi », a-t-il ajouté.
« Nous ne devons pas avoir peur », a affirmé Abou Shahadeh. « Nous ne devons pas tomber dans ce piège. »
S’exprimant d’abord en arabe puis en hébreu, Abou Shahadeh a appelé à la coexistence et à « un avenir meilleur pour les enfants arabes et pour les enfants juifs ».
Journalist Abed Abou Shahadeh @AbedYaffa addresses international supporters in English during a reception in Jaffa after he was released without charge pic.twitter.com/kA2QdCIa25
— Noam Lehmann (@noamlehmann) November 8, 2026
« Les gens veulent simplement gagner leur vie », a-t-il ajouté.
Il a raconté avoir été détenu seul dans une cellule de 2 mètres sur 2, 24 heures sur 24.
« On commence à apprécier les choses que l’on tient pour acquises : nos enfants, nos conjoints et nos parents, mais aussi les uns les autres », a-t-il expliqué.
Pour conclure, Abou Shahadeh a remercié – en anglais – ses soutiens internationaux, notamment les trois députés juifs démocrates américains nouvellement élus qui ont rédigé une lettre exigeant sa libération.
Son épouse, Hanin Aghbaria, a déclaré que le seul moment où elle avait eu peur durant cette épreuve avait été lorsque, tard dans la nuit, un agent en civil était entré dans sa chambre alors qu’elle s’y trouvait avec ses deux fils.
« Il est entré comme un voleur et a emmené mon mari », a-t-elle raconté. Elle a ajouté qu’il y a six mois, quinze agents s’étaient également présentés au domicile familial à Jaffa « sans raison » et y étaient restés dix minutes.
Mercredi, les avocats d’Abou Shahadeh ont fait valoir devant le tribunal que les accusations portées contre leur client ne concernaient que cet entretien avec Bishara, et ont accusé la police et le Shin Bet de punir Abou Shahadeh pour son activité journalistique.
Le représentant de la police présent à l’audience a refusé de confirmer si l’entretien constituait la seule infraction présumée, renvoyant plutôt le tribunal à un dossier confidentiel remis par les enquêteurs.
Interrogée pour savoir si l’affaire contre Abou Shahadeh était désormais close, la police a renvoyé le Times of Israel vers le porte-parole du Shin Bet, qui n’a pas répondu à une demande de commentaire.