La récolte des olives en Cisjordanie, source annuelle de tensions, se poursuit malgré les obstacles et les violences

Depuis plusieurs années, les Palestiniens se plaignent d'être empêchés de récolter leurs olives, avec de graves conséquences économiques ; cette année, des attaques ont déjà été signalées

Une femme de la famille bédouine palestinienne des Kaabneh se balance sous un olivier tandis que des résidents d'implantations israéliens sortent de chez elle, à la périphérie de la ville de Taybeh, en Cisjordanie, le 1er octobre 2026. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)

Abd al-Halim Mansour, un habitant du village de Deir Istiya en Cisjordanie, cultive ses terres toute l’année. La plupart du temps, il s’occupe des vergers familiaux dans lesquels poussent différentes variétés d’arbres fruitiers, notamment des citronniers. Mais chaque automne, il se consacre entièrement aux olives.

Mansour possède 500 oliviers. Chaque année, en octobre et novembre, à l’instar des autres agriculteurs, il récolte ces petits fruits verts, qui sont ensuite pressés pour produire de l’huile d’olive.

C’est également à cette période que les violences à l’encontre des Palestiniens connaissent historiquement leur pic. Chaque année, des résidents d’implantations extrémistes s’en prennent aux villageois qui se rendent dans les oliveraies pour la récolte. En s’approchant des arbres, les Palestiniens se retrouvent souvent plus près des résidents d’implantations qu’à l’accoutumée, ce qui donne lieu à des affrontements tendus et souvent violents.

Depuis quelques années, les autorités israéliennes réagissent à ce qu’elles qualifient diplomatiquement de « frictions » en déclarant les oliveraies zones militaires fermées – une mesure censée en interdire l’accès aux résidents d’implantations et aux Palestiniens, ainsi qu’aux militants israéliens ou étrangers qui viennent traditionnellement aider à la cueillette et protéger les agriculteurs. En réalité, dénoncent les critiques, ces mesures ne sont souvent appliquées qu’à l’encontre d’une seule partie, et il ne s’agit pas des résidents d’implantations – qui entravent pourtant la récolte.

Cette année, alors que la violence des extrémistes juifs et l’expansion des implantations atteignent des niveaux sans précédent, on craint que ces restrictions ne se généralisent plus que jamais, rendant la récolte annuelle non seulement périlleuse, mais également potentiellement impossible pour de nombreux agriculteurs.

« L’armée cherche à réduire les troubles, mais elle ne dispose que d’un seul outil : refouler autant que possible les Palestiniens », a expliqué Ksenia Svetlova, ancienne députée de l’Union sioniste à la Knesset, qui suit de près l’évolution de la situation en Cisjordanie.

Selon elle, le message de l’armée est le suivant : « Ne récoltez pas, et cette affaire sera réglée. »

« Officiellement, personne ne leur dit : “Ne sortez pas”. Mais les Palestiniens de la zone A connaissent déjà des difficultés [pour récolter] cette année », a-t-elle ajouté, en référence à la région de Cisjordanie sur laquelle l’Autorité palestinienne exerce un contrôle civil et sécuritaire, et dont l’accès est en principe interdit aux Israéliens. Dans les autres zones du territoire, dans lesquelles l’armée israélienne exerce son autorité et dont le paysage est parsemé d’implantations et d’avant-postes, la situation devrait être encore pire.

Selon La Paix maintenant, en août 2026, on dénombrait 390 avant-postes – des implantations illégales, souvent minuscules – en Cisjordanie, dont 65 ont été créés cette année. Plus de 240 ont été établis depuis 2023. Ces structures rapprochent les résidents d’implantations des zones dans lesquelles les Palestiniens récoltent leurs olives.

« Cette année s’annonce difficile [en termes de possibilité de récolte]. J’espère que nous nous trompons, mais nous craignons que ce soit une année difficile », a indiqué Mansour, en désignant un avant-poste agricole établi à plusieurs centaines de mètres de ses oliviers, dans la région de Deir Istiya, à l’ouest de Ramallah.

Au-delà de la violence, les entraves à la récolte peuvent avoir de profondes répercussions sur une économie palestinienne déjà en difficulté. Les olives représentent en effet une part essentielle du PIB de la Cisjordanie.

« L’industrie oléicole est considérée comme le pilier du secteur agricole [palestinien] ; elle assure la subsistance de la plupart des villages de Judée-Samarie. Cela représente plus de 100 000 familles, pour un total de plus de 500 000 personnes », a écrit l’Administration civile israélienne, l’organisme chargé des affaires civiles en Cisjordanie, dans un document qui a été publié avant la saison des récoltes de cette année.

Les 500 oliviers de Mansour peuvent produire environ 80 bidons de 15 litres d’huile d’olive, a-t-il confié au Times of Israel, qui l’a accompagné lors de la première journée de récolte à la fin de la semaine dernière.

Debout sur une échelle, alors qu’il cueillait des olives, Mansour a estimé que la vente de l’huile produite par l’ensemble de ses oliviers cette année pourrait lui rapporter au total quelque 64 000 shekels, l’équivalent de plus de 20 salaires mensuels moyens dans les territoires de l’Autorité palestinienne.

Mais il n’a aucune certitude quant à sa capacité à terminer la récolte avant que les tensions ne reprennent.

Abd al-Halim Mansour, un habitant de Deir Istiya, récolte des olives sur les oliviers dont il est propriétaire, le 1er octobre 2026. (Crédit : Nurit Yohanan/Times of Israel)

La première journée de cueillette de Mansour s’est déroulée sans incident. Mais moins d’une semaine après le début de la saison des récoltes, les informations faisant état d’attaques contre des villageois perpétrées ailleurs par des partisans extrémistes du mouvement pro-implantations sont déjà légion.

« Un nouvel avant-poste s’est établi ici depuis quelques mois, et un résident d’implantations contrôle toute la zone. Il peut débarquer chez nous et appeler l’armée [pour nous expulser du secteur] », a affirmé Mansour. « Près de 40 % des oliviers qui appartiennent aux habitants du village se trouvent près de chez lui. J’espère que les récoltes se dérouleront [dans le calme]. »

Accès interdit

Les oliviers, qui comptent parmi les cultures les plus résistantes, nécessitent bien moins d’attention que beaucoup d’autres. Ils parviennent à prospérer grâce aux précipitations que leur apporte le climat méditerranéen.

De nombreux agriculteurs palestiniens ne visitent leurs oliveraies que quelques fois par an ; l’essentiel du travail se déroule en automne. Les agriculteurs et leurs équipes d’auxiliaires quittent leurs villages pour rejoindre leurs oliveraies, où ils passent leurs journées à frapper ou à secouer les arbres pour faire tomber les fruits mûrs, qui sont ensuite recueillis dans des filets étendus sous les branches.

Lorsque ces oliveraies se trouvent à proximité d’implantations, les Israéliens considèrent parfois la présence de Palestiniens sur des terres où ils se rendent rarement comme une menace pour leur sécurité, pouvant déboucher sur des affrontements.

Ces dernières années, alors que les extrémistes étendent leur emprise à travers la Cisjordanie, de plus en plus d’oliveraies se retrouvent à proximité de partisans du mouvement pro-implantations prêts à interpréter tout mouvement des Palestiniens comme une intrusion à réprimer par la force.

«Comme chaque année, on s’attend à ce que l’ennemi profite de la proximité des communautés et des implantations pour mener des attentats terroristes et des provocations violentes», a écrit sur les réseaux sociaux Elisha Yered, éminent militant d’extrême droite du mouvement pro-implantations, avant la récolte de cette année.

Il a appelé l’armée à interdire à titre préventif l’accès aux Palestiniens et aux militants venus les aider, qu’il qualifie de «provocateurs et d’anarchistes».

« Les forces de sécurité restent inactives. Elles ne réagissent que lorsque ces émeutiers sont déjà en train de frapper aux portes des habitants des avant-postes agricoles, au sommet des collines, obligeant ces derniers à se défendre à mains nues », a-t-il ajouté.

Les Palestiniens et les militants présentent une version différente des faits. Ils décrivent des incidents au cours desquels des extrémistes très bien armés, souvent soutenus par Tsahal, s’en prennent aux Palestiniens et aux militants qui tentent de récolter des olives dans des oliveraies proches d’implantations ou d’avant-postes.

Aux termes de la loi israélienne, les Palestiniens doivent être autorisés à cultiver les terres dont la propriété privée leur est reconnue. Conformément aux procédures de l’Administration civile, les zones agricoles sont divisées en deux catégories : celles dans lesquelles les Palestiniens peuvent cultiver librement, et celles qui nécessitent une coordination préalable avec l’Administration civile en raison de leur proximité avec une implantation ou une base militaire.

Un soldat de l’armée israélienne pointe son fusil lors d’une attaque qui aurait été perpétrée par des résidents d’implantations contre des Palestiniens qui cueillaient des olives dans le village de Beita, au sud de Naplouse, en Cisjordanie, le 2 octobre 2026. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH/AFP)

Dans ces dernières zones, l’Administration civile fixe des jours précis pendant lesquels les Palestiniens sont autorisés à accéder aux terres, et elle les informe de ces dates. Les propriétaires fonciers dont les oliveraies nécessitent une coordination préalable sont censés être notifiés par l’Administration civile.

Mais Israël n’a jamais réalisé de cadastre complet en Cisjordanie. De nombreuses parcelles n’ont donc pas de statut juridique définitivement établi.

Au début de chaque saison de cueillette des olives, l’Administration civile publie en ligne une carte des zones devant faire l’objet d’une coordination préalable. Pour 2026, la carte publiée recense 737 parcelles nécessitant une telle coordination ou dont l’accès est interdit aux Israéliens – soit plus de 70 de plus que l’année précédente.

Des oliviers appartenant à des habitants du village de Deir Istiya, dans l’ouest de la Cisjordanie, avec une implantation à l’arrière-plan, le 1er octobre 2026. (Crédit : Nurit Yohanan/Times of Israel)

L’armée peut également émettre des ordres de zone militaire fermée pour limiter l’accès à certaines parcelles. Ces mesures sont toutefois censées être temporaires, et visent à maintenir une distance entre les résidents d’implantations et les Palestiniens.

« Chaque année, l’armée israélienne veille à ce que la récolte des olives se déroule en toute sécurité et dans le calme pour les agriculteurs », a affirmé l’armée dans un communiqué. « Lorsque la récolte est perturbée, les soldats ont pour instruction de prendre les mesures nécessaires à sa poursuite sans entrave. Les forces de sécurité supervisent la récolte dans les zones où une coordination sécuritaire est requise afin de préserver la sûreté et la sécurité de la région et de ses habitants. »

Ces dernières années, et en particulier depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, de nombreux Palestiniens ont affirmé que ces procédures n’existaient que sur le papier. Les soldats ou les résidents d’implantations les expulsent des terres dont ils sont propriétaires, souvent de manière violente, même dans des zones pour lesquelles aucune coordination préalable n’est requise.

À la fin de la saison 2025 de la récolte des olives, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies a déclaré avoir enregistré 86 attaques de résidents d’implantations qui ont fait 112 blessés parmi les Palestiniens. Selon l’ONU, 80 incidents avaient été recensés au cours de la même période en 2024, faisant 50 blessés parmi les Palestiniens.

Ces plaintes interviennent dans un contexte de déracinement massif d’oliviers à travers la Cisjordanie par l’armée israélienne ces derniers mois. Une opération que Tsahal justifie par des raisons de sécurité.

Fares al-Dik, un habitant de Kafr ad-Dik, a déclaré au Times of Israel qu’il n’avait pas pu accéder depuis quatre ans aux 550 oliviers qu’il possède au nord du village, et qui sont répartis sur deux parcelles.

Jusqu’au 7 octobre 2023, a-t-il précisé, il avait pu accéder à ses terres et récolter ses oliviers sans être gêné. Malgré la proximité relative de ces parcelles avec l’implantation de Leshem, il a indiqué qu’aucune coordination préalable n’avait été exigée, que les résidents de l’implantation l’avaient vu récolter à cet endroit, et qu’ils le connaissaient. Mais en 2023, la saison de récolte des olives a été interrompue prématurément.

« La dernière fois que j’ai pu me rendre sur ces terres, c’était le 5 octobre 2023. J’ai essayé d’y retourner plus tard dans l’année, mais des soldats nous ont arrêtés avant que nous n’y arrivions [et ils nous ont dit que nous n’avions pas le droit de nous approcher]. Ils nous ont expliqué que c’était une « zone militaire fermée » L’année suivante, en 2024, certains de mes voisins [qui possèdent une parcelle adjacente] s’y sont rendus, et des soldats sont venus les expulser avant qu’ils n’aient pu récolter, sous prétexte qu’il s’agissait d’une zone militaire fermée. »

Al-Dik n’a pas tenté de retourner sur ses terres depuis lors, de peur d’être arrêté ou de subir des violences. Il soupçonne toutefois que cette restriction est toujours en vigueur.

Ces dernières années, une clôture et un portail ont été érigés autour des parcelles ; on ignore cependant qui en est à l’origine. Al-Dik n’a reçu aucune notification de l’Administration civile indiquant qu’une autorisation préalable était nécessaire pour récolter dans la zone.

L’armée israélienne a répondu que la zone était gérée « conformément à l’évaluation de la situation. Le village n’est pas soumis à des restrictions de circulation, les habitants peuvent y entrer et en sortir, et la récolte des olives est autorisée dans le secteur. »

Al-Dik a ajouté qu’il disposait de documents attestant de sa propriété du terrain – propriété qui n’est du reste pas contestée.

« La question n’est pas de savoir si le terrain nous appartient. Le problème, c’est qu’on nous dit : “Vous n’avez pas le droit d’y aller” », a-t-il souligné.

Des soldats israéliens interceptant des agriculteurs palestiniens du village de Salem à un poste de contrôle, avant qu’ils ne franchissent un portail fermé pour accéder à leurs terres afin d’y cueillir des olives, à l’est de Naplouse, en Cisjordanie, le 22 novembre 2025. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)

Selon al-Dik, bon nombre des quelque 6 000 habitants de son village font face à des difficultés similaires et n’ont pas pu, ces dernières années, accéder aux oliviers qu’ils possèdent aux alentours du village. Soit parce que des soldats les en ont empêchés, soit en raison d’attaques menées par des résidents d’implantations.

« Au sud-ouest du village se trouve une zone où un avant-poste a été établi en 2024. Chaque fois qu’un agriculteur [palestinien] s’en approche, il [le résident de l’avant-poste] envoie un drone dans sa direction, puis d’autres résidents d’implantations arrivent en quad et le chassent de force », a-t-il rapporté.

Des pertes de plusieurs millions

Les habitants de six villages du sud des collines d’Hébron ont cherché à quantifier les pertes qu’ils affirment avoir subies ces dernières années du fait de l’interdiction d’accéder à leurs terres.

Depuis 2023, ils ont déposé une requête devant la Haute Cour concernant le fait qu’il leur est systématiquement interdit, disent-ils, d’accéder à des terres agricoles en grande partie plantées d’oliviers.

Dans ce recours qui a été déposé avec l’aide de Haqel: In Defense of Human Rights, une organisation qui vient en aide aux agriculteurs palestiniens, les requérants ont estimé que les pertes directes résultant de leur impossibilité d’accéder à quelque 162 hectares de terres entre 2023 et 2025, sans compter cette année, s’élevaient à près de 14 millions de shekels de revenus perdus provenant de l’huile d’olive et d’autres cultures de plein champ.

Les pertes indirectes résultant de leur impossibilité d’effectuer les travaux agricoles nécessaires, avec pour conséquence des dégâts causés aux oliviers, ont été estimées à plus de 8 millions de shekels, portant le montant total des pertes à 22 millions de shekels.

La propriété des terres incriminées n’est pas contestée, et les Israéliens se sont vu interdire l’accès à la majeure partie de celles-ci en vertu d’un arrêté de zone militaire fermée promulgué il y a près de 15 ans, dans le sillage d’incidents au cours desquels des Israéliens avaient pénétré illégalement sur ces terres et recouru à la violence contre des Palestiniens.

Pour autant, les habitants affirment que, depuis quatre ans, les soldats les ont à plusieurs reprises refoulés lorsqu’ils tentaient d’accéder à leurs terres et que, lorsqu’ils ont réussi à les atteindre, ils ont été attaqués par des résidents d’implantations.

Des résidents d’implantations israéliens sont aperçus dans une oliveraie palestinienne au cœur d’une vallée de la ville de Turmus Ayya, en Cisjordanie, le 25 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)

L’année dernière, et cette année encore, l’Administration civile a demandé aux habitants de se coordonner à l’avance pour procéder à la récolte des olives sur la majeure partie des terres, alors même que ces zones sont adjacentes à des villages palestiniens et qu’elles n’ont pas été soumises à une telle obligation de coordination avant 2025.

Selon Quamar Mishirqi Assad, co-directeur de Haqel et avocat des requérants, lorsque la coordination a été accordée l’année dernière et que des jours précis ont été fixés pour que les habitants puissent accéder à leurs oliveraies et procéder à la récolte, l’accès s’est avéré être extrêmement limité. Il n’était autorisé que dans deux zones sur l’ensemble du territoire, pendant environ deux heures, avec des restrictions quant au nombre d’habitants autorisés à entrer, et une interdiction d’apporter certains équipements, tels que des sécateurs.

L’administration civile n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

L’armée israélienne a déclaré : « L’affaire est connue, elle fait actuellement l’objet d’une procédure judiciaire. En règle générale, lorsqu’un signalement fait état d’affrontements, des soldats de l’armée israélienne sont dépêchés sur les lieux pour disperser les personnes impliquées et rétablir le calme. »

L’un des requérants est Nasser Nawajah, le président du conseil du village de Susiya. Il est propriétaire de 0,6 hectare d’oliveraies, à seulement 400 mètres de son domicile.

S’il peut voir les arbres depuis sa maison, il n’a pas pu se rendre dans son oliveraie depuis le 7 octobre 2023. Quelques jours après l’attaque meurtrière perpétrée par le Hamas contre le sud d’Israël, il a essayé de se rendre sur ses terres, mais il a été arrêté par des soldats. Il a depuis tenté à plusieurs reprises d’y accéder, mais les membres de la brigade de sécurité locale, composée de résidents d’implantations de la région, l’en ont chaque fois empêché.

Dans le même temps, affirme-t-il, des résidents d’implantations pénètrent sur ses terres et volent les olives sur ses arbres.

« Je vois des résidents d’implantations en train de voler. Les années précédentes, nous attendions qu’une autorisation de coordination nous permette d’entrer. Nous étions témoins des vols d’olives commis par des résiudents d’implantations sous nos yeux. Une fois, j’ai même appelé la police », a raconté Nawajah.

Il se souvient qu’un agent venu sur place lui a précisé que les oliviers se trouvaient sur un terrain inscrit au site archéologique de Susya, une zone abritant d’importantes ruines romaines et byzantines qu’Israël a confisquées au village dans les années 1980.

« Quel site archéologique ? », a-t-il demandé. « Ce sont des arbres vieux de 40 ans, plantés par mon grand-père. C’est ma terre, je m’en occupe depuis des années ! »

Selon Mishirqi Assad, les représentants de l’État, lors des procédures devant la Haute Cour, ont cherché à minimiser l’ampleur de l’interdiction faite aux Palestiniens d’accéder à leurs terres.

Hani Obeid, un agriculteur palestinien de 52 ans, tient dans ses mains une branche d’olivier provenant de l’un des arbres déracinés par l’armée israélienne dans le village d’Arraba, près de la ville de Jénine en Cisjordanie, le 2 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)

« L’État affirme qu’ils ont le droit d’y accéder, mais depuis trois ans, ses représentants ne cessent de répéter qu’il y a “des incidents ponctuels”. Ils essaient de présenter cela comme des incidents isolés, afin de minimiser la gravité de la situation. »

La requête est toujours en instance. Le tribunal devrait rendre prochainement une décision concernant l’autorisation accordée aux agriculteurs d’accéder à leurs terres pour la récolte. Mishirqi Assad se montre toutefois pessimiste.

« Ça ne s’annonce pas bien. Je ne pense pas que nous parviendrons à récolter [cette année] », a-t-il déploré.

L’affaire se complique

Les Palestiniens de Deir Istiya ont reçu de l’Administration civile un message particulièrement inquiétant, qui pourrait laisser présager des difficultés auxquelles les agriculteurs seront confrontés cette saison de récolte : les militants israéliens et étrangers ne seraient pas autorisés à aider les Palestiniens à récolter leurs olives.

Le président du conseil du village, Izzat Mansour, a confié au Times of Israel que le Bureau palestinien de coordination du district, l’organisme par lequel transitent les messages de l’Administration civile, avait informé les habitants que, dans deux zones de culture d’oliviers, les agriculteurs ne devaient pas se présenter accompagnés de « bénévoles » et que, s’ils le faisaient, la zone serait interdite d’accès.

Aviv Tatarsky dirige un groupe de militants israéliens, qui aide depuis 16 ans les Palestiniens de Deir Istiya lors de la récolte. Il a déclaré au Times of Israel : « Cette interdiction n’a absolument aucun fondement juridique, et nous n’avons pas l’intention de nous y conformer. »

« Si les Palestiniens constatent qu’ils peuvent récolter seuls et qu’ils ne sont pas victimes d’attaques, alors ils n’ont pas besoin de nous », a-t-il ajouté. « Malheureusement, nous savons très bien ce qui se passera si les agriculteurs tentent de récolter seuls. Tôt ou tard, ils finiront par nous appeler. »

Les forces de sécurité israéliennes empêchant les Palestiniens d’accéder à leurs terres pour récolter les olives, dans le village de Kobar, près de Ramallah, en Cisjordanie, le 18 octobre 2025. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

On ignore sur quelles bases cette directive a été émise. Aucune interdiction légale ne s’oppose à ce que des Palestiniens accèdent à leurs terres accompagnés de personnes qui n’en sont pas propriétaires. L’Administration civile a refusé de répondre à une demande de commentaires du Times of Israel à ce sujet.

Les résidents d’implantations et les responsables politiques de droite ont toutefois déjà présenté les militants qui viennent aider à la récolte comme des provocateurs qui devraient être expulsés.

Le 2 octobre, Yered a écrit sur les réseaux sociaux que « des dizaines d’anarchistes étrangers sont arrivés cette dernière heure sous le prétexte de la récolte des olives », et ont tenté de s’approcher des habitations d’un avant-poste illégal.

La police a déclaré par la suite que quatre militants étrangers avaient été déférés devant l’Autorité de la population et de l’immigration, dans le cadre d’une procédure visant à les expulser d’Israël à la suite d’un « incident ayant donné lieu à des tensions » dans la même zone. Selon la police, ils « ont été interrogés, soupçonnés d’avoir troublé l’ordre public et de s’être trouvés dans une zone militaire fermée ».

Alors même qu’Israël s’apprête à tenir des élections, certains craignent que des responsables politiques de droite, désireux de renforcer leur crédibilité en matière de sécurité et de soutien aux résidents d’implantations, ne tentent de faire pression sur les services de sécurité pour qu’ils ferment les yeux sur les violences commises par les extrémistes juifs, tout en adoptant une ligne plus dure à l’égard des Palestiniens et des militants. Parmi eux, Israel Katz, du Likud, qui occupe le poste de ministre de la Défense, Bezalel Smotrich, chef du parti HaTzionout HaDatit, qui contrôle l’Administration civile au sein du ministère de la Défense, et Itamar Ben Gvir, chef d’Otzma Yehudit, dont le ministère chapeaute la police.

Svetlova, issue de l’aile modérée du spectre politique, a indiqué au Times of Israel que les militants « protecteurs » qui viennent aider les Palestiniens « craignent tous que la violence ne s’intensifie encore davantage, précisément du fait des élections à venir ».

« J’ai le sentiment qu’il s’agit là d’une tentative désespérée visant à aggraver la situation et à déclencher une flambée de terrorisme en Cisjordanie », a-t-elle averti.

Plusieurs incidents violents et des cas d’expulsion de Palestiniens de leurs terres ont déjà été signalés depuis le début de la récolte.

« Nous n’en sommes qu’aux premiers jours de la récolte, mais on a le sentiment que cette année va être bien pire », a déploré Tatarsky.

Le 3 octobre, des soldats et des résidents d’implantations ont été filmés alors qu’ils expulsaient des Palestiniens de terres privées non loin du village de Beita, au sud de Naplouse. L’Administration civile a confirmé au Times of Israel que l’accès à ces terres ne nécessitait pas de coordination préalable.

On entend un résident d’implantations armé dire en hébreu aux Palestiniens et aux militants qui les accompagnent : « Cette zone est fermée. » Sur les images tournées sur place, des militants israéliens font remarquer aux soldats : « Ce n’est pas une zone soumise à coordination. Nous avons le droit d’être ici », et exigent de voir le document instaurant la zone militaire fermée. L’un des soldats réagit en lançant une grenade fumigène.

L’armée israélienne a fait savoir au Times of Israel : « Des soldats ont été dépêchés dans la région de la communauté d’Itamar suite à un signalement faisant état de tensions dans la zone. Avant l’arrivée des soldats, des membres de l’équipe de sécurité de la communauté avaient été envoyés sur place. Un membre de l’équipe de sécurité présent sur place a tiré en l’air pour éloigner les personnes impliquées ; aucun blessé ni dégât n’a été signalé. À leur arrivée sur les lieux, les soldats ont mis fin à l’affrontement en utilisant des moyens anti-émeutes. »

L’armée israélienne n’a pas évoqué le fait que les Palestiniens étaient autorisés à se trouver dans cette zone.

Un Palestinien participe à une action communautaire visant à débroussailler les abords des oliviers en vue de la prochaine saison de récolte, à la périphérie de la ville de Birzeit, en Cisjordanie, le 2 octobre 2026, dans une zone à laquelle, selon les habitants, ils n’avaient pas pu accéder l’année dernière en raison des restrictions imposées par l’armée israélienne et des attaques de résidents d’implantations. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)

Le lendemain, c’est un incident encore plus grave qui s’est produit. Des extrémistes juifs ont violemment attaqué des cueilleurs d’olives à proximité du village d’Osarin, également au sud de Naplouse.

La Société du Croissant-Rouge palestinien a fait état de cinq blessés. Des images tournées sur place montrent plus de dix résidents d’implantations faisant irruption dans le village et saccageant des véhicules. La police a indiqué qu’une enquête avait été ouverte sur cet incident. Aucune arrestation n’aurait toutefois été effectuée à ce jour.

Tatarsky a expliqué pourquoi, d’après son expérience, la présence des militants pendant la récolte des olives a une importance particulière.

« Il existe encore des endroits dans lesquels [notre présence] dissuade les résidents d’implantations. L’armée ne peut par ailleurs pas simplement arriver et expulser les gens sans raison – elle doit d’abord émettre un arrêté de zone militaire fermée. Cette mesure n’est prise que lorsque des militants sont présents. Si les militants restent sur place, les agriculteurs parviennent à faire leur récolte – au moins en partie. »

Svetlova a accusé le gouvernement de chercher à exacerber les tensions en Cisjordanie, soulignant sa réaction à une attaque terroriste palestinienne meurtrière survenue le mois dernier, à la veille de Yom Kippour, près d’une source située aux abords d’une implantation.

« Des incidents comme celui-ci peuvent servir de prétexte pour annoncer de nouvelles implantations et imposer davantage de restrictions [aux Palestiniens]. Et si de nouveaux cas de terrorisme palestinien se produisent, il sera possible d’imposer de nouvelles restrictions sur les déplacements hors de leurs communautés et sur la liberté de circulation – laquelle est déjà sévèrement restreinte en Cisjordanie », a-t-elle affirmé.

Al-Dik se trouve désormais confronté, pour la troisième année consécutive, à l’impossibilité d’accéder à ses oliviers, qui, selon lui, produisaient auparavant entre 110 et 140 litres d’huile d’olive par an.

Interrogé sur l’avenir de la récolte des olives, il a répondu : « L’avenir dépend du gouvernement israélien. Nous, les Palestiniens, ne sommes qu’un facteur secondaire ; nous ne prenons pas les décisions. Ce qui détermine l’avenir, c’est la nature du gouvernement. J’entends les déclarations de Ben Gvir et de Smotrich. Ils parlent de migration [des Palestiniens], de nouvelles implantations. L’avenir s’annonce difficile, avec un gouvernement comme celui-ci. »

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