Tsahal entraverait la récolte des olives des Palestiniens, déjà accablés par les Israéliens radicaux
Des locaux et des militants accusent l'armée de décréter des zones militaires "fermées" - pour éviter les heurts - sans pour autant mettre fin à la violence des résidents d'implantations
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Burin, Cisjordanie — La maison de Bashar Eid se trouve à la limite nord de Burin, un village situé près de Naplouse, en Cisjordanie. Juste devant sa porte se trouvent des centaines d’arbres dont les branches noueuses portent de petits fruits verts très prisés pour leur huile : des olives.
Chaque année, lorsque le temps commence à se rafraîchir, Eid et des milliers d’autres Palestiniens de Cisjordanie se lancent dans une mission de plusieurs semaines pour récolter leurs olives. Ils s’aventurent alors à la périphérie de leurs villages pour récolter une culture vitale pour beaucoup d’entre eux.
Mais pour Eid, chaque pas qu’il fait dans son verger de 20 dunams le rapproche un peu plus de l’avant-poste israélien illégal de Givat Ronen – et le rapproche un peu plus du danger que représentent les violences des résidents d’implantations.
Jusqu’à la construction de l’avant-poste au sommet d’une colline surplombant son verger, il y a environ dix ans, Eid pouvait atteindre et récolter ses oliviers sans être dérangé.
L’année dernière, Eid avait expliqué au Times of Israel qu’il n’avait pas pu récolter les olives autour de sa maison depuis le début de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza. Il avait alors accusé les résidents d’implantations d’avoir même incendié certains de ses arbres. Toute tentative de sa part d’entrer dans son oliveraie risquait de lui valoir des tirs potentiellement mortels.
Cette année, la situation s’est aggravée.
« Depuis la guerre, ils sont armés », a-t-il souligné à propos des résidents d’implantations de l’avant-poste.
« Maintenant, ils tirent lorsque nous essayons d’atteindre les oliviers », a-t-il déclaré lors d’une interview accordée le 30 octobre à son domicile, à Burin.
Quelques heures après la publication de cet article samedi, on a appris qu’Eid avait été blessé au cou et hospitalisé après avoir été attaqué par des Israéliens radicaux dans son oliveraie. Il a été évacué vers un hôpital palestinien, où il devrait subir une opération chirurgicale.
Eid avait espéré que l’aide de dizaines de bénévoles israéliens et étrangers de l’organisation Solidarity of Nations-Achvat Amim, et de Rabbis for Human Rights, lui apporterait la protection nécessaire pour récolter les olives. Mais cet effort a échoué.
Ce ne sont toutefois pas les résidents d’implantations qui ont contrecarré ses plans cette année, mais les soldats de l’armée israélienne, qui lui ont présenté, ainsi qu’à la trentaine de bénévoles qui l’accompagnaient, un ordre déclarant la zone « zone militaire fermée » et leur interdisant l’accès.
À travers la Cisjordanie, les Palestiniens affirment qu’ils sont de plus en plus souvent empêchés d’accéder à leurs terres pour récolter les olives en raison de restrictions militaires. Selon les critiques, ces fermetures sont souvent décrétées sans avertissement ni explication, et dans certains cas, elles peuvent être coordonnées avec les résidents d’implantations. Bien que souvent justifiées par la nécessité d’éviter les affrontements entre les cueilleurs et les résidents d’implantations, ces fermetures n’ont fait qu’ajouter de nouvelles difficultés à la vie des Palestiniens, tandis que les attaques des Israéliens radicaux se poursuivraient sans relâche, selon les militants et les habitants.
« Cette année, certaines zones sont littéralement adjacentes aux habitations palestiniennes », a déclaré Me Quamar Mishirqi Assad, avocate au sein de l’organisation d’aide juridique Haqel-In Defense of Human Rights, qui vient en aide aux agriculteurs palestiniens.
« Ce sont des endroits qui n’avaient jamais été fermés auparavant. »
Dans un communiqué, l’armée a déclaré être consciente de l’importance de la saison de la récolte des olives pour la Cisjordanie et s’efforcer de la rendre sûre. Elle a indiqué que des ordres de fermeture de zones militaires avaient été émis pour protéger les récoltes en cas de perturbations. Toutefois, les Palestiniens et les militants ont affirmé que Tsahal ne réagissait pas aux signalements de harcèlement des cueilleurs d’olives par des résidents d’implantations radicaux.
Les allégations qui ont laissé entendre que des résidents d’implantations auraient été impliqués dans le processus de délivrance de ces ordres n’ont pas pu être confirmées de manière indépendante, et les groupes représentant les résidents d’implantations ne s’expriment généralement pas sur cette question. Alors qu’il lui était demandé si une coordinationn à grande échelle avait été mise en place, l’armée n’a pas apporté de réponse.
L’idée selon laquelle l’utilisation de ces zones serait en train de s’étendre est difficile à vérifier en raison du manque de transparence de l’armée concernant leur création. Tsahal ne rend généralement pas publiques ses ordonnances ad hoc et ne publie pas de cartes des zones interdites, ce qui, selon l’organisation juridique israélienne Yesh Din, qui vient en aide aux Palestiniens de Cisjordanie, ouvre la voie à un déploiement arbitraire et à des abus.
Le pouvoir de prononcer une décision déclarant une zone militaire fermée appartient au Commandement du Centre de Tsahal, au commandant de la division de Cisjordanie et à son adjoint, ainsi qu’aux commandants de brigade. Une fois prononcée, cette décision interdit effectivement à tous les civils – Palestiniens, Israéliens et étrangers – d’entrer dans la zone.
En règle générale, les ordres de fermeture de zones militaires sont émis pour les zones ouvertes situées à proximité des implantations afin d’éviter les rencontres entre Palestiniens et Israéliens.
Pendant la saison de la récolte des olives, le risque de telles rencontres, qui peuvent souvent déclencher des affrontements violents, augmente généralement lorsque les Palestiniens tentent de travailler dans des oliveraies situées en dehors de leurs villes et villages, parfois dans des zones proches des implantations et parfois dans des zones que les résidents d’implantations cherchent à contrôler.
Les Palestiniens qui possèdent des vergers à proximité des implantations coordonnent généralement leurs visites avec l’Administration civile. Cependant, dans les zones éloignées des implantations reconnues, comme les terres d’Eid, près de Givat Ronen, aucune coordination n’est nécessaire.
Ainsi, lorsqu’il s’est rendu sur place avec des militants le 29 octobre, il a été pris au dépourvu par l’insistance de l’armée à leur expliquer que la zone était inaccessible.
Selon Eid, ce terrain lui appartient en propre, comme le prouvent les titres de propriété dont il est en possession. Il est situé dans la Zone B, classée dans les Accords d’Oslo comme relevant du contrôle civil palestinien et du contrôle de sécurité israélien.
« Comment une zone peut-elle devenir une zone militaire fermée en deux minutes ? Où est la loi ? », a-t-il demandé avec colère en se remémorant les faits.
Selon Becca Strober, porte-parole de Solidarity of Nations, les militants qui accompagnaient Eid ont été informés, alors qu’ils tentaient de se rendre à Burin, à un poste de contrôle de Tsahal, que la direction qu’ils prenaient les mènerait dans une zone militaire interdite.
Selon elle, les militants ont alors tenté de s’y rendre par un autre itinéraire, sans se rendre compte que le verger se trouvait dans une zone militaire interdite. Lorsqu’ils sont arrivés sur place, ils ont été arrêtés par l’armée et placés en détention.
« Nous étions venus cueillir les olives, mais l’armée savait que nous arrivions et nous a bloqués », a déclaré Eid.
« Ils ont pris les clés du bus et ont arrêté tout le monde. »
Selon l’association Rabbis for Human Rights, les trente militants ont tous été arrêtés, mais la plupart ont été relâchés et sommés de quitter la zone. Les autres ont été emmenés au commissariat d’Ariel et placés en détention.
La police a déclaré que dix personnes avaient été interpellées – six Israéliens et quatre ressortissants étrangers – et elle a confirmé qu’elle avait confisqué le minibus qu’ils avaient utilisé pour se rendre sur place.
« Des agents du commissariat d’Ariel, dans le district de Samarie, ainsi que des soldats de Tsahal et des membres de l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières, sont intervenus dans le village de Burin, en Samarie, après avoir constaté des activités organisées par des militants israéliens et étrangers qui s’étaient rendus sur place et qui mettaient en danger la sécurité publique, créant ainsi des tensions dans la région », a déclaré la police.
Les six militants israéliens et deux des étrangers titulaires d’un visa consulaire ont été interdits d’entrée en Cisjordanie pendant 15 jours, a indiqué la police. Les deux autres ressortissants étrangers, deux Juives américaines, ont été expulsées et interdites d’entrée en Israël pendant dix ans. La police a expliqué qu’elles avaient enfreint les conditions de leur visa touristique.
Interrogée par le Times of Israel, l’armée a renvoyé à la déclaration de la police et n’a pas expliqué pourquoi ses forces avaient participé à l’arrestation des militants ni pourquoi une zone militaire interdite avait été instaurée dans la région.
En difficulté
Ce cas est loin d’être isolé. Les militants des droits humains affirment avoir reçu des dizaines de plaintes au cours de cette saison de récolte des olives concernant de nouveaux ordres de l’armée déclarant des « zones militaires fermées », souvent non pas à proximité d’implantations, mais juste à l’extérieur des maisons palestiniennes, et empêchant ainsi les propriétaires fonciers de cueillir les olives de leurs propres arbres.
Ces dernières années, les zones situées à proximité des villages de Susya et de Shaab al-Batem, dans les collines au sud de Hébron, avaient été interdites aux Israéliens en raison des incursions répétées d’Israéliens radicaux et des attaques perpétrées contre les Palestiniens locaux. Cette année pourtant, les habitants des deux villages ont affirmé que c’étaient eux qui avaient été empêchés de récolter leurs olives, a déclaré Me Mishirqi Assad.
Elle a accusé les autorités d’avoir arrêté des Palestiniens simplement pour avoir pénétré sur leurs propres terrains, sans les informer qu’une ordonnance temporaire avait été émise.
« De manière systématique, pour dissuader les gens de se rendre sur leurs terres, ils sont arrêtés, menottés, les yeux bandés, détenus pendant trois heures au poste militaire le plus proche, puis relâchés », a-t-elle expliqué.
Me Roni Pelli, avocate chez Yesh Din, a déclaré que son organisation avait observé le même schéma ces dernières semaines : des Palestiniens se voyaient refuser l’accès à leurs terres en vertu de nouveaux ordres de « zone militaire fermée », y compris dans des zones éloignées de toute implantation.
Dans de nombreux cas, selon elle, les soldats ne montrent même pas d’ordre écrit.
« Ils ne montrent un document que si des militants israéliens ou étrangers présents insistent pour le voir », a-t-elle déclaré.
« Quand il n’y a que des Palestiniens, ils sont simplement expulsés sans qu’aucun ordre ne leur soit montré. »
Me Pelli a ajouté qu’elle n’avait toujours pas reçu de réponse des autorités juridiques de l’armée : « J’ai contacté le conseiller juridique de Tsahal en Cisjordanie au sujet de ces expulsions de la Zone B. Aucun de mes messages ou de mes demandes n’a reçu de réponse. »
Interrogée par le Times of Israel sur l’augmentation du recours aux ordres de « zone militaire fermée », l’armée a répondu reconnaître l’importance de la saison de la récolte des olives pour le maintien du tissu social dans la région, et s’efforcer de garantir qu’elle se déroule en toute sécurité et sans heurts pour tous les habitants.
« La plupart des zones de récolte d’olives en Judée-Samarie ne nécessitent pas de coordination avec les forces de sécurité, et les civils palestiniens sont autorisés à récolter sans coordination préalable », indique un communiqué de Tsahal.
« Dans les cas où la récolte a été perturbée, les forces armées ont reçu pour instruction de prendre les mesures nécessaires pour garantir sa poursuite sans interférence, notamment en décrétant une zone militaire fermée. »
Fruit défendu
Musaab Toufan, le neveu de Bashar Eid, vit à l’autre bout de Burin, isolé du reste du village par la Route 60, une artère majeure pour le trafic israélien et palestinien, mais à seulement quelques centaines de mètres de l’implantation d’Yitzhar.
La famille Toufan affirme vivre dans cette maison, construite sur un terrain lui appartenant, une parcelle nichée au milieu d’oliveraies, depuis 1975 – c’était plusieurs années avant la fondation d’Yitzhar.
L’emplacement de leur maison les a exposés, selon eux, à des années de harcèlement qui se serait intensifié récemment.
Lorsque des visiteurs viennent, Toufan leur demande de se garer dans le centre du village et il va les chercher en voiture, plutôt que de prendre le risque qu’ils se garent près de chez lui.
« Si vous venez ici en voiture, ils la détruiront », a-t-il averti.
Toufan a expliqué que ces derniers mois, des résidents d’implantations avaient parfois bloqué l’accès à sa maison avec des barrières métalliques et des pierres. Selon lui, ils le menacent en venant frapper bruyamment à sa porte environ une fois par semaine.
« C’est une guerre psychologique, un harcèlement constant », a-t-il affirmé.
Lorsqu’il rentre chez lui en voiture, il appelle son épouse pour qu’elle ouvre le portail avant son arrivée, afin d’éviter d’attendre dehors et de risquer une agression.
« J’ai deux enfants, âgés de 4 et 5 ans. Je ne les laisse pas sortir. Je les emmène à la maternelle en voiture et je les ramène en voiture », a-t-il déclaré.
« Les colons disent que cette maison leur appartient et qu’ils veulent s’en emparer », a-t-il ajouté en montrant du doigt, depuis le deuxième étage, les oliviers qui poussent juste derrière son jardin clos.
Toufan a affirmé que le coordinateur de la sécurité d’Yitzhar lui avait interdit de récolter, contrairement à l’année précédente où une autre personne occupait cette fonction.
« Ce sont les colons qui ont dit cela, pas l’armée. L’armée ne vient pas ici », a-t-il déclaré.
Une tentative visant à confirmer cette information auprès d’un porte-parole de l’implantation est restée sans réponse, mais un responsable de la sécurité a déclaré au Times of Israel que la récolte de Toufan devrait se poursuivre à l’avenir, en coordination avec Tsahal.
Le porte-parole de l’armée a déclaré que la récolte de Toufan avait été interrompue « un jour précis après l’éclatement de troubles dans la région ».
Selon Me Pelli et Me Mishirqi Assad, les résidents d’implantations et l’armée coordonnent leurs efforts pour empêcher la récolte des olives dans les zones militaires interdites.
« Dans de nombreuses régions, ils interdisent tout simplement la récolte, qu’il s’agisse des soldats ou des colons », a déclaré Me Pelli.
« Et il n’y a pratiquement aucune différence entre eux ; ils s’appellent mutuellement. »
Le porte-parole de l’armée a répondu : « Concernant les allégations de coopération entre Tsahal et des civils israéliens contre les Palestiniens, l’armée souligne qu’elle mène ses opérations conformément à la loi, aux règlements et aux ordres établis. »
Le Conseil régional de Samarie, l’organisme municipal israélien chargé des implantations dans une grande partie du nord de la Cisjordanie, n’a pas répondu à notre demande de commentaires.
Un communiqué publié le 22 octobre par le conseil régional et d’autres organismes officiels laisse toutefois entendre qu’une certaine coordination pourrait être en cours.
Selon ce communiqué, le 16 octobre, les habitants d’un avant-poste agricole israélien non spécifié, situé près de Burin, ont demandé au conseil régional d’intervenir, après avoir vu des Palestiniens et des militants étrangers pénétrer dans une zone militaire interdite. Le conseil a alors demandé à l’armée et à diverses autorités gouvernementales, dont le ministre de la Justice Yariv Levin, d’appliquer l’ordre.
Le communiqué, qui affirmait que des militants « identifiés » comme appartenant à l’organisation interdite Union of Agricultural Work Committees avaient organisé une « manifestation illégale » dans la zone fermée, ne précisait pas comment les résidents d’implantations avaient appris que la zone militaire avait été décrétée « interdite ».
Me Lea Tsemel, avocate militante de longue date de gauche, qui a fourni des conseils juridiques aux militants, a déclaré que ceux-ci participaient à la récolte des olives et qu’ils avaient été arrêtés pour avoir enfreint l’ordre de fermeture de la zone militaire. Contrairement aux résidents d’implantations, ils ignoraient totalement que cet ordre avait été émis.
« Les colons travaillent main dans la main avec l’armée », a affirmé Me Mishirqi Assad.
« Si l’armée voulait vraiment empêcher les soldats de participer à cela ou prévenir la répétition des attaques, elle les punirait. Mais ce que nous avons vu au cours des deux dernières semaines, depuis le début de la récolte, c’est le chaos total. »
Toufan a affirmé que Tsahal n’avait pas empêché les résidents d’implantations d’arracher ses oliviers, ne les empêchant pas non plus de récolter les fruits des quelque 200 arbres restants. Ces derniers jours, des résidents d’implantations ont été filmés en train de cueillir des olives sur les arbres poussant juste devant sa maison.
« Quand l’armée est-elle venue ? Oui, la semaine dernière, quand ils ont vu des colons cueillir des olives et qu’ils ont cru qu’il s’agissait d’Arabes », a-t-il expliqué.

« Ils sont venus, ils ont réalisé leur erreur et sont repartis. Ils n’ont rien fait. »
Me Mishirqi Assad a déclaré avoir constaté le même phénomène – le vol d’olives – dans d’autres régions de Cisjordanie.
« Cette année, nous constatons davantage de ‘récoltes’ par les colons, c’est-à-dire de vols », a-t-elle affirmé.
« Des gens volent des olives dans les vergers et sur les arbres que d’autres ont déjà récoltés. Si personne ne les arrête, ils continuent tout simplement. »
Le 31 octobre, des soldats ont été filmés en train de cueillir des olives sur des arbres dans une zone proche du village de Sinjil, au nord de Ramallah. Le terrain se trouve dans la Zone C, mais à proximité de maisons palestiniennes et appartient à des Palestiniens.
Auparavant, ces mêmes soldats avaient été filmés en train d’expulser des Palestiniens qui récoltaient des fruits dans cette zone, affirmant qu’elle avait été déclarée « zone militaire fermée ».
Tsahal a indiqué que les soldats avaient déclaré la zone interdite après avoir reçu des informations faisant état d’Israéliens et de Palestiniens se jetant des pierres.
Selon Aid Jafari, un habitant de Sinjil, les problèmes ont commencé lorsque des résidents d’implantations sont venus filmer les Palestiniens en train de récolter les olives.
« Je suis venu vendredi matin pour aider d’autres agriculteurs du village à faire la récolte. Il n’y avait rien, aucun problème », a-t-il expliqué au Times of Israel par téléphone.
« Puis les colons sont arrivés et ils ont commencé à filmer tout le monde. Un officier militaire est arrivé, et je lui ai dit : ‘Si vous voulez que nous partions, vous devez nous montrer [un ordre].’ Au bout d’une heure et demie, ils nous ont finalement montré un ordre de zone militaire interdite. Plus tard, nous avons vu les soldats eux-mêmes récolter les olives. »
Tsahal a déclaré que les soldats filmés en train de cueillir les olives seraient sanctionnés.
« Après avoir reçu le signalement, les forces de Tsahal, la police des frontières et la police israélienne sont arrivées sur les lieux et ont pris des mesures pour disperser toutes les personnes impliquées. À cette fin, une zone militaire interdite a été mise en place dans la région », a déclaré l’armée.
« Le comportement des forces armées n’est pas conforme aux valeurs de Tsahal. L’incident fera l’objet d’une enquête et sera traité par des mesures disciplinaires. »
La violence persiste
Officiellement conçues pour éviter les frictions entre les résidents d’implantations et les Palestiniens, ces zones militaires interdites n’ont en rien empêché les radicaux de harceler ou d’attaquer les Palestiniens. Plusieurs incidents graves de violence commis par des Israéliens radicaux ont été signalés au cours des premières semaines de la saison de la récolte des olives, qui s’étend de la mi-octobre à la fin novembre.
Le 19 octobre, des Israéliens radicaux ont attaqué des cueilleurs d’olives dans le centre de la Cisjordanie, près du village de Turmus Ayya, blessant deux Palestiniens et une militante étrangère.
Une vidéo tournée sur les lieux montre l’un des agresseurs frappant à coups de matraque une habitante du village voisin d’al-Mughayyir. Elle a été hospitalisée pendant environ une semaine pour une blessure à la tête.
Le 25 octobre, des dizaines de résidents d’implantations ont été filmés en train d’attaquer le village de Mikhmas et le campement bédouin voisin. Selon leurs témoignages, trois Palestiniens et Bédouins, ainsi que deux volontaires israéliens, ont été blessés, tous frappés à coups de pierres et de bâtons.
Dans une décision inhabituelle, la police a annoncé l’arrestation d’un suspect israélien en lien avec l’agression de Mikhmas, malgré l’embargo imposé sur l’enquête.
Me Pelli a déclaré qu’il n’existait plus aucun canal officiel permettant d’appeler à l’aide afin que Tsahal intervienne en cas d’attaque. Par le passé, a-t-elle ajouté, il était possible de contacter directement les salles de crise de l’Administration civile, mais ce mécanisme a cessé de fonctionner après le déclenchement de la guerre à Gaza, qui a suivi le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
« Lorsque la guerre a éclaté, un jour de novembre 2023, j’ai appelé l’une des salles de coordination », a-t-elle raconté.
« Ils m’ont dit ‘nous n’avons pas le droit de parler aux civils’ et ils ont raccroché. Depuis, ils ne nous parlent plus. Il est clair qu’ils continuent de parler aux colons, mais nous n’avons personne à qui nous adresser. »
La preuve que Tsahal répond toujours aux appels des résidents d’implantations se trouve dans les déclarations de l’armée elle-même, qui mentionnent fréquemment le déploiement de troupes à la suite de signalements émanant de civils israéliens.
Pour les Palestiniens et les militants israéliens ou étrangers qui tentent de leur venir en aide, a déclaré Me Pelli, il n’existe aucune autorité à laquelle signaler les actes de violence depuis près de deux ans.
Le 31 octobre, l’avocate a déposé un recours auprès de la Haute Cour, mais l’État n’y a pas encore répondu.
La police n’a pas répondu à une question concernant les mesures prises pour lutter contre les violences visant les Palestiniens pendant la récolte des olives. Elle a indiqué que des procédures étaient en place pour faciliter la récolte des Palestiniens dans les zones proches des implantations sous contrôle civil israélien, notamment en exigeant qu’ils obtiennent des permis pour ce faire.
« Depuis 1967 et jusqu’à aujourd’hui, il a été décidé d’autoriser les propriétaires fonciers palestiniens à accéder à leurs oliveraies, tout en respectant les listes autorisées et les délais fixes tout au long de l’année, après vérification de leur propriété foncière par des organismes professionnels de l’Administration civile », a déclaré un porte-parole.
Me Mishirqi Assad a déclaré que la répression présumée de l’armée pouvait être attribuée à des partisans d’une ligne dure en faveur des implantations qui occupent désormais des postes clés au sein du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu et qui ont intensifié leurs efforts pour limiter les activités palestiniennes depuis l’assaut barbare et sanglant du Hamas du 7 octobre 2023 qui a déclenché la guerre à Gaza.
Elle a fait référence à une lettre datée de novembre 2023 dans laquelle le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, exigeait que Netanyahu, et le ministre de la Défense de l’époque, Yoav Gallant, mettent fin à la récolte des olives palestiniennes en Cisjordanie.
« Des zones tampons de sécurité doivent être créées autour des implantations et des routes, afin d’empêcher les Arabes d’y pénétrer », avait écrit Smotrich, alors qu’Israël cherchait à renforcer la sécurité après les massacres perpétrés par le Hamas dans le sud du pays.
« Écoutez, si Smotrich a dit un jour ‘personne ne doit entrer’, alors bien sûr qu’il y a un ordre venant d’en haut », a affirmé Me Mishirqi Assad.
L’année suivante, en 2024, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, avait également appelé Netanyahu à refuser aux Palestiniens la possibilité de récolter les olives, affirmant que cette activité agricole servait « de couverture pour des attaques contre les communautés juives ».
Aucun changement officiel de la politique n’a été annoncé en réponse, mais Me Mishirqi Assad estime que l’état de la récolte montre qu’une répression rampante est toujours en cours et qu’elle ne se limitera probablement pas aux olives.
« Il s’agit de toutes sortes d’activités agricoles, pas seulement de la culture des olives », a-t-elle déclaré.
« La saison des labours approche, et elle revient chaque année. »
Jeremy Sharon a contribué à cet article.
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