2 Juives US, entrées dans une zone militaire, interdites de territoire pendant 10 ans
Ces femmes, accompagnées de 9 militants, venues aider les oléiculteurs palestiniens à récolter leurs olives, ont enfreint un ordre de fermeture de zone militaire
Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Deux Juives américaines expulsées d’Israël pour avoir pénétré dans une zone militaire interdite en Cisjordanie afin d’aider des oléiculteurs palestiniens à récolter leurs olives, ont été interdites de territoire pendant dix ans.
Ces femmes ont été arrêtées mercredi pour avoir pénétré dans une zone militaire interdite imposée par l’armée israélienne au village palestinien de Burin, le 29 octobre, jour où elles et neuf autres militants se sont rendus dans la région pour participer à la récolte des olives.
Les deux femmes ont été placées en détention à la prison de Givon, à Ramle, avant d’être expulsées vendredi.
Les militantes, âgées de 18 et 50 ans, participaient à un projet de l’organisation Rabbis For Human Rights qui consiste à aider les Palestiniens à récolter leurs olives, en signe de solidarité contre les violences commises par des Israéliens radicaux en Cisjordanie depuis le début de la saison des olives, à la mi-octobre.
Un bus transportant onze militants, dont les deux Américaines, est arrivé à un poste de contrôle de Tsahal, où on leur a dit qu’ils ne pouvaient pas continuer dans la direction qu’ils avaient prise, car il s’agissait d’une zone militaire interdite. Le bus a alors emprunté un autre itinéraire pour se rendre à destination. Mais à leur arrivée, ils ont été arrêtés pour avoir enfreint l’ordre interdisant l’accès à cette zone militaire.
À la suite d’une audience avec l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières (PIBA) jeudi, l’agence du ministère de l’Intérieur a annulé leurs visas au motif qu’elles avaient enfreint l’ordre de fermeture de la zone militaire et leur a délivré une interdiction d’entrée en Israël.
Bien que l’ordonnance ne précise pas de délai spécifique, Me Michal Pomeranz, l’avocate qui représente les femmes, a indiqué que la durée par défaut de ce type d’ordonnance était de dix ans.
Les femmes peuvent faire appel de la décision leur interdisant l’entrée en Israël auprès d’une Cour d’appel du ministère de la Justice si elles le souhaitent, mais elles n’ont pas encore pris de décision.
Me Pomeranz a insisté sur le fait que les militants, y compris les deux femmes, ignoraient qu’ils avaient enfreint l’ordre de fermeture de la zone militaire, qui n’aurait été émis que le matin même.
Elle a également souligné que l’ordre concernait les terrains privés des oléiculteurs palestiniens que les militants cherchaient à aider, et que les propriétaires fonciers les avaient explicitement invités à venir sur leurs parcelles pour les aider à récolter les olives.
Me Pomeranz a ajouté que la Haute Cour a statué que les ordonnances de fermeture de zones militaires ne peuvent être émises qu’à des fins de sécurité, et a remis en question le fait que l’interdiction faite aux militants d’aider à la récolte des olives puisse entrer dans cette définition.
Le député du parti Les Démocrates et président de la commission de l’Immigration, de l’Intégration et des Affaires de la Diaspora de la Knesset, Gilad Kariv, a qualifié cette interdiction d’entrée sur le territoire de « scandaleuse ».
Il a également indiqué qu’il comptait organiser une audition sur cette question au sein de sa commission et convoquer les responsables concernés pour qu’ils expliquent cette décision.
« Au-delà de l’injustice, cette mesure nuit directement aux relations entre Israël et la Diaspora juive et porte atteinte à la légitimité des visions libérales-sionistes du monde », a déclaré Kariv.
Le directeur de Rabbis for Human Rights, Avi Dabush, estime qu’il est « antisioniste et antijuif d’interdire aux Juifs d’entrer en Israël » et insiste sur le fait que les activités de son association sont non violentes et respectueuses de la loi.
« Deux femmes juives sont venues en Israël avec des valeurs et des objectifs sionistes pour venir en aide aux personnes dans le besoin, et le résultat est vraiment fou », a-t-il déclaré.
« Le fait que la police n’empêche pas les terroristes juifs d’agir contre nous et contre les oléiculteurs palestiniens est également très frustrant. »
Becca Strober, membre de l’organisation Solidarity of Nations-Achvat Amim, avec laquelle les deux femmes participaient à un programme pédagogique pendant leur séjour en Israël, a dénoncé les efforts déployés par l’État pour criminaliser l’aide apportée aux oléiculteurs palestiniens, tout en négligeant de lutter contre la violence des résidents d’implantations.
« Nous sommes en pleine période de récolte des olives, la plus violente dont on se souvienne. Les colons peuvent mener des attaques terroristes en toute impunité. L’État a décidé de rendre illégitimes et illégaux les actes de solidarité afin de permettre à la violence envers les Palestiniens de se poursuivre sans relâche », a déclaré Strober.
Par ailleurs, Tsahal a indiqué dimanche que plusieurs soldats feraient l’objet de sanctions disciplinaires après la diffusion d’une vidéo où on les voit voler des olives dans une oliveraie du village palestinien de Sinjil, en Cisjordanie, près de Ramallah, vendredi dernier.
L’armée a déclaré que « le comportement des soldats » vus en train de voler les olives « n’est pas conforme aux valeurs de Tsahal », ajoutant que « l’incident fera l’objet d’une enquête et sera traité par des mesures disciplinaires ».







