Rechercher

Israël va expulser 2 Juives américaines entrées dans une zone militaire d’exclusion pour aider des agriculteurs palestiniens

"Expulser une jeune fille de 18 ans qui a choisi de passer une partie de son année sabbatique en Israël pour aider la société par la non violence est honteux et triste à mes yeux", dit la mère de la militante

Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Illustration : Des soldats et des résidents d'implantations israéliens, dans le village d'Edna, au nord de Hébron, en Cisjordanie, pendant la saison de la récolte des olives, le 12 octobre 2025. (Crédit : Hazem Bader/AFP)
Illustration : Des soldats et des résidents d'implantations israéliens, dans le village d'Edna, au nord de Hébron, en Cisjordanie, pendant la saison de la récolte des olives, le 12 octobre 2025. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Mercredi, deux Juives américaines venues aider les oléiculteurs palestiniens à récolter leurs olives, dans le nord de la Cisjordanie, ont été arrêtées et sont sur le point d’être expulsées d’Israël.

Ces deux femmes, et neuf autres militantes, ont été détenues par l’armée israélienne dans le village palestinien de Burin – récemment déclaré zone militaire d’exclusion – et conduites à une audience en vue de leur expulsion avant leur transfert à la prison de Ramle.

Il s’agit du deuxième incident en l’espace de deux semaines au cours duquel des militants venus aider des oléiculteurs palestiniens sont interpelés pour effraction dans une zone militaire d’exclusion, mesure imposée à Burin le 16 octobre dernier.

Depuis plusieurs années, la saison de la récolte des olives est marquée par un nombre élevé d’attaques perpétrées par des extrémistes pro-implantations contre les oléiculteurs palestiniens. Cette année, des violences particulièrement importantes ont été commises, dans le but manifeste de compromettre la viabilité de cette industrie essentielle à la vie économique rurale palestinienne.

Les deux femmes, l’une tout juste sortie du lycée et l’autre âgée d’une cinquantaine d’années, se trouvaient en Israël pour les besoins d’un programme éducatif de quatre mois avec l’organisation Solidarité des Nations – Achvat Amim et faisaient à ce titre du bénévolat pour les récoltes avec le groupe Rabbis for Human Rights.

Selon Becca Strober, porte-parole de Solidarité des Nations, les 11 militants se sont rendus à Burin mercredi matin, mais avant d’atteindre le village, on leur a dit à un poste de contrôle de Tsahal que la direction qu’ils prenaient les mènerait à une zone militaire d’exclusion.

Des Palestiniens récoltant des olives, dans le village de Turmus Ayya, en Cisjordanie, à la périphérie de Ramallah, le 20 octobre 2025. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

« Après avoir consulté les dirigeants de Rabbis for Human Rights », les militants ont tenté d’emprunter un autre chemin. Selon Strober, ils ne savaient pas que l’endroit dans lequel ils devaient se rendre se trouvait en zone militaire d’exclusion.

Une fois arrivés à destination, les militants ont été de nouveau interceptés par l’armée israélienne et, cette fois, placés en détention et conduits au poste de police d’Ariel, en Cisjordanie. C’est là que les ressortissants israéliens ont été libérés avec une interdiction de séjour en Cisjordanie valable 15 jours.

Les deux Américaines ont été informées qu’elles allaient être expulsées puis conduites à l’aéroport Ben Gurion pour une audience en vue de leur expulsion et enfin transférées à la prison de Ramle pour la nuit.

On ignore à ce stade la date exacte de leur expulsion.

Dans un communiqué commun, l’armée et la police israéliennes ont expliqué avoir mené une opération conjointe avec l’Autorité de la population et de l’immigration à Burin après avoir « identifié des activités organisées par des militants israéliens et étrangers qui étaient arrivés sur les lieux, mettant en danger la sécurité publique et provoquant des tensions sur le terrain ».

Ce communiqué précise que la police du district de Samarie en Cisjordanie a agi conformément à la politique édictée par le ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, visant à « localiser et arrêter les éléments étrangers impliqués dans des incitations à la haine et des provocations susceptibles de perturber l’ordre public ».

Les deux femmes expulsées ont en outre enfreint les conditions de leur visa touristique, ont ajouté les forces de l’ordre.

La rabbine Danielle Stillman, mère de la jeune femme arrêtée, a décrit cette expulsion comme une décision « scandaleuse et triste ». Elle s’est par ailleurs dite très fière de l’engagement de sa fille envers Israël ainsi que de sa solidarité avec les oléiculteurs palestiniens, qui ont subi, ces dernières semaines et ces derniers mois, des attaques violentes et répétées de la part d’extrémistes pro-implantations.

Des résidents d’implantations israéliens prennent des photos de militants étrangers et d’agriculteurs alors qu’ils tentent de perturber la récolte des olives par des agriculteurs palestiniens, dans la ville de Silwad, en Cisjordanie, le 29 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

« Je suis convaincue que ce sont ces petits gestes de coopération et d’humanité qui poseront les bases de la paix », a déclaré Stillman au Times of Israel.

Elle a fait valoir que sa fille avait « choisi Israël à maintes reprises », passant l’été 2024 dans le pays dans le cadre du programme Bronfman Fellowship « alors que la guerre faisait rage », et qu’elle avait choisi de revenir cette année alors que la guerre était toujours en cours.

« Le fait qu’une jeune fille de 18 ans, qui a choisi de passer une partie de son année sabbatique en Israël et de prendre part à la vie de la société avec cette non violence, soit expulsée pour cela me semble scandaleux et triste », a poursuivi Stillman.

Elle a en outre fait part de son inquiétude concernant les relations entre Israël et la diaspora, dans un contexte où, d’après elle, « les jeunes Juifs sont de plus en plus éloignés d’Israël, et recherchent quelque chose de positif qui les en rapprocherait ».

Interrogée sur les motifs invoqués par la police et l’armée justifiant la détention et l’expulsion des militants, à savoir le fait d’avoir « mis en danger la sécurité publique et provoqué des tensions sur le terrain », Stillman a répondu qu’elle espérait que les services de sécurité utiliseraient ces mêmes pouvoirs de prévention des tensions et des menaces à la sécurité publique « afin de mettre également fin à la violence des résidents d’implantations contre les Palestiniens en Cisjordanie ».

« J’ai [aussi] participé à ces récoltes d’olives, et je n’ai constaté aucune friction causée par celles-ci », a-t-elle indiqué.

Pour le directeur de Rabbis for Human Rights Avi Dabush, ces détentions et ces expulsions résultent d’une « application sélective de la loi ». Il accuse l’armée israélienne et la police de ne pas avoir arrêté les résidents d’implantations impliqués dans la vague massive d’incidents violents ayant visé des Palestiniens et leurs biens durant les deux semaines qui ont suivi le début de la récolte des olives.

En comparaison, neuf zones militaires d’exclusion ont été mises en place autour des zones de récolte des olives, empêchant les militants d’entrer pour aider les oléiculteurs dans leur tâche, a souligné Dabush.

« Nous agissons dans le cadre de la loi, et sans violence. Il est regrettable que la police et l’armée aient perdu une journée entière à expulser des personnes venues apporter leur aide à celles qui étaient attaquées. »

« La police arrête des militants de la solidarité venus aider les agriculteurs palestiniens en proie aux violences des résidents d’implantations lors de la récolte des olives, au lieu de s’en prendre aux résidents d’implantations violents qui rendent justement nécessaire la présence de ces militants de la solidarité », a déclaré Strober.

« On est bien loin de la justice et du droit avec une police qui fait porter ses efforts sur l’arrestation de ceux qui cueillent des olives et non ceux qui commettent les violences les plus extrêmes [contre les oléiculteurs palestiniens]. »

L’armée israélienne n’a pas répondu à la demande de commentaire.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.