La Vieille Ville ottomane de Beer Sheva renaît de ses cendres
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  • Le puits d'Abraham à Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)
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  • Une exposition au Musée de l'Islam et de l'Extrême-Orient à Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)
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  • Le Musée de l'Islam et de l'Extrême-Orient est installé dans une ancienne mosquée de Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)
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  • L'ancienne gare turque est maintenant le centre de la Vieille Ville de Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)
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  • L'ancienne école gouvernementale de Beer Sheva est maintenant le parc scientifique de Carasso. (Shmuel Bar-Am)
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  • Le musée expérientiel Lunada à Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)
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  • Le centre d'emploi Lauder est situé dans une villa turque rénovée à Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)
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  • Des canards marchant dans le parc pour enfants de Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)
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  • Cette ancienne maison d'un officier turc à Beer Sheva abrite aujourd'hui une banque. (Shmuel Bar-Am)
    Cette ancienne maison d'un officier turc à Beer Sheva abrite aujourd'hui une banque. (Shmuel Bar-Am)

La Vieille Ville ottomane de Beer Sheva renaît de ses cendres

Les sites ottomans ont été rénovés et sont réinvestis par des activités culturelles, leur offrant ainsi un nouveau souffle et renforçant l’attractivité touristique de la ville

Pendant la Première Guerre mondiale, les Turcs qui contrôlaient la Palestine mirent au point un plan de conquête de l’Egypte. Pour cela, ils firent construire des infrastructures ferroviaires et installèrent une voie ferrée entre Beer Sheva et la frontière Sud avec l’Egypte.

En 1927, les Britanniques considérèrent que la voie ferrée construite par les Turcs était inutile. Ils décidèrent donc de la laisser à l’abandon.

Aujourd’hui, le site renaît. L’ancienne gare qui conserve les traces du passé ottoman de la cité (les arbres plantés par les Turcs sont toujours là, le toit en pignon également ainsi que le nom arabe de la ville « Bir-El-Saba figure toujours sur le fronton de la gare), constitue aujourd’hui le centre de la Vieille Ville de Beer Sheva.

Suite à la levée des restrictions sanitaires pesant sur les restaurants et bars, nous avons eu l’occasion il y a quelques semaines de nous rendre dans la ville et d’apprécier un délicieux petit-déjeuner au café du terminal de l’ancienne gare ottomane, somptueusement restaurée. Lors de notre visite de la Vieille Ville, nous avons également pu observer deux wagons d’époque ainsi que l’ancien logement du chef de gare turc et une locomotive conservée dans son état originel, qui a sûrement dû être utilisée du temps où la gare fonctionnait.

La restauration de la gare, achevée en 2013 est très récente. La nouvelle et l’ancienne Beer Sheva ont tellement changé ces dernières années. Aujourd’hui, les habitants de la ville, autrefois timides sur leur héritage, sont fiers de le revendiquer et ont intégré à leur patrimoine la ville dans son intégralité. La ville est donc en pleine ébullition. Elle déborde d’énergie positive. On peut le sentir dans l’air tellement cette énergie resplendit. Chaque recoin de la ville déborde de projets et d’initiatives.

L’ancienne gare turque est maintenant le centre de la Vieille Ville de Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)

D’après la Bible, Beer Sheva aurait été fondée par le Patriarche Abraham. Il décida de creuser un puits (Be’er signifie puits en hébreu) dans le Neguev, là où aujourd’hui le centre originel de la cité est situé. Des serviteurs du Roi, se saisirent de son puits par la suite et Abraham dû aller se plaindre à leur maître. Pour régler ce différend, Abraham et le roi signèrent un traité et ils prêtèrent serment (shevua en hébreu) afin de l’honorer.

Au début du XXe siècle, d’après ce que l’on dit, une nouvelle lutte eut lieu pour ce que l’on croit être le puits d’Abraham. Au moment où les Turcs entreprenaient la conquête du Neguev, un cheikh arabe local décida de s’emparer du site originel du puits d’Abraham et en fit construire un second pour que les Bédouins puissent revendiquer leur souveraineté sur les sources d’eau de Beer Sheva. Le cheikh en question fut jeté en prison par les Turcs.

Le puits d’Abraham à Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)

Il y a peu de temps encore, le puits d’Abraham se situait dans la vieille Beer Sheva et était protégé par un simple abri. Depuis 2013, le puits du Patriarche constitue le socle et le centre d’une oeuvre d’art moderne baptisée « Beer Avraham ». Le puits est désormais protégé par une grande structure, qui rappelle symboliquement une tente. Les visiteurs qui y pénètrent sont pris en charge par des guides où on leur explique l’histoire du puits et où on leur raconte des passages de la Bible qui font référence à Abraham. Grâce aux nouvelles technologies, les visiteurs sont ensuite invités à suivre le périple d’Abraham dans le désert en réalité virtuelle.

Au cours des derniers millénaires, Beer Sheva fut habitée successivement par des Israélites, des Romains puis des Byzantins. Ce sont les conquérants arabes qui détruisirent totalement la cité antique au VIIe siècle et qui laissèrent la ville en proie à l’abandon.

Il faut attendre 1900 pour que Beer Sheva renaisse de ses cendres. C’est sur son site originel que les Turcs fondèrent ex nihilo une ville nouvelle, 400 ans après leur conquête de la Palestine. Il fallut donc attendre près d’un demi-millénaire pour que Beer Sheva renaisse. Pourquoi les Turcs la firent renaître ? C’est plus pour assurer le contrôle du territoire désertique que les Turcs installèrent une ville à Beer Sheva. En effet, ils craignaient que les Bédouins du Neguev déstabilisent la région. En créant une ville, ils comptaient créer du dynamisme économique et commercial qui calmerait les Bédouins en leur permettant d’avoir un lieu où échanger et où consommer. L’objectif fut aussi de les contraindre à se sédentariser pour que ces éternels nomades cessent de menacer la souveraineté turque sur le territoire.

La ville turque (aujourd’hui la vieille Beer Sheva), mêlait avec brio Orient et Occident. Elle fut conçue par des architectes allemands, suisses et arabes originaires de la région. Sur le modèle occidental, de grandes artères furent construites et de nombreux espaces verts furent aménagés (jardins publics). Les bâtiments étaient de style oriental, riches en arcs ornementaux et balcons décoratifs.

Cette ancienne maison d’un officier turc à Beer Sheva abrite aujourd’hui une banque. (Shmuel Bar-Am)

Les bâtiments construits par les Turcs ont été restaurés avec beaucoup de charme. Aujourd’hui ils accueillent des organismes commerciaux et des activités culturelles (principalement). On y trouve des musées, des maisons de la jeunesse, un théâtre indépendant, des galeries, des banques ainsi qu’un centre consacré à la science.

L’école gouvernementale est l’un des vestiges du passé turc de la ville. Elle fut construite pour accueillir les enfants bédouins de la région. Avant 2013, l’école était complètement laissée à l’abandon. Des mauvaises herbes poussaient sur ses façades. Après sa restauration en 2013, elle accueille aujourd’hui le centre scientifique de Carrasso.

L’ancienne école gouvernementale de Beer Sheva est maintenant le parc scientifique de Carasso. (Shmuel Bar-Am)

A proximité de celle-ci, les Turcs érigèrent une impressionnante mosquée, reconnaissable à ses minarets. Servant à accueillir la population musulmane de la ville et de ses alentours, sa construction fut orientée vers la Mecque.

La Mosquée accueillit un temps le département archéologique du Musée du Neguev. Malheureusement au moment des reconstructions, aucun fond ne fut alloué pour la restaurer et elle fut déclarée par les autorités municipales de l’époque comme « bâtiment dangereux ».

Cela entraîna des conflits. Après de longues délibérations judiciaires, il fut finalement décidé en 2014 que l’ancienne mosquée turque accueillerait le magnifique musée de l’islam et de l’Extrême Orient de la ville. A l’occasion d’une visite dans cette institution, on peut trouver disposés dans la cour du bâtiment des vestiges archéologiques qui rappellent la présence arabo-musulmane dans la région datant du VIIe au XIe siècles. Ces vestiges sont prêtés par l’Autorité israélienne des Antiquités.

Le Musée de l’Islam et de l’Extrême-Orient est installé dans une ancienne mosquée de Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)

L’art islamique régional est toujours bel et bien vivant à Beer Sheva. Le Musée accueille fréquemment des œuvres d’arts modernes produites par des artistes musulmans originaires du monde entier. Actuellement on peut en observer certaines, dans le cadre de l’exposition interactive « Design local dans la mondialisation », qui se tient au Musée.

En 1906, le gouverneur de l’époque, Achaf Bey, emménagea avec sa famille dans la ville. Il investit un élégant manoir situé juste en face de la Mosquée. A l’époque, c’était le seul bâtiment de la ville à posséder une baignoire. Jusqu’en 2004, l’ancienne résidence du gouverneur fit office de mairie. Aujourd’hui, le manoir accueille le Musée d’arts du Neguev dont les murs sont actuellement recouverts de bandes dessinées.

Une exposition au Musée de l’Islam et de l’Extrême-Orient à Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)

Une autre villa construite en 1906 accueillit la résidence d’Hiram Danin, né à Jaffa, à l’époque du mandat britannique. Danin a été affecté à Beer Sheva par Yehoshua Hankin, un amoureux d’Israël dont le seul but était d’obtenir la rédemption en Terre sainte. Chargé d’acheter une propriété dans la région pour la présence juive, Danin se montra conciliant à l’égard des habitants de la ville et tenta tout au long de sa carrière de tenir toutes ses promesses.

A une époque, le bâtiment fut investit par Tsahal. Mais après le départ de l’armée, il fut laissé en ruine. En 2013, le Docteur Rivka Carmi, eut l’idée que la ville devait accueillir d’autres galeries d’art malgré le fait que l’Université Ben Gourion en accueillit déjà une. Elle choisit d’installer dans l’ancienne villa Danin une galerie exposant des œuvres d’artistes israéliens et internationaux. La villa fut entièrement restaurée dans son charme et son aspect d’époque.

Le centre d’emploi Lauder est situé dans une villa turque rénovée à Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)

Le Lauder Employment Center (LEC), qui soutient l’entrepreneuriat et le développement économique local, a été installé dans une villa turque, entièrement rénovée, à proximité de la villa Danin. Le LEC se charge de soutenir de jeunes entrepreneurs locaux et notamment de les mettre en contact avec le fleuron entrepreneurial et technologique de la région.

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Nous avons eu l’occasion d’y voir un groupe d’hommes et de femmes handicapés y suivre un cours de photographie. Après s’être renseignés, nous avons appris que le cours était dispensé par un petit groupe de photographes professionnels qui sollicita l’aide du LEC. C’est ce dernier qui leur a glissé l’idée de ces cours, donnant ainsi vie à l’une des nombreuses initiatives locales qui visent à promouvoir l’inclusion et l’égalité à Beer Sheva.

Un centre commercial piétonnier dans la Vieille Ville de Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)

Juste en face du centre, la galerie 44 est à la fois la maison et la plate-forme du sculpteur Daniel Toledano. Celui-ci a transformé une ruine turque en une galerie, où il expose les œuvres les plus emblématiques de toute sa carrière.

L’ancien hôtel de Beer Sheva, nommé l’hôtel Negev, a été construit en 1949 et a rouvert l’année dernière après d’importantes rénovations. Il est un excellent exemple de la façon dont l’ancien et le nouveau peuvent être mêlés avec succès. Le boutique-hôtel combine la beauté orientale de la partie turque restaurée de la structure, avec de petites chambres ultra-modernes.

L’Anzac Memorial Center à Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)

Pour fêter le centenaire de la conquête britannique de Beer Sheva (qui fut achevée après de sanglantes batailles, le 31 octobre 1917), l’Anzac Memorial Center a été inauguré. Situé à côté du cimetière militaire britannique de Beer Sheva, le mémorial raconte l’histoire de la Brigade de cavalerie légère du corps d’Armée australien et néo-zélandais (ANZAC) qui participa à la bataille aux côtés des forces britanniques. On peut y consulter des vidéos de reconstitution de la bataille ainsi que des témoignages de soldats et des films documentaires captivants. Si vous êtes avec de jeunes enfants il faudra faire attention car les vidéos et les films sont assez violents, mais l’ANZAC Memorial Center vaut largement le détour.

C’est le maire de la ville, Ruvik Danilovich, qui a impulsé la réhabilitation et la restauration de la Vieille Ville de Beer Sheva. Il a profondément contribué à sa renaissance ainsi qu’à celle de la ville de manière plus générale. Avec son administration, il a entrepris la restauration de nombreux espaces verts datant de l’époque ottomane et en a fait construire de nouveaux pour « aérer » la ville. Il a également fait aménager des parcs de jeux ainsi qu’une promenade longue de 5 kilomètres.

Le parc pour enfants de Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)

La nouvelle Beer Sheva est très récente et elle est constituée par de nombreux immeubles de logements neufs et modernes ainsi que de nombreuses attractions modernes. Le Lunada, un musée interactif, a été inauguré en 2015 et il est entièrement dédié aux enfants. Mais on s’y amuse tellement que parfois même certains adultes, restés dans l’âme de « grands enfants », ont du mal à le quitter ! En déambulant dans le Musée, vous pouvez poursuivre votre cheminement dans ses multiples attractions et vous finirez par vous retrouver dans le magnifique « Jardin pour enfants » qui a été aménagé à proximité et peu de temps après l’ouverture du Lunada.

Le musée expérientiel Lunada à Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)

Tout le monde trouve son compte dans le « Jardin pour enfants ». On peut profiter des nombreuses cascades; on peut s’allonger et se reposer sur les pelouses en forme de tapis; on peut y observer avec plaisir les nombreux oiseaux aquatiques; on peut profiter des aires de jeu etc. Si le livre « Laissez passer les Canards » a bercé votre enfance, c’est avec nostalgie que vous pourrez y observer « M et Mme Canard », parader avec leur progéniture dans le parc.

Des canards marchant dans le parc pour enfants de Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)

Parmi les attractions les plus ambitieuses de la ville, il y a le Beer Sheva Park River qui est certainement de loin l’attraction la plus impressionnante. Financé par le JNF-USA et le gouvernement israélien, il n’a pas encore rouvert ses portes au public en raison de la pandémie. Mais le public a pu profiter les années passées de ses nombreuses attractions : pelouses, terrains de jeux, terrains sportifs, amphithéâtre, vestiges archéologiques, sites historiques, promenades, pistes cyclables et pour finir le deuxième plus grand lac d’Israël, sont tous disponibles dans ce magnifique parc. Le Beer Sheva Park River, situé à la limite Sud de la ville, est près de deux fois plus grand que le Central Park à New York. Il accueille près de 800 000 visiteurs chaque année, venant de Beer Sheva et de sa périphérie.

Le parc Remez dans la Vieille Ville de Beer Sheva. (Shmuel Bar-Am)

Le parc a véritablement développé l’attractivité et le dynamisme de la ville. Il a fait venir des entreprises dans la région et a dynamisé la construction de nombreux logements, à des prix abordables, qui accueillent beaucoup de nouvelles familles. Cependant, le parc est en travaux. On y construit actuellement des restaurants et un petit port de plaisance qui permettra de « naviguer » sur le lac. Dans un avenir proche, le parc devrait accueillir un centre éducatif international JNF-USA pour les étudiants et/ou les visiteurs.

Il est important de noter d’ores et déjà que tous les espaces mentionnés dans notre article sont accessibles aux poussettes et aux fauteuils roulants.

Voici une petite liste des lieux à visiter dans la ville, dont l’accès est gratuit : la Trumpeldor Gallery, la gare, le parc pour enfants, le Beer Sheva Park River, la galerie 44 ainsi qu’évidemment les jardins et parcs publics disséminés dans toute la ville.

Si vous souhaitez avoir davantage d’informations sur les activités touristiques proposées par la ville, vous pouvez consulter le site web de l’Office de Tourisme de la ville de Beer Sheva, le site web de la Vieille Ville de Beer Sheva ou joindre par téléphone la ligne dédiée à l’information touristique de la ville au 08-6463777.

Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides touristiques sur Israël, tous rédigés en langue anglaise. Schmuel Bar-Am est guide touristique agréé de profession. Il propose des visites thématiques en Israël pour différents publics : visite individuelle, visite en famille, visite en petit groupe. »

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