Le 2e Nova Healing Concert réunit 30 000 personnes à Tel Aviv
Survivants, familles en deuil et artistes se sont réunis en hommage aux victimes du festival Supernova, le 7 octobre 2023, autour de la résilience, de l'espoir et du partage
Jeudi soir, quelque 30 000 personnes se sont rassemblées dans le parc Yarkon de Tel Aviv à l’occasion de la deuxième édition du Nova Healing Concert, une soirée de musique, de commémoration et de résilience, presque deux ans après le massacre perpétré par le Hamas lors du festival de musique Supernova, le 7 octobre 2023.
Organisé par le collectif Nova Tribe Community Association, créé pour soutenir les survivants et les familles endeuillées, cet événement s’est donné pour objectif transformer le deuil en un espace commun de guérison. Le concert inaugural du collectif avait eu lieu en juin 2024.
Initialement programmé le 26 juin, le concert de cette année avait été reporté en raison de la guerre de 12 jours d’Israël contre l’Iran. Ce rassemblement permet à des personnes liées par le deuil de travailler à leur guérison par le partage des souvenirs et la résilience.
Des artistes israéliens, parmi lesquels Infected Mushroom, Yuval Raphael et Captain Hook, ont fait vibrer la scène, sous les yeux d’une foule composée notamment de survivants et de familles de victimes. Pour beaucoup, cette soirée a offert un équilibre fragile, entre tristesse et espoir.
Omer Wenkert, un survivant du festival de musique Supernova enlevé à Gaza et retenu en otage pendant 505 jours avant d’être relâché en février dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu, s’est adressé à la foule avec un mélange de gratitude et de détermination.
« J’ai l’impression d’être (…) une petite représentation de la victoire. Qui reste petite et partielle », a-t-il déclaré. « Je vous appelle à rester unis, afin que nous, en tant que peuple, puissions commencer à nous reconstruire et à nous relever. À faire ressortir ce qui est en nous. En tant que peuple, nous pourrons rester forts face aux menaces, intérieures ou extérieures. En tant que peuple, nous pourrons guérir de cette blessure. »
Cinquante otages sont encore détenus à Gaza, parmi lesquels 15 assistaient au festival Supernova. Seuls vingt otages sur les cinquante seraient encore en vie.
Nimrod Arnin, frère endeuillé, survivant du festival Supernova et fondateur de Nova Tribe, a souligné le travail mené par la communauté pour soutenir les survivants, les otages libérés et les familles endeuillées.
« Le temps s’est arrêté il y a 678 jours », a-t-il indiqué, évoquant le massacre qui a coûté la vie à 378 personnes durant le festival. « Les souvenirs refusent de s’effacer. Et la vie se poursuit. Certains jours, elle nous semble fragile, et parfois nous avons l’impression d’avoir gagné… Et même quand l’obscurité nous semble totale, alors nous nous rappelons cette phrase, une promesse, bien au-delà des mots : nous danserons encore. »
Le discours d’Arnin a été suivi d’une minute de silence, en hommage à ceux qui ont perdu la vie le 7 octobre.
Ayala Puder, originaire de Zichron Yaakov, figurait parmi les personnes endeuillées. Sa fille Maya, étudiante en art dramatique à l’école Yoram Loewenstein de Tel Aviv, a été tuée au festival Supernova. Depuis l’attaque, Ayala n’a pas repris son travail d’architecte d’intérieur, se consacrant plutôt au souvenir et à la guérison.
« Presque deux ans se sont écoulés depuis le 7 octobre, et ça me semble irréel », a-t-elle confié. « Ma raison sait qu’il s’agit bien de deux ans. Mais certains jours, quand je me réveille, j’ai l’impression d’être encore le 7 octobre. »
« Ma présence aujourd’hui fait partie du processus de guérison que nous avons entamé une semaine après le 7 octobre », a expliqué Puder. « Presque immédiatement après, j’ai décidé que ce que moi et ma famille avions de mieux à faire était d’entamer un processus de guérison. »
Le slogan de Nova Tribe, « Nous danserons encore », ne trouve pas toujours écho auprès des familles endeuillées. Mais « je danserai peut-être à nouveau, un jour, et peut-être même ce soir », a-t-elle ajouté. C’est ce que sa fille aurait voulu.
Pour d’autres, cet événement permet de préserver l’âme de ceux qui ont perdu la vie. Omri Rahoum, dont la famille a perdu quatre membres dans le massacre – sa sœur Nitzan Rahoum, son fiancé Lidor Levi, son oncle Avi Sasi et le bébé à naître de Nitzan -, a évoqué la vie que menaient ses proches avant l’attaque. Plusieurs membres de sa famille étaient présents au festival : l’un de leurs cousins, Omri Sasi, était en effet l’un des cofondateurs de l’événement.
Il a souligné qu’il était important que les gens parviennent à dépasser cette tragédie et à se souvenir des victimes comme de personnes à part entière, pleines de vie : « Pour moi, ce concert vient dire : ‘Non, ils étaient tellement plus.’ C’étaient des personnes tellement heureuses. Il y avait tellement de joie, d’acceptation et d’amour pour la musique. »
Cet esprit de résilience a servi de fil rouge à toute la soirée. Pour Joy Cohen, une autre rescapée, des événements comme ce concert sont essentiels à toute guérison.
« Cela me remplit d’espérance », a-t-elle souri. « Ainsi, tous ceux qui ont traversé le pire du pire peuvent se réunir et partager leur lumière. »
Même si le chagrin reste palpable, le Nova Healing Concert a permis d’entrevoir des personnes unies, prêtes à relever le défi et emplies d’amour à travers la musique, refusant de laisser la tragédie définir les vies qu’elle a touchées.
« Ne vous arrêtez jamais de danser », a crié Wenkert à la foule. Et c’est exactement ce que tous ont fait lorsque la musique a repris.
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