Le candidat d’extrême gauche et anti-Israël Zohran Mamdani remporte la mairie de NYC
Le socialiste démocrate s'engage à 'ne pas faiblir' dans la lutte contre l'antisémitisme dans la ville américaine qui compte la plus grande population juive ; les groupes juifs s'engagent à lui demander des comptes
Le socialiste Zohran Mamdani a remporté mardi la mairie de New York, au terme d’une soirée d’élections locales au cours de laquelle Donald Trump a essuyé plusieurs revers, un message de défiance à un an des élections de mi-mandat.
L’élu local de 34 ans, farouche opposant au président américain, a largement devancé son principal adversaire, l’ancien gouverneur de l’État, le centriste Andrew Cuomo, selon les projections de plusieurs médias.
Mamdani deviendra le 1ᵉʳ janvier, le premier maire musulman de la plus grande ville des États-Unis.
Cette victoire marque un changement radical pour les Juifs de New York, qui abritent la plus grande communauté juive de la diaspora et bénéficient du soutien de la mairie depuis des générations. Longtemps, il était considéré comme acquis que les candidats à la mairie devaient être pro-Israël pour remporter les élections, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Sa victoire a été accueillie par des cris de joie, et parfois des larmes, chez ses partisans réunis dans une grande salle rococo des années 1920, au centre de Brooklyn.
« En cette période d’obscurité politique, New York sera la lumière », leur a lancé le jeune élu, ajoutant que la ville pouvait « montrer à une nation trahie par Donald Trump comment le vaincre ».
L’ancien président démocrate Bill Clinton, dont Cuomo a fait partie de l’administration, a souhaité au vainqueur de « transformer l’élan de sa campagne » pour construire « un New York meilleur, plus juste et plus abordable ».
« L’avenir s’annonce un peu meilleur », a pour sa part commenté Barack Obama, évoquant les différentes victoires démocrates de la soirée.
Participation record
Trump, qui a fait de Mamdani l’une de ses nouvelles bêtes noires, a lui aussi rapidement réagi. Dans un message publié sur son réseau social Truth Social, il a cité des « sondeurs » anonymes affirmant que les défaites républicaines étaient dues à la paralysie budgétaire – le « shutdown » – et au fait que son nom ne figurait pas sur les bulletins de vote.
Plus tôt dans la journée, il avait appelé les électeurs juifs à faire barrage au candidat militant de la cause palestinienne. En réponse, Mamdani a réitéré, dans son discours de victoire, son engagement à « bâtir une mairie qui […] se tiendra fermement aux côtés des New-Yorkais juifs et qui ne faiblira pas dans la lutte contre le fléau de l’antisémitisme ».
« Où plus d’un million de musulmans savent qu’ils ont leur place, non seulement dans les cinq arrondissements de cette ville, mais aussi dans les couloirs du pouvoir. New York ne sera plus une ville où l’on peut faire campagne sur l’islamophobie et remporter une élection. »
« Selon l’opinion courante, je suis loin d’être le candidat idéal. Je suis jeune, malgré tous mes efforts pour paraître plus âgé. Je suis musulman. Je suis socialiste démocrate. Et pire encore, je refuse de m’excuser pour tout cela », a déclaré Mamdani.
Vainqueur surprise de la primaire démocrate en juin, l’élu du Queens à l’assemblée de l’État de New York n’a jamais quitté la tête des sondages depuis, pas même après le retrait du maire sortant, Eric Adams, qui a également appelé à le battre en ralliant Andrew Cuomo.
Signe de l’engouement pour le scrutin, avant la fermeture des bureaux de vote à 21 h, plus de deux millions d’électeurs s’étaient rendus aux urnes, soit la participation la plus importante depuis près de 60 ans.
Né en Ouganda dans une famille d’intellectuels d’origine indienne, arrivé aux États-Unis à l’âge de sept ans et naturalisé en 2018, Mamdani a fait de la lutte contre la vie chère le cœur de sa campagne.
Si Trump l’a qualifié de « communiste », ses propositions – encadrement des loyers, bus et crèches gratuits – relèvent plutôt de la social-démocratie.
Autres victoires démocrates
Très populaire auprès des jeunes, le futur maire a également ramené à lui de nombreuses personnes qui s’étaient éloignées de la politique, « des électeurs frustrés par le statu quo, en quête de nouvelles personnalités », selon le politologue Costas Panagopoulos.
« Si Zohran Mamdani devient maire, Trump n’en fera qu’une bouchée », a prédit Andrew Cuomo avant le verdict, mardi, insistant, comme il l’a fait durant toute la campagne, sur l’inexpérience de son adversaire.
À plusieurs reprises, le président républicain a promis de mettre des bâtons dans les roues du jeune candidat démocrate s’il était élu, allant même jusqu’à menacer de s’opposer au versement de certaines subventions fédérales à la ville.
Mais en admettant sa défaite face à Mamdani, Cuomo s’est engagé à continuer de lutter contre l’antisémitisme.
« Nous ne ferons pas de la police new-yorkaise notre ennemie », a déclaré Cuomo devant plusieurs centaines de partisans, faisant référence à l’opposition passée de Madani à la police.
« Nous chérissons notre diversité et nous ne tolérons aucune forme de discrimination », a-t-il ajouté.
« Nous ne tolérerons aucun comportement qui attise les flammes de l’antisémitisme. »
La foule a applaudi en signe d’approbation.
Cuomo a fait de la lutte contre l’antisémitisme un élément central de sa campagne, ce qui lui a valu le soutien des principaux groupes juifs.
Les groupes juifs américains s’inquiètent et promettent de demander des comptes à Mamdani
Les principales organisations juives américaines se sont pour la plupart abstenues de féliciter le vainqueur.
Dans une déclaration politique rare, l’UJA-Federation of New York a déclaré qu’elle tiendrait le maire élu « responsable » après sa victoire.
« Nous reconnaissons que les électeurs sont motivés par toute une série de questions, mais nous ne pouvons ignorer que le maire élu a des convictions fondamentales qui sont en contradiction totale avec les convictions les plus profondes et les valeurs les plus chères à notre communauté », a déclaré l’UJA dans un communiqué.
« Nous continuerons à travailler à tous les niveaux du gouvernement pour faire en sorte que notre ville reste un endroit où notre communauté juive, ainsi que toutes les autres communautés, se sentent en sécurité et respectées », indique le communiqué.
« Nous appelons le maire élu Mamdani et tous les élus à gouverner avec humilité, inclusivité et un profond respect pour la diversité des opinions et des expériences qui définissent notre ville. »
« Nous tiendrons tous les élus, y compris le maire élu, pleinement responsables de veiller à ce que New York reste un lieu où la vie juive et le soutien à Israël sont protégés et peuvent s’épanouir », poursuit le communiqué.
Citant « le bilan inquiétant de Mamdani sur des questions qui préoccupent profondément la communauté juive », l’Anti-Defamation League (ADL) a déclaré qu’elle « aborderait les quatre prochaines années avec détermination ».
« Nous attendons du maire de la ville qui compte la plus grande population juive au monde qu’il s’oppose sans équivoque à l’antisémitisme sous toutes ses formes et qu’il soutienne tous ses résidents juifs comme il le ferait pour tous les autres électeurs », a déclaré l’ADL.
« Au cours des prochains mois, nous veillerons à ce que l’administration Mamdani respecte cette norme fondamentale, et l’ADL sera implacable et inflexible dans son travail pour assurer la sécurité de tous les New-Yorkais juifs. Nous ne ferons aucun compromis et ne relâcherons pas nos efforts pour atteindre notre objectif principal : protéger le peuple juif. »
La Republican Jewish Coalition (RJC) a déploré la victoire de Mamdani, etimant qu’elle était un « résultat profondément affligeant pour les New-Yorkais, en particulier pour les New-Yorkais juifs, mais en réalité, cette élection nous affectera tous ».
« Les démocrates ont honteusement soutenu et élu un antisémite pour diriger la plus grande ville d’Amérique, qui compte la plus importante communauté juive du pays », a déclaré la RJC.
Lorsqu’il prendra ses fonctions au début de l’année prochaine, Mamdani deviendra le premier maire musulman de la ville, ainsi que le plus jeune dirigeant depuis des générations.
Sa campagne énergique, optimiste et médiatisée a galvanisé les jeunes progressistes, y compris les juifs, tandis que ses propos virulents à l’égard d’Israël ont suscité la crainte des communautés juives traditionnelles, qui redoutent que son programme anti-Israël n’alimente l’hostilité envers les Juifs.
Cuomo, Sliwa et d’autres détracteurs l’ont attaqué pour ses critiques virulentes à l’égard des actions militaires d’Israël à Gaza. Défenseur de longue date des droits des Palestiniens, Mamdani a accusé Israël de commettre un « génocide » et a déclaré qu’il respecterait le mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Mamdani a reconnu que de nombreux Juifs désapprouvent ses positions sur Israël et s’est engagé à lutter contre l’antisémitisme en tant que maire.
La course a divisé les New-Yorkais ainsi que la communauté juive, des synagogues du mouvement réformé de Manhattan aux hassidim de Brooklyn. Angela Buchdahl, l’une des principales rabbins du mouvement réformé de la ville, a déclaré cette semaine que Mamdani avait contribué à un « antisémitisme odieux », mais a ajouté que le « véritable danger » était une « fracture au sein de notre famille juive ».
Plus d’un millier de rabbins de tous les États-Unis, y compris des leaders communautaires de New York, ont signé le mois dernier une lettre ouverte mettant en garde contre cette menace. Les Juifs sont disproportionnellement visés par les crimes de haine dans la ville ; le mois dernier, 62 % de tous les actes de haine étaient antisémites.
L’ascension improbable de Mamdani donne du crédit aux démocrates qui ont exhorté le parti à soutenir des candidats plus progressistes plutôt que des centristes, dans l’espoir de regagner les électeurs indécis qui ont abandonné le parti.
Ses propositions politiques ambitieuses, notamment la gratuité des bus et des services de garde d’enfants, de nouvelles approches en matière de sécurité communautaire et la création de magasins d’alimentation contrôlés par le gouvernement, associées à son inexpérience politique, laissent présager un avenir incertain pour la Grosse Pomme.
L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.