Alors que plus de 1 000 rabbins ont signé la lettre anti-Mamdani, d’autres s’insurgent
Selon ceux qui n'ont pas signé contre le candidat anti-Israël mais qui s'inquiètent des divisions entre les Juifs américains, il ne leur appartient pas de dicter comment voter
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JTA — Deux jours après que le rabbin Elliot Cosgrove a prononcé un sermon exhortant à voter contre Zohran Mamdani aux élections municipales de New York, les rabbins américains ont été invités à signer une lettre le citant.
Mercredi, au moment de sa publication, 650 rabbins ou hazanim (chantres en hébreu) avaient ajouté leur nom à la pétition pour dénoncer la « normalisation politique » de l’antisionisme parmi des personnalités telles que Mamdani, favori de la course à la mairie de New York.
Vendredi, la lettre comptait plus d’un millier de signataires, ce qui en fait l’une des lettres rabbiniques les plus signées de l’Histoire des États-Unis.
Mais Cosgrove, rabbin principal de la synagogue Park Avenue, située dans l’Upper East Side, n’était pas l’un d’entre eux.
« Par principe, je ne signe pas de lettres de groupe », a-t-il déclaré lors d’une interview.
« Ce qui me fait peur avec ce genre de lettres, c’est qu’elles peuvent simplifier les sujets et réduire des questions complexes à ‘Qui signe la lettre et qui ne la signe pas ?’ », a-t-il ajouté.
« Il existe d’autres plateformes où les rabbins peuvent faire preuve de leadership. »
Alors que la lettre a fait le tour du pays, sortant des boîtes mail des rabbins pour atterrir sur les réseaux sociaux des membres de leurs congrégations, elle a déclenché une vague de critiques, d’éloges et de récriminations. Certaines personnes ont exprimé leur soulagement ou leur déception en voyant le nom de leur rabbin sur la liste – ou en ne le voyant pas.
« Les communautés juives font circuler des listes indiquant qui a signé et qui n’a pas signé », a écrit la rabbin Shira Koch Epstein dans un essai décrivant ce qu’elle qualifie de « douloureux règlement de comptes » se déroulant à la fois en public et en privé.
« Je n’en dors pas. Ces lignes rouges sont tellement dangereuses », a répondu la rabbin Lauren Grabelle Hermann, de la Society for the Advancement of Judaism (SAJ) de Manhattan, dans l’un des commentaires, qui exprime une large palette d’opinions. Au début du mois, Hermann a consacré son sermon de Yom Kippour à appeler sa communauté à « devenir un antidote à la polarisation et à la fragmentation de notre communauté juive et de la société en général ».
Aujourd’hui, confrontés à une pression renouvelée de la part de leurs congrégations au sujet de cette lettre, certains rabbins de New York proposent des stratégies alternatives pour répondre à une situation politique que de nombreux Juifs considèrent comme tendue et cruciale.
La rabbin Angela Buchdahl a écrit à tous les membres de Central Synagogue, la congrégation du mouvement réformé de Manhattan dont elle est la rabbin principale, pour leur expliquer pourquoi elle n’apparaissait pas parmi les signataires de la lettre anti-Mamdani.
« En tant qu’équipe rabbinique de Central, nous avons pris la parole depuis la chaire lors de plusieurs précédents sermons, et nous continuerons à adopter une position claire et sans ambiguïté sur l’antisémitisme, la rhétorique antisioniste et notre soutien profond à Israël », a-t-elle écrit.
Cependant, invoquant l’importance de la « séparation de l’Église et de l’État », Buchdahl a ajouté qu’il « appartient à chacun d’entre nous de voter en son âme et conscience ».
« Il existe des organisations politiques, y compris juives, dont la mission principale est la politique électorale. Impliquez-vous », a-t-elle ajouté.
« Central Synagogue, cependant, est un foyer spirituel juif et nous voulons qu’il le reste. Nous restons convaincus que le soutien politique à des candidats n’est pas dans l’intérêt de notre congrégation, de notre communauté ou de notre pays. »
Le rabbin Jeremy Kalmanofsky, de la synagogue du mouvement Massorti (conservateur) Ansche Chesed, située dans l’Upper West Side, a envoyé une lettre à sa congrégation. Il a indiqué qu’il ne voterait pas pour Mamdani, mais qu’il ne pensait pas que son rôle était de leur indiquer pour qui voter. Il a également exprimé ses inquiétudes concernant ce qu’il a qualifié de « séparation entre les communautés libérales et conservatrices », estimant que les Juifs de toutes sensibilités politiques devraient pouvoir prier et agir ensemble.
« La Torah ordonne : ‘Lo titgodedu’, traditionnellement interprété comme signifiant ‘ne vous divisez pas en factions’ », a écrit le rabbin Kalmanofsky.
« Je crains que cela n’arrive aux Juifs. Franchement, je crains cela plus que je ne crains un maire antisioniste. »
Le rabbin Adam Mintz, qui dirige la congrégation orthodoxe moderne récemment renommée Shtiebel @ JCC, a déclaré avoir signé une lettre plus courte rédigée par des rabbins orthodoxes de Manhattan, dans laquelle ils soulignent l’importance du vote. Cependant, il a estimé que cette lettre ne relevait pas de son rôle.
« Je suis rabbin. Je ne veux pas prendre position politiquement », a-t-il expliqué.
« Je comprends que certaines personnes aient des opinions bien arrêtées et souhaitent prendre position politiquement. Je pense que c’est normal, mais ce n’est pas mon rôle. »
La rabbin Michelle Dardashti de Kane Street, une synagogue du mouvement conservateur égalitaire de Brooklyn, n’a pas non plus signé la lettre. Elle a choisi une approche différente pour s’adresser à sa communauté à l’approche des élections, en invitant environ quatre-vingts personnes mardi soir à une soirée de dialogue.
Des membres représentant un large éventail d’opinions ont tour à tour poser leurs questions et fait part de leurs préoccupations avant le scrutin. Dardashti a souligné que, malgré des opinions divergentes, la communauté était « profondément engagée et passionnée, et s’exprimait de manière élégante et respectueuse ».
« Je conçois mon rôle de rabbin comme celui qui crée un espace permettant aux gens d’apprendre les uns des autres à partir de leurs expériences différentes, et donc de leurs perspectives différentes », a-t-elle expliqué.
Certains dirigeants et groupes juifs se sont ouvertement opposés à la lettre et à son message, plutôt que de la considérer comme une stratégie malavisée. Bend the Arc, un groupe juif progressiste qui a soutenu Mamdani, a publié une déclaration dans laquelle il fustige la pétition et ses signataires pour avoir détourné l’attention du véritable problème, à savoir Donald Trump.
« Ces dirigeants juifs font le travail de Trump et du mouvement MAGA à leur place : ils divisent notre mouvement pro-démocratie à un moment où nous devons être unis pour repousser le fascisme », a écrit Bend the Arc.
Le rabbin Josh Whinston, d’Ann Arbor, dans le Michigan, a exprimé son scepticisme sur les réseaux sociaux quant à l’origine et aux intentions de cette lettre, et a précisé qu’il ne l’avait pas signée.
« Il ne s’agit pas d’un appel à la clarté morale, mais d’une manœuvre politique visant à influencer une élection locale à New York », a-t-il écrit.
Le rabbin Whinston a expliqué qu’après une première lecture, il était d’accord avec certaines parties du texte et qu’il envisageait de le signer.
Mais, souhaitant en savoir plus sur le groupe Jewish Majority, l’organisation à l’origine de la lettre, Whinston a ajouté que « le site ne fournit aucune information concrète. Il n’y a ni mission, ni vision, ni direction, ni équipe ».
L’objectif de Jewish Majority, tel qu’énoncé sur son site web, est de contrebalancer les « groupes marginaux » d’extrême gauche anti-Israël tels que Jewish Voice for Peace (JVP) et Jews for Racial and Economic Justice, qui, selon eux, « utilisent l’identité juive de certains de leurs membres comme une arme pour réclamer des recommandations politiques rejetées par la grande majorité de la communauté juive ».
Le directeur exécutif de Jewish Majority, Jonathan Schulman, est un ancien membre de longue date du personnel de l’AIPAC. Schulman a déclaré dans une interview qu’il avait rédigé la première ébauche de la lettre avant qu’elle ne soit soumise à plusieurs séries de révisions par une quarantaine de rabbins de différents courants.
L’inspiration lui est venue lorsque « le sermon du rabbin Cosgrove a commencé à circuler », a-t-il expliqué.
« Dimanche matin, des rabbins m’ont contacté pour me dire : ‘C’est exactement ce que nous ressentons à travers le pays’. »
Contrairement au sermon du rabbin Cosgrove qui exprimait son soutien à Andrew Cuomo, la lettre ne mentionne aucun des adversaires de Mamdani. Elle indique toutefois que des personnalités politiques telles que « Zohran Mamdani refusent de condamner les slogans violents, nient la légitimité d’Israël et accusent l’État juif de ‘génocide’ », et appelle les Américains à « soutenir les candidats qui rejettent la rhétorique antisémite et antisioniste et qui affirment le droit d’Israël à exister dans la paix et la sécurité ».
Schulman se souvient qu’on lui a dit : « Il y a le problème de Zohran Mamdani et les appels à la mondialisation de l’Intifada et tout ça, mais il y a aussi des candidats antisionistes qui se présentent à la mairie de Somerville, dans le Massachusetts, à Minneapolis, à Seattle… Cela devient normal, cela devient courant. »
Le rabbin Mark Miller, de la synagogue Beth El à Bloomfield Hills, dans le Michigan, fait partie des rabbins ayant contribué à la rédaction de la pétition. Il a expliqué que l’un des objectifs de la lettre était de clarifier son caractère national plutôt que local.
« Il ne s’agissait pas d’une tentative de notre part de nous impliquer dans la politique new-yorkaise », a déclaré le rabbin Miller.
« Cela la met en évidence. Mais le fait est que, où que nous soyons, ce sujet nous préoccupe. »
Parmi les signataires de la lettre figurent des rabbins de tous les États-Unis, mais aussi de l’étranger.
Brigitte Rosenberg, rabbin principale d’une congrégation du mouvement réformé à Saint-Louis, a signé la lettre et déclaré que le message anti-sioniste trouvait un écho en elle à l’échelle nationale.
« On a surtout parlé de Mamdani dans ce contexte, mais cela s’est également produit lors d’autres élections, n’est-ce pas ? », a déclaré Rosenberg, faisant référence à la tentative de réélection de Cori Bush, membre du « Squad », un groupe de progressistes anti-Israël au Congrès, pour représenter Saint-Louis.
Le rabbin Jeremy Barras, de Miami, a déclaré qu’un certain nombre de membres de sa congrégation résidaient à New York et qu’ils étaient « tout simplement terrifiés ».
« J’aurais signé cette pétition si le problème se posait dans n’importe quelle autre ville des États-Unis », a expliqué le rabbin Barras.
« Il se trouve que nous sommes un peu plus sensibles à cette question, car beaucoup de nos familles ont des liens avec New York. »
Barras et Rosenberg ont tous deux déclaré ne pas se souvenir d’une lettre ouverte signée par autant de rabbins. Il existe pourtant des exemples de lettres ouvertes signées par plus d’un millier de rabbins, notamment un appel à ouvrir la « Palestine aux Juifs » en 1945, une lettre de 2017 demandant à Trump de soutenir les réfugiés ou encore une autre, datant du début de l’année, exigeant qu’Israël cesse « d’utiliser la famine comme arme de guerre ».
Yehuda Kurtzer, coprésident du Shalom Hartman Institute, a affirmé que les lettres ouvertes telles que celle diffusée par Jewish Majority n’avaient rien de nouveau et qu’il existait « une tension indéniable » pour ceux qui étaient censés la signer.
En revanche, les soutiens exprimés depuis la chaire constituent un « terrain nouveau », a-t-il précisé, soulignant la décision de l’administration Trump de suspendre l’application d’une règle de l’Internal Revenue Service (IRS) interdisant aux institutions religieuses d’exprimer leur soutien politique.
« Nous étions convaincus que les rabbins ne devaient généralement pas agir ainsi, et ce pour toute une série de raisons », a déclaré Kurtzer.
« Il est tout à fait concevable que les politiciens commencent à conclure des accords avec les chefs religieux en fonction de leurs besoins. Une fois que cela a été fait une fois, on s’attend à ce que cela se répète à chaque fois. »
Certains des rabbins signataires affirment que leur démarche n’avait rien de partisan. Le rabbin Ammiel Hirsch, principal rabbin de la Stephen Wise Free Synagogue, située dans l’Upper West Side, et dirigeant d’une organisation sioniste au sein du mouvement réformé, a reconnu avoir « craint » d’aliéner certains membres de sa congrégation.
Toutefois, à l’instar d’autres personnalités ayant pris position contre Mamdani, le rabbin Hirsch a estimé qu’il n’y avait rien de partisan à s’élever contre quelqu’un dont les propos pouvaient compromettre la sécurité des Juifs.
« Il y a toujours le risque que les gens vous comprennent de manière partisane, d’autant plus que nous vivons actuellement dans un climat hyperpartisan », a-t-il expliqué.
« Mais c’est un risque que nous devons prendre, car les enjeux sont trop importants. »
Le rabbin Joshua Davidson, de la synagogue Emanu-El de Manhattan, a exprimé un point de vue similaire.
« Je ne vais pas dire aux gens pour qui ils doivent voter. Mais je pense qu’il est important pour moi de leur faire savoir ce à quoi ils devraient, selon moi, réfléchir lorsqu’ils votent », a-t-il déclaré, en évoquant des questions telles que « le bien-être de l’État d’Israël et la sécurité de la communauté juive ».
Pour le rabbin Cosgrove, dont la synagogue est située à vingt pâtés de maisons de celle du rabbin Davidson, la division qui s’est créée depuis son sermon est une source de tristesse.
« Je suis profondément attristé de voir que, alors que la communauté juive devrait se préoccuper des menaces extérieures qui pèsent sur elle, nous consacrons la moindre énergie à ce qui exacerbe les divisions », a déclaré le rabbin Cosgrove.
la Communauté du Times of Israël !







