Le CCE plaide pour l’étiquetage des supports de campagne électorale générés par l’IA

La proposition suggère de marquer les contenus générés ou manipulés par l'intelligence artificielle plutôt que d'en interdire purement et simplement l'utilisation dans les messages politiques

Une image modifiée de Naftali Bennett et Yaïr Lapid aux côtés de membres des listes électorales des partis politiques arabes d'Israël, publiée sur les comptes officiels de réseaux sociaux du Likud le 22 janvier 2026. (Crédit : Photo originale tirée de X ; éléments graphiques ajoutés par le Times of Israel)

Les responsables électoraux cherchent à mettre en place de nouvelles mesures de protection contre la désinformation générée par l’intelligence artificielle (IA) en vue des élections législatives qui sont prévues dans l’année. Ils envisagent notamment d’imposer aux partis et autres acteurs de la campagne de signaler les supports électoraux qui ont été créés à l’aide de l’IA, ou qui ont été considérablement modifiés par celle-ci.

Selon cette proposition, les contenus de campagne devront clairement indiquer s’ils ont été générés ou manipulés à l’aide de l’IA. Cette mesure n’interdirait pas l’utilisation de l’IA dans les messages politiques, mais elle viserait à renforcer la transparence et à prévenir la désinformation.

En présentant dimanche cette proposition à la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, Din Livneh, directeur général par intérim de la commission centrale électorale (CCE), a déclaré que cette mesure visait à répondre à l’utilisation croissante de l’IA dans les campagnes politiques et à garantir que les électeurs seront bien en mesure d’identifier les contenus qui ont été modifiés numériquement.

Si la proposition est acceptée et adoptée, les infractions pourraient être passibles d’amendes allant jusqu’à 30 000 shekels ou d’une peine d’emprisonnement de six mois.

Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un projet de loi plus large comprenant également des mesures qui garantiront le droit de vote des électeurs déplacés, la mise en place de bureaux de vote dans les maisons de retraite et dans les EHPAD, ainsi que d’autres dispositions en vue des prochaines élections – un scrutin qui devrait se tenir au plus tard le 27 octobre 2026.

Lors de l’audition de la CCE sur cette proposition, le député Amit Halevi (Likud) a également appelé à l’installation de caméras dans les bureaux de vote, estimant que cela permettrait de dissuader la fraude électorale. Cette suggestion a suscité de vives critiques de la part de parlementaires de l’opposition et de responsables électoraux ; le député Gilad Kariv (Les Démocrates) a notamment qualifié cette idée de « tentative directe de porter atteinte à l’intégrité du scrutin et de freiner la participation électorale ».

Le directeur général par intérim de la commission centrale électorale (CCE), Me Din Livneh, assistant à une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, le 22 juin 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Livneh s’est également montré peu enthousiaste face à ce sous-entendu et il a rejeté les allégations de fraude électorale généralisée, insistant sur le fait que les garanties existantes étaient suffisantes.

« Il n’y a pas de fraude en Israël. Si elle existe, elle est marginale », a-t-il déclaré.

« Je peux réfuter ces théories du complot, l’une après l’autre, » a-t-il assuré.

Lors de précédentes élections, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le Likud, avait équipé les représentants des commissions électorales de caméras cachées et il les avait postés dans des bureaux de vote situés dans des communautés arabes à travers tout Israël. Les détracteurs avaient alors fait valoir qu’il s’agissait d’une forme d’intimidation électorale visant à dissuader les Arabes de se rendre aux urnes.

Alors que la campagne préélectorale s’intensifie, plusieurs cas de responsables politiques utilisant des contenus manipulés ou faux pour s’en prendre à leurs adversaires ont déjà été recensés.

En février, la CCE avait ordonné au Likud de retirer une image modifiée montrant les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid célébrant avec des dirigeants de partis arabes la signature d’un accord auquel ni Bennett ni Lapid n’avaient pris part.

La CCE avait également ordonné au Likud de prendre en charge les frais de 8 500 shekels engagés par Bennett pour déposer sa plainte.

En mars, le parti Les Démocrates avait pris ses distances avec un militant politique de gauche athée qui avait publié une vidéo générée par l’intelligence artificielle arborant le logo du parti et montrant plusieurs responsables politiques religieux retirant leur foulard et détachant leurs cheveux, assimilant le port du voile à une « contrainte religieuse ».

De hauts responsables israéliens, dont le Premier ministre lui-même et le ministre de la Défense, Israel Katz, ont également commencé à publier, de manière quasi régulière, des images générées par IA ou modifiées. Le bureau du Premier ministre a également été critiqué pour avoir diffusé des photos officielles sur lesquelles l’image de son épouse, Sara Netanyahu, avait été fortement retouchée, parfois à l’aide de l’IA, ce qui fausse les archives historiques et ce qui semble enfreindre de graves directives éthiques.

En janvier, la CCE avait annoncé la mise en place d’une équipe dédiée, en collaboration avec l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, chargée d’examiner les préoccupations liées à l’influence de l’IA sur les élections.

La directrice sortante de la CCE, Orly Adas, qui quittera ses fonctions le mois prochain après avoir occupé ce poste pendant quinze ans, avait alors averti que la commission devait mener un combat difficile pour lutter contre la propagation de fausses informations en ligne. Elle avait affirmé qu’il n’était pas possible pour la CCE de « nettoyer » entièrement « l’espace en ligne des campagnes et des contenus problématiques et fictifs », car les fausses informations pouvaient être republiées dès leur retrait.

Lors d’une audition devant une commission de la Knesset en janvier, un représentant de l’Association israélienne de l’Internet avait déclaré que les réseaux sociaux pouvaient et devaient faire davantage pour lutter contre la désinformation, mais qu’ils choisissaient de ne pas le faire.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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