Alors qu’Israël et la Syrie envisagent de mettre un terme à un long hiver d’animosité, flirtant avec l’idée de créer un nouveau Moyen-Orient, l’industrie hôtelière du plateau du Golan, meurtrie par la guerre, se réjouit à la perspective d’une saison de vacances estivales où les affaires pourront enfin fleurir à nouveau.
L’été est généralement une période d’espoir pour le tourisme dans le Golan – mais cette année et pour la première fois depuis longtemps, nombreux sont ceux qui espèrent un essor du nombre de visiteurs alors que le Hezbollah a cessé ses tirs de roquettes et de drones en direction du territoire et que la Syrie n’est plus la menace qu’elle était dans le passé.
Si les communautés du plateau n’ont pas été évacuées, le tourisme dans le Golan a été largement interrompu dans le sillage du pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, selon Limor Portal, qui est à la tête de la société de tourisme du Golan. Les quelques maisons d’hôtes qui sont restées ouvertes ont principalement accueilli des soldats et autres membres des forces de sécurité, et certains hôtels situés à proximité du lac de Tibériade ont ouvert leurs portes – et leurs chambres – aux Israéliens du nord du pays qui avaient été déplacés.
Les entreprises touristiques n’ont repris leurs activités normales qu’au mois de janvier 2025, explique Portal. A Pessah, le Golan a connu une affluence record, avec un taux d’occupation qui était d’environ 95 %.
Le cessez-le-feu avec le Hezbollah paraissant se maintenir et l’Iran ne se positionnant apparemment plus aux portes du Golan depuis la Syrie, les entreprises du secteur espèrent dorénavant que l’été et la saison des fêtes juives seront porteurs de bonnes nouvelles, ajoute Portal, qui souligne que ce sont les locaux qui restent néanmoins les plus nombreux à faire du tourisme sur les différents sites de la zone.
Les exploitants de campings, les producteurs de cerises et les guides gastronomiques du Golan se préparaient déjà depuis des semaines à un retour des touristes quand Israël a lancé son offensive-surprise contre l’Iran, déclenchant 12 jours de guerre qui ont amené les Israéliens à se réfugier dans les abris antiaériens et qui ont gelé les déplacements internationaux, mettant ainsi en suspens la seule idée de prendre des vacances.
« Nous aurions pu être ouverts pendant une ou deux semaines supplémentaires à la période de la cueillette des baies, mais l’Iran a changé nos projets », explique Yehuda Malul, qui est propriétaire de vergers de cerises et de baies. Il a également un camping au moshav Shaal. « Ce n’est pas grave, on est passés à autre chose », s’exclame-t-il.
Entouré de bases militaires, Shaal a été privé de touristes pendant les dix-huit mois qui ont suivi le 7 octobre en raison des tirs quotidiens de roquettes, de missiles et de drones lancés par le Hezbollah – même si, par chance, le moshav n’a finalement été touché par aucun projectile.
« Nous formons une communauté forte ici », indique Shimon, le père de Malul, qui a planté les fameux vergers de cerisiers ainsi que des vignes il y a plusieurs dizaines d’années.
Un sentiment qui est partagé par la majorité des communautés du Golan, où les visiteurs se sont faits rares pendant des mois. Pourtant, de nouvelles entreprises touristiques sont parvenues à voir le jour.
Lors d’une récente visite dans le Golan – visite qui a eu lieu avant le conflit de douze jours qui a opposé Israël à la république islamique – le Times of Israel a pu découvrir de nouvelles activités touristiques et de nouveaux sites aménagés pour les amoureux de la nature.
Au kibboutz Ortal, 30 tentes de « glamping » flambant neuves ont été achetées pour héberger les touristes désireux de se plonger dans la vie de la communauté, en collaboration avec le kibboutz Nir David, qui se trouve en basse-Galilée, et qui propose également un site du même type.
L’idée, explique Tom Eick Aviran, le PDG de l’entreprise commune Ortal-Nir David, est de vivre pleinement l’expérience de la nature lors d’une visite effectuée dans le nord du pays – tout en profitant du confort apporté par des toits à double couche, parfaits pour mieux isoler la tente, par les grands lits aux draps de coton impeccables, et même, dans certains de ces logements atypiques, par une salle de bain privée. (Les hôtes qui n’ont pas de salle de bain dans leur tente reçoivent une clé pour leurs propres toilettes et cabines de douche dans les salles de bain communes, ce qui leur assure un minimum d’intimité pendant leur séjour).
« Le glamping convient parfaitement au Golan », affirme Eick Aviran.
L’ancien directeur du glamping d’Ortal, Nir Baranes, avait été tué avec son épouse, Noa Baranes, lorsqu’une roquette du Hezbollah avait touché leur voiture alors qu’ils se rendaient au sud du kibboutz dont ils étaient tous les deux membres, le 10 juillet 2024. Le couple avait laissé derrière lui trois enfants et une communauté désemparée – mais Ortal a finalement trouvé un nouveau directeur pour relancer l’aventure.
Et c’est ainsi que le glamping a ouvert ses portes à la fin du printemps. Les hôtes ont accès à une cuisine commune et à un réfrigérateur désigné, mais le petit déjeuner peut également être acheté dans la salle à manger du kibboutz, propre et confortable, où le menu quotidien comprend du pain fraîchement cuit, de la shakshouka et des œufs brouillés, de nombreuses salades, des fruits frais et du café provenant d’une machine expresso à grain moulu.
Votre séjour à l’Ortal, pendant une nuit ou deux, sera accompagné de suggestions sur toutes les activités mises à votre disposition dans la région – ce qui prouve que les différents acteurs du tourisme, dans le Golan, sont attentifs les uns aux autres.
Il y a la cave de Tel Shifon dans le kibboutz – avec des visites et des dégustations – ainsi que la fromagerie Grineli, que ses propriétaires, Nelia et Gregory Shaver, avaient ouvert le 6 octobre 2023.
Ce couple russo-israélien vivait à Carmiel depuis des années quand Nelia, une créatrice de mode, avait commencé à fabriquer des fromages chez elle. Ses amis lui avaient alors confié qu’ils étaient trop qualiteux pour ne pas être proposés au public.
Nelia et Gregory avaient ainsi étudié le processus de fabrication des fromages en Israël – mais aussi en Italie – travaillant d’abord sur le lait de vache, puis sur le lait de chèvre. Lorsqu’ils étaient finalement passés à 15 fromages différents, ils avaient décidé de transférer l’ensemble de l’exploitation à Ortal.
Quand la guerre avait éclaté, Gregory avait commencé à transporter son camembert enveloppé de feuilles de wasabi et sa mozzarella aux herbes vers les magasins du centre du pays.
« Il n’y avait personne », dit Nelia, qui montre en faisant un geste de la main la vitrine pittoresque et impeccable de la boutique du couple, où les clients peuvent acheter un seul fromage ou commander des plateaux de fromages au prix de 120 shekels, garnis d’olives préparées à la maison, de bols de confiture d’ananas au chili et de délicates boucles de cuir d’abricot artisanales.
« Nous allions dans les salons gastronomiques pour payer les factures, et je gardais simplement l’espoir de connaître des jours meilleurs », ajoute-t-elle.
Aujourd’hui, la fromagerie estampillée casher est ouverte tous les jours, sauf à shabbat.
« L’année a été difficile, » confie Shir Ben Muvchar, qui propose des circuits gastronomiques personnalisés dans les vignobles, dans les fermes et dans les hauts lieux de la gastronomie du Golan.
Au début, « le Hezbollah a largement laissé tranquille le Golan, ce n’était pas dangereux. Mais il n’y avait pas de visiteurs », déplore-t-elle.
Mais quand les Baranes ont été tués dans leur voiture, « ça a été impossible de prendre le volant sur la Route 91, on avait l’impression que cela pouvait nous arriver. A ce moment-là, les projets et la vie se sont arrêtés », raconte-t-elle.
La mort soudaine du couple avait été suivie par l’attaque meurtrière de Majdal Shams, le 27 juillet 2024. Ce jour-là, une roquette du Hezbollah s’était abattue sur un terrain de football situé dans ce village druze. Douze enfants et adolescents avaient été tués dans cette frappe, qui avait aussi fait au moins 42 blessés.
Même aujourd’hui, des mois plus tard, la tristesse est encore perceptible dans la voix des habitants lorsqu’ils évoquent ces pertes.
Pour l’instant, Ben Muvchar propose des circuits d’une journée et demie qui comprennent le dîner, le petit-déjeuner et le déjeuner, ainsi que des arrêts dans de petites exploitations viticoles et agricoles qui ne sont généralement pas ouvertes au public, ce qui permet aux visiteurs de s’entretenir avec les agriculteurs et les viticulteurs et de les écouter parler de leur travail.
Safa Ibrahim, un chef druze, propose une expérience culinaire différente en préparant des repas saisonniers et authentiques (non casher) : pita fraîche saupoudrée de zaatar ou de poivre rouge, olives maison, boulgour mujadara, koubbeh et de samboussa, et un impressionnant plateau de maklouba composé de poulet et de riz.
Sur le Golan, la saison des cerises, qui dure six semaines et qui s’est terminée pendant le conflit de douze jours qui a opposé l’État juif à l’Iran, est un élément essentiel des activités du moshav Shaal. Malul, grâce à ses arbres, y récolte notamment des cerises Bing, Rainier, Sweetheart et Stella, ainsi que des mûres d’Afghanistan, plus difficiles à trouver, au début de la saison.
Les campeurs sont les bienvenus sur le terrain confortable de la ferme de Malul pendant les fêtes juives. Les visiteurs peuvent louer des tentes ou apporter les leurs, et la ferme propose des snacks, des sandwichs, des pâtisseries ou de délicieux fruits d’été à l’achat.
Autre activité à envisager au cours d’un séjour à Ortal ou dans l’une des autres communautés locales du plateau du Golan, une journée de randonnée avec Ziv Rom, guide touristique et DJ qui a imaginé le concept de Soundtrack BaTeva – un concept où les randonneurs passent des écouteurs et écoutent la bande-son qui a été soigneusement sélectionnée par Rom pour une promenade dans les bois.
Au coucher du soleil, les visiteurs peuvent aussi choisir d’aller marcher sous la lune en compagnie de Ohad et Michal Gigi, un couple natif du secteur qui propose des promenades magiques dans la forêt, lanterne à la main, une nouvelle manière de découvrir le ciel et les étoiles, les arbres et la faune.
Il y a une dernière halte qui est assurément à faire avant de prendre le chemin du retour – avec un arrêt au kibboutz Ein Zivan, qui est peut-être plus connu pour abriter le domaine viticole Pelter et qui accueillait, dans le passé, la célèbre pâtisserie Mattarello, qui s’est récemment expatriée à Budapest. La communauté abrite également la ferme aromatique Sade.
Ce sont deux sœurs, Naomi Spellman Yehezkel et Rut Spellman Sdot, qui ont commencé à travailler au développement de cette exploitation de lavande pendant les années de la pandémie de COVID-19.
« Parfois, les bonnes choses arrivent à de mauvais moments », commente Naomi Spellman Yehezkel.
Les effets de la guerre à Gaza et des attaques du Hezbollah, depuis le Liban, se sont également fait ressentir, et la récolte a dû être effectuée par la famille et par les amis, qui se sont relayés pendant quatre heures pour couper les précieux bourgeons violets, la faucille à la main.
Pénétrer dans ces champs de lavande donne l’impression d’être en Provence, avec les étendues de fleurs violettes qui ondulent doucement sous le vent et les bâtiments en pierre de Circassie élégants où les deux gérantes de la ferme organisent des cours de fabrication de bougies aromatiques et des ateliers de composition florale. Elles vendent aussi des savons et des crèmes, des diffuseurs et des oreillers, tous fabriqués à base de lavande.
Cette saison, les deux sœurs ont également mis en place une boutique éphémère qui propose des glaces délicatement aromatisées à la lavande, ainsi que des paniers de pique-nique présentés à l’achat.
« Le mieux, c’est de prendre un panier de pique-nique avec une bouteille de Pelter et d’aller vous perdre dans les champs », dit Spellman Yehezkel. « C’est une agriculture dans laquelle les visiteurs peuvent se perdre, au moins pendant un petit moment ».

