Israël en guerre - Jour 232

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Un Lebensborn, en 1936. (Crédit : CC BY-SA 3.0 de/Bundesarchiv B 145 Bild-F051638-0061, Lebensbornheim, Säuglingszimmer.jpg)
Un Lebensborn, en 1936. (Crédit : CC BY-SA 3.0 de/Bundesarchiv B 145 Bild-F051638-0061, Lebensbornheim, Säuglingszimmer.jpg)
Interview

Le Lebensborn, la maternité dévoyée ou comment les idéologues nazis ont conçu des usines à bébés aryens

Ce projet fut le pendant méconnu et terrifiant de la Shoah

Un Lebensborn, en 1936. (Crédit : CC BY-SA 3.0 de/Bundesarchiv B 145 Bild-F051638-0061, Lebensbornheim, Säuglingszimmer.jpg)

Le magazine Geo Histoire a consacré son édition de mars/avril au lien que le nazisme a entretenu avec les femmes, épouses, militantes, égéries, surveillantes de camps mais aussi résistantes. En introduction de son éditorial, la rédactrice en chef Myrtille Delamarche souligne combien il doit être difficile, pour une jeune fille de 2024 « pétrie de convictions sur l’égalité des chances et des genres », de comprendre qu’un si grand nombre de femmes aient adhéré à l’idéologie nazie. Car le nazisme a véritablement séduit beaucoup d’Allemandes qui s’y sont jetées à corps perdus, embrassant la politique sociale du parti proclamant haut et fort son amour des enfants. À condition qu’ils fussent de sang pur.

Photos à l’appui, les pages du magazine déclinent les rôles que ces femmes, vestales fanatisées tout entières vouées au culte du Führer, appelées à participer à l’effort de guerre et à l’expansion du Reich, ont endossés pour véhiculer l’idéologie nazie avec un zèle et une cruauté décuplés par les responsabilités nouvelles qui leur incombaient. Pour Hitler, est-il rappelé dans Geo, elles étaient « les gardiennes du sang allemand ».

« Nous n’oublions pas » ajoute Delamarche, « celles qui ont dit non, qui se sont exilées, ont résisté ». En témoignent les pages consacrées à la plus emblématique des résistantes, l’étudiante Sophie Scholl qui fut exécutée à l’âge de 21 ans ou à Marlène Dietrich repoussant le pont d’or que le propagandiste Goebbels lui avait fait en 1936, avec l’espoir de la voir revenir en Allemagne. Dans son article, l’historien du cinéma Olivier Rajchman rappelle que la star avait créé avec le réalisateur Billy Wilder un fonds destiné à aider les réfugiés politiques et les Juifs allemands.

Membres du groupe de résistance secret « Rose blanche » contre Hitler, dont Hans Scholl, à gauche, et Sophie Scholl, à Munich, en 1942 (Crédit : Domaine public)

Le ventre des femmes garant de l’aryanité : c’est l’un des dossiers les plus glaçants, consacré au programme Lebensborn que détaille, dans un article édifiant, le journaliste Boris Thiolay, auteur en 2012 de Lebensborn la fabrique des enfants parfaits. Enquête sur ces Français qui sont nés dans une maternité SS (Flammarion).

C’est en 1935, indique l’auteur, que le chef suprême de la SS, de la Gestapo et de l’ensemble des services de répression du régime Heinrich Himmler signa les statuts de l’association Lebensborn, « fontaine de vie » en vieil allemand. L’activité de cette association à l’intitulé si primesautier ? Des nurseries au sein desquelles des femmes – cochant toutes les cases de
« pureté raciale » – enceintes d’un membre de la SS ou d’un corps de sécurité pouvaient venir accoucher. Ces maternités SS accueillirent également des filles-mères auxquelles elles permirent d’enfanter dans l’anonymat et, le cas échéant, d’abandonner leur bébé à l’institution qui se chargeait alors de trouver pour l’enfant une « famille nazie modèle » en quête d’adoption.

Pourquoi ce projet demeure-t-il si peu connu ? Pour quelle raison les enfants du Lebensborn, qui ont aujourd’hui entre 79 et 88 ans, constituent la dernière catégorie de victimes du nazisme à n’avoir fait l’objet d’aucune reconnaissance ? « On ne choisit pas d’être SS à 2 ans » écrit Oscar Lalo dans La Race des orphelins (Belfond, 2020). Le romancier, ancien avocat, s’est intéressé à ces enfants aryens qui furent victimes du Reich. « Je devais être la gloire de l’humanité. J’en suis la lie, » fait-il dire à son héroïne Hildegard Müller, née dans un Lebensborn.

Lebensborn, la fabrique des enfants parfaits : ces français qui sont nés dans une maternité SS, par Boris Thiolay, aux éditions Flammarion, en 2012.

Pour dément qu’il fût, ce programme a constitué, avec l’extermination des Juifs, l’un des principaux rouages de la stratégie mise en place par les nazis pour bâtir le monde auquel ils aspiraient.

Boris Thiolay insiste sur le fait, en citant le spécialiste de la médecine nazie et de l’eugénisme Georg Lilienthal, que « le Lebensborn et la Shoah étaient les deux faces d’une même pièce, la politique raciale et démographique nationale-
socialiste ».

The Times of Israel : Vous êtes journaliste d’investigation. Pourquoi cet intérêt pour le thème des Lebensborn auxquels vous avez consacré un livre passionnant ?

Boris Thiolay : Je m’intéresse beaucoup à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. J’avais mené une enquête historique sur des enfants nés de couples franco-allemands, souvent des Français envoyés au travail obligatoire (ndlr, STO) en Allemagne où ils avaient eu une aventure avec une Allemande. Mon enquête m’avait conduit à Bad Arolsen, le centre international de documentation de la Croix-Rouge sur les persécutions nazies. Toutes les archives des victimes du régime nazi y sont conservées. Il y a là des millions de documents. Alors que je quittais les lieux, l’une des archivistes, consciente de l’intérêt que je portais à cette époque, m’a indiqué que le centre abritait également des archives du Lebensborn. L’information n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

Comme de nombreuses personnes, j’avais entendu parler des Lebensborn mais j’avais oublié que l’une de ces maternités avait été implantée en France. J’ai commencé à travailler sur le sujet en 2009. En Allemagne, ces bébés étaient nés à partir de 1936 ; en Belgique et en France, c’était en 1943-1944. Celles et ceux qui étaient concernés devaient donc avoir à l’époque 70 ou 75 ans. L’idée a germé de retrouver ces Français et ces francophones nés dans les deux maternités SS, à Wégimont, près de Liège et à Lamorlaye, dans l’Oise et d’essayer de reconstituer leur histoire.

Et cela a été très concluant…

En toute modestie, à force d’éplucher les archives, j’ai permis à certains d’entre eux de remonter le fil de leur histoire et d’en découvrir des pans entiers.

Comme pour Erwin Grinski, par exemple ?

Lui, je l’ai repéré dans l’état-civil de Lamorlaye. Comme je l’explique dans l’article, il a poursuivi sa propre enquête et a découvert que son père était un officier supérieur SS proche d’Himmler.

« On a parfois tendance à oublier que le IIIe Reich a également fonctionné grâce à des femmes… »

Pourquoi, selon vous, ce numéro spécifique sur le nazisme et les femmes ?

L’intérêt de ce dossier est qu’il aborde de manière transverse le fait qu’il y a eu une véritable adhésion féminine au nazisme. On estime que 500 000 femmes ont servi activement le Reich en s’y impliquant, que ce soit dans l’armée, les services de santé, les camps ou les organisations de jeunesse…

L’une des raisons tient à la figure « charismatique » de Hitler. On sait que des femmes tombaient littéralement en pâmoison pendant ses discours. Elles étaient convaincues d’appartenir à ce peuple dit « supérieur » appelé à régner sur terre. Elles s’envisageaient elles-mêmes comme de bonnes mères destinées à engendrer de bons germains qui eux-mêmes allaient régner sur le monde.

Il faut également tenir compte de la puissance de l’idéologie totalitaire dans laquelle des femmes se sont rangées par opportunisme, pour être du côté du plus fort. En définitive, on a parfois tendance à oublier que le IIIe Reich a également fonctionné grâce à des femmes…

Tout semble s’articuler autour de la pureté de la race, qui est l’un des fondements de Mein Kampf. En 1935, Himmler rêvait donc d’un Etat nazi peuplé de « 120 millions de Germains nordiques ». Quand cet objectif devait-il être atteint ?

Dans les années 1980. Il s’agissait pour lui d’un rêve éveillé. « Purifier la race » constituait un vrai projet qui passait par la suppression des « races inférieures » et des « êtres indésirables ». Vous aurez compris que j’encadre ces expressions de guillemets. Je ne déroulerai pas le catalogue mais les Juifs étaient les premiers concernés. Il y avait aussi les tsiganes, les malades et les personnes considérées comme socialement déviantes. Cette volonté de purification de la race fut le socle de l’idéologie nazie. Et à cet égard, la politique nataliste du IIIe Reich est un élément important.

Le chef Nazi SS Heinrich Himmler (gauche) et Adolf Hitler supervisent une parade militaire en 1940. (Domaine public)

D’où l’importance des Lebensborn dont les statuts ont été déposés en 1935 et qui, comme le souligne le spécialiste de la médecine nazie Georg Lilienthal, devaient aider à lutter contre les très nombreux avortements répertoriés chaque année en Allemagne…

L’association est définie et présentée comme un organisme caritatif permettant à des femmes d’accoucher dans d’excellentes conditions médicales. Dans un premier temps, le programme a été tenu relativement secret car plutôt destiné aux compagnes de SS, eux-mêmes encouragés à engendrer au minimum quatre enfants dans leur propre foyer mais aussi en dehors, de membres de la Gestapo ou d’hommes correspondant aux critères raciaux « aryens ». Ces femmes accouchaient dans les Lebensborn et regagnaient leur foyer. Elles pouvaient aussi abandonner l’enfant à l’institution. Par la suite, quand l’existence des Lebensborn a été rendue publique, des filles-mères enceintes d’un enfant non désiré purent elles aussi accoucher anonymement, selon le même schéma. Toutes traces de l’origine des bébés étaient effacées.

C’est l’argument caritatif plaidé après-guerre par les dirigeants du Lebensborn lors de l’un des grands procès de Nuremberg ?

C’est toute la perversité du système.

Les responsables du Lebensborn qui ont comparu devant le tribunal, en 1946/1947, ont plaidé le fait qu’ils dirigeaient une organisation caritative venant en aide à des femmes en difficulté, en leur permettant d’accoucher dans de bonnes conditions mais aussi de confier à l’institution l’enfant dont elles ne voulaient pas.

The Warsaw Ghetto Uprising, from Jürgen Stroop Report to Heinrich Himmler, 1943 (photo credit: first published in Stanisław Piotrowski (1948), released by the United States Holocaust Memorial Museum, Wikimedia Commons)
Le soulèvement du ghetto de Varsovie, du rapport du général Jürgen Stroop à Heinrich Himmler, 1943 (Crédit : publié pour la première fois dans Stanisław Piotrowski (1948) édité par le United States Holocaust Memorial Museum, Wikimedia Commons)

Comment expliquer le fait que ces responsables sont parvenus à convaincre le tribunal qui, comme vous l’écrivez, n’a retenu contre eux uniquement leur appartenance à la SS ?

Je pense que le tribunal n’avait pas pris la mesure de ce qu’était véritablement le Lebensborn. Peut-être n’y avait-il pas alors une connaissance suffisante du système. Par ailleurs, sans vouloir mettre de bémol, sur les douze procès qui se sont tenus à Nuremberg devant un tribunal militaire américain, le sort de petits enfants élevés dans des orphelinats est apparu comme un sujet relativement mineur, comparativement aux massacres perpétrés et à l’extermination des Juifs dont on commençait seulement à prendre conscience.

Les responsables – Max Sollmann, Gregor Ebner et Günther Tesch- ont été condamnés pour leur appartenance à la SS, organisation criminelle. Mais comme ils avaient déjà fait de la détention provisoire, ils ont été libérés à l’issue du procès.

Dans un récent roman, La pouponnière d’Himmler (Gallimard), l’auteure belge Caroline De Mulder nous plonge en 1944, dans le quotidien très bien huilé d’une maternité bavaroise. On y croise un nourrisson évincé car non conforme aux critères d’aryanité…

La pouponnière d’Himmler, par Caroline De Mulder, aux éditions Gallimard, en 2024.

Quand Gregor Ebner, général SS, médecin référent du Lebensborn et par ailleurs médecin de famille de Himmler, s’est rendu à la maternité de Lamorlaye, il a fait une visite obsessionnelle, « à la nazie », allant jusqu’à recenser le nombre d’éraflures sur les fauteuils de la salle de détente destinés aux mamans.

On sait qu’il a également relevé, sans rien laisser paraître sur le moment, la présence d’un enfant souffreteux… Il n’y avait pas forcément d’ordre ou d’instruction écrits mais, comme dans le reste du Reich, il est avéré que tout enfant « déficient » ou non conforme était envoyé dans l’un des deux hôpitaux existants où il était euthanasié.

Un courrier suivait généralement, indiquant que le nouveau-né était mort du typhus.

Le livre de Caroline de Mulder évoque des lettres adressées au docteur Ebner concernant des injections hormonales à des fillettes de l’Est – de catégorie I – pour accélérer leur puberté…

Pour écrire l’article de GEO, j’ai recontacté Georg Lilienthal, le spécialiste absolu du Lebensborn. Imaginez que lorsqu’il a publié sa thèse, dans les années 1970, personne ne savait plus ce qu’était un Lebensborn. Son travail n’a fait l’objet d’aucune recension. Les gens n’y croyaient pas vraiment.

S’agissant des enfants raflés, en Pologne notamment, les SS rassemblaient la population sur la place du village. Les petits qui étaient jugés
« racialement valables » étaient emmenés. Lilienthal explique que ces enfants kidnappés n’étaient pas confiés au Lebensborn mais qu’ils étaient pris en charge par le RuSHA (Bureau pour la race et le peuplement), département chapeautant la politique raciale du Reich dont le Lebensborn était selon moi le noyau le plus important.

Il est tout à fait possible qu’il y ait eu des expériences ou des tests médicaux pratiqués sur de jeunes filles. Reste que les enfants kidnappés parce que considérés comme racialement valables étaient germanisés. Ceux-là étaient-ils dès lors destinés à subir des expériences ? Je ne sais pas…

Qu’est-ce qui fait dire à Lilienthal que « le Lebensborn et la Shoah étaient les deux faces d’une même pièce, la politique raciale et démographique nationale-socialiste » ?

« Lors d’une visite sur le front de l’Est fin 1943, Himmler a parlé des Juifs à l’imparfait ».

Dans le délire messianique nazi, il est certain que l’extermination des Juifs d’Europe et de tous les « indésirables » marque la première phase. Après quoi devait être implantée, y compris dans les territoires de l’Est, la race dite supérieure, purifiée par le système des Lebensborn et l’élimination des « déficients ».

Pendant une visite sur le front de l’Est fin 1943, Himmler a parlé des Juifs à l’imparfait.

Lors de notre dernier entretien, Lilienthal m’a confirmé l’articulation du projet nazi en deux phases : phase 1 : l’extermination, phase 2 : le développement de la race dite supérieure.

Vos enquêtes ont-elles révélé la présence d’enfants juifs auxquels leur profil aryen aurait valu d’être kidnappés ?

Difficile d’y croire. Il y a, dans mon livre, le cas très particulier d’un homme qui fut le premier, parmi les enfants nés dans un Lebensborn francophone, à reconstituer son histoire et à aider les autres dans leur parcours de recherche.

Quand je l’ai rencontré, il m’a certifié que sa mère, qui avait travaillé dans le Lebensborn de Wégimont, en Belgique, était juive. Lui-même s’était converti au judaïsme et était devenu pratiquant, pour revenir pleinement à sa judéité. Reste que, si tel avait été le cas, une infirmière ou un médecin aurait remarqué la circoncision de l’enfant, qui de plus était censé avoir été mis au monde dans l’institution. L’éventualité de la présence d’un enfant d’origine juive n’ayant pas été circoncis peut être envisagée, mais cela paraît très invraisemblable.

Pourquoi les enfants du Lebensborn constituent la dernière catégorie de victimes du nazisme à n’avoir fait l’objet d’aucune
reconnaissance ?

Dans son premier roman graphique, l’illustratrice Isabelle Maroger raconte l’histoire de sa mère, norvégienne née dans un Lebensborn.

Ce sont des victimes, certes, mais des victimes vivantes. On en revient au procès de Nuremberg et à la raison pour laquelle les généraux SS, – de même que la fameuse Inge Viermetz, la soi-disant simple secrétaire qui fut en réalité l’adjointe du directeur du Lebensborn – ont plaidé « non coupables » et convaincu le tribunal qu’ils avaient dirigé une organisation caritative.

On n’a pas compris, à l’époque, que ces nourrissons, créés dans un but monstrueux, avaient été des victimes, souvent arrachées des bras de leur mère.

L’absence d’archives a permis par la suite d’oublier ces enfants considérés comme l’incarnation d’une histoire honteuse liée à la collaboration.

En Norvège, les enfants du Lebensborn ont déposé des demandes d’indemnisations et leur statut a été reconnu, ce qui à ma connaissance n’est pas le cas en Allemagne.

En France, une petite plaque a été posée par une association à l’intérieur de l’hôpital de Commercy, dans la Meuse, où les enfants francophones récupérés en Allemagne avaient été transférés, avant d’être confiés à l’Assistance publique.

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