L’Éducation menace de couper le budget des écoles refusant d’admettre des Séfarades
L’avertissement contredit les dires du maire de Jérusalem que la crise aurait été réglée ; Beit Shemesh dément tout projet de 'nouveau cadre éducatif' pour les élèves refusées
Le directeur de l’éducation haredi au ministère de l’Éducation a adressé jeudi une lettre d’avertissement à l’une des écoles ultra-orthodoxes de Jérusalem qui refuse d’admettre des élèves d’origine séfarade, et a menacé de réduire son financement, voire de le fermer, si elle ne se conforme pas aux directives du ministère d’ici la fin de la semaine.
« D’après les informations dont nous disposons, il apparaît que votre conduite constitue une violation flagrante des directives du ministère, ce qui pourrait entraîner le retrait de l’agrément de l’établissement », a écrit Shai Calderon à l’école, qui n’a pas été identifiée par les médias.
Calderon a précisé que si l’établissement ne se conformait pas aux instructions et n’acceptait pas les élèves d’ici vendredi, il recommanderait plusieurs mesures, « y compris la possibilité de retenir les budgets… et même la fermeture de l’établissement ».
Cette mise en garde intervient deux jours après que le ministère a convoqué les responsables de plusieurs écoles ultra-orthodoxes pour des auditions, certains administrateurs refusant toujours d’accueillir des élèves d’origine séfarade. Dans un communiqué, le ministère a affirmé que de tels cas de discrimination étaient « traités avec la plus grande sévérité, pouvant aller jusqu’au refus de financement et à la révocation de la licence de l’établissement concerné ».
Cet été, la Treizième chaîne a rapporté qu’environ 440 filles ultra-orthodoxes de Jérusalem, dont 73 % étaient séfarades, n’avaient été admises dans aucune école. La municipalité a donc décidé d’affecter elle-même les élèves et a exigé des écoles qu’elles les acceptent.
À la demande des rabbins de la communauté, plusieurs écoles de Beit Shemesh et de Jérusalem ont ensuite refusé de laisser entrer des élèves de troisième afin de protester contre la décision des municipalités d’imposer l’admission de filles dont les familles sont originaires du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord qui n’avaient pas trouvé de place ailleurs.
La discrimination envers les élèves séfarades gangrène la communauté haredi depuis des années, et les critiques accusent de nombreuses écoles ashkénazes de maintenir officieusement des quotas, en raison d’un racisme envers les familles originaires du Moyen-Orient.
Dans un entretien avec le site Ynet, la mère d’une élève d’origine mixte a confié que sa fille était « anéantie » après qu’une école leur a demandé de « modifier leur nom de famille » pour un patronyme ashkénaze.
Selon la Treizième chaîne, le rabbin Dov Lando, l’un des leaders rabbiniques les plus éminents du courant dit lituanien de l’ultra-orthodoxie ashkénaze et le chef spirituel de la faction Degel HaTorah du parti Yahadout HaTorah, serait à l’origine des consignes données aux rabbins locaux de ne pas accepter les jeunes filles.
La lettre de Calderon semble contredire les affirmations de la municipalité de Jérusalem et du porte-parole de Lando selon lesquelles le problème des affectations avait été résolu.
Selon un communiqué publié jeudi par son bureau, le grand rabbin Lando a enjoint le « Vieux Séminaire » – un prestigieux institut de formation d’enseignantes Beit Yaakov – ainsi que d’autres établissements à ouvrir leurs portes pour la rentrée, à la suite d’un accord conclu avec le maire
« Après de nombreux efforts, nous avons réussi à trouver une solution qui permettra aux écoles de démarrer l’année scolaire », a déclaré de son côté le maire de Jérusalem, Moshe Lion, annonçant que « deux nouvelles classes seront ouvertes pour accueillir toutes les filles qui, jusqu’à présent, n’avaient pas trouvé de place ».
« Pas informé de cette solution »
La question de la discrimination s’est également posée à Beit Shemesh, où le député Moshe Gafni (Degel HaTorah) a suscité l’indignation lundi en appelant le parti ultra-orthodoxe séfarade du Shas à ouvrir des écoles supplémentaires pour les élèves séfarades de la ville afin que « vos filles n’envahissent pas nos établissements ».
Les médias ultra-orthodoxes ont rapporté jeudi qu’une solution avait été trouvée à Beit Shemesh, l’Union des écoles de la ville annonçant qu’un établissement local « mettrait en place un nouveau cadre éducatif pour environ 45 filles, ce qui permettrait en pratique de résoudre les problèmes ayant empêché l’ouverture des classes de troisième cette année ».
Tout en appelant la municipalité à valider cette proposition, la presse israélienne a indiqué que des responsables redoutaient qu’elle ne conduise, dans les faits, à une ségrégation.
Selon la municipalité, une cinquantaine de filles dans cinq écoles de la ville sont actuellement refusées pour la rentrée.
Interrogé sur ce plan, un porte-parole municipal a déclaré qu’il n’était « pas au courant de cette solution ».
Un problème persistant
Même si toutes les élèves finissaient par être placées, la discrimination resterait un problème majeur, estime Eliyahu Berkowitz, chercheur à l’Institut israélien de la démocratie.
Elle se manifeste notamment dans les admissions scolaires et les mariages arrangés, les Séfarades étant perçus comme des partenaires moins désirables par les Ashkénazes, a-t-il souligné, notant que de nombreux grands rabbins ashkénazes ont dénoncé ce phénomène depuis des années, qu’il décrit comme « venant de la base, et non imposé par le sommet ».
Lorsqu’on étudie dans un kollel, « on vit probablement dans la pauvreté. La seule monnaie dont on dispose, c’est le respect, l’honneur, la hiérarchie. Pour qu’il y ait une hiérarchie, il faut qu’il y ait quelqu’un au-dessus et quelqu’un en dessous », a-t-il expliqué.
Pour les filles séfarades, il est très difficile, après avoir fréquenté l’école avec des Ashkénazes, de « découvrir qu’elles ne peuvent pas continuer avec leurs amies » à l’entrée en troisième.
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