Un député haredi déplore que les élèves séfarades envahissent les écoles pour filles ashkénazes
Moshe Gafni, député Yahadout HaTorah, déplore le manque de places dans les lycées de Beit Shemesh et demande au parti Shas d'ouvrir davantage d'établissements pour les Séfarades
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Lundi, Moshe Gafni, député du parti Yahadout HaTorah, a appelé le parti Shas à ouvrir des écoles supplémentaires pour les élèves séfarades dans la ville de Beit Shemesh afin que, a-t-il dit, « vos filles » n’aient pas besoin « d’envahir nos établissements ».
La discrimination à l’égard des élèves séfarades gangrène la communauté haredi depuis des années. Les critiques accusent de nombreuses écoles ashkénazes d’appliquer des quotas officieux pour les élèves séfarades, motivés par le racisme à l’égard des familles originaires du Moyen-Orient.
Yahadout HaTorah représente les Haredim d’origine ashkénaze, ou européenne et le Shas, les Haredim d’origine moyen-orientale et nord-africaine.
« Il y a un problème avec les lycées. Pourquoi sommes-nous toujours obligés de nous entasser, et d’en arriver à une situation où il n’y a plus de place ? », s’est interrogé Gafni dans un discours prononcé à l’occasion de la rentrée scolaire dans cette ville de plus en plus ultra-orthodoxe.
« Il n’y a pas de place pour les Ashkénazes, pas de place pour les Séfarades. Le Shas est un grand parti, il a des capacités, il dispose également d’un système éducatif en mesure d’ouvrir des écoles que les filles peuvent fréquenter. Pourquoi devons-nous sans cesse faire face à ces problèmes ? »
Dans une déclaration écrite accompagnant une vidéo de ses propos, Gafni a estimé que le Shas devrait créer de nouvelles écoles afin que « vos filles aient un endroit où étudier confortablement (…) sans avoir à venir envahir nos établissements ».
Cette année, les écoles de Beit Shemesh ont refusé d’inscrire des dizaines de filles séfarades, a rapporté la Treizième chaîne. Les efforts déployés par la ville pour convaincre les établissements ashkénazes d’accepter ces élèves ont conduit certains rabbins à menacer de ne pas ouvrir leurs écoles cette année.
Selon la chaîne, le rabbin Dov Lando, l’un des chefs les plus éminents du courant ultra-orthodoxe dit « lituanien », avait ordonné aux rabbins de ne pas accepter les filles.
Le parti Shas a répondu, dans un communiqué, que sa mission était « de créer des établissements d’enseignement d’excellence pour la communauté séfarade, une mission menée avec de succès depuis des décennies dans tout le pays ». Les remarques de Gafni « ont clairement montré à quel point il est important que le Shas reste fort et indépendant, et à quel point la communauté séfarade ne peut compter sur aucun autre parti pour prendre soin d’elle ».
Gafni a tenu des propos « scandaleux », a pour sa part tweeté Yulia Malinovsky, députée du parti Yisrael Beytenu. « En 2025, dans l’État d’Israël, le député Gafni s’oppose à l’intégration des élèves mizrahim dans les établissements scolaires. D’où vient ce racisme ? (…) En Israël, chaque enfant a droit à l’éducation. Ces mots de Gafni sont une véritable honte. »
En juillet, la Treizième chaîne a fait savoir qu’un célèbre séminaire haredi pour filles de Jérusalem prévoyait la mise en place d’un établissement séparé pour les élèves séfarades, avec une entrée distincte de celle de leurs camarades ashkénazes, après que la municipalité lui a demandé d’accepter des élèves d’origine séfarade.
Selon certaines informations, à l’époque, quelque 440 jeunes filles haredim de Jérusalem, dont 73 % étaient séfarades, n’avaient été acceptées dans aucun séminaire. La municipalité avait donc décidé d’affecter les élèves à des séminaires de manière indépendante, exigeant des écoles qu’elles acceptent ces élèves.
Tout comme à Beit Shemesh, ces événements ont suscité une réaction négative de la part des principaux rabbins ashkénazes, parmi lesquels Lando, qui a demandé aux directeurs d’école de refuser de coopérer.
Des millions de fonds supplémentaires
Les commentaires de Gafni font suite à la décision prise dimanche par le gouvernement d’approuver l’attribution de 40 millions de NIS de fonds publics à des écoles ultra-orthodoxes affiliées au réseau éducatif Bnei Yosef du parti Shas, et ce malgré les objections du bureau de la Procureure générale.
Selon la chaîne publique Kan, le ministre de l’Éducation Yoav Kisch a soumis au cabinet une proposition supprimant toute obligation pour les écoles d’enseigner les matières du tronc commun comme condition pour obtenir les fonds, contredisant ainsi les directives du gouvernement et une décision de la Haute Cour de justice.
Les écoles du Shas sont entièrement financées par l’État et sont donc tenues d’enseigner l’intégralité du programme scolaire de base. Une étude publiée le mois dernier par l’Institut israélien de la démocratie a toutefois révélé que seule une petite partie des écoles primaires ultra-orthodoxes pour garçons ne respectant pas l’obligation légale d’enseigner les matières du tronc commun est effectivement sanctionnée.
Dans un communiqué adressé à la chaîne publique Kan, le bureau de Kisch a affirmé que l’approbation des fonds était pleinement conforme aux directives du gouvernement et aux décisions de justice, et que la position du bureau de la Procureure générale avait été rejetée par le gouvernement.
Le cabinet a par ailleurs voté en faveur d’une réduction générale de 0,6 % des budgets des ministères afin de financer la sécurité des écoles pour la prochaine année scolaire, accédant ainsi aux demandes de Kisch et du ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir.
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