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Des bassins piscicoles asséchés, à Emek HaMaayanot, en avril 2026. (Crédit : Autorisation)
Des bassins piscicoles asséchés, à Emek HaMaayanot, en avril 2026. (Crédit : Autorisation)

Les bassins piscicoles abandonnés d’Israël se transforment en une mine d’or solaire

Ce projet novateur permettra de produire de l’énergie propre, de restaurer des habitats naturels et de partager les bénéfices entre les kibboutzim locaux et la ville de Beit Shean

Même lorsque la visibilité n’est pas optimale, la vue depuis le versant est du mont Gilboa est à couper le souffle. Du pied de la montagne jusqu’au Jourdain, un paysage rural composé de kibboutzim, de villages, de parcelles agricoles et de plans d’eau s’étend à perte de vue.

Beaucoup d’eau.

Ce n’est pas un hasard si le conseil régional de la région s’appelle Emek HaMaayanot, ce qui signifie « vallée des sources » en hébreu.

Le nom d’origine de la région était la vallée de Beit Shean, mais en 2008, le conseil a estimé qu’il valait mieux être associé à des cours d’eau qu’à une ville périphérique sans charme. Ironiquement, la ville de Beit Shean est désormais un partenaire à part entière du projet inhabituel actuellement mené dans la vallée, et des bénéfices que cette initiative devrait générer.

Le territoire du conseil est riche en sources et en cours d’eau. Les plus connus, comme Nahal HaKibbutzim et Ein Shokek, se trouvent dans un parc local très fréquenté. Cependant, la majeure partie de l’eau visible depuis le belvédère de la montagne provient en réalité d’étangs piscicoles.

85 % de l’industrie piscicole israélienne est implantée dans ce petit conseil régional, qui compte environ 17 000 habitants répartis dans 25 localités. Les poissons d’élevage israéliens constituaient autrefois un empire, mais les temps ont changé.

Des étangs piscicoles asséchés, à Emek HaMaayanot, en avril 2026. (Crédit : Autorisation)

De nombreux étangs piscicoles de la région se sont asséchés, mais la nature a horreur du vide : à la place des carpes et des tilapias, le fond des étangs sera bientôt recouvert de panneaux solaires.

Itamar Matiash, qui dirige le Conseil régional d’Emek HaMaayanot, est l’un des responsables à la tête du projet. Âgé de 49 ans, il a été élu à ce poste il y a deux ans et vit dans le kibboutz religieux de Tirat Zvi, même s’il a un foyer mixte (religieux et laïc) et ne porte pas de kippa lui-même.

Matiash est entré dans le monde de l’administration locale après avoir passé de nombreuses années dans l’éducation et auprès de populations en difficulté. Commandant de bataillon dans la réserve militaire, il est bien loin du profil du politicien opportuniste qui caractérise certains autres élus israéliens.

Il parle avec passion du conseil qu’il préside et de ses projets pour celui-ci. L’un de ses plus grands projets, baptisé « Tapuz » (acronyme en hébreu de « Société régionale de photovoltaïque »), commence à se concrétiser.

« Le taux d’évaporation élevé et le coût de l’eau ont gravement nui à la viabilité économique des étangs piscicoles, si bien que des milliers d’hectares d’étangs ont été fermés »

« L’amendement à la loi sur l’eau a durement frappé la vallée », a déclaré Matiash, faisant référence à une mesure législative adoptée il y a neuf ans et qui a indirectement stimulé le projet solaire.

« Ils ont mis en place un tarif unique pour l’eau dans tout le pays », a-t-il expliqué.

« Mais c’est ici l’endroit le plus chaud d’Israël, à l’exception peut-être de Gilgal », une petite localité nichée au cœur de la vallée torride du Jourdain, considérée comme le point le plus chaud du pays.

« À cause de la chaleur et de l’évaporation, cultiver 4 000 m² de bananes ici coûte quatre fois plus cher qu’à Emek Hefer », sur la côte méditerranéenne, a-t-il précisé.

« Le taux d’évaporation élevé et le coût de l’eau ont gravement nui à la viabilité économique des étangs piscicoles, si bien que des milliers d’hectares d’étangs ont été fermés. »

Une fois les poissons partis, la question de savoir quoi faire de tous ces étangs s’est posée avec acuité.

« Près du kibboutz Mesilot, un étang a pris feu parce qu’on l’avait transformé en dépotoir », a raconté Matiash.

« Ces terres ont absorbé des produits chimiques et des sels ; elles ne sont donc pas adaptées à une reprise de l’agriculture. »

Un étang piscicole en activité, à Emek HaMaayanot, en avril 2026. (Crédit : Aviv Lavie/Times of Israel)

Les étangs sont restés là pendant un certain temps, éparpillés dans la vallée. Certains se sont peu à peu recouverts de mauvaises herbes, créant une verrue dans le paysage et gaspillant de la terre.

L’idée de réutiliser les zones des étangs a pris forme progressivement. Lorsqu’il a été élu, Matiash a découvert une idée brillante qui peinait à se frayer un chemin à travers un parcours d’obstacles fait de bureaucratie et d’intérêts divergents.

Selon ce projet de 1,5 milliard de shekels, environ 400 hectares d’étangs piscicoles abandonnés seront recouverts de panneaux solaires produisant 500 mégawatts d’électricité propre, soit l’équivalent de la production d’une des plus grandes centrales électriques d’Israël. 200 hectares supplémentaires feront l’objet d’une renaturation, un processus visant à rendre les terres à la nature.

L’économie bénéficiera d’une énergie propre et bon marché, l’habitat naturel, au détriment duquel les bassins piscicoles avaient été initialement construits, bénéficiera de plans d’eau servant de halte aux oiseaux migrateurs, et les communautés du conseil régional, situées dans l’une des régions les plus défavorisées du pays sur le plan économique, percevront un revenu passif considérable grâce à la vente d’électricité au réseau.

Un bassin piscicole en activité, à Emek Maayanot, en avril 2026 (Crédit : Aviv Lavie/Times of Israel)

Parmi les bénéficiaires du projet figurent les pisciculteurs locaux, qui recevront des financements et un soutien pour mettre en place des installations technologiquement avancées pour leur secteur, qui devraient être jusqu’à 100 fois plus efficaces que les bassins.

Mais en Israël, le fait que tout le monde y trouve son compte ne garantit pas pour autant que cela se produira.

« Pendant quatre ou cinq ans, le projet est resté enlisé parce que tout le monde n’en tirait pas vraiment profit et que personne ne se parlait », a déclaré Matiash.

Ce blocage trouve son origine dans une disparité apparue au début de l’État d’Israël, lorsque les pionniers des kibboutzim se sont vu attribuer les meilleures terres et les droits sur l’eau, tandis que les vagues d’immigrants qui ont suivi, principalement originaires de pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, ont été envoyées dans des villes à faibles revenus, comme Beit Shean justement, ainsi que dans des moshavim – communautés agricoles – disposant de bien moins de ressources.

« Dans notre conseil régional, on trouve de tout : des kibboutzim laïcs et religieux, des habitants de moshavim, des partisans de la droite et de la gauche »

« Il y a ici une plaie ouverte depuis la création de l’État. Dans notre conseil régional, on trouve de tout : des kibboutzim laïcs et religieux, des habitants de moshavim, des partisans de la droite et de la gauche », a-t-il expliqué.

« Lorsque les immigrants sont arrivés dans les moshavim dans les années 1950 et 1960, la plupart des terres avaient déjà été attribuées aux kibboutzim, les moyens de production avaient été attribués, l’eau avait été attribuée. L’association des eaux appartenait uniquement aux kibboutzim. Pendant des années et des années, les moshavim ont vécu avec un sentiment de discrimination, et à juste titre. »

« Nous avons commencé à remédier à cela », a poursuivi Matiash.

« Aujourd’hui, l’association des eaux appartient à toutes les communautés. L’association des seniors appartient à tous. Nous avons décidé que, dans le cas de Tapuz, nous traiterions les 4 000 dunams [400 hectares] et les traiterions comme s’il s’agissait de 4 000 parts. »

Itamar Matiash, président du Conseil régional d’Emek HaMaayanot. (Crédit : Autorisation)

« Chaque moshav recevra 280 parts et chaque kibboutz 170. Cela signifie qu’au cours des 25 prochaines années, un moshav percevra un million de shekels de revenus passifs par an, et un kibboutz environ 600 000 shekels. »

Selon Matiash, les kibboutzim ont accepté cet accord.

« Les moshavim ont également signé une déclaration dans laquelle ils renoncent à toute revendication à l’encontre des kibboutzim », a-t-il ajouté.

Le prochain obstacle à surmonter était la ville de Beit Shean, entourée d’un conseil régional essentiellement rural. Depuis des années, des tensions vives et persistantes opposent les habitants de la ville et les membres du kibboutz voisin de Nir David au sujet du droit d’accès au ruisseau Amal, ou « Hassi » qui coule entre les habitations du kibboutz.

Ce conflit a donné naissance au mouvement « Free the Hassi », une vaste campagne nationale en faveur de la justice sociale qui est devenue le symbole du fossé ethnique et social en Israël, opposant la classe ouvrière, principalement composée d’habitants séfarades de Beit Shean, aux membres plus aisés du kibboutz, majoritairement ashkénazes.

Matiash comprit que si Beit Shean ne profitait pas des fruits du projet Tapuz, il n’y aurait pas de projet digne de ce nom. Justice devait être faite – et cela devait être évident pour tout le monde.

« Noam Jumaa, le maire de Beit Shean, est un ami », a déclaré Matiash.

« Nous parlons de tout, nous mettons tout sur la table ; parfois, nous ne sommes pas d’accord, mais nous finissons toujours par trouver un terrain d’entente. »

Le ruisseau Amal, ou « Hassi », traversant le kibboutz Nir David dans le nord d’Israël, le 9 août 2020. (Crédit : Menachem Lederman/Flash90)

« Ensemble, nous sommes allés voir Yanki Quint, le directeur sortant de l’Autorité foncière israélienne, et nous lui avons expliqué à quel point il était important pour nous de faire avancer le projet », a-t-il raconté.

« Il a dit qu’il voulait décider de la manière dont les recettes seraient réparties entre nous. Nous lui avons répondu : ‘Ne vous en mêlez pas.’ Nous avons mis en place un mécanisme selon lequel la moitié de chaque shekel entrant au conseil revient à Beit Shean. »

« L’État nous dit qu’il veut renforcer la frontière orientale, mais il nous pousse à nous battre les uns contre les autres. Nous avons décidé de ne pas nous battre. Finalement, tout le monde a reconnu qu’il s’agissait d’un cadre national unique », a-t-il déclaré.

« Au début, l’Autorité foncière israélienne a placé des rochers au milieu de la route, rendant toute avancée impossible, mais ce qui avait commencé comme une dispute majeure s’est transformé en une véritable amitié avec Ruth Afriat, responsable de la division commerciale de l’Autorité, qui vient tout juste de terminer son mandat, et ce projet est devenu le sien », a ajouté Matiash.

« Nous comprenons que si Beit Shean n’est pas forte, la vallée ne le sera pas non plus, et à Beit Shean, ils comprennent la même chose à notre sujet. »

Plus tard, la Société pour la protection de la nature en Israël (SPNI), le principal groupe environnementaliste du pays, est également entrée en scène.

« Lorsqu’ils ont commencé à construire les étangs piscicoles au milieu du siècle dernier », a déclaré Assaf Zanzuri, directeur du Directorat de la Planification de l’organisation environnementale, « ils ont été construits sur des zones humides naturelles, qu’ils ont ainsi détruites. Ils ont néanmoins servi de substitut artificiel aux habitats humides qui existaient ici par le passé ».

« Lorsque nous avons réalisé que les étangs allaient progressivement disparaître en raison de la situation du secteur, nous avons craint que ces sources d’eau alternatives, qui répondaient en partie aux besoins des oiseaux migrateurs et de la faune sauvage, s’assèchent à leur tour », a expliqué Zanzuri.

« Lorsque nous avons appris qu’un accord avait été signé pour assécher plus de 400 hectares d’étangs piscicoles dans le cadre d’un projet solaire, nous avons fait part de nos préoccupations à toutes les parties concernées », a-t-il ajouté.

« Nous avons étudié les marais et les habitats humides qui existaient autrefois ici, ainsi que la manière dont ils pourraient être réhabilités et rendus à la nature. »

Dan Alon, PDG de la SPNI, a passé de nombreuses heures dans le bureau de Matiash avant de parvenir à un accord : 200 hectares seront rendus à la nature, en plus des quelque 400 hectares de bassins dont le fond sera recouvert de panneaux. La renaturation et son entretien seront financés par les promoteurs du projet.

Des grues cendrées en migration au lac Agmon Hula, dans la vallée de Hula, au nord d’Israël, le 16 novembre 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

La vallée de Beit Shean fait partie de la vallée du Rift syro-africain, l’une des principales voies migratoires de la planète, qui sert de goulot d’étranglement à des millions d’oiseaux voyageant entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique deux fois par an.

« La nature restaurée accueillera des millions d’oiseaux migrateurs », a déclaré Alon.

« C’est un modèle qui transforme la réalité. À ma connaissance, c’est le premier projet de ce type au monde. »

L’adhésion de la SPNI a créé une situation rare. Ce n’est pas tous les jours qu’un projet israélien reçoit l’approbation de tous : le gouvernement national (notamment les ministères de l’Énergie, de l’Agriculture, des Finances et du ministère de l’Environnement), les autorités locales, les institutions (notamment l’Autorité foncière israélienne et l’Administration de l’aménagement du territoire) et les militants écologistes. On peut parler d’un nouveau Moyen-Orient.

Vue sur Emek Maayanot depuis le sommet du mont Gilboa, dans le nord d’Israël, en avril 2026. (Crédit : Aviv Lavie/Times of Israel)

Matiash espère que ce projet servira de moteur auquel d’autres initiatives pourront s’ajouter, donnant ainsi un nouvel élan à la région. Le réservoir de mégawatts prévu suscite déjà l’intérêt des grands centres de données, a-t-il déclaré.

Il espère également utiliser les plans d’eau restaurés pour dynamiser le secteur touristique de la région, où il a reconnu que la zone était « très en retard ».

Mais en observant la région depuis les hauteurs du mont Gilboa, il sait également que l’un des plus grands défis du projet concerne le paysage : comment s’assurer que les rangées de panneaux solaires ne gâchent pas une région célèbre pour ses panoramas sur l’eau et le ciel ?

« Les urbanistes ont reçu pour consigne de placer les panneaux uniquement au fond des étangs, et non sur les berges », a-t-il expliqué.

« Ainsi, de côté, on ne les verra pas du tout. Et d’en haut, cela ressemblera à un étang rempli d’eau. »

« Ne vous inquiétez pas », a-t-il ajouté, « je ne laisserai pas la Vallée des Sources se transformer en une vallée de miroirs. »

Cet article a été traduit et adapté d’un article original publié sur le site Zman Yisrael, la version en hébreu du Times of Israel.

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