Israël en guerre - Jour 146

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Les jeunes dans la salle à manger du camp Ramah dans le Berkshires, à Wingdale, dans l'état de New York. (Crédit : Uriel Heilman/JTA)
Les jeunes dans la salle à manger du camp Ramah dans le Berkshires, à Wingdale, dans l'état de New York. (Crédit : Uriel Heilman/JTA)

Les camps d’été juifs américains étudiés à la loupe

Dans son nouveau livre, ‘The Jews of Summer,’ Sandra Fox explore les valeurs changeantes et la dynamique des Juifs américains sur la base de ce qui est devenu une institution

JTA — Parmi les découvertes les plus mémorables de Sandra Fox, pendant ses années passées à examiner les archives américaines pour trouver la matière nécessaire à l’écriture de son ouvrage consacré aux camps d’été juifs, il y a eu une série de lettres.

Des lettres écrites par des conseillers qui évoquaient un moment inhabituel de la journée qui rythmait les camps d’été – ce moment où ils ne surveillaient plus les jeunes, abandonnant les adolescents à leur propre sort – avec, parfois, des romances et l’exploration de la sexualité.

« Chaque division parlait de la manière dont elle prenait en charge ce temps libre de fin de journée en tentant de le faire d’une manière qui correspondait à l’âge des jeunes », se souvient Fox en parlant des lettres écrites par les conseillers du Camp Ramah, dans le Wisconsin, qui avait été la version originale des camps d’été qui devaient ensuite être organisés par le mouvement massorti.

« J’ai parlé à des gens qui travaillent dans des camps chrétiens et j’ai fait des recherches sur les camps chrétiens. Il n’y a pas de temps libre avant d’aller se coucher », raconte Fox à la JTA. « Ce n’est pas envisageable de laisser du temps libre si vous ne voulez pas que les adolescents trouvent le temps de papillonner. Et ça a donc été étonnant de retrouver ces documents des responsables du camp Ramah, qui échangeaient explicitement à ce sujet. La romance et la sexualité apparaissent de manière implicite dans les archives. »

Ces courriers sont cités à de nombreuses reprises dans le nouveau livre de Fox, « The Jews of Summer: Summer Camp and Jewish Culture in Postwar America. » Fox, qui a obtenu un doctorat en Histoire en 2018 à l’université de New York et qui est dorénavant enseignante et directrice des archives de la Gauche juive américaine là-bas, raconte l’histoire du laboratoire le plus immersif du judaïsme américain – un laboratoire qui se trouve au cœur de la construction de l’identité juive aux États-Unis.

Fox a lancé son livre avec un événement organisé au sein de la congrégation Beth Elohim à Park Slope, à Brooklyn. Les personnes présentes ont pu redécouvrir les versions (adultes) de certains des éléments les plus pérennes dans l’Histoire des camps d’été juifs – danses israéliennes, cours de yiddish et d’hébreu mais aussi Guerres des couleurs et Tisha BAv, la journée de commémoration qui, dans l’hémisphère nord, tombe pendant l’été.

« Je n’ai pas envisagé une seule seconde de faire un lancement habituel pour mon livre », explique Fox. « Il a été évident pour moi, dès le départ, que cette aventure unique dans l’éducation juive et que ce jeu de rôles devaient être célébrés, que le lancement de mon livre devait se faire à travers le prisme de cette aventure éducative et à travers ce jeu de rôles ».

Nous nous sommes entretenus avec Fox sur le lancement de son livre, sur l’évolution des camps juifs avec le temps, sur la manière dont ils n’ont pas changé et sur l’histoire culturelle de ce temps libre accordé aux adolescents avant l’heure de l’extinction des feux.

Le livre de Sandra Fox ‘The Jews of Summer,’ sorti en 2023, explore l’histoire des camps d’été juifs américains. (Autorisation : Fox via JTA)

Jewish Telegraphic Agency : Dans la mesure où les Juifs adorent évoquer les camps d’été, avez-vous été surprise de découvrir qu’aucun livre n’avait été écrit à ce sujet jusqu’à aujourd’hui ?

Sandra Fox : Il y a eu un grand nombre de recherches fructueuses sur l’histoire des camps sur la base de leurs caractéristiques propres, mais elles se sont habituellement concentrées sur un mouvement particulier et ses camps, ou sur un type de camp. Il y a eu ainsi des articles sur les camps sionistes. Il y a aussi sûrement, quelque part, des articles sur les camps de Ramah. De nombreux camps ont mené à l’écriture d’un livre – que ce soit par le biais des associations d’anciens campeurs ou d’un spécialiste qui se sera rendu, par exemple, dans des camps du mouvement réformé et qui aura écrit des essais. Et il y a aussi des ouvrages sur les Habonim et sur les autres mouvements de jeunesse sionistes.

Je ne comprends vraiment pas la raison pour laquelle ce genre de travail de comparaison transversale n’a jamais été effectué dans le passé. Peut-être que les gens pensent qu’il n’y a finalement pas grand-chose à comparer. Je pense que le sentiment qui domine chez mes lecteurs jusqu’à présent, chez ces gens qui avaient fait une pré-commande et qui ont eu le livre plus tôt que les autres, c’est qu’ils ont été surpris de constater à quel point les camps d’été étaient similaires les uns aux autres. Alors peut-être que les universitaires ne pensaient pas que les camps juifs, avec des mouvements nourrissant des points de vue si différents, présentaient suffisamment de similarités pour écrire un livre les englobant tous.

Et il est évident que le temps qui passe a aidé. On peut écrire un livre sur – c’est ce que font les écrivains, les auteurs – sur les années 1960 et 1970, cela a été le cas depuis des décennies mais en ce qui me concerne, c’est ce recul temporel qui m’a aussi permis d’écrire ce livre, je le pense, et peut-être que le fait que je sois d’une autre génération, plus récente, l’a permis aussi. Un grand nombre de spécialistes ayant travaillé sur les camps d’été, dans l’après-guerre, avait fréquenté ces camps avant la guerre. Et ça devait être beaucoup plus difficile, à cette époque-là, d’écrire un livre plus général. Le fait que je sois une millennial a impliqué que j’ai pu écrire sur la période d’après-guerre – et aussi écrire un chapitre qui ressemble à un épilogue et qui nous ramène au présent.

Ce qui est clair, c’est qu’il y a quelque chose d’étonnant quand on étudie les camps d’été, cette expérience d’immersion, sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre que les parents font vivre à leurs enfants. Il n’y a pas de meilleur cadre pour réfléchir à la manière dont les adultes projettent leurs anxiétés et leurs désirs pour l’avenir sur les enfants. Il n’y a pas de meilleur cadre pour réfléchir sur la question de la dynamique des pouvoirs, sur l’âge, sur la problématique des tensions générationnelles.

J’ai été réellement frappé par les similitudes entre les différents camps juifs dans votre livre. Quelle leçon pouvons-nous, selon vous, tirer de cela, que ce soit concernant les camps ou en ce qui concerne nous, en tant que Juifs ?

J’ai envie de dire qu’alors qu’il y a beaucoup de similitudes – c’est le cas à chaque fois qu’on se lance, d’ailleurs, dans une étude comparative – il y a le risque réel pour l’auteur, d’un autre côté, de se perdre dans toutes ces similarités en donnant à tort l’impression qu’il s’agirait exactement de la même chose. Ce que je tente de transmettre, c’est que les responsables des camps d’été d’une grande diversité de mouvements se sont appuyés sur la structure de base du camp d’été, tel que nous le connaissons – son emploi du temps pour le quotidien, son environnement, ses activités et en effet, tout semble assez semblable d’un camp à l’autre, au moins à la surface.

Mais en examinant de plus près et manière comparative les emplois du temps, ils peuvent présenter, en effet, un grand nombre de caractéristiques communes mais ils présenteront toutefois des éléments légèrement différents qui dépendront de l’orientation du camp – s’il penche davantage vers l’hébreu, le yiddish, ou l’anglais… Et les contenus pourront ainsi être plutôt différents. On va dire que c’est la structure, l’ossature de la vie des camps d’été qui présentent beaucoup de similarités d’un mouvement à l’autre, tandis que les détails du quotidien ou du mois sont finalement très différents.

Mais je pense que ce que cela nous dit, c’est que dans la période de l’après-guerre, les anxiétés ressenties par les responsables juifs sur la question de l’avenir du judaïsme étaient vraiment très similaires et qu’ils étaient unanimes sur la solution à leurs craintes que représentait l’organisation des camps d’été. Ils se sont ainsi inspirés du modèle et ils l’ont inséré en conservant leurs perspectives particulières – leurs perspectives linguistiques, nationalistes ou religieuses. Alors je pense que cela nous en apprend moins sur la communauté juive américaine que cela nous enseigne combien ces camps étaient flexibles ! Ce qui dépasse l’Histoire juive. Beaucoup d’Américains très différents se sont adonnés d’une manière ou d’une autre au camping.

Photo d’illustration : Des cabanes du Camp Tawonga, un camp d’été juif en Californie du nord. (Autorisation : Camp Tawonga)

Un nombre extrêmement important de personnes qui sont allées dans les camps d’été ont gardé le souvenir de ce à quoi il ressemblait, un souvenir comme figé dans le temps, mais vous affirmez de votre côté que les camps d’été ont connu beaucoup de changements. Quels sont les changements les plus frappants que vous avez constaté – des changements que peut-être même les initiés ont échoué à identifier ?

Tout d’abord, la centralité d’Israël dans l’éducation juive américaine, telle que nous la connaissons aujourd’hui, ne s’est pas faite en 1948 du jour au lendemain, par exemple. Ça a été un processus plus lent qui s’était amorcé avant 1948, au-delà du mouvement sioniste qui existait déjà. Ramah et les camps du mouvement réformé, par exemple, ont pris leur temps avant d’en arriver au programme imprégné de sionisme que nous connaissons.

Il y a d’abord eu une confusion considérable et une ambivalence concernant ce qu’il fallait faire avec Israël : S’il fallait hisser le drapeau israélien – non pas par antisionisme, mais parce que les Juifs américains tentaient de prouver leur loyauté à l’égard de l’Amérique depuis un si grand nombre de générations ! Il y aurait fatalement des gens qui en parleraient : « Mais de quel droit les Juifs américains hissent-ils le drapeau israélien, alors qu’ils ne sont pas Israéliens » ? Alors cette centralité d’Israël – qui est réellement une caractéristique de la vie dans les camps d’été, aujourd’hui – a été un processus plus lent qu’on a pu le penser.

Pourtant, ce phénomène correspond très bien à la vie dans un camp d’été parce que les camps d’été américains, de manière plus générale, utilisaient les symboles des Américains natifs – ce qui est problématique aujourd’hui, d’une certaine manière – pour créer une iconographie de la vie dans les camps d’été. Et pour les Juifs, Israël et son iconographie, ou la Palestine et son iconographie avant 1948, fournissaient d’autres options qui étaient clairement identifiables pour la communauté juive, mais il a quand même encore fallu du temps pour en arriver à ce que nous vivons aujourd’hui avec cette focalisation israélienne.

L’une des raisons pour lesquelles je m’attarde, dans mon livre, sur les camps d’été yiddish, c’est pour montrer qu’au début et au milieu du 20e siècle, il y avait plus de diversité idéologique dans la sphère des camps d’été, avec notamment des formes variées de groupes yiddishistes, socialistes ou communistes qui organisaient des camps d’été. La majorité d’entre eux ont disparu et leur déclin est à l’évidence un changement qui raconte l’histoire du changement de la communauté juive elle-même dans l’après-guerre. Leur héritage est important : J’affirme, pour ma part, que ces camps ont modelé de nombreuses manières l’idée que le yiddish avait un avenir en Amérique.

Des campeuses du camp Ramah, dans le Wisconsin. (Autorisation)

Et la « culture du sexe sans lendemain » entre les jeunes ? Les discours contemporains sur les camps juifs se sont concentrés sur le sexe et sur la sexualité. Qu’avez-vous observé dans les archives à ce sujet ?

Je pense que les gens considèrent aujourd’hui cette culture du sexe dit « récréatif » dans les camps juifs – et c’était très certainement le cas à mon époque, dans les années 1990 et 2000 – comme une caractéristique permanente et, d’une certaine manière, je me suis rendue compte, à travers mes recherches et mes entretiens que ce n’était pas une légende. Toutefois, il a été réellement très intéressant d’examiner le sujet de plus près et de penser à la manière dont les camps d’été juifs ont changé en matière de culture sexuelle ou amoureuse, en mettant les choses en relation avec la révolution sexuelle et la culture des jeunes en Amérique plus largement.

Je ne pense pas que ce soit inutile de réfléchir comme ça, dans l’absolu, à la culture du « sexe sans lendemain » au sein de la communauté juive. Elle s’observe dans le cadre de l’Amérique plus largement et bien sûr, elle a changé de manière spectaculaire avec le temps. Et l’une des choses que j’ai pu apprendre – une chose vraiment intéressante – c’est que les camps d’été juifs étaient bien moins inquiets face à la sexualité des adolescents en vacances dans les années 1940 et 1950 qu’ils ne l’étaient à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Parce que plus tôt, le sexe avant le mariage était très rare – au moins à l’adolescence – et les responsables étaient donc beaucoup moins préoccupés à l’idée de ce qui pouvait se passer une fois les lumières éteintes, parce qu’ils présumaient que tout ça était finalement assez innocent.

A la fin des années 1960 et dans les années 1970, c’est là que les camps ont dû vraiment réfléchir à l’équilibre à mettre en place entre tolérance et contrôle. Ils voulaient permettre à leurs jeunes d’avoir ce genre de relations, de vivre leurs premières expériences sexuelles – une permission liée au nombre croissant de mariages mixtes et au fait qu’ils voulaient encourager l’amour entre Juifs. D’un autre côté, il fallait contrôler ce qui se passait parce qu’à l’époque, la société considérait que la sexualité des adolescents était un problème et que la culture sexuelle s’affichait plus publiquement.

Le Judaïsme infuse tout le reste dans les camps de Ramah, des sports à l’art et en passant par la salle à manger, selon les jeunes et le personnel. (Crédit : Uriel Heilman/JTA)

Il y a eu une vague réelle de critiques persistantes, de la part d’anciennes campeuses, sur cette culture dont elles avaient fait l’expérience, et elles ont pu affirmer que les camps d’été avaient été, pour elles, un espace inopportunément sexualisé et peu sûr. Il y a eu beaucoup de réactions à cela, et notamment dans le cadre du mouvement #MeToo plus largement. J’éprouve de la curiosité sur ce que vous pourriez nous dire sur un avenir où les camps seraient, pour ainsi dire, « dépollués » et ce, sur la base de vos recherches historiques – qu’est-ce qui pourrait être gagné et qu’est-ce qui pourrait être potentiellement perdu ?

Sans être moi-même impliquée aujourd’hui dans les camps d’été – et je veux vraiment le dire parce que je suis consciente qu’un grand nombre de changements sont actuellement en cours et qu’un grand nombre d’organisations sont impliquées pour discuter, elles aussi, de cette question ; pour former les personnels, les responsables et les conseillers de manière à ce qu’ils fassent disparaître le climat de pression qui pèse sur les campeuses – je pense que ce que montre l’histoire, c’est que cette culture du sexe sans lendemain n’est pas sortie de nulle part. Elle a été liée aux changements plus larges qui sont survenus en Amérique et à la révolution sexuelle.

Mais ce climat s’est partiellement créé parce que les camps devaient véritablement remporter l’adhésion des adolescents pour être réussis. Ce que je dis dans mon livre, c’est que nous réfléchissons aux camps comme si leurs directeurs tenaient les jeunes comme des marionnettes au bout d’un fil, et comme si c’était eux qui décidaient de ce qui va arriver dans la vie du camp. Mais en fait, les jeunes ont modifié la texture même du quotidien dans les camps, au fil des décennies, sous de nombreux aspects, en s’opposant à des idées variées ou simplement en témoignant de leur désintérêt.

Ainsi, la culture du sexe récréatif a aussi fait partie de cette nécessité de faire en sorte que les jeunes aient le sentiment d’être libres quand ils sont dans un camp, ce qui est essentiel. Ce n’est pas une nécessité en marge – c’est essentiel à la capacité des camps à attirer les adolescents, à leur donner envie de revenir. C’est une nécessité au niveau financier et aussi au niveau idéologique. Si les campeurs ont le sentiment d’être libres, alors ils auront aussi le sentiment d’avoir épousé en toute liberté l’idéologie promue par votre camp, et ce, de la façon la plus naturelle possible.

Il y a aussi et enfin le taux croissant des mariages mixtes. Alors que le nombre de mariages mixtes s’est élevé dans la seconde moitié du 20e siècle, il n’y a aucun doute dans mon esprit – et à l’issue de mes recherches – que la culture préexistante qui entourait la sexualité dans les camps, les romances, a connu une accélération phénoménale pour faciliter des relations susceptibles de déboucher sur un mariage. C’est un moment où entre la tolérance et le contrôle, les responsables des camps ont penché plus lourdement vers la tolérance. C’est une période qui a duré plusieurs décennies.

Mais que l’environnement d’un camp puisse être un endroit où les adolescents peuvent explorer la sexualité a aussi des points positifs. On parle énormément des points négatifs qui sont par ailleurs très, très réels. Je connais des gens qui ont traversé des choses horribles dans des camps d’été ; j’en connais d’autres qui ont raconté qu’il y avait une atmosphère très positive en matière de sexualité. Je connais des gens de mon âge qui ont pu découvrir qu’ils étaient gays ou lesbiens dans des camps et qui se sentaient davantage en sécurité là-bas que chez eux, alors tout n’est pas noir ni blanc. J’espère que mon chapitre sur les romances et sur la sexualité pourra apporter une nuance historique dans le débat et aider les gens à comprendre comment un tel phénomène a pu arriver, parce qu’il est arrivé pour de nombreuses raisons.

Des jeunes garçons et des jeunes filles au Camp Havaya. (Autorisation : Camp Havaya/via JTA)

Je pense qu’il y a un consensus sur le fait que les camps sont l’une des plus grandes « réussites » de la communauté juive. Mais c’est difficile de voir quelles leçons, quelles cultures des camps ont ensuite été importées dans la vie juive plus largement. Je suis curieux de savoir quelles sont, à vos yeux, les leçons tirées par les institutions ou par les communautés juives des camps d’été. En ont-elles seulement tiré des leçons ?

Lors de tous mes engagements publics dans le cadre de mon travail, on me pose la question : Alors, ça fonctionne ? Ça fonctionne, les camps d’été ? C’est une réussite ? Et ce sont des questions qui ont intéressé beaucoup de chercheurs spécialisés dans les sciences sociales. Je ne voudrais pas simplifier à outrance cette recherche, mais beaucoup de moyens utilisés pour mesurer cette « réussite » ont porté sur des éléments qui ne correspondent pas nécessairement aux yeux des Juifs à la « bonne manière » d’être Juif. Par exemple, dans les années 1990 et au début des années 2000, il y a eu beaucoup de recherches sur la façon dont les camps d’été et les mouvements « XYZ » parvenaient à réduire le nombre de mariages mixtes. Il y en a eu beaucoup aussi qui se sont intéressées aux sentiments des jeunes et des anciens campeurs à l’égard d’Israël, et c’est seulement s’ils soutenaient Israël d’une façon très normative – apporter de l’argent en se rendant dans le pays, soutenir Israël, faire du lobbying en sa faveur – que les camps étaient considérés comme réussis.

Mais ce ne sont pas ces données qui m’intéressent pour déterminer si un camp a été un succès. Ce qui m’intéresse, c’est à la manière dont nous en sommes arrivés avant tout à l’idée que la réussite d’un camp reposait sur ce type de données. Comment on en est arrivé à ce genre de postulat normatif de ce que serait un bon Juif, un bon Juif qui épouserait une Juive, un bon Juif qui soutiendrait Israël, indépendamment de tout le reste. Et c’est pour ça que j’ai voulu prendre du recul face à cette notion de « réussite » et montrer comment fonctionne un camp d’été.

Et en fait, cette question de : « Est-ce que ça fonctionne ? » dépend vraiment du lecteur. Pour ceux qui pensent que faire baisser le nombre de mariages mixtes est le plus important, alors les camps fonctionnent dans le sens où les adolescents qui s’y rendent ont plus de chance d’épouser un ou une coreligionnaire.

Mais ce qui m’intéresse davantage, c’est ce qui arrive dans les camps. Et j’ai voulu montrer la manière dont ils ont changé des aspects variés de la vie juive américaine, de la religion et de la politique. Et j’ai vraiment pu découvrir combien les camps d’été ont été essentiels pour faire d’une sorte d’éducation juive centrée sur Israël une norme. J’ai aussi réussi à faire le lien entre les camps yiddish des années 1960 et 1970 qui ont fermé leurs portes dans les années 1980 et le yiddish contemporain. La question de la réussite est très difficile, c’est une question politique – cet aspect politique n’a pas été abordé par grand monde.

Camp Tawonga, un camp d’été juif du nord de la Californie. (Autorisation : Camp Tawonga)

Et un camp d’été, c’est aussi du plaisir ? Parce que vous créez une expérience de camp à l’occasion du lancement de votre livre.

Le camp d’été, c’est du plaisir – pour beaucoup de gens. Mais cela ne l’a pas été pour tout le monde. Et c’est la raison qui explique que je joue sur cette ambivalence lors de mon lancement, parce que je la reconnais, tout comme je reconnais que certains avaient adoré les camps d’été dans leurs jeunes années mais qu’ils en gardent aujourd’hui un souvenir mitigé.

La fête organisée pour le lancement de mon livre n’est pas vraiment une célébration sortie d’un camp d’été juif. Les gens vont boire de l’alcool, ils vont s’amuser et ils vont danser – mais je veux également qu’ils réfléchissent à ce qui se passe et pourquoi. Comment Tisha BeAv [la journée de jeûne commémorant la destruction de l’ancien Temple juif de Jérusalem, une journée qui tombe pendant l’été] est commémoré dans le cadre d’un camp d’été, par exemple ?

Je veux qu’ils réfléchissent aux chansons qui seront entonnées, ce qu’elles signifient. Je pense que pour beaucoup de gens, ces chansons ont été apprises dans les camps d’été juifs, qu’ils ne les comprenaient pas à l’époque et que peut-être, depuis, en apprenant l’hébreu, ils ont pu se dire : « Quoi ? On chantait vraiment ça ? » Mon exemple, tiré d’un camp sioniste, c’est la chanson « Ein Li Eretz Acheret, » ou « Je n’ai pas d’autre pays ». On était en Amérique et c’était évident qu’on avait un autre pays ! Je pense que personne, dans mon mouvement de jeunesse, ait vraiment cru « Ein Li Eretz Acheret » parce que nous vivions en Amérique, que les gens ont plutôt tendance à aimer vivre en Amérique et que la majorité d’entre eux ne partent pas pour Israël.

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