Les crimes antisémites ont augmenté de 10 % en Angleterre et au Pays de Galles
Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, les Juifs et les musulmans sont les plus visés par les crimes de haine à motivation religieuse
JTA — Selon les dernières données publiées par le gouvernement britannique, les crimes de haine visant la communauté juive en Angleterre et au Pays de Galles ont augmenté de 10 % au cours de l’année qui s’est achevée en mars.
Les crimes de haine signalés par la police – y compris ceux influencés par d’autres facteurs tels que l’origine ethnique ou l’orientation sexuelle – ont globalement augmenté de 7 % par rapport à l’année précédente, selon les données du ministère de l’Intérieur publiées la semaine dernière.
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a publié lundi un message sur le réseau social X : « L’antisémitisme n’a pas sa place dans notre société. Ce matin, j’ai animé une discussion cruciale avec le groupe de travail mondial J7 afin d’examiner comment nous pouvons collaborer au-delà des frontières pour éradiquer le fléau de l’antisémitisme. »
À l’issue de cette réunion, le Board of Deputies of British Jews a publié un communiqué expliquant que Miliband et le groupe de travail avaient notamment abordé « la forte hausse de l’antisémitisme dans le monde » et la « diabolisation persistante d’Israël ». Ce groupe de travail est composé de représentants du Royaume-Uni, des États-Unis, du Canada, de l’Allemagne, de la France, de l’Argentine et de l’Australie.
« Lors de la réunion, le J7 a proposé la création d’un nouveau groupe de travail ministériel intergouvernemental international sur l’antisémitisme, composé des pays représentés au sein du J7, et chargé de traiter les thèmes clés abordés. Nous nous réjouissons que le ministre des Affaires étrangères ait accepté d’accueillir une réunion inaugurale des ministres des pays du J7 afin de lancer ce processus », indique le communiqué transmis à la JTA.
Le Community Security Trust (CST), une association caritative qui protège la communauté juive et surveille l’antisémitisme, a déclaré sur X que les nouvelles données montrent « que les crimes de haine antisémites demeurent à un niveau inacceptable ».
« Comme nous l’avons vu précédemment, les Juifs continuent d’afficher de loin le taux de crimes de haine à caractère religieux par habitant le plus élevé de tous les groupes confessionnels, selon les chiffres de la police », a souligné le CST.
« Cela montre l’ampleur disproportionnée de la haine antisémite et son impact sur la vie des Juifs au Royaume-Uni. »
Les crimes de haine à caractère religieux ont globalement augmenté de 13 % au cours des douze mois précédant mars 2026, indique le rapport. Le nombre total d’infractions est passé de 10 067 à 11 419.
Les deux groupes les plus touchés étaient les Juifs et les musulmans, a précisé le ministère de l’Intérieur. Les crimes de haine à motivation religieuse contre les musulmans ont augmenté de 15 %, selon le rapport, avec des pics signalés lors des manifestations publiques de septembre 2025 et au début de la guerre contre la République islamique d’Iran menée par les États-Unis en février.
Le nombre d’infractions enregistrées visant les Juifs est passé de 2 874 à 3 162, avec un pic après l’attaque contre la synagogue de Heaton Park à Manchester l’an dernier, le matin de Yom Kippour.
Le 2 octobre 2025, deux hommes, Melvin Cravitz et Adrian Daulby, ont été tués après que Jihad al-Shamie, qui portait une fausse ceinture d’explosifs, a enfoncé son véhicule dans les grilles de la synagogue de Heaton Park et a commencé à attaquer les personnes présentes à l’aide d’un couteau.
Cravitz a succombé à ses blessures par arme blanche et Daulby a été mortellement touché par une balle tirée par la police lors de l’intervention.
Une vague d’actes antisémites violents s’en est suivie cette année, notamment l’incendie de quatre ambulances appartenant au service bénévole juif Hatzola le 23 mars, ainsi que l’agression à l’arme blanche de deux hommes juifs lors d’attaques distinctes à Golders Green le 29 avril.
Les chiffres du ministère de l’Intérieur, qui n’incluent pas les données du Service de police métropolitain de Londres en raison d’un changement dans la manière dont celui-ci recense les infractions, ont révélé le deuxième niveau le plus élevé de crimes de haine religieuse visant la communauté juive depuis le début de la tenue de registres par le ministère en 2018. Ce chiffre n’a été dépassé que par celui de l’année se terminant en mars 2024.
« Au cours de l’année écoulée, 117 crimes de haine religieuse visant les Juifs ont été enregistrés par la police pour 10 000 habitants, soit le taux le plus élevé parmi tous les groupes religieux. Le deuxième taux le plus élevé concernait les crimes de haine religieuse visant les musulmans, avec 13 cas pour 10 000 habitants », a déclaré le ministère.
Le rapport a été publié le 8 octobre, à un moment où le climat était particulièrement tendu. La veille, onze personnes avaient été arrêtées lors de manifestations anti-Israël à Londres, malgré les appels de la police métropolitaine à ne pas manifester à l’occasion de l’anniversaire du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
La police a fait état de 20 arrestations lors de la manifestation anti-Israël de samedi à Londres, où de nombreux manifestants portaient des keffiehs, agitaient des drapeaux palestiniens et brandissaient des banderoles.
Le rapport indique que le niveau de haine à l’encontre de la communauté juive est resté « élevé » depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas.
Le CST a déclaré : « Il est urgent de réduire l’ampleur des incitations à la haine liées au conflit à l’étranger », ajoutant : « Il reste encore beaucoup à faire à l’échelle de la société pour s’attaquer à ce problème. »
Au cours de l’été, le gouvernement a annoncé une augmentation significative des moyens financiers destinés à soutenir la communauté juive, promettant 250 millions de livres sterling (335 millions de dollars) sur les trois prochaines années afin de renforcer la présence policière et la protection des communautés juives.
Il reste encore beaucoup à faire, selon les associations locales.
Un porte-parole du Board of Deputies of British Jews a déclaré que la publication de ce rapport « confirme la nécessité de poursuites judiciaires rigoureuses pour garantir un effet dissuasif, ainsi que d’une approche impliquant l’ensemble de la société pour lutter contre la haine et l’extrémisme, et pour empêcher que le conflit au Moyen-Orient ne soit utilisé pour inciter à la haine contre la communauté juive ».
L’ONG Campaign Against Antisemitism (CAA) a pour sa part déclaré que ce rapport démontrait que le système judiciaire britannique manquait à ses obligations envers la communauté juive.
« Les antisémites, enhardis par les atrocités terroristes commises par le Hamas il y a trois ans, non seulement ne relâchent pas leur haine, mais redoublent d’efforts », a indiqué l’ONG dans un communiqué.
« Cela s’explique par l’absence de véritable effet dissuasif. Ces chiffres sont donc particulièrement accablants pour le système pénal, qui a totalement échoué à défendre les Juifs britanniques. »
« Alors même que le conflit au Moyen-Orient s’apaise, l’antisémitisme au Royaume-Uni est en hausse ; pourtant, la politique de maintien de l’ordre n’a pratiquement pas évolué au cours des trois dernières années et personne n’a été tenu pour responsable de cet échec monumental », a déclaré la CCA.