L’État cesse de subventionner les déplacés de Nahal Oz ; le kibboutz dépose un recours
Des membres du kibboutz situé à seulement 800 m de Gaza, ravagé le 7 octobre, déclarent à la Haute Cour que le sentiment de sécurité n'a pas été rétabli dans leur communauté
Les habitants du kibboutz Nahal Oz, situé à quelques centaines de mètres de la frontière avec Gaza, ont déposé un recours devant la Haute Cour lundi contre une décision du gouvernement qui les obligerait à retourner chez eux. Ils font valoir que la guerre qui fait toujours rage dans la bande de Gaza, à quelques centaines de mètres seulement, rend leur retour impossible.
Ce recours vise à bloquer une décision du gouvernement de mettre fin au financement public de leur hébergement provisoire. Depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, ces habitants ont été déplacés. Selon Haaretz, ce financement prendra fin en septembre.
Évoquant le traumatisme collectif subi par les habitants lors de l’assaut barbare et sanglant mené par le Hamas le 7 octobre, ils expliquent que le grondement de la guerre est clairement audible et que le danger permanent, notamment les tirs égarés qui atteignent parfois la communauté, affecte leur sentiment de sécurité et leur santé mentale.
Le 7 octobre 2023, quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, et enlevé 251 otages de tous âges.
Une enquête menée par l’armée israélienne a révélé que 180 terroristes du Hamas ont déferlé sur Nahal Oz, tué quatorze de ses habitants et en ont enlevé sept autres lors de leur incursion dans cette communauté située à seulement 800 mètres de la barrière de sécurité.
Quelque 120 membres du kibboutz ont signé le recours déposé lundi, parmi lesquels plusieurs personnes dont des proches ont été assassinés ou enlevés par le Hamas.
Ils insistent pour que « l’État permette à chaque famille de choisir de revenir dans des conditions acceptables, dans le but ultime de ramener autant d’habitants que possible à Nahal Oz, dans un climat de confiance et d’espoir pour l’avenir du kibboutz, et non sous la contrainte ».
Ils demandent au tribunal de suspendre temporairement la décision du gouvernement jusqu’à ce que la question du financement jusqu’à la fin de la guerre soit réglée.
Le recours évoque notamment la mort de Daniel Tragerman, un enfant de 4 ans tué en 2014 lors d’une précédente vague de combats entre Tsahal et le Hamas dans la bande de Gaza. Les habitants qui avaient quitté le kibboutz pendant ces combats y étaient revenus après la conclusion d’une trêve. Mais le Hamas avait ensuite violé le cessez-le-feu, relançant les combats. C’est au cours de ces affrontements que Daniel a été tué.
Les négociations visant à instaurer un cessez-le-feu dans le conflit actuel sont dans l’impasse.
Parmi les signataires figure Lishay Miran Lavi, l’épouse d’Omri Miran, retenu captif à Gaza. Dans le recours, elle déclare qu’il est « impossible de mener une vie normale à 800 mètres de la frontière avec Gaza, alors qu’Omri et 49 autres otages croupissent et souffrent dans les tunnels du Hamas et que les déflagrations font trembler toutes les maisons du kibboutz. »
« Chaque matin, ils [le gouvernement] nous expliquent à nouveau que la guerre n’est pas terminée et que nous ne reviendrons pas à la normale. Cela devrait donc également être le cas pour nos maisons, situées près de Gaza », a-t-elle écrit.
Il y a deux semaines, plusieurs balles perdues ont touché une zone résidentielle du kibboutz, selon des informations parues dans les médias israéliens.
Avishaï Edri, père de quatre enfants habitant du kibboutz, a déclaré au journal Haaretz qu’après ce que les habitants avaient vécu le 7 octobre, « nous ne pouvons pas revenir en arrière pour le moment. Nous voulons rentrer, mais [seulement] quand la guerre sera finie et que nous aurons la sécurité que nous méritons ».
Edri a ajouté que la « confiance aveugle » que les habitants avaient auparavant dans les forces de sécurité pour les protéger avait été ébranlée par l’attaque du Hamas, et qu’ils attendaient désormais « des décisions logiques, et que celles-ci soient prises en les consultant »
Dans un communiqué publié mardi, le kibboutz a déclaré que « l’État a failli à la défense de Nahal Oz et des communautés frontalières le 7 octobre, n’a pas réussi à ramener les otages dans leurs familles après vingt-deux mois de guerre et échoue une nouvelle fois en infligeant un traitement dégradant au kibboutz et à ses habitants ».
Immédiatement après l’invasion du Hamas, l’État a évacué 46 communautés rurales ainsi que la ville de Sderot, qui se trouvent toutes dans la zone de « l’enveloppe de Gaza » – la région connue en hébreu sous le nom d’Otef Azza, située à moins de sept kilomètres de la frontière avec Gaza.
Fin mai 2025, l’Administration Tekuma, chargée de superviser la réhabilitation de la zone frontalière avec Gaza, a déclaré que 92 % de la population était rentrée.
Sue Surkes a contribué à cet article.