Liberman soutiendra Eisenkot comme Premier ministre
Le chef d'Yisrael Beytenu soutient aussi Yaïr Lapid à la présidence de la Knesset ; Youssef Jabareen évoque un 'moment historique' et promet de contribuer à évincer Benjamin Netanyahu sans rejoindre la coalition
Lundi, Avigdor Liberman, chef du parti belliciste Yisrael Beytenu, s’est engagé à soutenir Gadi Eisenkot, principal candidat de l’opposition au poste de Premier ministre, afin de rallier tous les partis d’opposition à direction juive derrière un candidat unique.
Mais Liberman a également douché les espoirs de formation d’un gouvernement d’opposition en réitérant son engagement à ne pas rejoindre une coalition minoritaire soutenue par des députés arabes, scénario considéré comme l’un des seuls possibles pour évincer le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Il a également critiqué Eisenkot pour ce qu’il a qualifié de campagne ratée.
À peine une semaine après les élections du 27 octobre, les partis anti-Netanyahu tracent la voie vers la formation d’un gouvernement. Si l’opposition détient une majorité de 67 sièges à la Knesset, qui en compte 120, elle est divisée entre les partis dirigés par des Juifs, qui en détiennent 48, et les partis dirigés par des Arabes, qui en détiennent 19. La coalition sortante de Netanyahu détiendra 53 sièges.
Le bloc de 48 sièges est désormais uni derrière Eisenkot, mais il est loin d’atteindre la majorité à la Knesset. Lundi, le chef du plus grand parti arabe, la Liste arabe unie, a évoqué un « moment historique » propice au changement, et a déclaré que son parti pourrait apporter un soutien extérieur à un gouvernement dirigé par Eisenkot sans pour autant rejoindre la coalition.
L’autre parti arabe, Raam, dispose de huit sièges. Si Raam votait en faveur d’un gouvernement Eisenkot et que la Liste arabe unie s’abstenait lors du vote, Eisenkot disposerait d’une majorité.
Mais lors d’une conférence de presse lundi, tout en affirmant avoir dit « face à face » à Eisenkot qu’Yisrael Beytenu le recommanderait comme prochain Premier ministre, Liberman a rejeté l’idée d’un gouvernement minoritaire.
« J’ai également été clair sur la question d’un gouvernement minoritaire : cela n’arrivera pas », a-t-il déclaré, prédisant qu’une telle coalition serait de courte durée. Il a accusé les partis arabes d’être soutenus par l’Autorité palestinienne (AP) basée en Cisjordanie, affirmant que l’AP était « très impliquée », un lien qu’il dit ne pas pouvoir tolérer.
Le parti centriste Yashar d’Eisenkot est le plus important des partis d’opposition, et les deux autres partis dirigés par des Juifs – Beyahad et HaDemocratim – se sont déjà engagés à le soutenir pour le poste de Premier ministre. Le président Isaac Herzog, chargé de choisir un candidat pour diriger le prochain gouvernement, commencera à rencontrer les partis mercredi.
Herzog a publiquement soutenu l’idée d’un gouvernement d’union nationale réunissant les partis d’opposition et Netanyahu. Mais le camp de ce dernier s’oppose à cette idée, le responsable de la discipline de coalition, Ofir Katz, ayant exclu tout accord de rotation qui verrait Eisenkot et Netanyahu se relayer au poste de Premier ministre. Eisenkot a lui aussi exclu toute rotation.
Lors de la conférence de presse, Liberman a également déclaré qu’il ne ferait en aucun cas partie d’un gouvernement dirigé par Netanyahu, même dans le cadre d’un accord de rotation qui lui permettrait d’occuper le poste de Premier ministre en premier. Liberman ne cache pas depuis longtemps son désir d’occuper le poste de Premier ministre.
Il a indiqué lundi qu’il avait été « approché par des dirigeants de la coalition avec les propositions les plus étranges » depuis les élections, mais qu’il n’avait pas rencontré Netanyahu en personne.
Liberman a fait savoir qu’il soutiendrait la nomination de Yaïr Lapid, numéro deux de Beyahad, au poste de président de la Knesset à la place d’Amir Ohana, un allié de Netanyahu. Cela permettrait à l’opposition de faire adopter certains textes de loi, même sans détenir les rênes du gouvernement.
Il a émis l’hypothèse que des membres du Likud, le parti de Netanyahu, pourraient faire défection pour donner la majorité à l’opposition, un scénario jugé hautement improbable.
Il a également critiqué Eisenkot pour n’avoir permis au bloc d’opposition dirigé par des Juifs de remporter que 48 sièges, l’accusant de faire passer les intérêts de son propre parti centriste, Yashar, avant l’objectif plus large de renverser Netanyahu.
« Nous avons échoué. 48 sièges, c’est bien moins que ce à quoi nous nous attendions », a déclaré Liberman, reprochant à Eisenkot d’avoir mené une campagne « égocentrique ».
Le chef de la Liste arabe unie évoque un partenariat pour mettre fin à ces « quatre années épouvantables »
Avant la conférence de presse de Liberman, le chef de la Liste arabe unie, le plus grand parti arabe, a indiqué lundi dans une interview accordée à The Guardian que ses députés étaient prêts à apporter un soutien extérieur à un gouvernement minoritaire dirigé par Eisenkot.
« Afin d’utiliser notre pouvoir politique pour nous débarrasser du gouvernement extrémiste de Netanyahu, nous avons déclaré que nous envisagerions la possibilité d’apporter un soutien extérieur », a déclaré Youssef Jabareen au journal britannique.
« C’est l’occasion de changer les politiques, de changer les attitudes, notamment envers la communauté arabe et le peuple palestinien. »
Il a ajouté : « C’est vraiment un moment historique et j’espère que nous trouverons des partenaires au sein de l’opposition pour aller de l’avant dans cette voie. Nous pensons que cela pourrait marquer le début d’un changement. »
Jabareen a déclaré que les onze députés élus de la Liste arabe unie n’avaient aucune intention de rejoindre une coalition dirigée par Eisenkot en raison du maintien du contrôle israélien sur la Cisjordanie.
Eisenkot a énoncé quatre principes que tous ses partenaires de coalition doivent soutenir, et Jabareen a affirmé que la Liste arabe unie ne serait pas liée par ces conditions.
« Les conditions dont parle [Eisenkot] concernent davantage les partis qui feraient partie de la coalition. Nous n’avons pas l’intention d’y entrer… pour des raisons très claires », a-t-il déclaré.
« Tant que l’occupation de notre peuple en Cisjordanie se poursuivra, nous ne pouvons pas faire partie d’un gouvernement. »
« Ces quatre dernières années ont été épouvantables… dans tous les domaines de la vie : les démolitions de maisons, les gangs criminels au sein de la communauté arabe sans aucune intervention de la police, le manque d’allocation des ressources nécessaires à nos municipalités, à notre système scolaire, à notre jeunesse en général, le racisme dans tous les domaines de la vie, les agressions physiques contre les Arabes, la brutalité de la police », a-t-il déploré.
« Donc, oui, ça a vraiment été une période très dangereuse. »
Jabareen a ajouté qu’il était « d’une importance cruciale » qu’Ohana soit remplacé, et que l’une des priorités devrait être d’abroger les lois adoptées dans le cadre de la refonte largement controversée du système judiciaire menée par le gouvernement.
Un manifestant lance à Eisenkot : « Vous avez assassiné votre fils » ; Yashar fustige la politique « pourrie » du Premier ministre
Alors que les négociations de coalition battent leur plein, les manifestations pro-Netanyahu se sont intensifiées, prenant pour cible les responsables politiques de l’opposition et leurs partisans.
Lundi, Yashar a condamné une manifestation incendiaire qui s’était déroulée la nuit précédente devant le domicile d’Eisenkot à Herzliya, et en a imputé la responsabilité au camp de Netanyahu.
Lors de ce rassemblement, des manifestants ont qualifié Eisenkot de « traître » et un homme l’a accusé d’être responsable de la mort de son propre fils au combat à Gaza, à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Des images de l’incident montrent l’homme criant au mégaphone : « Vous avez assassiné votre fils », en référence au sergent-chef (Rés.) Gal Meïr Eisenkot, tué en décembre 2023.
Le manifestant a également proféré des menaces et des insultes à l’encontre de l’épouse d’Eisenkot, Hannah, lui disant : « Vous serez la prochaine après votre fils. »
Dans un communiqué, Yashar a qualifié cet incident de « conséquence directe d’un leadership politique corrompu et sans limites qui a effacé toutes les lignes rouges pour rester au pouvoir ». Selon le parti, cette agression montre « à quoi ressemble une perte de repères ».
הפרגוד: מפגיני ימין מחו מול גדי איזנקוט. במהלך המחאה נשמעה לעברו הקריאה המזעזעת: ״אתה רצחת את הבן שלך״.
צילום: הילל בן אור pic.twitter.com/gOGJ2VlOQb
— הפרגוד (@moshepargod) November 1, 2026
« C’est l’esprit qui émane du bureau de Netanyahu », poursuit le communiqué, appelant à ce que le gouvernement soit remplacé dès que possible « pour le bien de l’État d’Israël et de la société israélienne ».
« À ce stade, nous ne nous attendons même plus à une condamnation », a ajouté le parti.
« La honte est entièrement la vôtre. »
Outre le fils d’Eisenkot, deux de ses neveux – le capitaine Yogev Pazy, 22 ans, et le sergent Maor Cohen Eisenkot, 19 ans – ont été tués pendant la guerre.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.