L’impasse politique en Israël prolonge l’étouffement financier de l’AP
L'échec de la coalition Netanyahu à obtenir une majorité offre un répit à l'AP, mais faute d'alternative de gouvernance, les ministres pourraient continuer à chercher à renverser le gouvernement de Ramallah
Le vice-président de l’Autorité palestinienne (AP), Hussein al-Cheikh, a réagi cette semaine aux élections à la Knesset en les qualifiant « d’affaire interne israélienne », mais les résultats ont une influence considérable sur la survie même de l’AP.
Ramallah aurait eu du mal à survivre à un nouveau mandat de quatre ans du gouvernement sortant du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a pris une série de mesures ayant conduit l’AP au bord de l’effondrement.
Les responsables de l’AP espéraient désespérément que les élections de mardi déboucheraient sur la formation d’un nouveau gouvernement qui reprendrait les transferts mensuels des recettes fiscales palestiniennes, qui constituent la majeure partie du budget de l’AP. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a refusé d’approuver ces transferts au cours des 18 derniers mois, ce qui a entraîné une accumulation de créances dues à Ramallah s’élevant à plus de 7 milliards de dollars.
La coalition actuelle de Netanyahu n’a pas réussi à obtenir la majorité lors des élections, ne remportant que 53 sièges à la Knesset. Un nouveau tour de scrutin semble toutefois être le scénario le plus probable, à moins que des figures de l’opposition ne reviennent sur leurs promesses électorales clés de ne pas s’associer au Premier ministre de longue date ni aux partis ultra-orthodoxes et à majorité arabe.
Une impasse politique prolongée produirait en effet le même résultat qu’une victoire de la coalition actuelle, puisqu’elle maintiendrait Netanyahu, Smotrich et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir à leurs postes actuels, d’où ils exerceraient une influence sur les affaires en Cisjordanie, bien qu’à titre intérimaire.
Même si les responsables politiques israéliens parviennent à former un nouveau gouvernement, plusieurs mois pourraient encore s’écouler avant la prestation de serment d’un nouveau cabinet. En effet, le candidat favori au poste de Premier ministre dispose de 28 jours pour former une coalition, avec la possibilité d’une prolongation de 14 jours. Si aucun gouvernement n’est formé d’ici là, il restera trois autres occasions de former une coalition, chacune d’une durée allant de 14 à 28 jours, avant qu’une nouvelle élection ne soit organisée au printemps 2027.
Mode survie
Certains responsables de l’AP ont fixé la fin de l’année 2026 comme date butoir non officielle pour le maintien de la capacité opérationnelle de Ramallah.
L’AP n’a pas déclaré qu’elle cesserait d’exister à partir de cette date, mais elle devra probablement procéder à de nouvelles coupes dans les services et les salaires du secteur public en 2027 si de nouveaux fonds ne sont pas débloqués.
Pendant la majeure partie de l’année écoulée, l’AP n’a versé que 50 % du salaire de ses quelque 150 000 fonctionnaires.
Deux responsables palestiniens ont déclaré au Times of Israel que le refus persistant d’Israël de débloquer les fonds de l’AP, en violation des Accords d’Oslo des années 1990, contraindra probablement Ramallah à procéder à de nouvelles réductions des salaires du secteur public, qui s’élèvent en moyenne à 1 250 dollars par mois avant ces coupes.
Cela entraînerait également de nouvelles coupes dans les secteurs de la santé et de l’éducation, dont les hôpitaux et les écoles fonctionnent déjà à capacité réduite. Les écoles publiques ne sont actuellement ouvertes que trois jours par semaine, et les hôpitaux manquent de nombreux médicaments de base.
« L’AP survivra probablement au-delà de 2026, mais sous le joug de mesures d’austérité encore plus strictes, notamment de nouvelles réductions des services publics et une baisse des salaires mensuels, à moins qu’un soutien financier attendu ne se concrétise ou que les recettes fiscales retenues ne soient débloquées », a expliqué l’analyste palestinien Ibrahim Dalalsha, qui dirige le groupe de recherche Horizon Center et a précédemment occupé le poste de conseiller au consulat américain de Jérusalem, aujourd’hui fermé.
Un responsable de l’AP a déclaré que la pression exercée par les États-Unis sur Israël pourrait contribuer à débloquer au moins une partie des fonds destinés à Ramallah. Toutefois, l’intérêt de Washington pour la question palestinienne se limite largement à Gaza, où le Conseil de Paix peine à lancer la reconstruction d’après-guerre.
Ce responsable a ajouté qu’une autre forme d’aide pourrait provenir des pays donateurs européens ou arabes, mais que les priorités ont été bouleversées par la guerre contre la République islamique d’Iran. La frustration grandit à Bruxelles à la suite de la décision prise en début de mois par le dirigeant de l’AP, Mahmoud Abbas, de reporter une nouvelle fois d’un an les élections présidentielles et législatives.
L’unité plutôt que la minorité ?
Face à ces perspectives peu réjouissantes, le responsable de l’AP a déclaré que Ramallah n’avait d’autre choix que d’espérer la formation d’un gouvernement israélien alternatif.
Sur le papier, un gouvernement minoritaire dirigé par le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, bénéficiant d’un soutien plus ou moins important de la part des deux partis à direction arabe, constituerait le meilleur scénario possible pour l’AP.
Toutefois, le deuxième responsable palestinien a fait valoir qu’une telle coalition finirait par faire preuve de plus de prudence quant à la prise de mesures immédiates visant à atténuer la crise économique et sécuritaire des Palestiniens de Cisjordanie, afin d’éviter de nouvelles critiques de la part de l’opposition de droite.
En conséquence, un gouvernement d’union nationale pourrait constituer une meilleure alternative pour apporter une aide initiale, même s’il reste dirigé par Netanyahu. Un tel gouvernement mettrait probablement Ben Gvir sur la touche, mais Smotrich, qui adopte une ligne tout aussi intransigeante, pourrait bien survivre à ce remaniement et rester au sein du gouvernement.
« Nous n’avons manifestement aucune bonne option et nous aurons besoin d’une intervention internationale, mais c’est là où nous en sommes », a ajouté le responsable palestinien.