Manifestants et chefs de l’opposition réclament une enquête nationale sur le 7-Octobre

Les manifestants dénoncent l'enquête auto-mandatée du gouvernement : 'Ne vous présentez pas devant une commission dont les créateurs ont les mains souillées du sang des victimes et des personnes assassinées', dit un père endeuillé et ex-ministre

Des personnes participent à une manifestation pour réclamer la création d'une commission d'enquête nationale sur le massacre du 7 octobre 2023, sur la place Habima à Tel Aviv, le 22 novembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Samedi soir, cinq dirigeants de partis d’opposition se sont joints aux milliers de manifestants qui se sont rassemblés sur la place Habima, à Tel-Aviv, pour réclamer la création d’une commission d’enquête nationale sur le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.

Ce rassemblement s’est déroulé en parallèle de la manifestation organisée chaque semaine sur la place des Otages voisine, où des milliers de personnes ont réclamé le retour des trois otages encore retenus à Gaza. Lors de cette manifestation, deux otages libérés et des proches d’autres captifs ont pris la parole.

La manifestation de la place Habima avait pour objectif d’unir les partis sionistes d’opposition derrière la demande d’une commission d’enquête nationale placée sous la direction du pouvoir judiciaire, moins d’une semaine après que le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu a voté la mise en place de sa propre enquête.

Cette manifestation, qui se tient pour la deuxième semaine consécutive, est organisée par le Conseil d’octobre, un organe composé de familles qui ont perdu des proches durant l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023 et qui réclament une enquête nationale.

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett, considéré comme l’adversaire le plus crédible du Premier ministre Benjamin Netanyahu, assistait au rassemblement.

Le chef de l’opposition Yair Lapid ainsi que les députés Benny Gantz, Gadi Eisenkot et Yair Golan, qui dirigent tous des partis centristes ou de gauche opposés à Netanyahu, ont également pris part à la manifestation.

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett participe à une manifestation organisée sur la place Habima à Tel Aviv, le 22 novembre 2025, pour demander la création d’une commission d’enquête nationale sur les défaillances qui ont entouré l’invasion et le massacre perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023. (Crédit : Capture d’écran / Conseil d’octobre)

Avigdor Liberman, chef de la faction d’opposition Yisrael Beytenu, qui a entrepris des efforts pour coordonner les partis anti-Netanyahu, était absent.

L’ancien député et ministre Izhar Shay, dont le fils Yaron a été tué en repoussant l’attaque du 7-Octobre, a exhorté les dirigeants de l’opposition à insister sur la nécessité de créer d’une commission nationale après les élections prévues l’an prochain.

« J’appelle les dirigeants des partis d’opposition à s’engager officiellement à ne pas rejoindre, après les élections, un gouvernement qui ne promettrait pas, dans ses lignes directrices fondamentales, de mettre en place une commission d’enquête nationale dès son entrée en fonction », a déclaré Shay, qui a servi dans le parti HaMahane HaMamlahti-Kakhol Lavan de Gantz.

Des manifestants anti-gouvernementaux réclament la création d’une commission d’enquête nationale sur le massacre du 7-Octobre, rassemblés sur la place Habima, à Tel Aviv, le 22 novembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Il a également appelé les enquêteurs et témoins potentiels à refuser de coopérer avec l’enquête dirigée par le gouvernement, qu’il a qualifiée de commission « de blanchiment ». Selon les critiques de cette initiative, le gouvernement qui était au pouvoir le 7-Octobre ne devrait en aucun cas contrôler la commission chargée d’enquêter sur l’attaque.

« Ne vous présentez pas devant une commission qui porte la marque de la honte, et dont les mains sont souillées du sang des victimes et des personnes assassinées », a exhorté Shay.

Izhar Shay, père endeuillé et ancien ministre, prend la parole lors d’une manifestation sur la place Habima à Tel Aviv, le 22 novembre 2025, pour demander la création d’une commission d’enquête nationale sur les défaillances qui ont entouré l’invasion et le massacre perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023. (Crédit : Capture d’écran / Conseil d’octobre)

Des manifestants qui rejoignaient le lieu de la manifestation depuis Kaplan Street portaient une grande banderole sur laquelle on pouvait lire « Wanted : une opposition forte et unie ».

Faisant référence à Netanyahu, ils scandaient : « Il est temps de renverser le tyran ».

Dès le début du rassemblement, des jeunes de droite ont invectivé les participants et bousculé certains d’entre eux. Ils ont été légèrement repoussés par la police, et ont poursuivi leurs huées et sifflets.

Situé du côté est de la place, un grand écran diffusait les discours, affichant également les noms et les photos de certaines des 1 200 personnes tuées lors du pogrom du 7-Octobre, ainsi que des questions sur les circonstances de leur mort.

La foule a applaudi chacun des leaders de l’opposition présents dans les rangs des manifestants lorsque le maître de cérémonie Rafi Ben Shitrit, père endeuillé, ancien maire de Beit Shean et membre du Conseil d’octobre, a lu leurs noms. Gantz, qui a rejoint le gouvernement de Netanyahu après l’attaque du 7-Octobre, a également été hué.

Le président du parti Les Démocrates, Yair Golan, et la députée Naama Lazimi participent à une manifestation réclamant la création d’une commission d’enquête nationale sur le massacre du 7-Octobre, sur la place Habima à Tel Aviv, le 22 novembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Étaient également présents des représentants du Mouvement anti-corruption pour un gouvernement de qualité, des groupes d’anciens combattants et de réservistes opposés au gouvernement, ainsi que des militants qui se tenaient en silence le long du côté ouest de la place, tenant des bougies et brandissant des pancartes avec les photos et les noms d’enfants palestiniens tués pendant la guerre à Gaza.

Adi Zakuto, dont le père Avi a été assassiné dans la ville méridionale d’Ofakim pendant les combats, a déclaré : « Ce qui me consume aujourd’hui, encore plus que la douleur, c’est ce que mon père détestait par-dessus tout : le fait d’échapper à toute obligation de rendre des comptes. »

Selon elle, le panel ministériel créé cette semaine pour déterminer la portée de l’enquête gouvernementale est en réalité « une commission politique composée des personnes qui font l’objet de l’enquête, et qui tente de décider qui va enquêter sur elles ».

« Mon père a été assassiné à cause d’une débâcle. Des gens sont responsables de cette débâcle », a-t-elle déclaré. « Ceux qui ont contribué à ces défaillances ne doivent pas être autorisés à rédiger le règlement de l’enquête. Ceux qui ont ramené Israël à l’époque où les citoyens étaient des proies ne peuvent pas être autorisés à déterminer ce qui peut être interrogé et ce qui doit être soustrait à l’enquête. »

« Au nom de mon père, au nom de tous ceux qui ne sont plus là, les personnes enlevées, secourues, blessées… ne les laissez pas s’en tirer », a martelé Zakuto. « Ne les laissez pas réécrire l’histoire. Ne les laissez pas transformer le 7-Octobre en une autre campagne. »

« La vérité éclatera, je ne laisserai personne l’enterrer », a-t-elle promis.

Le député Benny Gantz lors d’une manifestation réclamant la création d’une commission d’enquête nationale sur le massacre du 7-Octobre, place Habima à Tel Aviv, le 22 novembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Tali Biner, qui a survécu au massacre perpétré le 7-Octobre lors du festival de musique électronique Nova, a souligné le caractère non partisan de la demande de création d’une commission d’enquête nationale. Une commission que Netanyahu rejette, parce qu’elle est mise en place par le pouvoir judiciaire, que son gouvernement a cherché à affaiblir.

« Nous ne sommes pas l’ennemi, et il ne s’agit pas de politique », a déclaré Biner, s’adressant au gouvernement.

« Ceux qui tentent de présenter cela comme une question politique méprisent la vérité », a-t-elle ajouté. « Nous sommes les citoyens, ceux dont la sécurité relevait de votre responsabilité. »

Les trois otages restants

Bar Godard, la fille de l’otage assassiné Meny Godard, dont le corps sans vie a été restitué par le Hamas la semaine dernière dans le cadre du cessez-le-feu à Gaza, a appelé les centaines de personnes rassemblées sur la place des Otages de Tel Aviv à maintenir la pression sur le gouvernement, afin d’assurer le retour des dépouilles des trois captifs — le sergent-chef Ran Gvili, Dror Or et Sudthisak Rinthalak — qui se trouvent toujours à Gaza.

« Le retour des otages décédés n’est pas une faveur faite aux familles. C’est le devoir le plus fondamental de l’État d’Israël envers ses citoyens… Un devoir que nos dirigeants ont oublié à maintes reprises, et que nous leur avons rappelé à maintes reprises », a-t-elle expliqué devant la foule des manifestants.

« Ce qui est triste, c’est que notre ennemi nous comprend mieux que nos propres dirigeants », a-t-elle déploré.

Manifestation sur la place des Otages à Tel Aviv pour réclamer la restitution des dépouilles des trois otages détenus par le Hamas, le 22 novembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Les terroristes qui ont kidnappé mon père ne sont pas ceux qui l’ont assassiné. Il a été assassiné dans la matinée, et enlevé quelques heures plus tard. Et pourquoi ? Parce qu’ils savaient que les citoyens israéliens n’abandonnent pas leurs morts », a-t-elle ajouté. « Ils savaient que notre sens de la responsabilité mutuelle est plus profond que le cynisme de nos dirigeants. »

Durant la manifestation, Elad, le frère d’Or, a pour sa part exigé du gouvernement qu’il « respecte notre droit fondamental, moral et civil, après que notre sécurité a été violée et bafouée à maintes reprises au cours de ces longues années d’abandon », et qu’il ramène les corps sans vie des trois otages restants.

« Il n’y aura pas de réhabilitation israélienne sans que Sudthisak, Dror et Ran ne rentrent à la maison », a-t-il souligné. « Nous sommes fatigués et nous avons traversé tant d’épreuves, mais nous croyons. Le cessez-le-feu est fragile, et ne doit pas être rompu. »

Les trois otages assassinés dont les corps étaient toujours retenus à Gaza au 14 novembre 2025 (de gauche à droite) : Dror Or, Ran Gvili et Sudthisak Rinthalak. (Montage réalisé par Times of Israel ; photos : Autorisation)

Sylvia Cunio, mère des otages libérés David et Ariel Cunio, Gania Erlich Zohar, tante du capitaine Omer Neutra, otage assassiné dont le corps sans vie a été restitué au début du mois, les otages libérés Raz et Ohad Ben Ami et Ziv Tsioni, oncle de Gvili, ont également pris la parole durant le rassemblement.

« Quelques jours avant le dernier accord [de cessez-le-feu], Raz et moi avons rencontré le président [américain] Donald Trump, l’homme le plus puissant du monde, pour lui demander de sauver les otages et de ramener les dépouilles des défunts », a raconté Ohad Ben Ami, relâché à l’occasion d’un cessez-le-feu en février. « Je l’exhorte aujourd’hui à veiller à ce que cette tâche qu’il a entreprise soit menée à bien. La mission de sa vie, ce sont nos vies. »

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