Nawaf Salam accuse Israël de violer le droit international, Katz dit « détruire toutes les maisons »
Tancé par Washington, le ministre promet une présence israélienne permanente au Liban ; Israël dément tout accord avec Beyrouth sur la vérification du désarmement du Hezbollah
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a dénoncé mercredi ce qu’il a qualifié de « destruction systématique » menée par Israël dans le sud du pays, estimant qu’elle constituait une violation du droit international, après que le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré que Tsahal y « détruisait toutes les maisons ».
Salam a affirmé que les « attaques, incursions, démolitions et la destruction systématique des habitations », des infrastructures, des bâtiments publics et des lieux de culte par Israël « constituent une grave violation des principes et des règles du droit international et du droit international humanitaire ».
« Prétendre que des villages et des villes entiers sont dans leur intégralité des ‘installations militaires’ ne résiste à aucune logique et ne saurait servir de prétexte à leur destruction, au déplacement de leurs habitants et à l’interdiction qui leur est faite d’y retourner », a-t-il déclaré dans un communiqué.
Katz s’est rendu mercredi dans le sud du Liban, où il s’est engagé à maintenir des troupes dans la zone tampon de Tsahal dans cette région. Il a également affirmé que Tsahal y « détruisait les infrastructures souterraines » de la zone ainsi que « toutes les maisons ».
« Nous sommes ici, en surface, et eux sont en dessous », a déclaré Israel Katz, selon le ministère de la Défense. « J’ai donné pour instruction à Tsahal de prendre toutes les mesures nécessaires pour se préparer à une présence à long terme dans la région. »
Ses propos ont suscité une réprimande de l’administration Trump. Un responsable du Département d’État a rappelé que « les États-Unis attendent de toutes les parties qu’elles respectent le cadre dont elles sont convenues, et Israël a clairement indiqué qu’il n’avait aucune ambition territoriale au Liban ».
« Une présence militaire permanente dans le sud du Liban n’est pas compatible avec les engagements pris dans le cadre de cet accord ni avec la paix et la sécurité à long terme des deux États », a ajouté ce responsable dans une déclaration transmise aux journalistes, sans toutefois nommer Katz.
« Les États-Unis soutiennent pleinement l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban », a poursuivi le responsable du Département d’État, soulignant que l’accord-cadre négocié par Washington entre Israël et le Liban « établit clairement les modalités d’un redéploiement progressif, subordonné au désarmement vérifié du Hezbollah et au démantèlement de ses infrastructures ».
« Les Forces armées libanaises mettent actuellement en œuvre la première zone pilote, et les États-Unis continueront de soutenir la pleine mise en œuvre de ce processus », a-t-il ajouté. Il faisait référence à une zone du sud du Liban dont Tsahal s’est retirée et où l’armée libanaise a pris le relais.
L’Agence nationale d’information (NNA), agence de presse officielle libanaise, a rapporté mercredi que les troupes israéliennes avaient procédé à des explosions dans plusieurs villages du sud du pays, notamment à Zawtar al-Shariqya, limitrophe de l’une des zones pilotes.
L’armée libanaise a affirmé qu’Israël avait fait sauter « le bâtiment de la municipalité de Zawtar al-Shariqya », ainsi « qu’une école publique, un dispensaire, une crèche et plusieurs habitations ».
Le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par la République islamique d’Iran, est profondément implanté dans les infrastructures et le tissu civils du sud du Liban. Le groupe s’oppose farouchement à l’accord-cadre signé en juin entre Israël et le Liban, qui a permis de contenir les affrontements dans le sud du pays et doit, à terme, conduire au désarmement du Hezbollah et au retrait des troupes israéliennes du Liban, avec pour perspective un éventuel accord de paix entre les deux pays.
L’armée libanaise doit prendre le contrôle des zones évacuées par les troupes israéliennes. Deux zones ont jusqu’à présent fait l’objet d’un tel transfert. Le chef des Forces armées libanaises, Rodolphe Haykal, a rencontré mercredi le général américain Joseph Clearfield, en visite au Liban et à la tête d’un groupe de coordination associé à la mise en œuvre de l’accord de juin.
Les deux hommes ont évoqué les « développements dans le sud et les dispositions de sécurité » liées à l’accord, a indiqué l’armée libanaise. Ils ont également abordé les « difficultés auxquelles l’armée est confrontée dans l’accomplissement de ses missions, principalement en raison de la poursuite des attaques, des opérations de terrassement au bulldozer et des destructions menées par l’occupation israélienne ».
Le président libanais Joseph Aoun a lui aussi rencontré Clearfield pour discuter de la mise en œuvre de l’accord-cadre, a indiqué son bureau.
Le dernier round de négociations, organisé sous l’égide des États-Unis, s’est interrompu prématurément dès le deuxième jour, sur fond d’escalade entre Israël et le Hezbollah dans le sud du Liban. Beyrouth s’impatiente également de la lenteur du retrait israélien, soupçonnant Jérusalem de temporiser à l’approche des élections d’octobre. Israël affirme de son côté que la vérification du désarmement du Hezbollah doit d’abord être menée à bien.
Israël et le Liban doivent se retrouver le mois prochain, à Rome, pour un huitième round de négociations sous médiation américaine.
Israël dément tout accord sur les pays chargés de vérifier le désarmement
Par ailleurs, un responsable israélien a démenti une information de Reuters selon laquelle Israël et le Liban se seraient entendus sur une liste de quatre pays, le Royaume-Uni, l’Italie, la Suisse et l’Indonésie, susceptibles de participer à un mécanisme de vérification du désarmement du Hezbollah. Celui-ci pourrait notamment prévoir le déploiement de troupes étrangères au Liban afin de vérifier le désarmement du Hezbollah.
Le cabinet du Premier ministre n’a pas immédiatement réagi à cette information. Le responsable israélien a toutefois démenti qu’un accord ait été conclu sur la composition du comité chargé de la vérification, précisant que les discussions se poursuivaient.
Selon Reuters, cette liste de quatre pays a émergé des pourparlers organisés sous l’égide des États-Unis à Rome la semaine dernière.
Ces pays pourraient contribuer à définir le champ d’application du mécanisme, fournir du personnel chargé d’en superviser la mise en œuvre ou déployer des troupes pour observer les inspections ou y prendre part afin de vérifier le désarmement, ont indiqué trois sources.
Une source directement informée des discussions a précisé que celles portant sur les quatre pays envisagés n’en étaient encore qu’à un stade préliminaire, tout en se disant « prudemment optimiste » quant à la poursuite de l’initiative.
Le ministère suisse des Affaires étrangères a indiqué à Reuters qu’il examinait les moyens de contribuer à « divers processus de stabilisation », sans donner davantage de précisions. Le Foreign Office britannique a, de son côté, indiqué que le Royaume-Uni était disposé à soutenir les efforts visant à réduire les tensions et à garantir la sécurité à long terme, notamment dans le sud du Liban, sans plus de détails.
La présidence libanaise et le ministère indonésien des Affaires étrangères n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.
Les pompiers accusent Israël d’avoir déclenché des incendies dans le sud du Liban
Des pompiers libanais ont affirmé mercredi au quotidien britannique The Guardian que Tsahal provoquait délibérément des incendies dans la zone frontalière, où la végétation dense complique les opérations des troupes israéliennes.
Ces incendies auraient pour objectif de faciliter le repérage de terroristes tentant de s’infiltrer en Israël ou de mener des attaques le long de la frontière.
Hussein Fakih, chef de la Défense civile dans la région de Nabatieh, a déclaré au Guardian que la plupart de ses interventions concernaient des incendies.
« D’immenses étendues boisées ont brûlé. Je ne dispose pas de chiffres exacts, mais dans les zones proches de la [ligne de front], environ 30 à 40 % des terres ont été touchées par les incendies », a-t-il déclaré.
« De petits drones survolent la zone et larguent des matériaux incendiaires, des obus au phosphore [blanc] sont tirés sur les zones boisées, auxquels s’ajoutent les fusées éclairantes larguées en pleine journée pour mettre le feu à la végétation », a-t-il expliqué.
Selon le Guardian, des pompiers d’autres régions ont fait état de pratiques similaires. Le quotidien précise que les pompiers doivent transmettre leurs demandes d’intervention à l’armée libanaise, qui saisit ensuite le mécanisme de coordination mis en place pour veiller au respect du cessez-le-feu.
Interrogée par le Guardian dans le cadre de cet article, Tsahal a affirmé que ses opérations étaient « menées avec les précautions nécessaires pour limiter les dommages causés aux civils et à l’environnement ».
Par ailleurs, Tsahal a indiqué dans la nuit que ses systèmes de défense aérienne avaient tiré un missile intercepteur contre ce qui avait été identifié comme une cible dans le sud du Liban, avant qu’il ne soit établi qu’il s’agissait en réalité de tirs effectués par des troupes israéliennes opérant dans le secteur.
L’armée a précisé que l’incident n’avait fait aucun blessé et qu’une enquête était en cours.
Une amnistie ouvre la voie au retour des familles d’anciens combattants de l’ASL
Le Parlement libanais a adopté mercredi une loi d’amnistie générale qui prévoit notamment d’autoriser le retour au Liban des familles de citoyens ayant combattu dans les rangs de l’Armée du Sud-Liban (ASL), soutenue par Israël.
Le bureau du président du Parlement a annoncé « l’adoption d’un projet de loi visant à accorder une amnistie générale et à réduire, à titre exceptionnel, la durée de certaines peines ». Réclamée par plusieurs factions politiques, une telle mesure faisait débat depuis des années au Liban.
Craignant des représailles du Hezbollah, des milliers de combattants de l’Armée du Sud-Liban (ASL), une milice dirigée par des chrétiens, ainsi que leurs familles, s’étaient réfugiés en Israël en 2000, lorsque Tsahal s’était retirée du sud du Liban, mettant fin à 15 années de présence militaire israélienne.
« Les citoyens libanais qui se sont ‘réfugiés en Israël après la libération du Sud en 2000’, ainsi que leurs familles, bénéficieront définitivement de l’amnistie générale, ouvrant enfin la voie à leur retour dans leur patrie », a écrit la députée Ghada Ayoub, membre du parti chrétien des Forces libanaises.
« Ce sont des Libanais, et le Liban n’abandonne pas ses fils », a-t-elle ajouté sur X.