Normalisation Soudan/Israël: le général Burhane récuse tout « chantage » américain

Le Soudan réclamait sa sortie de cette liste, synonyme de sanctions et d'entraves aux investissements pour son économie à bout de souffle

De gauche à droite : Le général soudanais Abdel Fattah al-Burhane, chef du conseil militaire, s'exprimant lors d'un rassemblement soutenu par l'armée, dans le district d'Omdurman, à l'ouest de Khartoum, au Soudan, le 29 juin 2019 ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprimant depuis son bureau, à Jérusalem, le 13 septembre 2020. (Crédit : Hussein Malla/AP ; Alex Kolomiensky/Yediot Aharonot via AP, Pool)

Le Soudan n’a pas cédé à un « chantage » de Washington en acceptant de normaliser ses relations avec Israël, a déclaré lundi le président du Conseil souverain de transition soudanais, le général Abdel Fattah al-Burhane.

L’annonce vendredi par le président américain Donald Trump de la normalisation des relations entre le Soudan et Israël survient après celle du retrait prochain du Soudan de la liste « noire » américaine des Etats soutenant le « terrorisme », sur laquelle Khartoum figure depuis 1993.

Le Soudan réclamait de longue date sa sortie de cette liste, synonyme de sanctions et d’entraves aux investissements pour son économie à bout de souffle. Sa demande s’est accentuée depuis la chute de l’ex-président Omar el-Béchir en avril 2019, sous la pression de la rue.

« Nous n’avons pas subi de chantage pour la normalisation », a affirmé M. Burhane, lors d’une interview à la télévision nationale soudanaise.

Néanmoins, il a concédé que le rapprochement avait fait partie des « catalyseurs de la décision » américaine.

Dimanche, le gouvernement soudanais a indiqué que le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Mike Pompeo, avait exigé la normalisation avec Israël en vue de son retrait de la liste « noire », lors d’une visite officielle à Khartoum en août.

Le président américain Donald Trump après avoir terminé un appel téléphonique avec les dirigeants du Soudan et Israël, alors que le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, deuxième à gauche, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, le haut-conseiller à la Maison Blanche Jared Kushner, le conseiller à la sécurité nationale Robert O’Brien et d’autres applaudissent dans le bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 23 octobre 2020. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon)

La normalisation, que M. Burhane a préféré qualifier de « réconciliation », est « dans l’intérêt du Soudan », a-t-il martelé.

« Nous sommes isolés et avons pâti des sanctions. Le retrait de notre (pays) de la liste (…) nous permettra de revenir dans la communauté internationale. Nous en bénéficierons économiquement », a ajouté le dirigeant, évoquant notamment une coopération avec les Etats-Unis et Israël dans le domaine technologique.

En outre, cette avancée diplomatique permettra de « dégager des aides » pour mettre en œuvre l’accord de paix inter-soudanais signé le 3 octobre entre le gouvernement et des groupes rebelles, a-t-il ajouté.

Toutefois, une majorité de Soudanais reproche aux autorités d’avoir trahi « la cause panarabe » et les Palestiniens.

« Nous souhaitons tous un Etat palestinien dans les frontières de 1967 (…) mais nous ne voulons pas (en) faire porter la responsabilité au seul peuple soudanais », a affirmé le général Burhane.

Par ailleurs, il a démenti les rumeurs de pression de la part des Emirats arabes unis, l’un des deux autres Etats arabes – avec Bahreïn – à avoir signé un accord similaire, en septembre.

Dimanche, Khartoum a annoncé prévoir « dans les semaines à venir (…) la signature d’accords de coopération dans les domaines agricole, commercial, économique, de l’aviation et des migrations » avec Israël.

Et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ensuite annoncé l’envoi de blé d’une valeur de cinq millions de dollars au Soudan, en signe de sa volonté d' »assister le pays dans sa transition ».

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