Notre Shabbat inattendu dans un hôtel de Washington DC avec Naftali Bennett
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Le Premier ministre Naftali Bennett prononce un discours de dvar Torah avant l'office du Shabbat du vendredi soir à Washington, DC, le 27 août 2021 (Crédit : capture d'écran).
Le Premier ministre Naftali Bennett prononce un discours de dvar Torah avant l'office du Shabbat du vendredi soir à Washington, DC, le 27 août 2021 (Crédit : capture d'écran).
Notes du reporter

Notre Shabbat inattendu dans un hôtel de Washington DC avec Naftali Bennett

Après que la rencontre avec Biden eut été retardée par l’attentat à Kaboul, les correspondants étrangers ont eu l’occasion d’apprendre à mieux connaître le Premier ministre

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Quiconque a servi dans Tsahal connaît la peur profonde de « fermer le Shabbat » de manière inattendue – rester sur la base pour le Shabbat. Le fait de se faire voler un week-end de congé prévu, après ce qui aurait pu être une longue période de corvée poussiéreuse qu’implique le service militaire, augmente à la fois l’anxiété – peut-être que je peux encore rentrer à la maison – et la dépression.

Les conseillers, les agents de sécurité et les journalistes qui ont accompagné Naftali Bennett lors de son premier voyage aux États-Unis en tant que Premier ministre avaient fini leur service militaire depuis des années, voire des décennies. Ils s’attendaient à une visite soignée de deux jours au cours de laquelle Bennett établirait un lien personnel avec le président américain Joe Biden, rencontrerait ses principaux conseillers et conclurait des accords généraux sur l’Iran, l’exemption de visa et l’aide militaire.

Mais ils n’avaient sûrement pas oublié que les plans peuvent changer brusquement.

L’entourage devait décoller pour Israël jeudi soir, avec suffisamment de temps après l’atterrissage à l’aéroport Ben Gurion pour passer les tests COVID-19 et rentrer chez eux pour le Shabbat.

Le Premier ministre Naftali Bennett monte à bord d’un avion en direction des États-Unis, le 24 août 2021. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Mais ces plans sont tombés à l’eau après un attentat suicide meurtrier qui a fait plus d’une centaine de morts, dont 13 soldats américains, à l’aéroport international de Kaboul.

Un court délai

La nouvelle de l’explosion a filtré dans les rangs de la presse israélienne alors que nous sirotions notre café du jeudi matin et que nous nous préparions à nous rendre à la Maison Blanche pour la rencontre capitale entre Bennett et Biden.

Alors que nous grimpions dans des fourgonnettes blanches pour faire le trajet de deux pâtés de maisons jusqu’à la Maison Blanche, accompagnés d’agents des services secrets, les discussions portaient sur les sombres nouvelles de Kaboul et sur la façon dont elles affecteraient la rencontre entre les deux dirigeants. Mais personne ne prévoyait sérieusement – du moins pas à voix haute – que cela modifierait radicalement l’ensemble de la visite.

Après être restés trop longtemps debout sous le soleil brûlant du mois d’août à Washington, puis avoir franchi les contrôles de sécurité, nous nous sommes assis dans la salle de presse climatisée de la Maison Blanche, attendant d’être informés que M. Bennett était en route pour son rendez-vous de 11h30 avec le président.

Les journalistes israéliens quittent la Maison Blanche alors que la rencontre entre le Président américain Joe Biden et le Premier ministre Naftali Bennett est retardée, 26 août 2021 (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

À 11h30, les discussions se sont orientées vers un retard de quelques heures tout au plus. Rien qui puisse changer le caractère de tout le voyage.

Puis l’annonce est tombée.

Selon le bureau de M. Bennett, la réunion a été reportée pour une durée indéterminée mais n’a pas été annulée. On nous a dit de prendre nos appareils photo et nos ordinateurs et de retourner à nos chambres à l’hôtel Willard Intercontinental.

Et les calculs ont immédiatement commencé. Combien d’heures après une réunion présidentielle Bennett, un juif orthodoxe, pouvait-il décoller de la base aérienne d’Andrews ? La réunion pourrait-elle être reportée au vendredi matin ? Des dizaines d’Israéliens, dont le chef de l’État juif, allaient-ils « fermer le Shabbat » à Washington ?

Au fil des heures, la réalité s’est peu à peu imposée.

Le président américain Joe Biden marque une pause alors qu’il parle des attentats à la bombe à l’aéroport de Kaboul qui ont tué au moins 12 membres des services américains, depuis la salle Est de la Maison Blanche, le 26 août 2021, à Washington. (Crédit : AP/Evan Vucci)

On nous a dit que la réunion du cabinet prévue dimanche à Jérusalem était annulée.

« Quand est-ce que l’on allume les bougies [de Shabbat] à DC ? », a écrit l’une des journalistes dans le groupe WhatsApp à 14h30.

Quelques minutes plus tard, la Maison Blanche a publié un communiqué annonçant que « la réunion bilatérale du président avec S.E. Naftali Bennett, Premier ministre de l’État d’Israël, a été reprogrammée pour demain. »

Fermeture du Shabbat

Nous allions passer le Shabbat coincés dans notre (très bel) hôtel, interdits de sortir afin de maintenir notre « capsule » de coronavirus et ainsi éviter une quarantaine prolongée de retour en Israël.

En quelques minutes, les membres de la délégation ont appelé frénétiquement leurs conjoints pour leur dire d’emmener les enfants chez les grands-parents pour le Shabbat. Les journalistes religieux ont commencé à se demander si l’ambassade d’Israël allait fournir de la nourriture pour le Shabbat, et ont envoyé des courriers au personnel de Bennett pour savoir s’il y aurait un minyan [quorum de dix hommes adultes nécessaire à la récitation des prières les plus importantes de tout office ou de toute cérémonie (NDT)] et si nous pourrions obtenir un rouleau de la Torah. Coincés à l’hôtel, certains ont commencé à chercher des moyens de commander des livres pour passer les longues heures de l’après-midi du Shabbat.

Le vendredi matin, le tableau était devenu plus clair. La rencontre Bennett-Biden aurait lieu à 10h30, suivie de déclarations à la presse avant une réunion de travail élargie avec les principaux conseillers.

Le Premier ministre Naftali Bennett (à gauche) rencontre le président américain Joe Biden dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le vendredi 27 août 2021, à Washington, DC. (Crédit : GPO)

L’ambassade, nous a-t-on dit, installerait une synagogue dans une chambre d’hôtel du 10e étage, et organiserait un dîner du vendredi soir approprié pour l’occasion.

Pour le déjeuner de Shabbat, cependant, nous serions largement livrés à nous-mêmes, à l’exception de quelques sandwichs au poulet froids dans le réfrigérateur.

Les Juifs de la région de Washington ont commencé à nous contacter, moi et mon homologue du Jerusalem Post, Lahav Harkov.

Mon ami David May, analyste de recherche à la Foundation for Defense of Democracies, a été l’homme de la situation. Poussant son fils dans une poussette, May a fait le tour de Georgetown et de Foggy Bottom, s’arrêtant dans les supermarchés dotés de rayons casher respectables pour prendre des halot, de la charcuterie (et un paquet de Tofurky parce qu’il est végétarien), du vin Moscato et des légumes pour faire une salade.

Bien que l’attention de la Maison Blanche ait été focalisée sur l’Afghanistan, la réunion a bien eu lieu vendredi matin. La partie israélienne a estimé que les discussions avec Biden se sont bien déroulées, et les conseillers de Bennett ont souligné la maîtrise des détails par le président et le lien personnel chaleureux créé entre les deux dirigeants.

Shabbat dans la salle de bal

Après un briefing à 16 heures pour la presse israélienne et un peu de temps pour utiliser la salle de sport et se préparer pour Shabbat, toute la délégation israélienne – Bennett, ses conseillers, les gardes de sécurité, les journalistes et le personnel de l’ambassade locale – s’est réunie dans la salle de bal de l’hôtel pour le Shabbat.

Après toutes les inquiétudes et l’agitation de dernière minute, l’atmosphère est devenue totalement différente lorsque nous sommes entrés dans la salle de bal. L’ambassade avait disposé un appétissant buffet sur une longue série de tables au milieu de la pièce.

Une synagogue improvisée à l’hôtel Willard Intercontinental pour que le Premier ministre Naftali Bennett et son entourage puissent prier pendant le Shabbat, le 28 août 2021. (Crédit : Ambassade d’Israël à Washington)

Comme dans l’armée israélienne, une fois que le Shabbat commence, toute la déception liée au fait de ne pas être chez soi se dissipe, et les gens se concentrent sur l’opportunité de passer 25 heures uniques ensemble.

Pourtant, alors que tout le monde se voyait pour la première fois dans sa tenue de Shabbat, et que les gens se serraient maladroitement les uns contre les autres en attendant que quelqu’un leur dise ce qu’ils devaient faire ensuite, la salle avait un air de Shabbat plein organisé pour des jeunes. (Pour moi, cela m’a rappelé mes jours au NCSY (une organisation de jeunesse juive …) ( d’autant plus fortement que je me tenais seul).

En attendant que l’événement commence, les journalistes et les conseillers se tenaient en petits groupes et riaient. Un groupe de journalistes laïcs et de membres de l’équipe de Bennett – pas tout à fait sûrs de l’ordre des choses mais conscients que le vin faisait partie du rituel – ont ouvert plusieurs bouteilles et ont célébré cette partie du Shabbat un peu en avance mais avec beaucoup d’enthousiasme.

Mais, comme dans l’armée, les murs entre les individus occupant des rôles différents – la « distance » dans le langage de Tsahal – se sont quelque peu effrités à l’arrivée du Shabbat.

Puis Bennett est entré dans la pièce, tapant énergiquement du coude avec la foule alors qu’il prenait place en bout de table.

Le Premier ministre Naftali Bennett prononce un discours ‘dvar Torah’ avant les services du Shabbat du vendredi soir à Washington DC, le 27 août 2021 (Crédit : capture d’écran).

Il était entièrement dans son élément lorsqu’il a commencé son discours.

« Vous avez de l’énergie pour un court ‘dvar Torah’ ? », a-t-il demandé à la salle en riant.

« Si vous en voulez un long, c’est aussi possible », a-t-il dit.

Bennett a parlé du Psaume 23:4, qui serait récité quelques minutes plus tard pendant l’office de prière du vendredi soir : « Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ».

M. Bennett a déclaré qu’il s’était demandé pourquoi David, dont les péchés semblaient bien plus graves que ceux de Saül, était encore jugé digne de diriger les Israélites. Sa conclusion est que, malgré ses défauts considérables, David a assumé la responsabilité de ses manquements, sans laquelle on ne peut pas diriger.

Il a cité un commentaire qui interprète le passage comme faisant référence à l’individu qui devient mauvais lorsqu’il est confronté à des difficultés, et à l’importance de la décence et de la moralité dans la vie publique, même au milieu des querelles et des joutes typiques de la politique israélienne.

Appréciant son retour temporaire au rôle de conseiller de groupe de jeunes qu’il jouait autrefois lorsqu’il était adolescent à Haïfa, Bennett a décidé de continuer.

Bennett a commencé un deuxième dvar Torah, révélant que lorsque son ancien parti HaYamin HaHadash n’a pas réussi à franchir le seuil électoral en 2019, il a lu deux fois le livre de Samuel en réfléchissant à sa défaite et à son avenir politique.

Il a dit qu’il s’était demandé pourquoi David, dont les péchés semblaient bien plus importants que ceux de son prédécesseur Saül, était encore jugé digne de diriger les Israélites. Sa conclusion est que, malgré ses défauts considérables, David a assumé la responsabilité de ses manquements, sans laquelle on ne peut diriger.

« Un leader n’est pas censé être parfait », a déclaré M. Bennett à la salle. « Nous avons tous des défauts. En fin de compte, la question est de savoir si vous prenez vos responsabilités. Faites-vous ce qui est juste, ou faites-vous simplement ce que les gens disent ? »

« Ce sera très bien ici, je pense », a-t-il conclu. « Yalla, Shabbat Shalom ».

Le Premier ministre Naftali Bennett arrive pour un service de sabbat du vendredi soir organisé pour la délégation israélienne à leur hôtel de Washington, le 27 août 2021. (Capture d’écran/Douzième Chaîne)

Le Premier ministre s’est ensuite dirigé vers la synagogue de fortune située à l’extérieur de la salle de bal, où une quinzaine de gardes religieux, de journalistes et de conseillers ont entonné les prières de Kabbalat Shabbat, dirigées par la voix mélodieuse du rédacteur en chef adjoint d’Arutz Sheva, Yoni Kempinski.

Ce Shabbat, Bennett observait le sixième yahrzeit, ou anniversaire de la mort, de son père Jim – la première fois qu’il n’avait pas pu assister en personne au service commémoratif en Israël – et il a donc récité la prière du Kaddish entre Kabbalat Shabbat et l’office du soir, Arvit.

De retour dans la salle de bal, Kempinski a dirigé la centaine d’Israéliens dans une magnifique interprétation du kidoush autour d’une coupe de vin, et votre humble correspondant a prononcé la bénédiction du Hamotzi sur du pain, de façon, certes, un peu moins mélodieuse.

Alors que la plupart des personnes présentes se pressaient autour des salades et du saumon, les journalistes se sont rassemblés autour de Bennett, qui était plus qu’heureux de parler de sa visite à la Maison Blanche, tandis que son porte-parole se tenait nerveusement à ses côtés.

Avant de partir manger en paix dans sa suite, Bennett est allé vers chaque journaliste pour échanger quelques mots et s’assurer qu’il s’était présenté poliment.

Lazar Berman, correspondant diplomatique du Times of Israel, examine le dîner de Shabbat organisé dans la salle de bal de l’hôtel Willard Intercontinental à Washington DC, avant l’office de Shabbat avec le Premier ministre Naftali Bennett, le 27 août 2021 (Crédit : Daniel Estrin/autorisation).

Une fois le Premier ministre parti, la salle a commencé à se vider. La plupart des journalistes se sont retrouvés autour d’une table ronde avec le journaliste vétéran primé Nahum Barnea, qui a régalé le groupe avec des récits inconnus et souvent grivois de ses années de couverture de personnalités telles que Yitzhak Rabin, Shimon Peres et Ehud Barak.

Le jour du Shabbat a été plus calme, la plupart des membres de la délégation ayant passé la journée dans leur chambre ou assis au café de l’hôtel.

Le minyan de 9 heures du matin au 10e étage a été moins fréquenté. Le chef de la sécurité et le chef du personnel de Bennett ont fait un effort courageux pour lire la Torah sans aucune préparation.

Le déjeuner du Shabbat était tranquille – charcuterie, cornichons, Polar seltzer et biscuits en forme de demi-lune – avec cinq journalistes pratiquants.

Bien que des dizaines de personnes se soient retrouvées coincées deux jours de plus dans un hôtel qu’elles n’étaient pas autorisées à quitter, en fin de compte, tous les membres de la délégation – religieux et laïcs, journalistes, conseillers et Bennett lui-même – ont bénéficié d’une pause inattendue dans la routine diplomatique et politique aux enjeux élevés.

Ils ont eu une journée entière pour réfléchir, profiter de la compagnie des autres et recevoir un rappel important que, à bien des égards, les Israéliens sont tous dans le même bateau.

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