Nouvelle appellation vinicole dans le Néguev : les vignerons exporteront dans le monde entier

Preuves que la persévérance et le courage payent, les vignobles de Yatir, Pinto et Carmey Avdat, dans le désert, sont désormais sur la carte...des vins du monde

Les vignobles du domaine Yatir (Autorisation)

Maintenant que l’aride Néguev est désormais une appellation viticole reconnue, les établissements vinicoles du cru tentent de séduire les amateurs de vin où qu’ils soient. Certains d’entre eux se battent contre les chaleurs torrides pour produire du rosé dans le désert, et d’autres mettent des vins casher à la carte.

La région du Néguev — qui s’étend de Kiryat Gat à Eilat et abrite une soixantaine de vignerons — a donc désormais sa propre identité viticole, reconnue au plan international, ce qui invite le sud d’Israël et son désert à la carte mondiale des vins.

C’est un succès des plus grisants pour une région qui a travaillé dur pour faire pousser des cépages originaux dans son sol sablonneux.

Cette reconnaissance est le fruit de quatre années de procédures au cours desquelles un consortium d’experts en vin israéliens a démontré que les vins produits dans le Néguev possédaient un profil clairement identifiable.

Le Times of Israel s’est rendu, il y a peu, dans trois grands domaines viticoles de la région du Néguev pour découvrir l’influence de ce sol si particulier et de ce climat, unique, sur ces nouveaux – et passionnants – assemblages.

Le domaine Yatir

« Le désert est un endroit extrême, et je pense que cela se ressent également dans les vins », déclare d’emblée Eran Goldwasser, vigneron du domaine Yatir depuis 26 ans.

Les vignobles du domaine Yatir (Autorisation)

Situé au sud des collines d’Hébron, le domaine Yatir, fait pousser des ceps à 500 mètres au-dessus du niveau de la mer depuis 1981. Son nom est ancien et provient de la Bible.

« Nous avons un pied dans le Néguev et un autre dans les collines de Judée », explique Yaacov Ben-Dor, l’un des fondateurs et PDG de Yatir, tout en versant dans un verre du Yatir Forest, le vin phare du domaine, du nom de la plus grande forêt plantée d’Israël. Il s’agit d’un assemblage riche et puissant de cabernet sauvignon, de petit verdot et de cabernet franc, réputé pour ses notes intenses de fruits des bois.

C’est en 2000 que Yatir a commencé à embouteiller ses vins : aujourd’hui, il produit près de 300 000 bouteilles par an avec ses propres raisins. Le domaine produit des rouges et des blancs, vieillis dans des cuves spécialement étudiées pour faire ressortir certaines saveurs — du chêne autrichien et français aux fûts en céramique plus récents.

Yaacov Ben-Dor, l’un des fondateurs et PDG du domaine Yatir, le 24 mai 2026 (Jessica Steinberg/Times of Israel)

Le Darom Rosé — « Rosé du Sud » en hébreu — est leur vin le plus récent, et « l’avenir des vins du Néguev », claironne Goldwasser. « Il faut le vendanger tôt et laisser la peau un peu plus longtemps pour la saveur et la couleur. »

« Ce sont les minéraux du sol du Néguev qui donnent une certaine salinité et une saveur poivrée au vin », ajoute-t-il.

Le domaine Yatir est ouvert tous les jours de la semaine sauf le samedi. Il est possible de réserver des visites guidées du domaine et des dégustations de vin, accompagnées de plateaux de pain et de fromage, lesquelles ont lieu dans le centre d’accueil d’une capacité de 20 personnes.

Carmey Avdat

Les vieux vignerons de cette région ne savaient peut-être pas que les minéraux du sol étaient la clef de leur saveur, et ce alors même que cette bande de terre a longtemps abrité de vastes étendues de vignobles, rappelle l’historien Shahar Shilo, l’un des spécialistes mobilisés lors de la procédure de labellisation du Néguev.

À une heure de route, sur le site d’Avdat, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, de verdoyants vignobles poussent aux côtés des ruines d’une ancienne cité du désert qui contrôlait une partie de la route de l’encens entre Pétra et Gaza.

Ce vignoble public, planté en 2023 par l’Autorité israélienne de la nature et des parcs et ses partenaires, comte des cépages anciens connus sous les noms de Sariki, Beer et Dabouki, déjà cultivés dans la région il y a de cela 1 500 ans.

« Ils recréent les vignobles d’Avdat », explique Shilo. « Les vignobles s’étendaient à perte de vue. »

L’historien Shahar Shilo expliquant l’importance historique d’Avdat, un site antique du Néguev, le 24 mai 2026 (Jessica Steinberg/Times of Israel)

Le projet consiste, à terme, à produire du vin à partir de ces cépages anciens et à les commercialiser sous l’appellation Néguev.

Avdat est l’une des étapes de la carte des vins du Néguev, et le site antique se trouve à 15 minutes en voiture de Carmey Avdat, l’un des tout premiers domaines viticoles établis dans le Néguev.

Eyal Izrael, qui a fondé Carmey Avdat avec son épouse Hannah, explique sa femme et lui sont arrivés un jour de Haïfa sans avoir la certitude que les raisins pousseraient dans le désert. Ils ne connaissaient pas grand-chose au vin à l’époque.

« Ces vins sont différents », explique Izrael, qui a commencé par cultiver du cabernet sauvignon avant de passer aux vins blancs, et se targue aujourd’hui de produire 10 000 bouteilles par an, sous six étiquettes différentes. « Nous ne savions vraiment pas si ce vin serait buvable. »

Carmey Avdat a toujours donné une impression d’isolement, mais ces dernières années, il s’est bien fait connaitre.

Les vignobles de Carmey Avdat, dans le Néguev, le 24 mai 2026 (Jessica Steinberg/Times of Israel)

Les Izrael apprécient cette intimité et cette authenticité, au milieu desquelles ils offrent à la location 14 chalets et un café végétarien, signes que l’agro-tourisme a bien changé. Izrael propose d’ailleurs des formules qui plaisent à la clientèle, compte tenu des difficultés du pays.

Depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, Carmey Avdat offre des séjours de 24 heures aux réservistes et à leur conjoint(e), assortis d’un pique-nique composé de vins et de fromages du kibboutz Beeri, une communauté de la frontière de Gaza dévastée lors de l’attaque.

« Nous prenons soin d’eux pendant cette journée », explique-t-il

Domaine viticole jusque-là non casher, Carmey Avdat a élargi sa carte des vins en ajoutant trois références casher produites dans le domaine voisin de Ramat Neguev, et s’est doté d’une cuisine casher séparée fermée le jour de Shabbat, ce qui lui permet de proposer une offre à la clientèle qui respecte la casheroute.

Leurs vins sont vendus uniquement sur place, dans le centre d’accueil en forme de tonneau qui donne à voir quelques barriques anciennes.

« Je parle avec toutes les personnes qui achètent notre vin », assure Izrael.

Carmey Avdat est ouvert du lundi au samedi, et les visites peuvent inclure des dégustations dans le centre d’accueil, des repas au Café végétarien Mona et des séjours dans l’un des chalets, réservés aux couples adultes.

Domaine Pinto

L’expérience est différente au domaine Pinto, établi dans la ville en plein essor du désert de Yeruham.

La famille philanthropique Pinto s’est installée à Yeruham pour favoriser le développement touristique de cette petite ville située au bord du Grand Cratère, le petit cousin du fameux cratère Ramon, situé à Mitzpe Ramon. Cela a un jour donné lieu à la création du domaine Pinto, en partenariat avec des producteurs locaux et en plantant des vignobles près de Yeruham dans le Wadi Shualim, ou Vallée des Renards, d’où les renards en noir et blanc qui ornent les étiquettes.

David Pinto, du domaine Pinto, le 24 mai 2026 (Jessica Steinberg/Times of Israel)

Tanya et David Pinto n’ont pas grandi à Yeruham ; ils viennent du centre du pays, mais se sont installés dans cette ville du désert en 2023 avec leurs enfants pour y diriger le domaine viticole et ses vignobles environnants.

« Nous faisons du vin à cause du Néguev », explique Tanya Pinto.

Près de 90 % des vins de Pinto sont issus de leurs vignobles, et le vigneron Yaacov Oryah, un nom bien connu de l’industrie vinicole israélienne, a embouteillé le premier vin de Pinto en 2021. Ils produisent actuellement une moyenne de 170 000 bouteilles par an et travaillent à la création d’un Moscato.

Le vin des Pinto est vendu dans 10 pays, souligne David Pinto, et notamment dans le restaurant Shabour d’Assaf Granit, à Paris, étoilé Michelin.

« L’appellation est clairement un argument de vente », affirme Pinto, qui a dû retarder l’ouverture du nouveau centre d’accueil, un espace spacieux pour les dégustations et les groupes, lorsqu’il a été rappelé durant six mois dans la réserve, le 7-octobre. « C’est une marque, et cela fait la différence. »

Le domaine Pinto est ouvert au public du lundi au vendredi et peut recevoir des groupes jusqu’à 200 personnes dans ses vignobles, sans compter les visites et dégustations dans son centre d’accueil.

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