Pnina Tamano-Shata se bat dans un gouvernement qui ne fait rien
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La députée Pnina Tamano-Shata lors d'une conférence du parti Kakhol lavan à Rehovot, le 18 février 2020. (Avshalom Shoshani/Flash90)
La députée Pnina Tamano-Shata lors d'une conférence du parti Kakhol lavan à Rehovot, le 18 février 2020. (Avshalom Shoshani/Flash90)
Interview

Pnina Tamano-Shata se bat dans un gouvernement qui ne fait rien

La première ministre éthiopienne du gouvernement israélien a prouvé qu’une crise politique durable peut être un bon moment pour opérer des changements

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

La ministre de l’Intégration, Pnina Tamano-Shata, a innové avec sa nomination au cabinet en mai. Elle est la première ministre éthiopienne dans l’histoire d’Israël.

Le fait d’innover ne signifie pas, bien entendu, qu’il faut mettre fin aux anciennes inégalités. Tamano-Shata est issue d’une nouvelle élite de la communauté, qui est issue d’une immigration difficile et qui a réussi à briser les plafonds de verre enracinés dans l’ensemble des institutions et des carrières israéliennes, de l’université à l’armée en passant par la politique et le monde des affaires.

Mais la plupart des Juifs éthiopiens en Israël sont encore aux prises avec les contrecoups de leur alyah et une politique d’intégration mal conçue dans les années 1980 et 1990. L’installation de la communauté juive éthiopienne en Israël a traversé le plus grand fossé économique et culturel de tous les groupes d’immigrants depuis les années 1950.

Le succès même de Tamano-Shata, depuis son enfance dans un centre d’intégration jusqu’à sa carrière d’activiste, de journaliste et de politicienne, lui a inculqué un sens intense de la responsabilité envers cette communauté, un sentiment évident tout au long de sa récente interview avec le Times of Israel, qui a été réalisée le mois dernier sur Zoom. La société israélienne, a-t-elle précisé, veut voir ses communautés d’immigrants réussir, mais a besoin de beaucoup d’aide pour y parvenir.

« Je crois que si nous voulons bien intégrer, le premier obstacle est la langue. La langue. Pour trouver du travail, trouver un logement, il y a des oulpanim [programmes d’étude de l’hébreu pour les nouveaux immigrants] », note Tamano-Shata, « mais ce n’est pas suffisant ».

La députée Pnina Tamano-Shata (à gauche) avec des sympathisants d’Avera Mengistu protestent alors qu’ils réclament sa libération par le Hamas cinq ans après son enlèvement, à Tel Aviv, le 8 septembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

« J’aime l’hébreu. Quand j’ai fait l’alyah à l’âge de 3 ans, l’un de mes premiers souvenirs a été de tomber amoureuse de la langue hébraïque. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si j’ai ensuite fait des études de droit et suis devenue avocate. Et de manière générale, par le passé, mais ne l’écrivez pas, je suis une chanteuse amoureuse de l’hébreu ».

« Pourquoi ne pas le mentionner ? » lui a-t-on demandé.

Légèrement gênée, Tamano-Shata répondit : « D’accord, vous pouvez écrire ça, mais c’est un point secondaire ».

Le point principal : « Je peux vous dire que de nombreux immigrants qui ont suivi le programme de base des oulpanim disent qu’ils ne connaissent toujours pas l’hébreu et que cela rend tout plus difficile ».

Nous avons été parmi les premières familles d’Ethiopie à arriver à Petah Tikva. Nous étions un élément inhabituel du paysage. La différence de couleur était difficile à ignorer.

Les entretiens avec les ministres suivent un schéma : le journaliste soulève des problèmes sociaux ou politiques, le ministre reconnaît que les problèmes sont sérieux et insiste sur le fait qu’il s’engage à les résoudre. La conversation passe ensuite à des questions plus pointues sur le dernier cycle de la politique.

Ce n’est pas le cas avec Tamano-Shata. Rien dans la conversation ne s’est révélé sans qu’elle n’ait de solutions politiques spécifiques, de sources budgétaires et de noms de fonctionnaires et d’agences qui coopéraient déjà avec elle pour mettre en œuvre le nouveau programme.

Tamano-Shata a l’esprit d’un décideur politique. Elle s’ennuie et est malheureuse lorsqu’elle aborde des sujets de politique, puis devient animée et commence à parler plus vite lorsque la conversation porte sur la stratégie. On se rend vite compte que la seule façon de suivre le rythme est de l’interrompre avec des questions.

Cours de judaïsme au centre d’intégration Hanita à Haïfa. (Bernard Dichek/Times d’Israël)

« J’ai donc conçu un programme » pour faire face au manque d’éducation en hébreu pour les immigrés, commence-t-elle. « Et avec la coopération de l’Association des centres communautaires pour ouvrir les cours du soir d’hébreu pour tous, même si vous êtes dans le pays depuis dix ans ou quinze ans. Si vous voulez apprendre l’hébreu, cela doit être possible, offert par l’État, et non limité à votre première année ou aux six premiers mois [dans le pays]. C’est très, très, très important ».

Comment payez-vous cela ?

L’échange ci-dessus caractérise l’ensemble de l’interview.

Elle a continué : « Je vais davantage prendre en charge les soldats seuls immigrés. La première année après leur démobilisation est un choc, ils sont seuls ici. Je ne veux pas les voir quitter l’appartement qui leur a été donné par l’armée [pendant leur période de service] et se retrouver soudain sans meubles et incapable de louer un appartement. Ils n’ont pas tous les éléments de base que des parents peuvent apporter. Je ne viens pas des couches aisées de la société. J’ai dû me débrouiller dès mon plus jeune âge. Je me suis retrouvée après l’armée – même si mes parents étaient là et étaient merveilleux, ils ne pouvaient pas m’aider – et je me souviens de cette anxiété de devoir prendre un prêt pour louer un appartement avec une amie. C’était très difficile. Nous allons donc leur donner une ‘bourse d’acclimatation’ chaque mois pour les aider ».

Des jeunes filles éthiopiennes vêtues de robes blanches traditionnelles tiennent un panier de fruits et de légumes alors qu’elles se tiennent dans un champ, à l’approche de la fête juive de Shavouot. (Dudu Greenspan/Flash90)

Il existe au moins une demi-douzaine de programmes de ce type, tous préparés, pour la plupart en collaboration avec les agences compétentes, et tous coûteux. Comment, a demandé le Times of Israel, envisageait-elle de les financer en plein marasme économique sans précédent et alors que le gouvernement est confronté à un déficit budgétaire colossal ?

C’est justement cela, a-t-elle fait remarquer, en reprenant le vieil adage selon lequel il est terrible de gaspiller une crise : des milliards de shekels sont dépensés pour soutenir une économie dévastée par la pandémie. D’une certaine manière, si la cause est bien formulée et bien négociée, il y a plus d’argent public à obtenir actuellement pour de nouveaux programmes et projets qu’à n’importe quel moment au cours des 15 dernières années.

Lorsque le Premier ministre Benjamin Netanyahu a promis d’envoyer à tous les Israéliens des chèques de « relance » d’un montant total de quelque 6 milliards de NIS – un geste décrié par certains responsables comme une réponse populiste aux chiffres des sondages en baisse du Premier ministre – le parti Kakhol lavan a exigé que les dépenses favorisent les pauvres et les nouveaux chômeurs. La subvention unique de 750 shekels par personne accordée par le plan était loin d’être suffisante pour une personne qui avait perdu son emploi, et était trop faible pour être remarquée par la classe moyenne ou les ménages riches. Si les subventions n’étaient pas destinées à ceux qui en avaient besoin, quel était l’intérêt ?

Des soldats isolés reçoivent de l’aide pour faire face à la bureaucratie gouvernementale lors d’un événement sponsorisé par Nefesh B’Nefesh, les Amis de Tsahal et les ministères du gouvernement israélien en 2015. (Avec l’aimable autorisation de Yonit Schiller/Nefesh B’Nefesh)

Cette demande a déclenché un débat bref mais féroce au sein du gouvernement sur la question de savoir qui devrait être inclus dans les groupes favorisés dont les subventions seraient plus élevées. Après que Tamano-Shata est entrée en lice et a soulevé la question avec ses propres députés Kakhol lavan ainsi qu’avec les ministres du Likud, y compris lors de discussions avec le ministre des Finances Israel Katz, les nouveaux immigrants ont été inclus parmi les cinq groupes favorisés qui recevaient des chèques plus élevés que les autres.

En fin de compte, dit-elle, « c’était un débat sur les chiffres. Je leur ai montré que les immigrés, au cours de leurs deux premières années dans le pays, sont confrontés à un taux de chômage de 28 % » – un chiffre datant d’avant la pandémie.

Elle a découvert qu’il y avait un autre problème. Les allocations sociales des nouveaux immigrants ne leur étaient pas versées par la principale agence nationale de protection sociale, la Caisse d’Assurance Nationale (CAN), avant un an de séjour dans le pays. Afin de rationaliser la bureaucratie pour les nouveaux arrivants, les prestations sociales sont fournies par le ministère de l’Intégration en même temps que les prestations régulières d’immigration. Résultat : puisque le gouvernement utilisait la CAN pour verser les allocations pour le coronavirus, les immigrants ont été ignorés. Il a fallu à Tamano-Shata une série de discussions intensives avec des ministres et des fonctionnaires pour s’assurer que les fonds étaient correctement affectés aux nouveaux immigrants.

Un groupe de 23 Brésiliens immigrant en Israël via l’Ethiopie, au mois de mai 2020. (Crédit : ONG Olim do Brasil via JTA)

C’était une véritable pression. Au total, 27 millions de shekels (6,75 millions d’euros) non prévus au budget ont été consacrés à l’extension de l’aide financière aux immigrants, 42 millions de NIS (10,5 millions d’euros) à de nouveaux programmes d’emploi et de formation professionnelle, et 11 millions de NIS (2,75 millions d’euros) à des bons pour des études d’hébreu – tous tirés des différents plans de sauvetage du gouvernement contre le coronavirus.

« Je suis très fière de cela », dit-elle. « Ma présence ici s’exprime dans ma capacité à me battre pour les immigrés. C’est mon engagement. Je suis heureuse que cela ait déjà porté quelques fruits ».

Elle a raison d’être fière. Il est difficile d’exagérer à quel point le rôle de chaque ministre est devenu central pour attirer les fonds nouvellement disponibles pour le coronavirus dans leur ministère. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu continue de refuser de légiférer sur une loi de budget de l’État, et refuse même d’autoriser le ministère des Finances à préparer un tel budget couvrant toute période au-delà de la fin de l’année. Cela signifie qu’aucune équipe de planification centrale ne coordonne et ne classe par ordre de priorité toutes les dépenses induites par la pandémie. L’argent est soudainement disponible en quantités sans précédent – le budget annuel de l’État, qui s’élève à environ 400 milliards de NIS, devrait passer à quelque 550 milliards de NIS en 2020 en raison des dépenses liées au virus – mais chaque ministre doit marchander et exiger une part des largesses pour son domaine particulier.

La ministre de l’Intégration Pnina Tamano-Shata accueille les nouveaux immigrants en Israël, le 3 août 2020. (Shlomi Amsalem)

Si la pandémie signifie plus d’argent, elle a également entraîné une série de nouveaux problèmes pour le ministère. Il n’y a aucun moment de grâce dans la tempête provoquée par le virus, du moins pas pour un ministère qui s’occupe du bien-être d’immigrants souvent pauvres.

La pandémie a entraîné un immense bouleversement institutionnel pour le ministère et son budget annuel pré-pandémique de 1,7 milliard de NIS. « J’ai 74 campus de logement dans lesquels vivent plus de 13 000 personnes âgées et qui sont sous la responsabilité du ministère de l’Intégration », note Tamano-Shata. « Nous avons du personnel qui prend les températures et vérifie constamment que tout le monde va bien. Nous mettons en quarantaine les nouveaux immigrants qui arrivent en Israël. Toutes ces choses sont une opération majeure. Tout le ministère a dû se réoutiller pour fournir des services de manière à être protégé contre le coronavirus ».

Anoussim

Petite-fille d’un kais, ou rabbin juif éthiopien, Tamano-Shata est issue d’une importante famille juive éthiopienne dont les racines remontent au légendaire Abba Mahari, le célèbre chef spirituel juif éthiopien dont la tentative ratée de 1862 pour atteindre la terre sainte est considérée aujourd’hui par les juifs éthiopiens comme un signe avant-coureur prophétique de leur départ pour Israël plus d’un siècle plus tard.

Sa famille est venue en Israël dans le cadre de l’opération Moïse en 1984. Mais cela s’est fait au coup par coup.

Nouveaux immigrants éthiopiens embarquant dans un avion en route d’Addis-Abeba vers Israël pendant l’opération Salomon, 1991. (Natan Alpert/GPO)

« Je me souviens de l’immigration comme d’un moment important, mais aussi traumatisant. J’ai été séparé de ma mère, qui est restée dans le camp de réfugiés. La nuit du transfert en camion vers l’avion israélien, le camion dans lequel se trouvait ma mère et deux de mes sœurs est resté coincé. Le reste de ma famille, y compris moi-même à l’âge de 3 ans, est arrivé à l’avion, et c’est seulement là que nous avons découvert, lorsque les portes se sont fermées, que ma mère et mes deux sœurs avaient été laissées sur place.

« J’ai eu une chance incroyable. Elle est arrivée en Israël environ un an plus tard, une année critique pour ma famille. Le rêve qui s’est réalisé, le rêve de Sion, le rêve de Jérusalem, celui pour lequel les Juifs d’Éthiopie ont prié pendant des milliers d’années, était un rêve qui comportait aussi des défis de séparation, de familles déchirées. Mais j’ai eu beaucoup de chance, ma famille a été réunie ».

Elle est convaincue jusqu’à ce jour que « toute personne qui a vécu l’immigration dans sa vie, même à un très jeune âge, c’est quelque chose qui reste avec vous et qui façonne votre identité tout au long de votre vie ».

Tamano-Shata a vécu dans un centre d’intégration jusqu’à l’âge de sept ans avant de déménager dans un appartement dans la ville centrale de Petah Tikva.

« Nous étions parmi les premières familles d’Ethiopie à arriver à Petah Tikva. Nous étions un élément inhabituel du paysage. La différence de couleur était difficile à ignorer, et bien sûr notre langue. »

La députée Pnina Tamano-Shata à la Knesset, le 12 juillet 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Elle a excellé dans ses études, a fait partie d’un programme pour élèves douées dans son lycée religieux pour filles, a ensuite servi comme sergent des opérations dans le Commandement du Front intérieur de Tsahal, a obtenu son diplôme de droit et ensuite, en 2018, alors qu’elle était déjà députée, une maîtrise en politique publique de l’université de Tel-Aviv, qu’elle a obtenue avec mention.

Son activisme a également commencé dès son plus jeune âge. Adolescente, elle a fondé des clubs pour les jeunes à risque. Elle a été une étudiante militante à l’université, a fait campagne contre une politique très critiquée dans les années 2000 qui a vu les dons de sang éthiopiens détruits par la peur du VIH, et a dirigé le tollé public lorsque certaines écoles religieuses ont refusé d’accepter des étudiants juifs éthiopiens.

Elle est entrée dans le journalisme en 2005, devenant l’une des présentatrices d’un journal télévisé du vendredi sur la chaîne publique alors appelée Première chaîne. Elle a ensuite été la correspondante juridique de la chaîne de 2008 jusqu’à ce qu’elle rejoigne le parti Yesh Atid en 2012 et soit élue à la 19e Knesset en 2013, devenant ainsi la toute première femme juive éthiopienne à siéger au Parlement.

Elle est restée avec Yesh Atid jusqu’au 29 mars de cette année, date à laquelle elle a rejoint la moitié de l’ancienne alliance Kakhol lavan dirigée par Benny Gantz, qui est entrée dans la coalition d’unité avec le parti Likud de Netanyahu, un revirement qui a suscité de nombreuses critiques de la part du public.

Cette juxtaposition d’un début de vie difficile et de son ascension rapide dans le journalisme et la politique israéliens influence une grande partie de son action. Elle est arrivée au ministère de l’Intégration avec une longue liste de solutions à des problèmes que d’autres n’ont guère remarqués – et avec quelques convictions, elle dit « réveillez-moi la nuit ».

Illustration : Un centre d’intégration dans la ville de Safed, au nord d’Israël. (Autorisation)

Le Times of Israel a posé des questions sur la communauté juive éthiopienne qui subsiste encore en Éthiopie, les « Falash Mura », qui descendent de juifs convertis au christianisme et qui ont cherché à revenir au judaïsme et à s’installer en Israël ces dernières années. Après l’arrivée des Juifs « Beta Israel » dans les années 1990, le gouvernement a été divisé sur l’acceptation en Israël d’une communauté se réclamant de la descendance juive mais qui, contrairement à la famille et à la communauté de Tamano-Shata, n’a pas droit à la citoyenneté en vertu de la Loi du retour.

Tamano-Shata rejette catégoriquement de tels scrupules.

« Il n’y a pas de doute aujourd’hui qu’ils sont anoussim« , c’est-à-dire des Juifs contraints de se convertir dans les générations précédentes mais qui ont gardé la conscience d’être Juifs. « Même pour moi, une descendante d’une longue lignée de kaisim » – c’est-à-dire une personne profondément enracinée dans le camp Bêta Israël – « il est clair qu’il y a un consensus parmi les kaisim et parmi tous les autres sur le fait qu’ils doivent bénéficier de l’alyah. Ils sont revenus au judaïsme ».

Et il y a une question plus fondamentale en jeu que leur identité, ajoute-t-elle.

« Soyons honnêtes. Les familles ont été déchirées » par le rythme lent et fragmenté – certains pourraient dire à contrecœur – de l’immigration autorisée par le gouvernement israélien aux Falash Mura. « Les permis d’immigration ont été délivrés à des fragments de familles – deux enfants ici, le reste des enfants là-bas, des parents qui ont dû choisir entre les enfants qui sont venus ici et ceux qui sont restés là-bas. Ce n’est pas juif. Nous devons en finir avec cette question. Je vis au sein de ma communauté. Je vois la souffrance. Et il n’y a plus aucun débat au sein de la communauté pour savoir s’ils font partie de notre communauté. Nous ne parlons que d’une poignée de milliers, entre 7 000 et 10 000. Nous pouvons les intégrer et fermer les camps [de transit] [en Éthiopie] ».

Des membres de la communauté Falashmura à l’aéroport, Ben Gurion de Tel Aviv, le 4 février 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« C’est une question humanitaire, une question apolitique. Tout le monde bénéficie d’un cadre qui accélère l’immigration tout en fermant les camps. Je n’accepterai pas de faire traîner les choses avec 400 [immigrants par mois]. Laissez-moi un an ou deux pour finir le travail, et nous fermerons les camps ».

Là aussi, elle a déjà un plan. Elle a organisé des réunions avec des fonctionnaires du bureau du Premier ministre et du ministère de l’Intérieur, s’est entretenue avec l’ambassadeur éthiopien et a élaboré un projet de décision du cabinet qui a déjà fait le tour des ministères concernés. Elle a présenté son plan (lien vidéo en hébreu) à la Knesset le 19 août. Le plan estime qu’il reste environ 8 000 Falash Mura en Ethiopie et qu’il y en aurait 4 500 en Israël d’ici la fin de l’année, et les 3 500 restants d’ici 2022, ce qui entraînerait la fermeture des camps. Le plan devrait être soumis au vote du cabinet dans les semaines à venir.

En moins de quatre mois de travail, Tamano-Shata a réussi à mettre en place de nouvelles politiques et à augmenter le financement de son ministère, malgré un gouvernement dans l’impasse et un budget gelé. Son secret : ignorer le bruit politique.

Ou comme elle le dit lorsqu’on l’interroge sur les relations parfois délicates du ministère avec les organisations d’alyah : « Je n’aime pas les systèmes compliqués, je n’aime pas la bureaucratie. J’aime les solutions ».

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