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Des Gazaouis collectant de l'eau potable, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 13 juillet 2025. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Des Gazaouis collectant de l'eau potable, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 13 juillet 2025. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Pour les Gazaouis, le quotidien est une lutte sisyphéenne pour les biens de première nécessité

Même ceux qui ont une maison et de l’argent disent ne pas s’en sortir et payer ce qu’ils peuvent dans cette lutte sans fin contre la faim et d’autres avanies

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Ces derniers mois, la dégradation de la situation humanitaire dans la bande de Gaza a fait de la satisfaction des besoins les plus élémentaires de la vie – l’eau, la nourriture et la sécurité – une épreuve quotidienne.

Et pour beaucoup de Gazaouis, quels que soient leurs efforts, ils ne dormiront pas le ventre plein voire ne dormiront pas tout court.

Père de trois enfants avec lesquels il vit dans la ville de Gaza, Anas Arafat s’est confié au Times of Israel : il dit de la vie en temps de guerre que c’est une lutte acharnée pour la survie, du soir au matin. « On va à l’essentiel », explique-t-il.

Arafat vit dans un immeuble du quartier d’al-Daraj, dans la partie nord-ouest de la ville de Gaza. Depuis le début de la guerre, à cause de la surpopulation et des risques de bombardements de Tsahal, Arafat a plusieurs fois changé de quartier tout en restant dans la ville qui l’a vu naitre. Il loue actuellement un appartement à un ami.

Contrairement aux centaines de milliers de Gazaouis qui vivent dans des tentes, dans des camps de déplacés, Arafat a, chez lui, une salle de bain un peu bricolée mais fonctionnelle. Il a pu conserver ses affaires, et notamment ses vêtements et ustensiles de cuisine, ceux d’avant la guerre.

Avec un pécule qui lui permet d’acheter de la nourriture, de l’eau et de l’électricité pour recharger son téléphone, Arafat est à bien des égards mieux loti que bien des Gazaouis qui, faute de moyens, sont sans ressources, pour ainsi dire à la rue et à la merci de distributions d’aide peu fréquentes qui impliquent de surcroit de longs déplacements qui ne sont pas sans risques, loin s’en faut.

Pourtant, cette existence relativement supportable n’en est pas moins faite de difficultés permanentes ou presque. Pour Arafat et d’autres qui, comme lui, se sont confiés au Times of Israel pour parler de la vie quotidienne dans la bande de Gaza, la survie est une lutte quotidienne sisyphéenne faite de faim, d’obscurité et de profondes incertitudes.

« Hier matin, je suis sorti voir si quelqu’un vendait de l’eau, pour pouvoir nous laver et laver des choses », explique Arafat au Times of Israel par téléphone. « J’ai commencé vers 7 heures du matin et j’ai trouvé vers 9 heures. Ensuite, j’ai cherché de l’eau potable – deux ou trois cruches. Nous avons besoin d’eau pour nous laver et faire la lessive chaque jour. Même l’eau que nous achetons pour boire n’est pas 100% sûre, mais c’est tout ce qu’il y a. »

Le quartier d’Arafat a été pris pour cible par l’armée israélienne à plusieurs reprises depuis le début de la guerre mais le bâtiment dans lequel il vit actuellement reste habitable.

Selon des images satellite et des déclarations de l’ONU, de grandes parties de Gaza ont été totalement détruites, dont la pointe nord et l’est de la bande de Gaza, une grande partie de Rafah et de grandes parties de Khan Younès, dans le sud de la bande. En janvier dernier, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU 92 % des bâtiments de Gaza.

Une vue aérienne d’un quartier dévasté par la guerre, dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, le 2 avril 2025. (Crédit : Bashar Taleb/AFP)

Cependant, dans l’ouest de la ville de Gaza, là où l’essentiel des opérations terrestres de Tsahal l’ont été dans les tout premiers mois de la guerre, il reste des zones entières avec des bâtiments habitables. Il en va de même pour Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, où l’armée israélienne a mené peu d’opérations terrestres.

La vie à Gaza avant la guerre n’était déjà pas des plus faciles.

Depuis 2007, date à laquelle l’organisation terroriste du Hamas a pris le pouvoir lors d’un violent coup d’État, les restrictions israéliennes en matière de libre-circulation des personnes et des biens à l’intérieur comme à l’extérieur de la bande de Gaza, sans oublier les politiques du Hamas, ont fait de l’enclave un désastre économique, avec un chômage très élevé et une forte dépendance envers l’aide étrangère.

Selon Israël, l’embargo sur Gaza était nécessaire pour empêcher le Hamas de reconstituer sa branche armée. Mais malgré tout, le Hamas a réussi à se doter d’une puissante force de combat et forer des milliers de tunnels pour poursuivre ses activités sous la bande de Gaza.

La guerre a éclaté le 7 octobre 2023, lorsque le Hamas a déchaîné cette force dans le sud d’Israël lors d’une attaque surprise qui a tué 1 200 personnes et fait 251 otages, surtout des civils. Les terroristes de Gaza détiennent toujours 50 otages.

Israël mettra, dit-il, fin à la guerre et rouvrira les vannes de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza une fois que le Hamas aura rendu aux otages leur liberté et déposé les armes. Il tient en effet le groupe terroriste pour responsable des malheurs qui frappent la population de Gaza.

Des manifestants brandissent des affiches des otages devant une capture d’écran issue d’une vidéo du Hamas de l’otage Evyatar David, le 2 août 2025. (Paulina Patimer/ Forum des otages et des familles de disparus)

Déjà avant-guerre, les plus modestes, à Gaza, dépendaient de l’aide humanitaire et l’électricité, à l’instar d’autres biens et services de première nécessité, était souvent rare, mais il était encore possible d’y gagner sa vie.

Ancien avocat et membre de l’importante classe des professions libérales de la bande de Gaza, Arafat évoque les dîners au restaurant, les week-ends avec les amis et la vie sociale florissante de son ancien quartier. D’autres allaient au café ou à la plage, de temps en temps.

Ce qui fonctionne encore à Gaza, c’est le réseau mobile, sans lequel le Times of Israel ne pourrait pas communiquer avec les habitants pour tenter de comprendre à quoi ressemble leur vie quotidienne.

Le réseau repose sur des infrastructures locales exploitées par des sociétés de télécommunications palestiniennes, dont certaines ont été endommagées pendant la guerre et partiellement réparées par les Palestiniens, en coordination avec Israël, ainsi que des relais situés en territoire israélien, près de la frontière de Gaza.

Tous les autres privilèges de la vie moderne, que ce soit l’accès constant à la nourriture et à l’eau, ont disparu, disent les Gazaouis.

« Chaque jour, chaque membre de la famille reçoit un pain pita pour 24 heures », témoigne Mouin Hilu, qui a 10 enfants et deux petits-enfants. « Sans cela, ils dorment le ventre vide. Depuis trois-quatre mois, nous ne mangeons plus correctement. Chaque soir, nous nous couchons le ventre vide, en attendant le matin, en espérant peut-être que le lendemain, il y ait quelque chose. »

La soif

La pénurie d’eau à Gaza existait déjà avant-guerre et la crise s’est aggravée depuis le début du conflit.

Avant-guerre, les Gazaouis disposaient de l’eau achetée par l’Autorité palestinienne à la société israélienne Mekorot, et sans compter l’accès à des puits et des installations de dessalement de la bande de Gaza.

Or, de nombreux puits gazaouis ont été endommagés par les bombardements israéliens. Par ailleurs, en novembre 2023, peu après le pogrom commis par le Hamas le 7 octobre, Israël a annoncé la fin de la vente d’eau à Gaza.

L’approvisionnement a été progressivement rétabli dans les mois qui ont suivi mais les dégâts infligés aux infrastructures restent importants. L’usine de dessalement de Gaza a cessé de fonctionner lorsqu’Israël a coupé l’électricité dans la bande de Gaza en mars 2025.

Le 26 juillet dernier, Israël a annoncé le prochain rétablissement de l’alimentation électrique de cette installation, mais jusqu’à présent, ni l’ONU ni les sources locales dans la bande de Gaza n’ont confirmé ce qu’il en était.

Dans les logements de Gaza, donc, les canalisations ne fonctionnent pas correctement et il n’y a pas d’eau courante, que ce soit pour aller aux toilettes, se laver, faire la cuisine ou simplement boire.

Des Gazaouis à bord d’un camion chargé de vivres et d’aide humanitaire circulant dans le corridor de Morag, près de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 4 août 2025. (Crédit : Mariam Dagga/AP)

Pour faire fonctionner ses toilettes et sa douche, Arafat achète de l’eau à un vendeur qui remplit une citerne tous les quatre jours pour 100 shekels à chaque fois – une somme astronomique et hors de portée de nombreux habitants de l’enclave. Les douches sont donc un luxe rarissime, et lorsqu’il y a de l’eau, elle est froide parce qu’il n’y a ni électricité ni chauffe-eau solaire fonctionnel.

« Quand on peut se laver une fois par semaine, on est chanceux », confie Arafat. « L’hygiène s’est détériorée ; le savon et le shampoing coûtent cher. »

Pour l’eau potable, « il y a trois ou quatre véhicules pour toute la zone qui distribuent de l’eau gratuitement », explique Arafat en parlant manifestement des camions affrétés par les organisations humanitaires.

Mais l’accès est limité et l’offre dépasse la demande, « il faut donc l’acheter ».

Des fournisseurs privés proposent de l’eau potable pour 8 à 10 shekels par jour, ce qui couvre les besoins de la famille d’Arafat, plutôt petite par rapport à ce qui se fait Gaza. Il dit ignorer d’où vient cette eau.

Des Palestiniens font la queue avec leurs bidons dans l’attente de l’arrivée d’un camion d’eau, dans le camp de réfugiés de Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, le 17 juillet 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

Hilu explique au Times of Israël, par téléphone, que « chaque matin, mon premier souci est d’aller chercher de l’eau potable et de l’eau pour me laver ».

« Au moment où nous parlons, mes enfants sont en bas avec les bidons d’eau : ils font la queue près des camions qui vendent de l’eau. Difficile d’imaginer pareil spectacle – des hommes, des femmes et des enfants qui courent après des camions-citernes », commente-t-il.

Le peu d’eau que sa famille se procure est bue ou leur sert à cuisiner, mais ils n’en ont pas assez pour prendre une douche chaque jour, regrette Hilu.

La faim

« Une fois réglée la question de l’eau, nous cherchons du bois de chauffage pour pouvoir cuisiner », poursuit Arafat. « Il n’y a pas ni gaz, ni carburant – rien. Jour après jour, nous partons à la recherche de bois de chauffage pour que nos enfants puissent manger. Certains brûlent du plastique parce que le bois de chauffage est trop cher. »

Arafat et Hilu cuisinent chez eux avec leurs ustensiles d’avant la guerre, mais comme il n’y a pas de gaz, la cuisine se fait avec du bois de chauffage, sur une flamme nue, dans la cuisine.

Se procurer quelque chose à cuisiner est encore une autre affaire.

« La farine est un produit de base », rappelle Hilu. « Mais c’est incroyablement cher. »

Hilu et Arafat, qui ont témoigné pour le Times of Israel le 27 juillet dernier, disent acheter de la nourriture sur les marchés de Gaza qui résistent. On les trouve dans des quartiers où des bâtiments sont encore debout, comme dans l’ouest de la ville de Gaza ou dans les camps de Nuseirat et Deir al-Balah, mais pas à proximité des camps de déplacés.

Les prix peuvent y être extrêmement élevés et volatils, dépendant du temps qui s’est écoulé depuis l’arrivée des derniers camions d’aide.

Hilu explique que la farine coûte en ce moment 40 à 50 shekels le kilo, alors que 10 jours plus tôt, elle se vendait 150 à 200 shekels le kilo.

Des Gazaouis recevant des repas distribués par des bénévoles, à Gaza-City, le 28 juillet 2025. (Crédit : Ali Hassan/Flash90)

« J’ai écouté les informations toute la nuit : ils ont dit que des camions d’aide arriveraient aujourd’hui ou demain. Je pensais pouvoir acheter de la farine à cinq shekels le kilo, mais elle reste à 40 shekels », déplore-t-il. « Rien n’a changé. »

Le grand-père explique que sa famille achète chaque jour de quoi manger pour 24h. Quelques heures avant de s’entretenir avec le Times of Israel, il a acheté un kilogramme de lentilles pour 70 shekels et un kilogramme et demi de farine pour 60 shekels.

« C’est ce que nous allons manger aujourd’hui. Demain? Je n’en ai aucune idée « , avoue-t-il.

Arafat explique pour sa part avoir fait des réserves mois plus tôt, lorsque les prix étaient plus bas, ce qui permet à sa famille d’avoir un accès stable mais peu varié en aliments.

« Nous avons des lentilles et des pâtes – nous mangeons des lentilles un jour, des pâtes le lendemain. J’ai acheté cinq ou six kilos de lentilles à une époque où il y avait davantage d’aide et où les prix étaient plus bas », précise-t-il.

Des Gazaouis transportant l’aide humanitaire qu’ils ont reçue dans le corridor de Rafah, marchant dans le quartier d’al-Mawasi, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 30 juillet 2025. (Crédit : AFP)

À l’exception de quelques mois, à l’été 2024, Israël interdit l’importation à titre privé de biens pendant la guerre, ce qui signifie que les vivres et autres produits de première nécessité ne sont normalement accessibles qu’auprès des organisations humanitaires internationales, et ce, gratuitement. Mais ces derniers jours, Israël a de nouveau autorisé l’entrée de marchandises commerciales dans la bande de Gaza.

Il peut être incroyablement difficile de se procurer de l’aide : en effet, les organisations internationales ne disposent que de stocks limités et chaque jour, on rapporte des incidents mortels à proximité des installations gérées par la Fondation humanitaire de Gaza, soutenue par Israël et les États-Unis, qui reçoit désormais la plupart des fournitures.

Les Gazaouis qui en ont les moyens préfèrent généralement acheter de la nourriture sur les marchés qui sont encore en activité, bien qu’une grande partie des biens qu’ils vendent provienne de détournements de l’aide.

On ignore dans quelle mesure le Hamas est impliqué dans ces vols.

Depuis le début de la guerre, Israël répète que le Hamas vole l’aide humanitaire envoyée à Gaza – en particulier l’aide fournie par l’intermédiaire de l’ONU et des organisations internationales – qu’il revend pour financer ses activités terroristes.

Cet argument a été utilisé pour justifier les restrictions à l’entrée de nourriture et de fournitures dans la bande de Gaza.

Cependant, de hauts responsables militaires ont déclaré au New York Times, le mois dernier, qu’il n’existait aucune preuve que le Hamas détournait de manière organisée l’aide de l’ONU, première source d’aide humanitaire à Gaza pendant la majeure partie de la guerre. Toutfois, selon des estimations publiées par les Nations unies la semaine dernière, près de neuf camions sur dix transportant de l’aide humanitaire à destination de Gaza ont été pillés au cours des derniers mois, soit par des Gazaouis affamés, soit par des groupes armés, avant d’atteindre leur destination.

Une femme est assise près du plat qu’elle est en train de faire cuire pendant que des enfants jouent, dans le sud de la bande de Gaza, le 18 décembre 2023. (Crédit : Mahmoud Hams / AFP)

Les deux hommes s’accordent à dire que les pénuries alimentaires sur les marchés se sont aggravées ces tout derniers mois et que les prix ont beaucoup augmenté, surtout au moment où Israël a interrompu l’aide humanitaire, deux mois durant, entre mars et avril de cette année, puis lorsqu’il a empêché l’ONU de travailler en faveur de la Fondation Humanitaire de Gaza.

Contrairement à Arafat et Hilu, nombre de Gazaouis n’ont pas les moyens d’acheter sur les marchés et n’ont pas de réserves, ce qui les rend totalement dépendants de l’aide, dans des quantités limitées, et des cuisines publiques qui fournissent des repas chauds à ceux qui endurent des pénuries alimentaires. Selon les estimations des organisations humanitaires, ils sont des dizaines de milliers à Gaza à entrer dans cette catégorie.

« Le plus dur, c’est pour les enfants. Nous leur donnons deux repas par jour. Souvent, ce ne sont pas de vrais repas, juste quelque chose pour calmer la faim. »

Ces dernières semaines, la presse bruisse de rumeurs de famine généralisée dans la bande de Gaza, les autorités sanitaires contrôlées par le Hamas à Gaza faisant état de dizaines de morts dues à la faim. Ces chiffres sont contestés par Israël.

Le 1er août dernier, World Central Kitchen a déclaré fournir 90 000 repas par jour aux Gazaouis lorsque les approvisionnements le permettent, ce qui est bien en deçà du besoin et s’explique par les restrictions militaires israéliennes qui entravent l’acheminement de l’aide humanitaire vers leurs installations. World Central Kitchen fournit en ce moment des vivres à 25 cuisines communautaires, contre plus de 90 plus tôt dans la guerre.

« Notre moindre capacité à servir des repas chauds, ajoutée à la moindre disponibilité de vivres par d’autres moyens à Gaza, à commencer par les petits marchés de quartier, font que les besoins dépassent de loin notre offre », explique l’ONG.

Des enfants attendent avec des casseroles les repas d’une cuisine caritative dans la ville de Gaza, le 14 juillet 2025. (Crédit : Bashar TALEB / AFP)

Arafat et Hilu estiment tous deux que la nourriture qu’ils achètent et cuisinent ne suffit pas à faire trois vrais repas chaque jour.

« Le plus dur, c’est pour les enfants », concède Arafat. « Nous leur donnons deux repas par jour, un en milieu de matinée, l’autre l’après-midi. Nous ne pouvons pas nous permettre d’en faire trois. Et ce ne sont pas de vrais repas, juste quelque chose pour calmer la faim. Nous achetons entre 2 et 4 kilos de farine par jour. Si c’est trop cher, nous cherchons des alternatives, comme par exemple un bol de houmous le matin. »

L’impuissance

Les deux hommes vivent dans des maisons en dur, à l’intérieur de la ville de Gaza : ils n’ont dû être relogés dans des tentes ou des abris, qui se traduisent par des conditions de vie plus difficiles à cause de l’absence de sanitaires, de douches et de nourriture et en raison de la surpopulation.

Selon l’ONU, plus d’un million de Gazaouis vivent dans des abris temporaires à Gaza, certains dans des camps de déplacés, d’autres ça et là, parfois sur des ronds-points.

Même ceux qui vivent dans des maisons en dur n’ont pas d’électricité. Les vêtements sont lavés à la main et les nuits se passent à la lueur des bougies.

L’électricité était déjà limitée à Gaza avant la guerre : elle est aujourd’hui totalement indisponible.

Ces dernières années, Israël vendait de l’électricité à l’Autorité palestinienne, qui la transférait à la bande de Gaza : une seule centrale électrique à Gaza produisait de l’électricité à partir de carburant importé d’Israël. C’est Israël qui fournissait la majeure partie de l’électricité de Gaza, dans des quantités variables au fil du temps, suivant la situation sécuritaire dans la bande de Gaza.

Des fusées éclairantes illuminent le ciel alors que des Palestiniens se rassemblent pour se rendre sur les lieux d’un point de distribution, dans le camp de réfugiés de Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, tôt le 9 juin 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

Le 9 octobre 2023, Israël a coupé l’approvisionnement en électricité de Gaza et la centrale électrique de Gaza a cessé de tourner à cause des bombardements et de l’arrêt des livraisons de diesel.

Il n’y a donc plus d’électricité dans les logements ou les institutions dans la bande de Gaza, et il n’est pas possible d’en produire de manière indépendante. Les hôpitaux et organisations humanitaires dépendent de générateurs diesel que les ménages ne peuvent normalement pas se procurer.

Certains Gazaouis ont accès à l’électricité grâce à des panneaux solaires. Avant la guerre, les panneaux sur les toits étaient répandus en raison des pénuries chroniques d’électricité à Gaza, mais il est difficile de savoir combien ont survécu aux destructions causées par la guerre.

Des badauds passent entre les travées du marché Al-Sahaba, dans le centre de la ville de Gaza, le 9 juillet 2025. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

Le marché noir prospère, notamment pour charger les téléphones portables et autres appareils électriques mais il faut en avoir les moyens.

« Certaines personnes équipées de panneaux solaires proposent de charger votre téléphone pour un shekel par jour. Au bout d’un mois, cela fait 30 shekels », souligne Arafat.

Sur les réseaux sociaux, on voit que des entreprises proposent de l’électricité. C’est le cas d’un café de Khan Younès qui a publié la semaine dernière une liste de prix pour les appareils à recharger et qui facture 4 shekels par mégawatt pour deux heures d’utilisation.

Les portefeuilles sont vides

Le marché du travail à Gaza est, lui, au point mort depuis près de deux ans. Depuis le début de la guerre, la plupart des entreprises privées de la bande de Gaza ont fermé leurs portes mais on a pu voir sur les réseaux sociaux des restaurants et des cafés ouverts à Gaza, même ces tout derniers mois.

Arafat, qui assure qu’il n’y a ni restaurant ni café là où il vit, dans la ville de Gaza, évoque des rues désertes, surtout après la tombée de la nuit, en proie à la misère et à l’anarchie.

« Les gens ne sortent qu’en cas de nécessité », confie-t-il. « Passé 17 heures, les rues se vident. S’aventurer dehors la nuit expose au risque de frappes aériennes ou de vols. Il n’y a aucune sécurité à l’intérieur de Gaza. »

Lorsque le Hamas a cessé d’opérer au vu et au su de tous à Gaza, de crainte d’être pris pour cible par Israël au moment du déclenchement de la guerre, il a également interrompu les opérations de ses forces de sécurité intérieure, à commencer par celles de la police.

Selon des informations venues de Gaza, les forces armées du Hamas continueraient d’agir au service de la population palestinienne, mais de manière plus limitée et sélective – en luttant par exemple contre les individus qui tentent de piller l’aide, et ce dans le but de contrôler l’aide humanitaire à Gaza.

Des hommes transportent des sacs de farine débarqués d’un camion transportant des denrées alimentaires, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 22 juillet 2025. (Crédit : AFP)

Arafat est sans emploi depuis le début de la guerre, comme la plupart des Gazaouis.

Même le Hamas, qui a fermé les institutions gouvernementales au début de la guerre, a cessé de payer ses collaborateurs début 2025 en raison de difficultés budgétaires, affirme le Wall Street Journal.

On ignore dans quelle mesure l’organisation terroriste – et principal employeur de Gaza avant-guerre – a continué de payer ses responsables gouvernementaux. À Gaza, déjà en proie avant-guerre à un chômage et une pauvreté endémiques, la population n’a plus rien.

Arafat, Hilu et d’autres, à Gaza, expliquent vivre de leurs économies, placées à la banque. Arafat a reçu quelques dons d’amis de l’étranger.

Un habitant de Gaza-City, qui a requis l’anonymat et dont la situation financière est relativement bonne par rapport à d’autres, explique qu’il avait beaucoup d’économies avant la guerre, ce qui lui permet de « faire face », comme il le dit lui-même.

Des Palestiniens se promènent dans un marché avant la fête musulmane de l’Aïd al-Adha, dans la ville de Gaza, le 5 juin 2025. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

Hilu est un ancien employé de l’Autorité palestinienne : l’AP employait des dizaines de milliers de fonctionnaires qui ont été licenciés suite à la prise de contrôle violente de la bande de Gaza par le Hamas, en 2007. Pour maintenir un semblant de contrôle sur le territoire, l’Autorité palestinienne a continué à les payer sur des comptes bancaires à Gaza.

Hilu explique que malgré la guerre, il continue d’être payé mais avec retard et partiellement, tout comme les employés de l’AP qui travaillent en Cisjordanie.

Toutefois, ces deux derniers mois, il n’a pas été payé en raison des difficultés budgétaires de l’Autorité palestinienne, conséquences de la retenue par Israël des recettes fiscales perçues pour le compte de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo.

Dans ce café de Khan Younès, on peut recharger ses appareils électriques malgré la pénurie d’électricité à Gaza, le 25 juillet 2025. (Instagram, clause 27a de la loi sur les droits d’auteur)

Même ceux qui ont de l’argent en banque n’ont pas facilement accès à leurs fonds.

La plupart des banques, fermées depuis le déclenchement de la guerre, n’ont rouvert que partiellement lors du dernier cessez-le-feu, et ce alors même que la plupart de ces institutions ont toutes leur siège en dehors de la bande de Gaza et continuent de donner aux Gazaouis l’accès à leurs comptes via des applications téléphoniques.

Pour retirer de l’argent à Gaza, il faut faire appel à des courtiers en devises qui prennent de grosses commissions.

« J’ai de l’argent à la banque, mais cela ne sert à rien si je ne peux pas y accéder », concède Hilu. « On vous demande une commission de 50 % pour les retraits. J’ai en ce moment entre 200 et 300 shekels dans mon porte-feuille, ce qui n’est même pas suffisant pour une journée. »

Certains se procurent de l’argent grâce à des amis ou des associés prêts à leur en prêter, avec la promesse de se faire rembourser par virement bancaire.

« Quand je n’ai plus d’argent, je vais voir un ami commerçant – il me donne 200 shekels que je le lui renvoie plus tard via l’application de la banque », explique Hilu.

Rabougri

Comme d’autres institutions, les écoles, universités et garderies de Gaza sont fermées depuis le déclenchement de la guerre, à savoir le pogrom perpétré dans le sud d’Israël par le Hamas, le 7 octobre.

Lors du cessez-le-feu, certaines écoles ont partiellement rouvert, mais toutes sont de nouveau fermées et les enfants restent à la maison.

Arafat confie avoir du mal à protéger ses enfants – âgés de 6, 5 et 19 mois – tout en faisant en sorte de les occuper.

Une femme et un garçon sont assis près de débris et de tentes détruites après un bombardement israélien nocturne dans un camp du nord-ouest de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 28 juillet 2025. (Crédit : AFP)

« Nous ne voulons pas qu’ils jouent trop sinon ils auront faim. Alors nous leur donnons à manger et leur disons d’aller dormir ou de se reposer », poursuit-il. « C’est dangereux dehors, à cause des bombardements. Je ne les laisse pas quitter le bâtiment. J’ai aménagé un petit espace- comme une salle de classe – pour les enfants de notre bâtiment. Ils prennent place sur des chaises, jouent un peu, mais je veille à ce qu’ils ne se dépensent pas trop. »

Malgré tout, les familles gardent espoir, surtout lorsqu’elles entendent que l’aide humanitaire va être augmentée.

« Mes enfants me disent : ‘Nous voulons de la viande, ça fait tellement longtemps que nous n’en avons pas mangé’. »

« Ma fille m’a même dit : ‘Tu nous as dit que pour devenir forts, il fallait manger – mais nous ne mangeons que des lentilles et des pâtes. Je voudrais une banane.’ Cela fait plus de mal encore que les bombardements », confie Arafat.

« Même si l’aide arrive, les gens n’ont plus d’argent pour l’acheter. Cela n’empêche pas d’avoir de l’espoir. Tant qu’il y aura des Palestiniens, et tant qu’Allah existera, il y aura de l’espoir. »

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