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L’USAID dit n’avoir trouvé aucune preuve d’un pillage systématique des aides par le Hamas

Selon un rapport, la majorité des incidents impliquant des vols ne peuvent pas être "attribués à un acteur spécifique", mais ne permettent pas d'exclure le groupe terroriste

Des Palestiniens armés s'assoient sur des camions transportant de l'aide humanitaire près du poste frontière de Zikim entre Israël et Beit Lahia dans le nord de la bande de Gaza, le 25 juin 2025. (Crédit : Ali Qariqa/Flash90)
Des Palestiniens armés s'assoient sur des camions transportant de l'aide humanitaire près du poste frontière de Zikim entre Israël et Beit Lahia dans le nord de la bande de Gaza, le 25 juin 2025. (Crédit : Ali Qariqa/Flash90)

WASHINGTON – Une analyse interne du gouvernement américain n’a trouvé aucune preuve de vol systématique de la part du groupe terroriste du Hamas de l’assistance humanitaire financée par les États-Unis – ce qui remet en cause la principale raison invoquée par Israël et les États-Unis, qui ont apporté leur soutien à une nouvelle initiative privée de distribution d’aides humanitaires.

L’analyse a été menée par un bureau de l’Agence américaine pour le développement international et elle s’est achevée à la fin du mois de juin. Elle a examiné 156 incidents de vol ou de perte d’assistance humanitaire – avec des produits qui avaient été financés par les États-Unis – qui avaient été signalés par des organisations partenaires de l’USAID entre le mois d’octobre et le mois de mai 2023.

Elle n’a trouvé « aucune information alléguant que le Hamas » a pu bénéficier de denrées et autres matériels financés par les États-Unis, selon un diaporama de présentation des conclusions auquel Reuters a eu accès.

Le rapport n’a pas permis d’attribuer la majorité des cas signalés de vol à un acteur en particulier – même s’il a noté que les Palestiniens qui reçoivent de l’aide ne peuvent pas être contrôlés – et il a ajouté que les fournitures financées par les États-Unis pouvaient avoir, malgré tout, été envoyées au Hamas.

Un porte-parole du département d’État a contesté ces conclusions, affirmant qu’il existe des preuves vidéo du pillage des aides par le Hamas – il n’a toutefois fourni aucune image prouvant ces dires. Le porte-parole a également accusé les groupes humanitaires traditionnels de couvrir la « corruption du processus d’assistance humanitaire ».

Ces conclusions ont été communiquées au bureau de l’inspecteur général de l’USAID et aux responsables du département d’État chargés de la politique au Moyen-Orient, ont fait savoir deux sources, alors que les manques alimentaires s’aggravent dans l’enclave dévastée par la guerre qui oppose actuellement Israël au Hamas.

L’étude a été menée par le Bureau de l’assistance humanitaire (BHA) de l’USAID, qui était le principal bailleur de fonds de l’aide à Gaza avant que l’administration Trump ne gèle toute l’aide étrangère américaine au mois de janvier, mettant le point final à des milliers de programmes. Elle a également commencé à démanteler l’USAID, dont les fonctions ont été intégrées au sein du département d’État.

L’analyse a révélé qu’au moins 44 des 156 incidents de vol ou de perte des aides étaient « directement ou indirectement » liés aux actions menées par les soldats sur le terrain, selon les diapositives de la séance d’information.

Des militants israéliens participent à une manifestation contre la guerre dans la bande de Gaza, les mesures prises par Israël en matière de distribution de nourriture et le déplacement forcé des Palestiniens, à Tel Aviv, Israël, mardi 22 juillet 2025. (Crédit : AP/Ohad Zwigenberg)

Tsahal n’a pas répondu à nos demandes de commentaires sur ce rapport.

Une source proche de cette étude a averti que l’absence d’informations portant sur le détournement généralisé de l’aide par le Hamas « ne signifie pas qu’il n’y a pas eu de détournement ».

L’analyse a aussi fait remarquer que dans la mesure où les Palestiniens qui bénéficient de ces aides ne peuvent pas être contrôlés, il est possible que de l’assistance financée par les États-Unis soit tombée entre les mains du Hamas, même lorsqu’il n’a pas été clairement établi que les pilleurs appartenaient réellement au groupe terroriste.

Israël, qui contrôle l’accès à Gaza, accuse le Hamas de voler des denrées alimentaires aux Nations unies et à d’autres organisations afin de renforcer son emprise sur la population civile et de renforcer ses finances, notamment en augmentant les prix des produits et en les revendant à des civils.

Interrogée sur le rapport de l’USAID, l’armée israélienne a indiqué à Reuters que ses accusations à l’encontre du Hamas se fondaient sur des informations obtenues par les services de renseignement – des informations qui laissent entendre que des terroristes du Hamas s’emparent de cargaisons en s’infiltrant « à la fois discrètement et ouvertement » dans les camions d’aide.

Des Gazaouis marchant dans les rues avec des sacs de farine après l’arrivée de camions d’aide humanitaire via le passage de Kerem Shalom, contrôlé par Israël, dans le sud de Gaza, à Khan Younès, le 24 juillet 2025. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Ces informations indiquent également que le Hamas a détourné jusqu’à 25 % des aides pour les remettre à ses combattants ou qu’il les a vendues à des civils, a noté Tsahal, qui a ajouté que la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), qui accuse le Hamas de vol massif d’aide, a mis un terme à la mainmise du groupe sur les aides en la distribuant directement aux civils.

Les Nations unies et d’autres groupes ont rejeté les appels lancés par la GHF, par Israël et par les États-Unis à coopérer avec la fondation, affirmant qu’elle viole les principes humanitaires internationaux en matière de neutralité.

Le Hamas nie voler les aides. Un responsable de la sécurité du Hamas a déclaré qu’Israël avait tué plus de 800 policiers et gardes de sécurité affiliés au Hamas qui tentaient de protéger les véhicules d’aide et les itinéraires des convois, affirmant que leurs missions étaient coordonnées avec l’ONU.

Reuters n’a pas pu vérifier de manière indépendante les affirmations faites par le Hamas ou par Israël.

Les 156 incidents de vol ou de perte des aides humanitaires qui sont actuellement examinés par le BHA ont été signalés par des agences de l’ONU et d’autres groupes humanitaires travaillant à Gaza.

La deuxième source au fait du dossier a déclaré qu’après avoir reçu ces signalements de vol ou de perte de denrées et autres matériels financés par les États-Unis, le personnel de l’USAID a effectué un suivi auprès des organisations partenaires pour essayer de déterminer si le Hamas était impliqué dans l’affaire.

Des Gazaouis marchant dans les rues avec des sacs de farine après l’arrivée de camions d’aide humanitaire via le passage de Kerem Shalom, contrôlé par Israël, dans le sud de Gaza, à Khan Younès, le 24 juillet 2025. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Il a ajouté que ces organisations devaient « rediriger ou interrompre » les distributions si elles devaient apprendre que le Hamas se trouve dans les environs.

Les organisations humanitaires qui travaillent sur le terrain, à Gaza, sont également tenues de vérifier que leur personnel, leurs sous-traitants et leurs fournisseurs n’ont pas de liens avec des groupes terroriste avant de bénéficier des fonds américains – une condition à laquelle le département d’État a renoncé en approuvant l’octroi de 30 millions de dollars à la GHF, le mois dernier.

Déclarer un vol comme étant lié au Hamas permet d’éviter la perte de financement

Le diaporama a indiqué que les partenaires de l’USAID avaient tendance à déclarer de manière disproportionnée que les détournements d’aide et les vols avaient été commis par des groupes inscrits sur la liste noire du terrorisme par les États-Unis – comme c’est le cas du Hamas ou du Jihad islamique palestinien – parce qu’ils veulent éviter de perdre des fonds américains.

Sur les 156 incidents de perte ou de vol qui ont pu être signalés, 63 ont été attribués à des auteurs inconnus, 35 à des acteurs armés, 25 à des personnes non armées, 11 aux actions militaires israéliennes, 11 à des sous-traitants corrompus, cinq au personnel de groupes d’aide « se livrant à des activités de corruption » et six à « autres », une catégorie qui représente les « marchandises volées dans des circonstances inconnues », selon le diaporama.

Les acteurs armés « comprenaient des gangs et d’autres individus divers qui pouvaient avoir des armes », a souligné une diapositive. Une autre a fait remarquer que « l’examen des 156 incidents n’a révélé aucune affiliation avec » les organisations terroristes étrangères désignées comme terroristes par les États-Unis, dont le Hamas fait partie.

« La majorité des incidents n’ont pas pu être attribués de manière définitive à un acteur spécifique », a établi le diaporama. « Les partenaires ont souvent découvert que les marchandises avaient été volées en cours de route, sans pour autant identifier l’auteur du vol ».

Illustration : Des Palestiniens armés assis sur des camions transportant de l’aide humanitaire près du poste-frontière de Zikim, entre Israël et Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, le 25 juin 2025. (Crédit : Ali Qariqa/Flash90)

Il est possible qu’il y ait eu des des informations classifiées en provenance des services de renseignement sur les vols des aides par le Hamas – mais le personnel du BHA a perdu l’accès aux systèmes classifiés lors du démantèlement de l’USAID, selon une diapositive.

Toutefois, une source proche des évaluations des services de renseignement américains a déclaré à Reuters qu’elle n’avait pas connaissance de renseignements américains entrant dans le détail des détournements de l’aide par le Hamas, ajoutant que Washington s’appuyait sur des informations israéliennes.

De plus, l’analyse effectuée par la BHA a révélé que l’armée israélienne avait « directement ou indirectement causé » un total de 44 incidents au cours desquels de l’assistance humanitaire qui avait été financée par les États-Unis a été perdue ou volée. Parmi ces incidents, onze ont été attribués à des actions militaires israéliennes directes – par exemple, à des frappes aériennes – ou à des ordres d’évacuation émis en direction des Palestiniens, dans l’enclave déchirée par la guerre.

Parmi les pertes indirectement attribuées aux soldats, les ordres donnés aux groupes d’aide d’emprunter des itinéraires de livraison présentant des risques élevés de vol ou de pillage, en ignorant les demandes d’itinéraires alternatifs, selon l’analyse.

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