Sans ces députés « queer ou presque », le Royaume-Uni n’aurait pas combattu Hitler
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Dans le sens des aiguilles d'une montre à partir du coin supérieur gauche : Philip Sassoon, à la fois gay et antisémite ; le chef de la SA Ernst Röhm, à gauche, et son adjoint Edmund Heines, à droite ; Ronald Cartland ; Victor Cazalet ; le club gay de Berlin Eldorado ; et Robert Bernays. (Domaine public ; Bundesarchiv Bild)
Dans le sens des aiguilles d'une montre à partir du coin supérieur gauche : Philip Sassoon, à la fois gay et antisémite ; le chef de la SA Ernst Röhm, à gauche, et son adjoint Edmund Heines, à droite ; Ronald Cartland ; Victor Cazalet ; le club gay de Berlin Eldorado ; et Robert Bernays. (Domaine public ; Bundesarchiv Bild)

Sans ces députés « queer ou presque », le Royaume-Uni n’aurait pas combattu Hitler

Le nouveau livre du député travailliste et ancien ministre Chris Bryant montre les “Glamour Boys” s’opposer à leur gouvernement, à l’antisémitisme et à la coopération avec Hitler

LONDRES – Pour les homosexuels de l’entre-deux-guerres, Berlin était le paradis sur terre. Rares sont ceux qui, hors de la république de Weimar célèbre pour son libéralisme, pouvaient imaginer et encore moins profiter des dizaines de bars, clubs, restaurants et saunas queer. « Dans les bars faiblement éclairés », a écrit le romancier juif autrichien Stefan Zweig, « on pouvait voir des fonctionnaires du gouvernement et des hommes du monde de la finance courtiser tendrement des marins ivres sans aucune pudeur. »

Parmi les visiteurs gays et bisexuels aisés du Royaume-Uni, venus à Berlin pour goûter aux plaisirs et aux délices qui leur étaient refusés chez eux, il y avait un groupe de jeunes politiciens en herbe qui, selon un livre récemment publié, allaient plus tard jouer un rôle critique dans la décision de la Grande-Bretagne d’entrer en guerre avec l’Allemagne.

The Glamour Boys : The Secret Story of the Rebels who Fight for Britain to Defeat Hitler raconte l’histoire d’un petit groupe de députés conservateurs rebelles qui, à partir du milieu des années 1930, ont averti à plusieurs reprises des dangers posés par le nazisme, ont dénoncé le sort des Juifs, et se sont vigoureusement opposés à la politique d’apaisement du Premier ministre de leur propre parti, Neville Chamberlain.

« Sans eux, nous ne serions jamais entrés en guerre contre Hitler, Churchill ne serait jamais devenu Premier ministre et le nazisme n’aurait jamais été vaincu », selon l’auteur, le député travailliste et ancien ministre Chris Bryant, dans son introduction.

Bien sûr, tous les « Glamour Boys » n’étaient pas homosexuels : ils comptaient dans leurs rangs le gendre de Winston Churchill, Duncan Sandys, et Harold Macmillan, qui sera lui-même Premier ministre dans les années 1950. Mais sur ce groupe estimé entre 17 et 40 députés, environ un quart étaient, comme Bryant les appelle, « queer ou presque » et, à des moments clés, ils furent les avocats les plus virulents du réarmement de la Grande-Bretagne et de son opposition ferme à Hitler.

Berlin gay bar l’Eldorado en 1932. (Bundesarchiv Bild)

La sexualité de députés désormais tombés dans l’oubli, tels que Robert Bernays, Jack Macnamara, Ronald Cartland et Victor Cazalet, qui sont au cœur du livre, était, selon Bryant, « un aspect essentiel de leur bravoure ». Leurs visites régulières à Berlin, leur familiarité avec l’Allemagne – et leurs nombreux amis et contacts allemands – signifiaient que les « insurgés », comme les appelaient les loyalistes du gouvernement, étaient profondément et personnellement conscients du danger qu’Hitler représentait.

La sexualité des parlementaires, “un aspect essentiel de leur courage

En effet, certains avaient rencontré des nazis gays de premier plan, tel que le chef des SA Ernst Röhm, qui ont été assassinés lors de la « Nuit des longs couteaux » de 1934. Ces événements sanglants et la répression de l’homosexualité qui a suivi devaient renforcer l’opposition des Glamour Boys au Troisième Reich.

La campagne des Glamour Boys contre l’approche frileuse de Chamberlain vis-à-vis d’Hitler, dite « softly, softly », était politiquement risquée – ils nageaient à contre-courant de l’opinion publique et parlementaire – et personnellement périlleuse.

Der Eiegene a été le premier journal gay au monde et a été publié de 1896 à 1932. (Domaine public)

Malgré les lieux gays discrets et clandestins à Londres, les dures lois britanniques anti-gay étaient rigoureusement appliquées et les poursuites ont fortement augmenté dans les années 1920 et 1930. Être dévoilé, c’était s’exposer au risque d’emprisonnement et à la faillite. De plus, notamment après la démission début 1938 d’Anthony Eden, le secrétaire aux Affaires étrangères anti-apaisement de Chamberlain, les Glamour Boys ont été confrontés à une campagne très organisée de coups tordus impitoyables.

La campagne avait été sanctionnée par le Premier ministre Chamberlain lui-même et était dirigée par Joseph Ball, un agent obscur du Parti conservateur ayant des liens étroits avec les services de sécurité. En effet, le terme même de Glamour Boys, que Ball a inventé et propagé, a été conçu pour faire une allusion pas très subtile à la sexualité des députés.

« L’un des mots inventés que je préfère est ‘insinuendo’ parce qu’il insinue une insinuation », a déclaré Bryant au Times of Israel. L’étiquette « Glamour Boys » – qui aux oreilles contemporaines suggérait « quelque chose d’essentiellement efféminé et féminin, séduisant et diabolique » – était « assez subtile pour ne pas vous faire accuser en diffamation au tribunal, mais la flèche atteignait sa cible ».

L’un des mots inventés que je préfère est ‘insinuendo’ parce qu’il insinue une insinuation

« Il est intéressant que dans ce livre, deux courants opposés apparaissent pendant cette période, à la fois en Allemagne et au Royaume-Uni, à savoir les gays et les Juifs d’un côté et les homophobes et les antisémites de l’autre », estime-t-il.

Mon oncle, ce héros gay

Bryant a dû chercher en profondeur pour découvrir la vie privée de ces hommes – parmi lesquels Philip Sassoon, membre de la famille élargie Rothschild et ministre de l’Air du gouvernement Chamberlain. Aucun d’eux ne se serait défini comme homosexuel et peu de documents personnels subsistent car, au moment de leur décès, les familles détruisaient souvent les papiers qui auraient pu indiquer leur sexualité. Aujourd’hui, cependant, beaucoup de leurs descendants ont volontiers assisté Bryant dans ses recherches.

Le député travailliste et ancien ministre Chris Bryant, auteur de « Glamour Boys ». (Chris McAndrew / CC BY 3.0 / via Wikimedia Commons)

« C’est un vrai plaisir de pouvoir faire la lumière sur des morceaux d’histoire qui ont été oubliés », déclare Bryant, lui-même gay.

« Il y a encore 20 ans, les gens ne voulaient pas vraiment connaître les manigances de leur grand-oncle », dit-il. « Mais aujourd’hui, c’est une sorte d’honneur d’avoir eu un héros gay dans les années 1930 dans la famille. »

Alors que tous les Glamour Boys se sont opposés à l’apaisement, Bryant explique : « chacun d’eux avait son propre parcours. » Bernays, écrit-il, était « le critique de l’Allemagne nazie le plus ardent, le plus fréquent et le plus courageux ». Il avait un parcours atypique. Fils d’un homme d’église, il était également très conscient de l’ascendance juive de sa famille. Son arrière-grand-père, Adolphus, un Juif né en Allemagne, s’était converti au christianisme après son mariage et avait immigré en Angleterre au début du XIXe siècle, tandis que son arrière-grand-oncle Isaac était l’ancien grand rabbin de Hambourg. Deux des petites-filles d’Isaac, Martha et Minna Bernays, étaient respectivement l’épouse et la maîtresse de Sigmund Freud.

Ancien journaliste entré au Parlement en 1931, Bernays était membre du Parti libéral, allié aux conservateurs dans un gouvernement national qui a dirigé la Grande-Bretagne pendant toute la décennie. Bernays s’était rendu en Allemagne lors de la deuxième de ses deux élections générales en 1932 et, en plus de goûter à la vie nocturne gay de Berlin, il a rapidement compris à la fois l’attrait des nazis et le danger qu’ils représentaient.

Dès qu’[Hitler] s’est mis à parler, d’un vulgaire politicien autoproclamé il est devenu un orateur, un prophète avec une mission enflammée envers son peuple

« Dès qu’il s’est mis à parler », a écrit Bernays à propos d’Hitler dans un article pour son ancien employeur, le News Chronicle, « d’un vulgaire politicien autoproclamé il est devenu un orateur, un prophète avec une mission enflammée envers son peuple ». De retour en Grande-Bretagne, il a averti : « En Allemagne aujourd’hui, il y a tous les éléments d’un militarisme renaissant. »

Quelques mois plus tard, Hitler était chancelier et Bernays a suivi la voie de nombreux politiciens britanniques curieux qui allaient visiter l’Allemagne pour voir l’impact des premières semaines tumultueuses des nazis au pouvoir. En juin 1933, Bernays a passé une journée en compagnie d’Edmund Heines, l’adjoint de Röhm à la tête de la SA et antisémite notoire.

Le chef de la SA Ernst Röhm, au premier plan à gauche, et son adjoint Edmund Heines, au premier plan à droite. (Bundesarchiv Bild)

Malgré l’opposition virulente des nazis à l’homosexualité, Heines, comme son patron, était gay. Il a emmené Bernays dans un camp de concentration à Breslau, aujourd’hui Wroclaw en Pologne, mais qui faisait alors partie de l’Allemagne. Le jeune député ne se faisait aucune illusion sur ce qui se passait là-bas.

« Nous n’avions vu aucune preuve tangible de cruauté », écrit-il, « et pourtant, nous avions la sensation obsédante de maux sans nom dans le camp. Quelles abominations se cachaient derrière ce fil de fer barbelé ? »

Tout au long de 1933, Bernays a émis une série de mises en garde extraordinairement prémonitoires : que l’Allemagne était déjà en train de se réarmer ; que les attaques contre les Juifs et les opposants politiques des nazis devenaient « plus calculées et systématiques » ; et que, alors que les politiciens britanniques se disputaient sur les questions de politique intérieure, une nouvelle menace émergeait dans l’ombre en Europe centrale dans l’indifférence. C’était comme, « les marins du Titanic, condamnés… décorant le salon pendant que le navire coulait », a-t-il déclaré lors d’une réunion. « Si cette atmosphère perdure », a-t-il soutenu, « cela signifie la guerre dans 10 ans. »

Bernays se considérait comme « juif non par religion – mais lointainement, par race ». Les nazis, cependant, n’étaient pas intéressés par de telles distinctions ; à leurs yeux, il était juif, un fait qui l’emportait sur leur désir d’impressionner les politiciens britanniques en visite. Ainsi, lorsque Bernays a demandé à Putzi Hanfstaengl, un confident de longue date d’Hitler, une rencontre avec le Führer, il a répondu : « Pensez-vous que je vais avoir une interview pour un cochon de Juif ? » Hanfstaengl a également déclaré sans ambages à un collègue député qui voyageait avec lui que Bernays était « un Juif bolchevique » qui devait être expulsé.

« Le Juif le plus en vue de la société »

Bernays s’est vu refuser une rencontre avec Hitler, mais, peu de temps après l’arrivée au pouvoir des nazis, Hermann Goring a accepté de rencontrer Sassoon. L’un des députés les plus riches du pays, il a été décrit au moment de sa mort prématurée en 1939 comme « le Juif le plus en vue de la société ».

Robert Bernays. (Domaine public)

Sassoon recevait toute l’élite politique et sociale du pays, dans sa maison du quartier exclusif de Park Lane à Londres, sa maison de campagne à Trent Park à la périphérie nord de la capitale, ou dans son manoir de style italianisant et mauresque à Port Lympne dans le Kent. Parmi ses invités figuraient l’ancien Premier ministre David Lloyd George, Churchill, Eden et Noel Coward, ainsi que des collègues des Glamour Boys tels que Cazalet et le député conservateur Bob Boothby, desquels il était particulièrement proche.

« La liste des invités à Noël et à Pâques se lisait comme un Who’s Who de la société queer », écrit Bryant.

Fanatique d’aviation, Sassoon a probablement piloté lui-même l’avion qui l’a emmené avec Boothby en Allemagne pour leur rencontre avec Goring. Leur visite reste un mystère – il n’en existe aucune trace car les deux hommes, dit Bryant, étaient convaincus de la nécessité pour la Grande-Bretagne de se réarmer et ont délibérément choisi de garder le secret et de laisser le Foreign Office dans l’ignorance.

Philip Sassoon, à gauche, avec le roi Édouard VIII, au centre, et Winston Churchill, à droite, le 1er août 1936. (Domaine public)

Mais d’autres « insurgés » ont mis un peu plus de temps à prendre pleinement conscience de la menace du nazisme. Cazalet, qui n’était pas juif, était néanmoins sioniste et un ami de Chaim Weizmann. « Son ascendance huguenote et la répulsion de son grand-père Edward face aux pogroms tsaristes en Russie dans les années 1870 lui ont donné une sympathie pour les réfugiés, en particulier les Juifs », écrit Bryant.

J’ai visit[é] le camp de concentration. Ce n’était pas très intéressant. Assez bien géré, pas de misère ou d’inconfort excessifs.

Pourtant, lors de sa première visite en Allemagne après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, Cazalet a adopté un ton plaisant après avoir visité Dachau. « Très amusant. Je visite [sic] le ‘camp de concentration’ », écrit-il dans son journal. « Ce n’était pas très intéressant. Assez bien géré, pas de misère ou d’inconfort excessifs. » Après avoir été informé par un responsable du camp que la plupart des prisonniers étaient des communistes, Cazalet a ajouté : « Si tel est le cas, alors ils peuvent y rester, si on me demande mon avis. » Il était cependant perturbé par
« l’incroyable… complexe anti-juif » de Hanfstaengl.

Ancien officier de l’armée britannique, Macnamara n’est devenu député qu’en 1935, mais a fait de fréquents voyages en Allemagne au début des années 1930 avec un ami proche. En plus de visiter les endroits gays à la mode de Berlin, écrit Bryant, le duo « a noué des amitiés avec les Stormtroopers, ils ont assisté à des rassemblements du parti et ils ont rencontré toutes les personnalités du NSDAP. »

Photo non datée de Joseph Goebbels, ministre nazi de la propagande, prononçant un discours. (Bengt von zur Muehlen / Archives de photos Yad Vashem)

L’implication de Macnamara avec le club anglo-allemand a conduit les nazis à lui dérouler le tapis rouge lors de sa visite à la fin de 1933. Le ministre de la propagande Josef Goebbels s’était assuré de la diffusion d’un discours dans lequel le futur député a proclamé : « Donnez-nous le temps de nous adapter au changement en Allemagne, et Hitler ne pourra en rien nous faire de mal. »

« Herr Hitler… a sauvé son pays »

La Nuit des longs couteaux de juin 1934 – où Röhm et Heines figuraient parmi les victimes les plus médiatisées – a déchaîné une attaque en règle des nazis contre l’homosexualité qui, selon Bryant, a contribué à cristalliser la pensée de ce petit groupe de députés.

Une chose sur laquelle nous étions tous d’accord, ressortait des événements choquants et sordides de la journée. Les nazis avaient révélé leur vrai visage – celui de gangsters sans scrupules et assoiffés de sang.

Comme l’a écrit Boothby après une fête chez Sassoon où la nouvelle des meurtres a éclaté au grand jour : « Une chose sur laquelle nous étions tous d’accord, ressortait des événements choquants et sordides de la journée. Les nazis avaient révélé leur vrai visage – celui de gangsters sans scrupules et assoiffés de sang. À l’avenir, ils devraient être traités comme tels. »

« À partir de là », dit Bryant, les Glamour Boys savaient que « les attaques nazies contre les Juifs, les homosexuels et les socialistes étaient toutes liées aux ambitions militaristes et territoriales d’Hitler. »

Mais ce n’était en aucun cas une opinion communément admise en Grande-Bretagne. Le journal Times a applaudi le fait que « le Führer ait commencé le nettoyage », tout en se demandant pourquoi, puisque « les délits de Rohm et de ses associés étaient connus depuis des années, le ‘nettoyage’ n’avait pas été entrepris il y a longtemps ». Pour ne pas être en reste, le Daily Mail proclama : « Herr Hitler… a sauvé son pays. »

Illustration : Neville Chamberlain, à gauche, et Hitler scellant le pacte de Munich en septembre 1938. (Domaine public)

Ces sentiments complétaient des opinions antisémites et pro-nazies plus répandues qui trouvaient leur expression à la fois dans les rues et au Parlement lui-même. Dans la salle de la Chambre des communes, le député conservateur Sir Robert Bower a dit à un député travailliste juif de « retourner en Pologne ».

En tant que ministre important et juif, Sassoon était la cible de telles attaques et son domicile a été placé sous surveillance après que le slogan antisémite « Perish Judah » y eut été peinturluré. Lors d’un échange aux Communes, un député travailliste a crié au ministre qu’il n’était pas britannique, mais « un étranger ».

Philip Sassoon. (Domaine public)

Son rôle de ministre de l’Air a placé Sassoon au centre du débat de plus en plus houleux sur le réarmement, certains députés faisant pression pour une augmentation du budget de l’armée de l’air, tandis que d’autres s’y opposaient farouchement. Après que Sassoon eut annoncé une modeste augmentation, un député conservateur pro-apaisement l’a accusé de mettre « régulièrement du glamour dans les sujets difficiles, ce qui est presque un danger pour la communauté ».

« Cela ressemblait à un compliment », écrit Bryant, mais c’était en réalité « une insinuation calculée mais subtile, que [Sassoon] était un menteur séducteur, un étranger envoûtant et un efféminé typique. »

« J’ai été frappé par l’antisémitisme phénoménal au Royaume-Uni », remarque M. Bryant. « La grande majorité des gens ne pensaient pas que la Grande-Bretagne allait entrer en guerre ‘pour les Juifs’. Bien au contraire. Beaucoup de gens disaient, d’une manière profondément antisémite, ‘les Juifs veulent cette guerre et nous ne leur ferons pas ce plaisir’ et ils ne se souciaient pas [de] ce qu’Hitler faisait aux Juifs – et vous pourriez reproduire ces mots en remplaçant Juif par gays, en termes de ce qu’Hitler faisait aux homosexuels. »

Un combat commun

« Glamour Boy » Ronald Cartland. (Domaine public)

Mais les Glamour Boys ont contribué à contester cette vague d’opinions. Cartland, peu de temps avant son élection en 1935, avait visité l’Allemagne avec sa sœur, l’auteur à succès Barbara. Dégoûté par les affiches anti-juives dans les rues, il a refusé une invitation plus tard cette année-là au rassemblement de Nuremberg et, une fois entré au Parlement, il est devenu l’un des principaux moteurs de la faction anti-apaisement sur les bancs des conservateurs.

Une visite à Dachau – comme le note Bryant, il est difficile de comprendre exactement pourquoi les nazis étaient si désireux d’y emmener des visiteurs britanniques – a consterné Macnamara.

« Je n’ai jamais vu des êtres humains aussi humiliés », a déclaré Macnamara. Ses opinions sur le nazisme, de plus en plus critiques après 1934, se sont durcies en une opposition résolue, et son élection au Parlement en 1935 lui a donné une plate-forme plus importante pour les exprimer. « Nous ne voulons pas que l’Allemagne domine », a-t-il déclaré. « Les méthodes de Herr Hitler pourraient briser notre civilisation de manière irréparable et nous laisser une épave épuisée, une proie facile pour les vautours de l’Est. »

« Dachau a amené [Macnamara] à une autre conclusion », écrit Bryant. « Les nazis enfermaient des Juifs et des homosexuels à Dachau, donc la bataille contre l’antisémitisme ferait aussi partie de son combat. »

Le camp de concentration de Dachau en 1933. (Crédit photo : Vintage Everyday)

Lors d’un débat à la Chambre des communes, Macnamara a attaqué le
« juif-baiting » en Grande-Bretagne, le qualifiant de « contraire aux valeurs d’un gentleman et de l’Angleterre ». Ses pensées, cependant, semblaient également porter sur les développements au-delà des côtes britanniques, car il exprimait l’espoir que « nous pourrons tous utiliser notre influence et, si nécessaire, notre force pour arrêter un fléau monstrueux qui semble s’enraciner. »

Un seul de ses collègues conservateurs a soutenu sa contribution, et il s’est fait cracher dessus et traité d’ « amoureux des Juifs » lorsqu’il est allé plus tard au Carlton Club. Il n’est plus jamais retourné au club privé des membres conservateurs.

L’expérience personnelle de la brutalité du nazisme était également un thème récurrent dans l’opposition des Glamour Boys à l’apaisement. Malgré ses références antérieures facétieuses à Dachau, Cazalet était très conscient des dangers auxquels étaient confrontés les opposants au régime lorsque son ami, la star internationale du tennis Gottfried von Cramm, l’a approché pour obtenir de l’aide en 1935.

Photo du XIXe siècle de l’extérieur du Carlton Club sur Pall Mall, où le club était situé jusqu’à ce qu’il subisse un bombardement lors du Blitzkrieg allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. (Domaine public)

Bien que marié, von Cramm avait une liaison avec l’acteur juif Manfred (né Manasseh) Herbst. Le refus catégorique du sportif de rejoindre le parti a attiré l’attention des nazis. Au début de 1936, à la demande de von Cramm, Cazalet aida Herbst à fuir au Portugal puis en Palestine. Les nazis ont ensuite arrêté von Cramm pour « perversion sexuelle » et il a passé du temps en prison.

Cazalet, qui en 1937 créa avec Macnamara un groupe bipartisan axé sur l’antisémitisme en Europe de l’Est, fut également profondément affecté par le sort des amis juifs qu’il avait rencontrés à Vienne au moment de l’Anschluss. De nombreux Juifs, a-t-il dit, lui avaient demandé de les embaucher comme « jardinier, valet, n’importe quoi » pour sortir d’Autriche.

« Il est inconcevable », a écrit Cazalet au Times, « que le monde puisse regarder plus longtemps et assister à ce qui équivaut à l’extermination des Juifs européens sans leur trouver un asile dans les espaces vides de la terre. » À la Chambre des communes, il a de nouveau plaidé pour que la Grande-Bretagne abandonne sa politique de huis clos et accueille des réfugiés juifs. La détermination du gouvernement à éviter la guerre, a-t-il dit, ne doit pas l’aveugler devant « l’une des horreurs de la paix – la persécution des Juifs en Europe centrale ».

Des coups bas pour écraser la dissidence

Mais Cazalet et les « insurgés » n’étaient guère représentatifs des sentiments largement répandus sur les bancs du gouvernement. En juin 1938, par exemple, le député conservateur pro-nazi, le capitaine Archibald Maule Ramsay, proposa un projet de loi interdisant les « étrangers impies », qui a été adopté par une majorité de 30 personnes.

Il est inconcevable que le monde puisse regarder plus longtemps et assister à ce qui équivaut à l’extermination des Juifs européens sans leur trouver un asile dans les espaces vides de la terre.

Au moment de Munich, le parti conservateur au Parlement s’était rangé, selon les mots d’un fonctionnaire, « hystériquement derrière le Premier ministre ». Malgré cela, Chamberlain ne pouvait pas supporter la dissidence. Il s’est tourné vers Ball – un ancien officier du renseignement militaire entré au Parti conservateur et qui a mis ses compétences à contribution pour attaquer ses adversaires – pour l’aider à annihiler la dissidence.

De son perchoir à Downing Street, Ball a mis en place un réseau de journalistes bienveillants et, après avoir inventé l’expression, s’est assuré que les attaques contre les Glamour Boys trouvent leurs places régulièrement dans les journaux. Bientôt – usant de piques telles que « trouillards catastrophistes » et de « pleutres alarmistes » – les ministres, députés et journalistes pro-Chamberlain chantaient tous les mêmes refrains de l’hymne composée par Ball. La campagne contre les « insurgés » a été étayée par des écoutes téléphoniques et des menaces de désélectionner ceux qui refusaient de rentrer dans le rang. Macnamara avait été averti que les « pouvoirs en place » étaient obsédés par les rebelles et leur complot secret.

Ball a aussi obtenu secrètement la propriété du magazine hebdomadaire Truth et l’a utilisé sans pitié pour le compte du Premier ministre. Le magazine a minimisé la menace nazie, salué le « flair [d’Hitler] pour le moment propice » lors de l’Anschluss, et affirmé que toute montée de l’antisémitisme national serait « la faute des Juifs ». La position du magazine, estime Bryant, reflétait les opinions privées de Chamberlain.

Illustration, de gauche à droite : Chamberlain, Daladier, Hitler, Mussolini et Ciano photographiés avant de signer les accords de Munich, qui a validé l’annexion des Sudètes par l’Allemagne. (Crédit : Archives fédérales allemandes / Wikipedia)

Les Glamour Boys ont riposté avec leur propre journal hebdomadaire – le Whitehall News – en faisant campagne pour le réarmement, en accusant Chamberlain d’avoir « laissé son âme et l’honneur de son comté à Munich » et, dans le sillage de la Nuit de Cristal, en dénonçant le « pogrom juif » en Allemagne.

Alors que le compte à rebours vers la guerre s’accélérait tout au long de 1939, les attaques contre les Glamour Boys n’ont pas faibli. Au vu de l’échec de l’apaisement, leur nombre au Parlement s’est décuplé, bien qu’ils soient demeurés une petite minorité. Ils ont néanmoins maintenu la pression sur Chamberlain – dont ils craignaient qu’il ne renie l’engagement de la Grande-Bretagne envers la Pologne – et, lorsque la guerre est arrivée, ont « la complaisance » avec laquelle elle avait été initialement menée, selon les termes de Macnamara. Alors que Chamberlain luttait pour rester au pouvoir après la désastreuse campagne de Norvège en mai 1940, les « insurgés » furent à l’avant-garde des efforts, enfin couronnés de succès, pour l’évincer au profit de Churchill.

Morts au champ de bataille

Lorsque la guerre est arrivée, un certain nombre de Glamour Boys se sont engagés dans le service actif. Cartland, qui avait rejoint la réserve active volontaire de l’armée en 1937, mourut à l’âge de 33 ans en mai 1940 alors que les forces britanniques battaient en retraite à Dunkerque. Quelques jours auparavant, il avait dirigé la défense de Cassel, qui aurait ralenti l’avancée allemande et permis à des milliers de soldats alliés de s’échapper pour se mettre en sécurité au Royaume-Uni.

Victor Cazalet. (Domaine public)

Macnamara, un militaire de carrière qui était déjà membre de l’armée territoriale volontaire au moment de son élection au parlement, a harcelé Churchill sans relâche tout au long de la guerre pour être déployé à l’étranger. « Personne n’est plus impatient d’aller mener des troupes au combat que moi », a-t-il plaidé en juin 1943.

Un an plus tard, son souhait a finalement été exaucé. Il a malheureusement trouvé la mort lors d’un bombardement de mortier allemand en Italie trois jours avant Noël 1944. « Je suis très endeuillé par sa perte. Il était tout ce qu’un homme [devrait] être », a écrit le Premier ministre dans une note à la mère de Macnamara.

Bien qu’il ait passé l’âge de la conscription, Cazalet s’est porté volontaire et a commandé une batterie antiaérienne. Il a ensuite été nommé agent de liaison avec l’Armée polonaise libre et il est mort avec son chef, le général Władysław Sikorski, dans des circonstances mystérieuses lors d’un accident d’avion en juillet 1943.

Bernays a rejoint l’armée en 1942 ; en janvier 1945, l’avion dans lequel il se trouvait, en tant que membre d’une délégation parlementaire envoyée inspecter des troupes en Méditerranée, a disparu au large de Brindisi. Le président de la Chambre des communes a officiellement annoncé sa mort deux mois plus tard.

Bernays, Cartland, Macnamara et Cazalet ont tous perdu la vie pendant la guerre, mais ils n’avaient aucun doute sur les raisons pour lesquelles ils combattaient. Dans l’un de ses derniers discours à la Chambre des communes, Cazalet avait parlé des « horreurs des massacres dans un camp appelé Treblinka », défendu avec passion la nécessité d’une patrie juive, et déclaré : « Si notre victoire finale n’inclut pas la défaite de l’antisémitisme, ce sera un simulacre de victoire. »

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