Six mois après sa réélection, Trump n’a toujours pas nommé d’envoyé contre l’antisémitisme

Le poste reste vacant malgré la nomination de Yehuda Kaploun, faute d’audition au Sénat, alors que l’antisémitisme progresse aux États-Unis et dans le monde entier

Donald Trump et le rabbin Yehuda Kaploun lors d'un événement commémoratif du 7 octobre 2023, à Miami, le 7 octobre 2024. (Crédit : Alex Brandon/AP)

JTA – Près de six mois après le début du second mandat de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le poste d’envoyé spécial pour la surveillance et la lutte contre l’antisémitisme – un rôle au rang d’ambassadeur au sein du Département d’État – reste à pourvoir.

Trump a annoncé en avril son intention de nommer Yehuda Kaploun, un fixeur hassidique, c’est-à-dire un intermédiaire influent naviguant entre sphères religieuses, politiques et diplomatiques, bien introduit, puis l’a officiellement désigné en mai. Mais le Sénat, contrôlé par les républicains, n’a toujours pas programmé d’audience de confirmation.

Ce poste, axé sur la politique étrangère, reste vacant alors même que l’administration Trump alerte sur une recrudescence alarmante de l’antisémitisme à l’échelle mondiale. Plusieurs sénateurs influents, chargés du processus de confirmation, estiment que ce fléau gangrène désormais les institutions internationales.

Après le meurtre, en mai, de deux membres du personnel de l’ambassade d’Israël devant un musée juif à Washington, Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël, avait souligné que de tels incidents ne se limitent pas à un lieu ou à un pays.

« C’est une tragédie effroyable, un acte terroriste, et un rappel que les Juifs du monde entier sont la cible de ce type d’attaques odieuses », a déclaré Huckabee.

Par ailleurs, le sénateur Jim Risch de l’Idaho, président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères, a présenté ces derniers mois deux projets de loi visant à couper les fonds américains à certaines organisations internationales en raison de ce qu’il qualifie « d’antisémitisme flagrant » aux sein même des Nations unies (ONU).

Interrogé sur le calendrier de confirmation, un porte-parole de la Maison Blanche a répondu qu’il fallait s’adresser au Sénat. La commission des Affaires étrangères n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Donald Trump prend la parole lors d’un événement consacré à la lutte contre l’antisémitisme, en présence de Miriam Adelson et du rabbin Yehuda Kaploun, au Trump National Golf Club à Bedminster, dans le New Jersey, le 15 août 2024. (Crédit : Julia Nikhinson/AP)

Kaploun, qui refuse de s’exprimer publiquement tant que l’audience n’a pas eu lieu, a souligné dans une tribune publiée récemment par la Jewish Telegraphic Agency (JTA) – cosignée avec ses deux prédécesseurs – l’importance d’une réponse gouvernementale forte dans la lutte contre l’antisémitisme. Il y évoque la publication, l’an dernier, des Lignes directrices mondiales de lutte contre l’antisémitisme, élaborées par des experts pour guider les responsables politiques.

« Nous attirons l’attention sur la première de ces lignes directrices : Les chefs de gouvernement doivent s’exprimer rapidement et sans équivoque », écrit-il dans cet essai, qu’il a cosigné avec les deux derniers responsables de la lutte contre l’antisémitisme.

Dans l’attente d’une réponse du Sénat au sujet d’une audience, Kaploun a néanmoins tenu plusieurs réunions très médiatisées, mais informelles, notamment avec Leo Terrell, avocat des droits civils chargé par Trump de piloter une nouvelle task force interministérielle sur l’antisémitisme, et avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de sa visite à Washington.

Kaploun n’a pas encore exposé publiquement sa vision du poste ni les priorités qu’il entend y poursuivre, mais les défis auxquels sont confrontées les communautés juives à travers le monde sont nombreux. La Pologne vient, par exemple, d’élire un président connu pour son révisionnisme de la Shoah. En Australie, les attaques contre des synagogues et autres incidents antisémites – souvent liés à l’activisme pro-palestinien – sont devenues monnaie courante. En Turquie, des responsables politiques tiennent désormais un discours antisémite à un niveau jugé alarmant. Et en Allemagne, les autorités ont récemment déjoué un complot iranien présumé visant la communauté juive de Berlin.

Une enquête récente de l’Anti-Defamation League (ADL) a révélé que près de la moitié des adultes dans le monde présentent ce que les chercheurs qualifient de « niveaux élevés d’attitudes antisémites », soit deux fois plus qu’il y a dix ans.

En parallèle, le département d’État subit une restructuration drastique, avec le licenciement de quelque 1 300 employés, dans le cadre d’un effort global de l’administration Trump de rationaliser les opérations de politique étrangère. Si l’administration affirme que la lutte contre l’antisémitisme reste une priorité, la réduction des effectifs a suscité des inquiétudes quant à la capacité des États-Unis à agir efficacement à travers le monde.

« Le bureau de l’envoyé spécial pour la lutte contre l’antisémitisme reste pleinement opérationnel et travaille en coordination avec l’ensemble du département pour combattre l’antisémitisme à l’échelle mondiale », a déclaré le département d’État, sans répondre aux questions précises de la JTA.

Ce retard de nomination n’est pas sans précédent. En 2021, Joe Biden avait nommé l’historienne Deborah Lipstadt six mois après son entrée en fonction, mais sa confirmation avait été bloquée durant huit mois supplémentaires, en raison de tweets dans lesquels elle critiquait un élu républicain. Elle n’avait été confirmée qu’en mars 2022, au terme d’un processus long et conflictuel.

L’envoyée spéciale chargée de surveiller et de combattre l’antisémitisme, l’ambassadrice Deborah Lipstadt, s’exprimant lors d’un événement au Capitole, à Washington, le 14 février 2024. (Credit : Susan Walsh/AP Photo)

Lors de son premier mandat, Donald Trump avait attendu deux ans avant de nommer un envoyé spécial pour la lutte contre l’antisémitisme, en dépit des pressions exercées dès le début de son mandat par des organisations juives et une coalition bipartisane de parlementaires. Cette absence avait été interprétée par de nombreux observateurs comme un signe de désintérêt ou de manque d’urgence face à la montée de l’antisémitisme à l’étranger. Le poste était resté vacant jusqu’en février 2019, date à laquelle Trump avait finalement nommé Elan Carr, ancien procureur et vétéran de l’armée américaine. Le poste n’avait alors pas encore le rang d’ambassadeur et ne nécessitait donc pas de confirmation par le Sénat. Carr a exercé ses fonctions jusqu’à la fin du premier mandat de Trump.

Cette fois-ci, les principales organisations juives se sont montrées plus discrètes. Le Congrès juif mondial, l’Anti-Defamation League (ADL) et l’American Jewish Committee (AJC), qui s’étaient exprimés avec vigueur par le passé, ont certes rappelé à la JTA l’importance de pourvoir ce poste, mais sans engager de campagne publique.

Dans un communiqué, Ted Deutch, directeur général de l’AJC, a déclaré que « compte tenu du contexte actuel marqué par une recrudescence de l’antisémitisme aux États-Unis et à travers le monde, l’AJC appelle le Sénat à organiser sans délai l’audition du candidat désigné par le président Trump, et à garantir au bureau un financement et des ressources suffisants pour qu’il puisse poursuivre pleinement sa mission ».

De son côté, Jonathan Greenblatt, président de l’ADL, a souligné « qu’avec la montée de l’antisémitisme en Amérique latine et en Europe, au Moyen-Orient et en Asie, nous avons un besoin urgent d’un envoyé spécial américain confirmé. Si nous saluons la désignation d’un candidat, les retards répétés dans sa confirmation sapent la capacité des États-Unis à jouer un rôle de premier plan dans la lutte mondiale contre l’antisémitisme. Ce poste n’est pas symbolique : il est essentiel pour faire face à la haine et à la violence ciblant les Juifs à travers le monde. »

Le Congrès juif mondial a également exhorté le gouvernement à renforcer durablement le bureau de l’envoyé spécial, en lui attribuant une structure pérenne et du personnel qualifié, comme c’est l’usage dans d’autres bureaux du Département d’État.

« Les capacités de ce bureau varient en fonction des priorités politiques et des budgets alloués à court terme, ce qui limite le nombre d’experts réellement spécialisés dans l’antisémitisme et ses différentes formes régionales », indique l’organisation. « Nous demandons instamment à l’administration et au Congrès de veiller à ce que ce bureau dispose en permanence des moyens nécessaires pour répondre à une menace mondiale croissante. »

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