« Terre imbibée du sang de nos enfants » : colère après la fête sur le site de Nova
Des familles de victimes se sont confrontées aux participants aux cérémonies de Simhat Torah à Reim ; selon le KKL-JNF, ces cérémonies n’étaient pas autorisées
Samedi, des dizaines d’Israéliens, dont des membres de familles qui ont perdu des proches, ont malgré l’avis défavorable des autorités célébré la fête de Simhat Torah en dansant au mémorial du massacre de Nova, près du kibboutz Reim, ce qui a donné lieu à des altercations avec des proches de victimes.
Dans des vidéos tournées sur place, on voit des participants en train de danser lors de hakafot, la procession de Simhat Torah avec des rouleaux de Torah, à quelques mètres seulement des installations commémoratives.
Ce rassemblement a donné lieu à des altercations avec des proches des personnes assassinées lors du festival de musique Nova, le jour du pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 au cours duquel 378 personnes ont été tuées sur le site du festival et 44 enlevées à Gaza.
Ces altercations illustrent les profondes divergences qui existent en matière d’hommage aux victimes entre les familles qui ont perdu un proche.
Eran Litman, dont la fille Oriya Littman Ricardo a été assassinée à Nova, a renversé une table de rafraîchissements lors de l’une de ces confrontations.
S’exprimant dimanche à la radio 103FM, M. Litman a expliqué qu’au terme des arrangements pris, il était convenu que les participants aux cérémonies restent à proximité des parkings, loin des lieux de mémoire.
« J’ai exigé qu’ils s’arrêtent », a-t-il dit. « Je leur ai dit que ma fille avait dansé pour la dernière fois de sa vie à cet endroit-même, et que la terre était imbibée du sang de nos enfants, que même les nazis allemands n’avaient pas dansé à Auschwitz. »
M. Litman a précisé que le groupe n’avait pas fait cas de ses remarques et avait continué à danser, suite à quoi il a renversé leur table. Il a ajouté que certains participants avaient tenté de le bousculer.
« La police est arrivée, ainsi que quelqu’un du KKL qui a promis que cela ne se reproduirait plus. La police s’est engagée à ce qu’ils soient évacués, après quoi je suis parti », a-t-il indiqué.
Yoram Yehudaï, dont le fils Ron a été assassiné au festival, a expliqué que sa femme et lui s’étaient rendus sur place pour entretenir le mémorial de leur fils et préparer une cérémonie à venir, et en aucun cas pour s’affronter aux participants.
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— לירי בורק שביט (@lirishavit) October 3, 2026
« Je ne suis pas venu affronter qui que ce soit. Je pensais que la police ferait respecter les consignes », a déclaré M. Yehudaï à la chaîne N12 avant d’expliquer avoir plus tard entendu des chants et vu un grand groupe de personnes en train de danser près du mémorial. D’après le site d’information Ynet, M. Yehudaï a dit aux participants qu’il se sentait « humilié » par leurs agissements.
« Cet endroit est notre Auschwitz. Notre Treblinka. On ne fait pas la fête là-bas, pas plus qu’à Yad Vashem », a-t-il ensuite déclaré à Ynet, ajoutant qu’il ne voyait pas dans ce rassemblement un temps de prière. « Ce qui se passe ici est une fête. »
Un semblable rassemblement pour Simhat Torah s’était déjà déroulé à cet endroit l’an dernier, ce qui avait déjà à l’époque suscité la colère de familles de victimes. Cette année, la police et le KKL-JNF, responsable des lieux, avaient clairement fait savoir qu’aucune célébration ne serait tolérée.
Le KKL-JNF avait précisé avant la fête que le site de Nova ne serait ouvert durant cette période que pour le souvenir et le recueillement, et que toute activité organisée sans rapport avec la commémoration ne serait pas autorisée.
Le président du KKL-JNF, Eyal Ostrinsky, a déclaré à Ynet que l’organisation de festivités sur les lieux d’un massacre était irrespectueuse « de l’endroit et du judaïsme ».
Selon le site d’actualités en hébreu Davar, l’événement, intitulé « Simhat Torah à Reim », était le fruit de plusieurs organisations de droite représentatives de certaines familles de victimes et de soldats morts au combat le 7-Octobre, notamment le Forum Din VeTzedek, le Forum Tikva et Samot Gvul.
Kobi Samerano, dont le fils Yonatan « Yonti » Mordechaï Samerano a été assassiné à Nova et dont le corps a été enlevé à Gaza, est présenté par Israel Hayom comme étant l’un des organisateurs de l’événement. « Là où la musique s’est arrêtée, nous continuons avec des chants, des prières et des hakafot », a-t-il déclaré, comme le rapporte le site Davar.
Selon les médias israéliens, les organisateurs auraient dit bénéficier du soutien plein et entier de familles endeuillées : ils auraient de surcroît invité les participants à respecter les différentes manières de rendre hommage aux victimes.
Toujours selon les organisateurs, lit-on sur le site de Ynet, d’anciens otages, des personnes blessées, des soldats, des habitants de la zone frontalière de Gaza, ainsi que des Israéliens religieux et laïcs, auraient répondu présents à l’appel. Il leur aurait été rappelé par les organisateurs de ne pas « ajouter de la peine à la peine ».
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— ינון מגל Yinon Magal (@YinonMagal) October 3, 2026
L’opposition à ce rassemblement, émanant de proches de victimes, s’était manifestée avant le jour de Simhat Torah.
Dasi Aviad, dont le fils Aviad Halevi a été assassiné à Nova, a déclaré souhaiter que les gens viennent au mémorial, mais qu’ils fassent preuve de tact.
« Les personnes qui viennent ici se recueillir devant les photos ou les plaques nous réchauffent le cœur », a-t-elle déclaré à Ynet. « Si Dieu le veut, cet endroit fera venir du monde durant des générations. »
Mais, a-t-elle ajouté, « cette terre est sacrée, même si elle n’a pas été officiellement déclarée comme telle. Aussi sacrée qu’une synagogue ou d’autres lieux saints. »
« À cet endroit, on doit marcher sur la pointe des pieds », a ajouté Mme Aviad, « et penser à chacun de nos pas à l’endroit où nous marchons, à ce qui s’est passé sous nos pieds. »
Elle a ajouté qu’il fallait que les gens viennent, même le jour anniversaire du pogrom, mais en respectant un « silence sacré », respectueux de ceux qui y ont été assassinés.
Le site de Nova est l’un des mémoriaux du 7-Octobre les plus fréquentés de tout Israël. En mars 2025, il s’est imposé comme le lieu le plus visité entre septembre 2024 et février 2025, avec une moyenne de 7 000 personnes chaque jour.
Les familles qui ont perdu un proche y ont installé des mémoriaux individuels et le KKL-JNF a alloué 4 millions de shekels pour aménager des sentiers accessibles, des espaces éducatifs et et un bosquet commémoratif, sans compter des sanitaires et une signalisation adaptée.