Un élu d’Otzma Yehudit va être interrogé, soupçonné d’avoir agressé un policier lors d’émeutes en Cisjordanie
Itamar Ben Gvir accuse la procureure générale 'd’application sélective de la loi' après l’ouverture d’une enquête sur Yitzhak Kroizer concernant ses agissements le 1ᵉʳ octobre à Mitzpe Yeriho
Le député Yitzhak Kroizer, membre du parti d’extrême-droite Otzma Yehudit du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, devait être interrogé lundi en tant que suspect, a indiqué la police israélienne. Il est en effet soupçonné d’avoir agressé un agent lors d’une émeute survenue en Cisjordanie le 1ᵉʳ octobre, afin de permettre à un suspect impliqué dans des violences contre des Palestiniens d’échapper à son arrestation.
Mardi matin, la chaîne d’information i24 a été la première à révéler que la procureure générale, Gali Baharav-Miara, et le procureur d’État, Amit Aisman, avaient approuvé l’ouverture de l’enquête, ce qui signifie que Kroizer ne bénéficiera pas de l’immunité parlementaire qui lui serait normalement accordée.
La police a également annoncé que l’enquête sur l’émeute du 1ᵉʳ octobre à Mitzpe Yeriho avait été transférée de la division de police de Cisjordanie à l’unité des crimes majeurs Lahav 433, qui est généralement chargée d’enquêter sur les élus accusés de comportements criminels.
Trois suspects interrogés dans le cadre de cette émeute ont été placés en résidence surveillée dimanche soir, a indiqué la police.
Les émeutes à Mitzpe Yeriho ont éclaté après que la police a pris en chasse une voiture conduite par trois résidents d’implantation masqués soupçonnés d’avoir attaqué un village palestinien voisin, a rapporté le quotidien Haaretz. La poursuite aurait conduit la police à l’intérieur de l’implantation alors qu’une cérémonie commémorative en l’honneur d’Aviad Nayman, frère du directeur général d’Otzma Yehudit, Itiel Nayman, se déroulait dans une synagogue locale.
La police a réussi à bloquer la voiture des suspects près de la synagogue, mais deux d’entre eux se sont enfuis, a indiqué Haaretz. Le troisième suspect aurait été interpellé et placé dans le véhicule de police.
Des dizaines d’émeutiers ont alors encerclé le véhicule de police et en ont crevé les pneus, selon le journal. Ils auraient été menés par Nayman, qui aurait menacé de ne pas laisser les policiers à bord partir tant qu’ils n’auraient pas relâché le suspect, d’après des sources policières de haut rang citées par Haaretz.
Les policiers ont déclaré qu’ils se tenaient à l’extérieur du véhicule pour empêcher le suspect de s’échapper et qu’ils avaient ensuite été bousculés par des émeutiers qui avaient ouvert la portière et laissé le suspect sortir.
La police anti-émeute serait ensuite intervenue sur les lieux et aurait commencé à affronter les résidents d’implantation. Un policier aurait eu le nez cassé.
Les éléments de preuve et les témoignages recueillis lors de l’affrontement indiquent que Kroizer a frappé un policier et que Nayman en a saisi un autre par son uniforme avant de le jeter à terre, selon des sources policières citées dans l’article.
À la suite de ces affrontements, les agents qui tentaient de conduire le véhicule aux pneus crevés ont de nouveau été bloqués pendant environ 30 minutes par des dizaines de résidents d’implantation, dont certains frappaient sur les vitres de la voiture.
Kroizer, qui affirme avoir lui-même été agressé par la police pendant l’émeute, a déclaré sur le réseau social X que l’ouverture d’une enquête à son encontre constituait « une décision manifestement politique à la veille des élections », et que la procureure générale « tente de faire passer la victime pour un suspect ».
Ben Gvir, qui s’était rendu sur les lieux de l’émeute le lendemain des faits et aurait exprimé son soutien aux émeutiers, a accusé Baharav Miara de « sélectivité dans l’application de la loi ».
Il a souligné qu’elle avait refusé d’autoriser les interrogatoires des députés de l’opposition Naama Lazimi et Gilad Kariv, respectivement mis en cause pour des allégations d’incendie sur l’autoroute Ayalon lors d’une manifestation anti-gouvernement et pour divulgation de documents classifiés provenant de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.
Il a réclamé des « éclaircissements immédiats » sur sa décision d’enquêter sur Kroizer.
Les violences commises par les résidents d’implantation en Cisjordanie ont fortement augmenté depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza ; elles se produisent désormais presque quotidiennement et touchent des centaines de villages et de villes à travers la Cisjordanie.
Les détracteurs accusent le gouvernement de tolérer, voire d’encourager, ces violences, qui ont entraîné le déplacement de dizaines de familles palestiniennes.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres ministres ont régulièrement minimisé ces violences en les qualifiant de problème marginal, affirmant que la quasi-totalité des incidents était le fait de quelques centaines de jeunes délinquants.