Deux membres d’Otzma Yehudit soupçonnés d’avoir aidé un résident d’implantation à fuir
Selon l'enquête policière, Yitzhak Kroizer et Itiel Neiman auraient agressé des policiers lors d'une émeute en Cisjordanie pour permettre l'évasion d'un suspect
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Selon l’enquête policière en cours, Yitzhak Kroizer et Itiel Neiman, respectivement député et directeur général du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, dirigé par le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, auraient agressé des forces de l’ordre lors d’une émeute survenue le 1er octobre dernier dans le centre de la Cisjordanie, pour empêcher l’arrestation d’un suspect de violences contre des Palestiniens, rapporte ce dimanche le quotidien Haaretz.
Deux policiers ont été hospitalisés à la suite de cette émeute survenue dans l’implantation de Mitzpe Yeriho, et le suspect, qui a pris la fuite, est toujours recherché, précise le journal.
Venu sur place après l’évasion du suspect, M. Ben Gvir a fait part de son soutien aux émeutiers et a accusé la police d’avoir fait un usage excessif de la force pour les disperser, selon des sources citées par le quotidien.
D’autres médias israéliens font état de l’implication de MM. Kroizer et Neiman dans les affrontements et la fuite du suspect.
M. Neiman est candidat à la Knesset sous la bannière d’Otzma Yehudit lors des prochaines élections du 27 octobre.
Selon Haaretz, de hauts responsables de la police exigent que MM. Kroizer et Neiman fassent l’objet d’une enquête pour agression des forces de l’ordre, entrave au travail policier et complicité d’évasion. Ils craignent toutefois que le dossier ne soit compromis en raison des relations qu’entretiennent les deux hommes avec M. Ben Gvir, qui, en sa qualité de ministre de la Sécurité intérieure, supervise la police. Selon le journal, l’affaire devrait être examinée par la procureure générale de l’État, Gali Baharav-Miara.
M. Ben Gvir fait depuis longtemps l’objet d’accusations d’ingérence excessive dans le travail de la police, notamment de la part de Mme Baharav-Miara, qui a déclaré cette année devant la Cour suprême que les moyens juridiques mis en oeuvre pour empêcher le ministre de porter atteinte à l’indépendance de la police étaient sans effet.
L’émeute à Mitzpe Yeriho a éclaté après que les forces de l’ordre ont poursuivi un véhicule à bord duquel se trouvaient trois résidents d’implantations masqués soupçonnés d’avoir attaqué un village palestinien voisin, rapporte Haaretz.
La poursuite aurait conduit la police dans l’implantation alors qu’une cérémonie de commémoration se tenait dans une synagogue en hommage au frère d’Itiel Neiman, Aviad, un habitant de l’implantation mort au combat au Liban en octobre 2024, lequel a donné son nom à cette synagogue.
La police a réussi à bloquer le véhicule des suspects près de la synagogue, mais deux d’entre eux ont pris la fuite, précise Haaretz. Le troisième suspect aurait été interpellé et placé à bord du véhicule de police.
Des dizaines d’émeutiers ont alors entouré la voiture de police et en ont crevé les pneus, ajoute Haaretz. selon des sources policières de haut rang citées par le journal, ils auraient été menés par M. Neiman, lequel aurait menacé de ne pas laisser partir les policiers tant qu’ils n’auraient pas libéré le suspect. M. Neiman aurait également exigé que les agents lui remettent les téléphones portables abandonnés par les suspects dans leur véhicule.
Les policiers ont déclaré s’être tenus à l’extérieur du véhicule pour empêcher le suspect de s’échapper, avant d’être bousculés par des émeutiers qui ont ouvert la portière et lui ont permis de s’enfuir, rapporte le quotidien.
Des policiers anti-émeute sont ensuite arrivés sur place et ont affronté les résidents d’implantations. Un agent aurait eu le nez fracturé et un autre, un bras cassé.
Selon les preuves et témoignages recueillis sur place, M. Kroizer aurait frappé un policier et M. Neiman, attrapé un agent par la chemise pour le plaquer au sol, expliquent des sources policières citées par Haaretz.
Suite aux affrontements, les agents qui ont tenté de repartir à bord du véhicule aux pneus crevés ont de nouveau été bloqués pendant une trentaine de minutes par des dizaines de résidents d’implantations, dont certains frappaient aux vitres de la voiture. Les résidents d’implantations étaient accompagnés de M. Ben Gvir, qui a réprimandé l’un des policiers à bord du véhicule, a rapporté cet agent à sa hiérarchie, selon Haaretz.
Selon les réponses citées par le journal, M. Ben Gvir et M. Neiman auraient soutenu que ces accusations relevaient de la diffamation, et M. Kroizer se serait plaint d’avoir été « agressé par des policiers, même après avoir fait état de sa qualité de membre de la Knesset ».
La police a fait savoir par communiqué transmis au journal qu’une enquête avait été ouverte immédiatement après l’incident.
« L’enquête est menée conformément à la loi et aux procédures policières, respectueuses de toutes les démarches nécessaires », a déclaré la police.
S’exprimant dimanche à l’antenne de la radio de l’armée, M. Ben Gvir a déclaré : « Il y a quelques policiers qui se croient au-dessus des lois. C’est tout le contraire. Un policier s’en est pris à Kroizer. Cette époque est révolue — quiconque lève la main sera sanctionné. »
Ce n’est pas la première fois que le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres ministres minimisent les violences des résidents d’implantations, qu’ils qualifient de phénomène marginal et attribuent, dans la quasi-totalité des cas, à quelques centaines de jeunes marginalisés, bien que des attaques aient lieu presque chaque jour dans des centaines de villages et localités de Cisjordanie.
En Cisjordanie, les violences des résidents d’implantations se sont nettement intensifiées depuis le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
Les critiques accusent le gouvernement de tolérer, voire d’encourager ces violences, qui ont entraîné le déplacement de dizaines de familles palestiniennes.
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