Israël en guerre - Jour 201

Rechercher
Les débris des vols Swissair, TWA et BOAC détournés par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et qui ont explosé sur une piste d'atterrissage dans le désert jordanien, le 12 septembre 1970. (Crédit : AFP)
Les débris des vols Swissair, TWA et BOAC détournés par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et qui ont explosé sur une piste d'atterrissage dans le désert jordanien, le 12 septembre 1970. (Crédit : AFP)
Interview

Une historienne reconstitue sa semaine à bord d’un avion détourné en Jordanie

Pendant près de 50 ans, Martha Hodes a enfoui le souvenir de sa présence à bord du vol TWA, détourné par des terroristes palestiniens en 1970, jusqu’à ce qu’elle se décide à creuser

Le 6 septembre 1970, Martha Hodes, alors âgée de 12 ans, est montée à bord d’un avion à Tel Aviv à destination de New York.

L’avion n’est jamais arrivé à destination.

Des terroristes palestiniens ont détourné l’avion de la TWA en plein vol. Ils ont pris en otage les 155 passagers et membres d’équipage et ont fait atterrir l’avion dans le désert jordanien.

Martha et sa sœur Catherine, âgée de 13 ans, qui voyageaient seules, ont été retenues captives à l’intérieur de l’avion pendant six jours et six nuits. Elles ont finalement été libérées saines et sauves, juste avant que les pirates de l’air ne fassent exploser leur appareil et deux autres avions qui les avaient rejoints dans ce qui est appelé les détournements de Dawson’s Field.

Le détournement de cinq avions (un équipage d’El Al a déjoué une tentative de prise de contrôle par Leïla Khaled, et un vol PanAm a explosé au Caire) par des guérilleros palestiniens demandant une libération massive de prisonniers a attiré l’attention du monde entier et a conduit à une guerre civile sanglante de 10 jours en Jordanie, connue sous le nom de « Septembre noir ».

Pendant près de 50 ans, Hodes – qui est devenue historienne et a écrit plusieurs livres sur l’histoire des États-Unis au XIXe siècle – a largement occulté toutes les pensées et tous les souvenirs de son épreuve. Elle a rarement parlé, pensé ou écrit sur le détournement, presque au point de se convaincre qu’il n’avait jamais eu lieu.

L’historienne Martha Hodes et son dernier livre, « My Hijacking ». (Crédit : Bruce Dorsey)

Mais après cinq décennies, Martha Hodes a décidé de creuser et de raconter son histoire. Elle a travaillé avec diligence pour reconstituer cette semaine fatidique, en tentant de répondre aux questions suivantes : « Que lui est-il arrivé dans cet avion et pourquoi ne s’en souvient-elle pas ? ».

Le résultat est un ouvrage profondément personnel et méticuleusement documenté, intitulé My Hijacking : A Personal History of Forgetting and Remembering (« Mon détournement : Une histoire personnelle d’oubli et de souvenir »), qui est à la fois un récit historique et une exploration de la mémoire.

« Je n’ai pratiquement jamais pensé ni parlé du détournement jusqu’au 11 septembre », a déclaré Hodes dans une interview accordée au Times of Israel la semaine dernière, notant que les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ont fait ressurgir des peurs de prendre l’avion qu’elle avait longtemps enfouies. « Il aura fallu attendre 15 ans pour que je m’y remette. »

Ce n’est qu’il y a cinq ans environ qu’elle a senti qu’elle était prête à relier « la petite fille de 12 ans qui voulait oublier le détournement d’avion à moi, l’historienne adulte. Et je savais que je pouvais apporter mes compétences d’historienne pour essayer de me souvenir de cet événement ».

Des vacances qui tournent au cauchemar

Hodes et sa sœur ont passé l’été 1970 à Tel Aviv, où leur mère, une danseuse, s’était installée pour participer à la création de la Batsheva Dance Company, puis s’était remariée avec un collègue danseur et avait eu un troisième enfant. Après deux mois idylliques de soleil et de farniente sur la plage, les deux sœurs devaient retourner auprès de leur père (un autre danseur célèbre) pour leur rentrée scolaire à New York.

Martha, à gauche, et Catherine Hodes, sur la plage de Netanya, un jour avant le détournement, le 5 septembre 1970. (Crédit : Ehud Ben-David)

Au lieu de cela, les deux jeunes filles ont vécu une semaine inimaginable et cauchemardesque, enfermées dans une cage, servant de pions dans une guerre géopolitique dont elles ne savaient rien.

Elles ont vu les pirates de l’air piéger l’avion avec de la dynamite tout en continuant à leur promettre qu’aucun mal ne leur serait fait. Elles les ont vu ordonner à tous les otages de descendre de l’avion de la TWA, les aligner et exiger de connaître leur religion – libérant certains captifs, mais gardant tous les Juifs entre autres, derrière eux.

« L’air de la nuit est frais et j’entends les adultes murmurer au sujet des camps de concentration », écrit Hodes. « Je me demande si quelqu’un va donner l’ordre de tirer. Lorsque nous retournons à l’avion, tout le monde ne revient pas avec nous. »

Pour recréer les expériences qu’elle avait longtemps gardées enfouies, Hodes s’est d’abord tournée vers son journal intime, qu’elle avait fidèlement écrit chaque jour des années durant, notamment lorsqu’elle était retenue en captivité dans le désert jordanien. Elle y a trouvé une version auto-censurée et aseptisée des événements, une jeune fille prête à tout pour pouvoir affirmer que les choses n’étaient pas si terribles, et souhaitant pouvoir un jour dire à son père qu’elle n’avait pas eu peur.

« En lisant et relisant mon journal, je me suis aperçue que l’écrivain en herbe qui sommeillait en moi a construit non pas un récit complet, mais une histoire tolérable ; non pas une histoire véridique, mais une histoire supportable ; non pas une histoire honnête, mais une histoire que je pourrais raconter à mon retour à la maison, et en particulier à mon père », a-t-elle écrit des dizaines d’années plus tard.

L’avion de Swissair détourné par le FPLP et amené avec deux autres avions à Dawson’s Field, dans le désert jordanien, en septembre 1970. (Crédit : AFP)

Rassembler les pièces du puzzle

Hodes s’est lancée dans des recherches sur ces événements, comparant d’abord ses écrits au journal tenu par sa sœur, puis déterrant les récits des membres de l’équipage, contactant d’autres otages, visionnant des images d’archives et essayant de comprendre ce qui s’était réellement passé.

« Ce que j’ai appris en commençant mes recherches, et en les comparant à mon journal, c’est que j’avais omis beaucoup de choses », a déclaré Hodes. « J’avais omis des choses qui m’effrayaient, des choses dont je ne voulais pas me souvenir, auxquelles je ne voulais pas penser ou pour lesquelles, du haut de mes 12 ans, je n’avais pas les mots pour décrire ou comprendre. »

Plus de 50 ans après avoir refusé de dresser la liste des horreurs vécues, Hodes raconte aujourd’hui, avec des détails déchirants, qu’elle a été forcée de vivre pendant six jours et six nuits à bord d’un avion cloué au sol, sans toilettes en état de marche, avec une pénurie de nourriture et l’incapacité de maintenir une hygiène de base.

Ou encore, des mères qui fabriquaient des couches de fortune pour leurs bébés ; un enfant de 6 ans non accompagné qui avait développé une forte fièvre et qui avait été soigné par les passagers, les membres de l’équipage et même les pirates de l’air ; les otages qui avaient pleuré de manière incontrôlable lorsque leurs proches avaient été emmenés dans des régions inconnues.

Le 12 septembre 1970, alors qu’il s’éloignait des avions à bord de camionnettes, Hodes entendit les fortes détonations qui signifiaient que les flottes aériennes avaient été réduites en miettes. « Je crois qu’ils ont fait exploser le TWA. Ô mon Dieu ! », avait-elle écrit dans son journal. Arrivée à l’hôtel à Amman, hébétée, mal nourrie et toujours sans sa famille, Hodes écrivît : « Une fois à l’intérieur, Catherine et moi avons été interviewées par le magazine Time et plus tard par le New York Times !!!! »

Les trois avions de ligne explosés par des terroristes palestiniens, en Jordanie, le 12 septembre 1970. (Crédit : Wikipedia/domaine public)

Des dizaines d’années d’illusion

Alors qu’elle s’efforçait de se remémorer ce que c’était que d’être à bord de cet avion, Hodes a également tenté de comprendre pourquoi elle avait si laborieusement essayé d’oublier.

« Dans l’espoir de nous éviter de souffrir plus que nous ne l’avions déjà fait, mon père a étouffé les conversations sur le détournement, et je suis restée silencieuse, suivant le modèle des enfants traumatisés qui ne veulent pas contrarier leurs parents », écrit-elle.

Même des dizaines d’années plus tard, Hodes ne se permettait que rarement de repenser à cette expérience.

Lorsque son compagnon d’otage David Raab – qui faisait partie des personnes retenues pendant plusieurs semaines en Jordanie après la libération de la plupart des captifs – a publié un livre sur cette épreuve en 2007, Hodes a soigneusement évité de le lire. Lorsqu’il a publié un article dans le New York Times Magazine, Hodes l’a passé à son mari en lui disant : « J’ai besoin que tu lises ceci avant que je puisse le faire ».

Hodes, qui enseigne à l’université de New York, se demande aujourd’hui si son orientation professionnelle n’est pas le fruit de l’expérience vécue en ce funeste mois de septembre 1970.

« J’ai l’impression que, d’une certaine manière, je me suis tournée vers les histoires des autres, parce que d’une certaine manière, je ne voulais pas faire face à toutes mes propres histoires », a-t-elle déclaré. « Et les histoires sur lesquelles j’ai écrit sont souvent basées sur des traumatismes, des pertes ou des chagrins divers. »

« Une vie passée à se plonger dans des récits historiques et à reconstruire le passé était peut-être ce dont j’avais besoin pour s’attaquer à ma propre histoire », a suggéré Hodes.

« Peut-être que depuis le début, j’étais destinée à écrire sur ma propre histoire, en tant qu’historienne », a-t-elle déclaré. « Mais c’était comme si je devais d’abord devenir historienne avant de pouvoir raconter cette histoire (…) pour donner un sens à ce que j’avais écrit, pour comprendre ce que j’avais omis. »

Cet article contient des liens d’affiliation. Si vous utilisez ces liens pour acheter quelque chose, le Times of Israel peut percevoir une commission sans frais supplémentaires pour vous.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.