Une nouvelle stratégie pour détruire le Hamas ?
Witkoff affirme que le dernier accord progressif est presque achevé et pense qu'il « conduira à une paix durable ». Nous le saurons bien assez tôt
Le président américain Donald Trump veut mettre fin à la guerre à Gaza le plus rapidement possible. « Il faut régler ça », a-t-il déclaré mardi à son cabinet. Selon lui, un accord est à portée de main. Israël comme le Hamas le souhaitent, a-t-il affirmé.
Son émissaire le plus proche, Steve Witkoff, a ajouté penser qu’un tel accord « conduira à une paix durable à Gaza. »
Au lendemain d’un dîner officiel avec son épouse et son équipe, le Premier ministre israélien a été rappelé en toute hâte à la Maison Blanche. Il en est ressorti plus d’une heure plus tard, sans qu’aucune rencontre avec la presse n’ait eu lieu, ni avant, ni pendant, ni après, du jamais vu, pour lui comme pour Trump. Le vice-président JD Vance assistait aussi à l’entretien.
Des photos les montrant tout sourire ont néanmoins été diffusées, dont l’une avec Netanyahu brandissant une casquette où l’on pouvait lire, « Trump avait raison sur toute la ligne ! »
De toute évidence, quelque chose se trame.
Jusqu’à présent, Netanyahu a refusé de soutenir un accord en une seule étape qui mettrait fin à la guerre en échange de la libération de tous les otages. Il craint, selon ses propres termes, que les États-Unis et la communauté internationale n’autorisent pas Israël à reprendre les combats contre le groupe terroriste palestinien du Hamas lorsque celui-ci violera inévitablement les termes d’un cessez-le-feu permanent.
Witkoff avait contribué à élaborer, en janvier, un accord en plusieurs étapes combinant libération progressive d’otages et cessez-le-feu conditionnel, conçu pour aboutir à la fin définitive des hostilités.
Ce projet avait toutefois été avorté en mars, Netanyahu s’étant refusé à engager une véritable négociation sur la fin de la guerre. Depuis, trente-huit soldats, un policier et un sous-traitant civil du ministère de la Défense ont été tués à Gaza.
L’intransigeant émissaire affirme désormais que trois des quatre points de blocage qui empêchaient un nouvel accord progressif ont été résolus lors des « pourparlers de proximité » tenus cette semaine à Doha. « Nous avions quatre problèmes, il ne nous en reste plus qu’un », a-t-il déclaré mardi.
De nombreuses sources indiquent que le seul point encore en discussion concerne les modalités du retrait de Tsahal pendant la période initiale de trêve temporaire de 60 jours, au cours de laquelle 10 otages vivants, ainsi que les dépouilles de 18 autres otages assassinés et détenus à Gaza devront être libérés.
Cette focalisation sur le lieu de déploiement provisoire de Tsahal peut donc sembler d’autant plus surprenante que cet aspect paraît relativement secondaire, l’objectif déclaré de ce nouvel accord progressif – comme du précédent – étant d’aboutir à un cessez-le-feu permanent, incluant la libération de l’ensemble des otages, le retrait complet de Tsahal et la fin des hostilités.
Si le seul point non résolu concerne le déploiement intérimaire de l’armée, cela suggère que le Hamas, affaibli et épuisé après 21 mois de guerre, sait que cet accord, lui non plus, ne débouchera pas sur une fin réelle des hostilités.
Le dernier texte fiable de la proposition dite Witkoff stipulait que si « les négociations sur l’organisation d’un cessez-le-feu permanent ne sont pas conclues » dans les 60 premiers jours, « la trêve temporaire peut être prolongée selon des conditions et une durée convenues entre les parties, tant qu’elles négocient de bonne foi ». Jusqu’à présent, le Hamas avait exigé la suppression de l’expression « de bonne foi », estimant que Netanyahu s’en servirait comme prétexte pour reprendre l’offensive contre ses capacités militaires et de gouvernance. Il a cherché à obtenir des garanties solides, de la part des États-Unis et du Conseil de sécurité de l’ONU, que l’accord mettrait véritablement fin à la guerre.
Pourtant, peu avant de retourner à la Maison Blanche, Netanyahu a tenu un long point presse au Capitole, où il a répété, de manière très délibérée, à plusieurs reprises, qu’Israël reste pleinement et absolument déterminé à atteindre tous les objectifs de la guerre à Gaza, c’est-à-dire « libérer tous nos otages, détruire les capacités militaires et de gouvernance du Hamas, et faire en sorte que Gaza ne constitue plus une menace pour Israël ». Il a maintenu à moult reprises que cela signifiait « qu’il n’y aura pas de Hamas. Que ce soit bien clair ».
Il a précisé qu’il entendait par là que « pas de Hamas » veut dire que « le Hamas doit déposer ses armes, être démantelé et Gaza démilitarisée. Nous avons le pouvoir [d’y parvenir]. Je n’y renoncerai pas. Et je n’abandonnerai pas les otages ».
Trump veut donc que la guerre cesse. Witkoff pense que l’accord en cours pourrait offrir une paix durable. Netanyahu affirme qu’il restera ferme sur son objectif : l’anéantissement total du Hamas, condition nécessaire à la sécurité et à la stabilité à long terme. Et le Hamas ferait une fixette sur la localisation de Tsahal pendant les 60 premiers jours de l’accord ?
Car, dans l’état actuel des choses, le Hamas s’apprête à signer un accord conçu avec soin pour aboutir, à terme, à sa propre élimination. Il est conscient que ce texte ne survivra pas au-delà des soixante premiers jours, étant donné qu’une fois encore, comme en mars, Netanyahu refusera de mettre fin à la guerre.
Le Hamas profitera donc de cette période de trêve temporaire pour se regrouper, recruter de nouveaux combattants et se réarmer. Puis les hostilités reprendront, alors que vingt-deux otages, dont au moins dix encore en vie, resteront aux mains du Hamas.
« Nous combattons un ennemi très cruel et cynique et il n’est pas nécessaire de lui révéler nos plans », a déclaré le Premier ministre mardi, lors de son intervention au Capitole. Vingt et un mois après le début de la guerre, la réalisation de tous les objectifs fixés par Israël, a-t-il ajouté de manière énigmatique, « implique une certaine stratégie, que je ne détaillerai pas ici ».
Espérons que les dirigeants israéliens et américains en ont effectivement une.
On le saura bien assez tôt.
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